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Full text of "Dictionnaire général des lettres, des beaux-arts et des sciences morales et politiques"








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in 2012 with funding from 

University of Toronto 



http://archive.org/details/dictionnairegnra02bach 



A 



DICTIONNAIRE 



GÉNÉRAL 



DES LETTRES, des BEAUX-ARTS 



SCIENCES MORALES ET POLITIQUES 



A LA MÊME LIBRAIRIE 

DICTIONNAIRE GÉNÉRAL 

DE BIOGRAPHIE ET D'HISTOIRE 

DE MYTHOLOGIE 

DE GÉOGRAPHIE ANCIENNE ET MODERNE 

DES ANTIQUITÉS ET DES INSTITUTIONS 

GRECQUES, ROMAINES, FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES 
PAK MM. 

CH. DEZOBRY TH. BACHELET 

A " ,c ' ,r Agrégé d'histoire 

DE ROME AU SIÈCLE d'auGUSTE l'KOFESSEUR AU LYCÉE IMPÉRIAL DE ROUEN 

ET UNE SOCIÉTÉ 

DE LITTÉRATEURS, DE PROFESSEURS ET DE SAVANTS 

i vol. grand in -8° jésus, à 2 colonnes, de 3,000 pages environ, divisé en 2 parties ou tomes 
Prix, broché (les 2 tomes), 25 fr. 

NOUVELLE ÉDITION REVUE ET CORRIGÉE, AVEC SUPPLÉMENT 

Co Diction-Mire fait un ensemble avec le Dictionmire des Lettres, des Beaux-Arts, etc., ci-contro, 
auquel il se rattache naturellement. 



LE LIVRE DE LA FERME 

ET DES MAISONS DE CAMPAGNE 



Joigneaia, C. Ambert, Ch. Baltet, E. Baltet, Baidement, Victor Boiue, 

D r Candèze, CAUMONT-BnÉo.\, J. Cerpin, D r Ci,a\el, E. Delarui:, T. Delbetz, E. Fischer, Fouqlet, 

Hamet, Hariot, L. Hervé, Koi.tz, J. Lavai.le, 

Lhéraolt-SalbCeuf, Alexis Lei-èiie, Magne, H. Mares, Emile Martin, P.-E. Perrot, 

Pons-Tande, Rose-Charmeux, A. Sanson, de Séus Longchamps, 

de Vergnette, La Motte, etc. 



Sous la Direction de M. P. JOIGNEAUX 

■ 2,000 pages envhon, en 2 tomes ou parti 
dans le texte. 

Prix, broché [\v< i tomes) : 30 franc». 



! très-beau vol. grand iu-8", de 2,000 pages envhon, en 2 tomes ou parties, avec de nombreuses figura 

dans le texte. 



PAUS. - IMPRIMÉ CHEZ. JULES BON A VE.NTUKE, 50, yUAI DES C-KANDS AU 



GUSTINS. 



DICTIONNAIRE 



GENERAL 



DES 



LETTRES, «es BEAUX ARTS 



ET DES 

SCIENCES MORALES ET POLITIQUES 

COMPRENANT 

POU K LES LETTRES : La Grammaire; — la Linguistique; — la Rhétorique, la Poétique et la Versification, — la Critique 

— la Théorie et l'Histoire des différents genres de Littérature ; — l'Histoire des Littératures anciennes 
et modernes; — des Notices analytiques sur les grandes œuvres littéraires; — la Paléographie et la Diplomatique, etc. 

POUR LES BEAUX-ARTS: L'Architecture : Constructions civiles, religieuses, hydrauliquas, militaires et navales; — 

la Sculpture, la Peinture, la Musique, la Gravure, avec leur histoire; — la Numismatique; 

— le Dessin, la Lithographie, la Photographie; — la Description des monuments fameux; les divers arts et jeux 

d'agrément, de force, d'adresse ou de combinaison, etc. 

(N. B. Cette partie est ornée de figures dans le texte.) 

POUR LES SCIENCES MORALES ET PO LITIQUE S : La Philosophie : Psychologie, Logique, Morale, Métaphysique, 

Théodicée, Histoire des systèmes philosophiques; — les Religions, les Cultes et la Liturgie 

de tous les peuples; — la Jurisprudence usuelle : Droit civil, politique, pénal et international ; Législation militaire, 

maritime, industrielle, commerciale et agricole ; la Science politique ; théorie 

et histoire des gouvernements; — la Science de l'Administration, et l'Histoire des institutions 

administratives ; — les Etudes historiques et géographiques ; — le Blason ; — l'Économie politique et sociale : Institutions 

de crédit et de charité, Banques, Bienfaisance publique, Hospices, Salles d'asile; — la Statistique; 

- — la Pédagogie et l'Éducation, etc. 

PAR 

M. Th. BACHELET 

L'un des auteurs-directeurs du Dictionnaire de Biographie et d'Histoire, etc. 

ancien élève de l'Ecole normale supérieure, officier de l'instruction publique, 

agrégé de l'Université, professeur à l'École des sciences et des lettres et au Lycée impérial de Rouen, 

membre de l'Académie impériale des Sciences, lettres et arts de cette ville, etc.; 

UNE SOCIÉTÉ 

DE LITTÉRATEURS, D'ARTISTES, DE PUBLICISTES ET DE SAVA 
et avec la collaboration et la co-direction 



INTS, 



M. CH. DEZOBRY 

Auteur de ROME AU SIÈCLE D'AUGUSTE 

ET L'UN DES AUTEURS-DIRECTEURS 

du DICTIONNAIRE DE BIOGRAPHIE ET D'HISTOIRE , etc. 



DEUXIÈME PARTIE 



DEUXIEME EDITION 



PARIS 



CH. DELAGRAVE ET C'% LIBRAIRES- EDITEURS 

78, RUE DES ÉCOLES, 78 

1868 JT , licr4 

BIBUOTHECA 

Tous droits réseïvéa. ^ 

( tTaviecv*'**; 



Tout exemplaire non revêtu, de la griffe des éditeurs sera réputé contrefait. 



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DICTIONNAIRE 



DES LETTRES 

DES BEAUX-ARTS 



DES SCIENCES MORALES ET POLITIQUES 



G 



G, 7 e lettre et 5 e consonne dans l'alphabet latin et dans 
les alphabets qui en dérivent. Le gamma des Grecs et les 
caractères correspondants des alphabets orientaux oc- 
cupent la 3 e place. En français, le G a deux valeurs de 
prononciation : il est dur devant a, o, u, l, n, r {gale, 
gosier, guttural, glu, gnomon, gris)., et alors c'est une 
lettre gutturale; il est doux, avec le son du j, devant e, 
i, y (gémir, gilet, gymnase), et il est alors une lettre 
chuintante. La distinction des deux valeurs du G existe 
aussi en italien, en espagnol, en allemand et en anglais; 
mais si le, G dur a une prononciation uniforme dans 
toutes ces langues, il n'en est pas de même du G doux, 
qui se prononce dj en italien et en anglais, ch en alle- 
mand (weg, u-egen), et comme la jota en espagnol. En 
allemand, la prononciation du g dur se conserve souvent 
devant l'e et l't. — A la fin des mots, le G ne se prononce 
pas en français, sauf quelques exceptions, comme joug, 
et à moins que le mot suivant ne commence par une 
voyelle, et alors il prend le son du k (sang impur, long 
espoir, rang élevé). Il est muet aussi quelquefois au mi- 
lieu des mots, par exemple dans vingt, doigt, legs. 

Dans le passage d'une langue à une autre, certains 
mots présentent une permutation du G avec C (Cadix, 
du latin Gades; gras, de crassus; — V. l'art, sur la lettre 
C), ou du G avec I (fuir, de fugere; lire, de légère). 
Beaucoup de mots allemands, introduits dans le français, 
ont permuté W avec G (garde, de rvard; gain, de win; 
guerre, de war; Guillaume, de Wilhem). La réciproque 
existe dans wallon, dérivé de gaulois. De vasco nous 
avons fait gascon. 

L'articulation gutturo-nasale gn, qui se trouve dans 
beaucoup de mots français (bagne, règne, ligne, seigneur, 
agneau, signal, rogner), existe aussi : 1° en italien (se- 
gno, signor); 2° en anglais, avec les deux mêmes lettres 
placées en sens inverse (sing) ; 3° en espagnol, avec un n 
surmontée d'un trait (leno, Maranon). Les Italiens ont 
une articulation particulière, gli, où l'on entend succes- 
sivement notre l mouillée et l't voyelle. 

Dans les abréviations des inscriptions romaines, G est 
pour Gants, Gellius, gens, genius, gratis, gaudium, glo- 
ria, etc. D. G. veut dire Dei gratia; S. G., Sa Grâce ou 
Sa Grandeur. Sur les anciennes monnaies françaises, G 
était la marque de la fabrique de Poitiers. — Comme 
lettre numérale, le G valait 400 chez les Romains : sur- 
monté d'un trait horizontal, 400,000. Mais, en grec, y' va- 
lait 3, et ,-y 3,000. — Dans le comput ecclésiastique, G 
est la dernière des 7 lettres dominicales, et marque sur 
le calendrier les dimanches, dans les années où ce jour 
tombe le 7 janvier. — Dans la notation musicale, G dé- 
signe le sol, qui était la 7 e note de la gamme ancienne. 

GABARE (du bas latin cabarus, ou de l'hébreu haba- 
rah, bateau de passage), nom donné à deux espèces de 
navires de charge : 1° aux lourdes barques, pontées ou 



non pontées, à un seul mât, allant h la voile et à l'avi- 
ron, et dont on se sert dans les ports pour porter à bord 
des bâtiments en rade les objets de consommation ; 2" aux 
grosses corvettes de ;<00 à 000 tonneaux, qui vont ravi- 
tailler les garnisons des colonies, les escadres et les sta- 
tions : elles ont trois mâts, et portent de 8 à 12 canons 
ou caronades ; les plus petites sont appelées gabarots, 
et les plus grandes, gabosses. Dans les ports, la marie- 
salope est quelquefois appelée gabare à vase. B. 

gabare, filet à mailles serrées, soutenu à la surface de 
l'eau par des morceaux de liège. On en fait usage sur 
nos côtes de l'Océan, à l'embouchure des rivières. 

GABARIT, modèle en bois ou en fer sur lequel tra- 
vaillent les ouvriers des constructions navales, et qui 
offre la forme, les contours et les proportions qu'ils doi- 
vent reproduire en faisant un bâtiment. 

GABELLE. V. ce mot dans notre Dictionn. de Biogr. 
et d'Histoire, et, dans le présent ouvrage, l'art. Sel (Im- 
pôt du). 

GABELOU, nom donné jadis aux commis des gabelles, 
et qui ne s'emploie plus que dans le langage populaire 
pour désigner les douaniers, les employés de l'octroi et 
les commis des contributions indirectes. 

GABIE (du bas latin gabia, cage, hotte), sorte de demi- 
hune en caillebotis appliquée sur un des côtés de la tète 
des mâts à antennes. 

GABIER, nom que l'on donne, sur les grands bâtiments, 
aux matelots qui, choisis par le commandant parmi ceux 
du service des hunes et du beaupré, ont la surveillance 
des gréements, et sont chargés d'y faire les réparations 
nécessaires. On les distingue d'après le mât auquel ils 
sont attachés : gabiers de grand' hune, au nombre de 16 
pour un vaisseau, de 10 à 12 pour une frégate; gabiers 
de misaine, en pareil nombre ; gabiers d'artimon et de 
beaupré, moins nombreux. Le titre de gabier implique 
un emploi et non un grade; il ne se porte pas à terre. Les 
contre-maîtres sont choisis de préférence parmi les ga- 
biers. Dans les prises faites par les bâtiments de l'État, 
chaque gabier a 2 p. */29 (arrêté consulaire du 9 ven- 
tôse an iv ). 

GABION, sorte de g. . panier cylindrique, sans fond, 
formé d'un clayonnage, et qu'on remplit de terre ou de 
toute autre matière. Il sert, dans les sièges, à garantir 
les troupes et les travailleurs contre la mousqueterie de 
la place. Les gabions de sape ou de tranchée, qui ont 
0"\80 de hauteur, et m ,65 de diamètre extérieur, sont 
remplis de terre : placés debout les uns à côté des autres, 
ils forment, soit le parapet des sapes, des logements, des 
tranchées, soit le cavalier qu'on élève en avant du che- 
min couvert. Les gabions farcis ou roulants ont 2 m ,30 de 
hauteur, l n, ,30 à 1"',50 de diamètre extérieur, et sont gar- 
nis de vingt-cinq à trente fascines, ou de laine, de bourre, 
de menus copeaux : on les emploie couchés , et on les 



GAG 



950 



GAI 



roule an moyen d'un crochet en avant des travailleurs. 

GABLE, en Architecture, couronnement d'un mur de 
façade dans les édifices des périodes romane et ogivale. 11 
dérive du fronton antique, mais il n'en a conservé que la 
forme triangulaire. 11 est simple et uni, ou découpé à jour 
ettrès-orné. Ses dimensions ne sont assujetties à aucune 
règle fixe; la hauteur dépend souvent du comble que le 
gable dans la plupart, des cas est appelé à masquer. Dans 
les monuments romans, il est ordinairement surmonté 
d'une croix, tandis qu'à l'époque ogivale il se couronne 
de bouquets en panaches. V. Pignon, Fronton. E. L. 

GABLETS, petits gables décorant les niches et les dais, 
qui même dans le principe en portaient le nom. 

GABORD. V. Bordage. 

GABURON ou JUMELLE, pièce de bois qui recouvre 
un bas-mât depuis sa naissance jusqu'au quart environ de 
sa longueur au-dessous de la hune, pour le renforcer, et 
pour le garantir des frottements du mat supérieur qu'on 
monte ou qu'on descend. Gaburon est pour capuron , 
dérivé du latin caput, tête. 

GACHIS (de l'allemand waschen, laver), mélange de 
chaux, de sable, de plâtre ou de ciment délayé dans de 
l'eau, et propre à la bâtisse. Gâcher serré, c'est mettre 
du plâtre dans l'eau jusqu'à ce qu'elle soit tout absor- 
bée; (lâcher lâche, c'est mettre peu de plâtre et obtenir 
un mélange très-liquide. 

GAÉLIQUE, nom que les linguistes donnent à la 
branche des langues celtiques (V. ce mot) qui comprend 
l'idiome des montagnards de l'Ecosse et celui des paysans 
irlandais. Cependant les écrivains anglais appellent gaé- 
lique la langue primitive de l'Ecosse, à l'exclusion de 
celle de l'Irlande. C'est à elle également qu'ils donnent 
les noms d'erse et (l'albanack. La déclinaison du gaélique, 
qui a cas, se fait en partie par flexion et en partie à 
l'aide de prépositions. Il n'y a pas de genre neutre. La 
conjugaison, riche en modes, puisqu'elle a un mode né- 
gatif, est pauvre en temps, car elle n'a que l'imparfait et 
le futur; les autres temps se forment par périphrases. 
Le passif se forme sans auxiliaires, si ce n'est aux modes 
optatif et conjonctif. A l'indicatif, la terminaison est 
invariable pour les deux genres et pour toutes les per- 
sonnes, et le pronom personnel se place après le verbe. 
Un certain nombre de particules, en se joignant à un 
adjectif, à un substantif ou à un verbe, en modifient le 
sens. Dans la construction, l'article, les verbes et les pro- 
noms possessifs se mettent avant le substantif, mais le 
nominatif ou le sujet est placé ordinairement après le, 
verbe; les prépositions précèdent leurs régimes. Le gaé- 
lique est plein de sons gutturaux. Sans doute on ne 
l'écrivait pas avant l'arrivée des Romains dans la Grande- 
Bretagne; car on n'a découvert aucun manuscrit, aucun 
monument épigraphique antérieur à cette époque. L'al- 
phabet que l'on adopta dans la suite n'est autre que le 
latin : il se compose de 18 lettres, où ne figurent pas k, 
q, v, x, y et s. L'écriture est hérissée de consonnes, qui 
cependant ne se prononcent pas. La prononciation a 
beaucoup varié selon les localités, et l'orthographe selon 
les époques. On a distingué jusqu'à 24 rbythm.es dans 
la versification : l'emploi de la rime finale est rare, mais 
on se sert fréquemment des assonances, de l'allitération 
et même de la rime dans le corps du vers. Parmi les 
poètes dont on a conservé des chants gaéliques, 00 peut 
citer : Lacklan-.VIhor-Mhuirich-Albinnich, barde du Lord 
des lies au commencement du xv e siècle; Alexandre Mac- 
Donald et Jean Loin Mac-Donald, du xvin u siècle; Ylac- 
Intyrc, dont les œuvres ont été publiées en 1708; Du- 
nald Buchanan, en 1770; Kenneth Uackensie, en 1796; 
John Mac-Gregor, en 1801 ; Allan Maç-Douga) , en 1800; 
Robert Donn, en 1829. V. Shaw, Dictionnaire gaélique et 
anglais, Londres, 1780, 2 vol. in-4°; J. Kelly, Gram- 
maire pratique de l'ancien gaélique, ibicL, L8Ô3, in-4°; 
Stewart, Éléments de la grammaire gaélique, -'' ('■dit., 
Edimbourg, 1812; Armstrong , Dictionnaire gaélique , 
Londres, 1825, in-i°; Dietkmarium scoto-celtteum, ou 
Dictionnaire complet de la langue gaélique, publié par 
la Société des Htghlands, Edimbourg, 1828,2 vol. în-4°. 

GAFFE, perche munie d'un fer à deux branches poin- 
tues, dont l'une est, droite et l'autre recourbée. Elle sert 
à pousser une embarcalinn au large, ou à la retenir en 
profitant, d'un point d'appui quelconque. 

GAGE (de l'allemand mage, balance, équilibre;), chose 
donnée comme sûreté de l'exécution d'une convention, 
et contrai qui confère un droit sur cette chose. Le droit 
S consiste dans la faculté de se faire payer sur la 
chose donnée en gage, par privilège et, préférence aux 
autres créanciers (Code Napol., art. 2073j. Les droits 



à'antichrèse, de privilège, d'hypothèque (V. ce mots), 
portent sur des gages : mais l'hypothèque est un droit, réel 
et de préférence sur les immeubles ou leur usufruit; 
l'antichrèse, un droit de percevoir les fruits de l'im- 
meuble; le privilège, un droit né de la qualité même de 
la créance, qui peut exister sur les meubles ou sur les 
I immeubles, ou sur tous à la fois; le gage proprement 
i dit, un droit de préférence sur les meubles seulement. 
Le contrat de gage se forme par tradition de l'objet mo- 
bilier; le droit ne subsiste sur le gage qu'autant que ce 
gage a été mis et est resté en la possession de celui qui 
a dû le recevoir (Code Napol., art. 2070). Le gagé, p s- 
sédé à titre précaire, est imprescriptible ; le créancier ne 
peut se l'approprier ou en disposer, et doit recourir à la 
justice pour réaliser ses droits ou pour se faire inde m- 
niser des dépens et pertes que le gage a pu lui occa- 
sionner. Le gage est indivisible, et ne peut être réclamé 
par portion. Le débiteur peut exercer des recours pour 
détérioration de l'objet qu'il a engagé. V. Troplong, 
Commentaire du Nantissement, du Gage et de l'Anli- 
clirèse, 18 il, in-8°. 

gage (Lettre de). V. Lettre de gage. 

GAGERIE (Saisie-). V. Saisie. 

GAGES, salaires des domestiques et des ouvriers. 
V. Domestique, Salaire. 

gages (Prêt sur). V. Prêt, et Mont-de-Piété. 

GAGEURE. V. Pari. 

GAGNE-PAIN, nom donné, pendant le moyen âge, à 
ceux qui faisaient profession de nettoyer et raccommoder 
les vases d'étain. C'est sans doute parce qu'on les payait 
avec un morceau de pain. Ils étaient exempts du service 
du guet. On les appelait aussi gagne-deniers et gagne- 
mailles. 

GAIDON, un des romans carlovingiens (V. ce mot), 
qui peut être considéré comme une suite de la chanson 
de Roncevaux, C'est, le complément de la vengeance de la 
mort des douze pairs. Gaidon, duc d'Angers, est fausse- 
ment accusé par Thibaut d'Aspremont, frère du traître 
Ganelon , d'avoir voulu empoisonner l'empereur. De là 
une guerre entre le vassal et le suzerain. Charles est fait 
prisonnier; mais le vainqueur se jette à genoux devant le 
vaincu, en le suppliant de lui rendre son amitié. La paix 
est rétablie; la vérité paraît au grand jour; Thibaut est 
mis à mort, et Gaidon épouse la reine de Gascogne. — 
La chanson de Gaidon, dans laquelle Charlemagne joue 
le plus triste rôle , se trouve à la Bibliothèque impé- 
riale de Paris dans deux manuscrits du xiu* siècle 
ei dans un du xv e . Elle contient 10,887 vers, et a été 
publiée par MM. Guessard et S. Luce dans la collection 
des Anciens poètes de la France, Paris, 1802, in-10. 
V. l'Histoire littéraire de la France, tome xxn; S. Luce, 
De Gaidone, carminé gallico vetustiore, disquisitio cri- 
tica, Paris, 1800, in-8". 

GAILLARDE, ancienne danse, originaire d'Italie, et 
qu'on appela d'abord la Romanesca (la Romaine). Elle 
s'exécutait à 3 temps, d'un mouvement vif et animé. Il 
en est resté le pas de gaillarde, composé d'un pas assem- 
blé, d'un pas marché, d'un pas tombé et qui se fait en 
avant et de côté. 

GAILLARDE. V. CARACTÈRES D'IMPRIMERIE. 

GAILLARDS, parties du pont supérieur situées à l'avant 
et à l'arrière des grands bâtiments. Le gaillard d'arrière 
s'étend depuis le couronnement (haut de la poupe) jus- 
qu'au grand mât; le gaillard d'avant est compris entre 
les apôtres (allonges placées de chaque côté de l'étrave) 
et le bout de l'arrière du porte-haubans de misaine. Le 
pont supérieur, qui est aujourd'hui de plain-pied, réunit 
les deux gaillards; autrefois ils communiquaient par les 
passavants. Les gaillards, comme les autres pouls, 
portent, des bouches à feu, mais d'un moindre calibre. 
Le gaillard d'arrière porte généralement une dunette 
(V. ce mot). En mer et dans la vie ordinaire du bord, 
les officiers et les passagers admis à leur table ont seuls 
li; privilège de se promener sur le gaillard d'arrière. En 
rade ou dans le port, le côté de tribord du gaillard d'ar- 
rière est la place d'honneur, et, quand le commandant y 
parait, tout le monde passe à bâbord : en mer, c'est le 
Côté du vent, qui est le coté d'honneur. 

GAILLON i Château de), à l.">kil. E.-S.-E. de Louviers 
! Eure '. Ce château, construit sous Louis XI1T, de 1502 à 
loti'.i, pour le cardinal-ministre, Georges d'Amboise, non 
par l'italien Giocondo, comme on l'a dit, mais par des 
architectes français, et détruit en 1792, fut nue des pre- 
mières et des plus belles produciions de la Renaissance 

en France. H se composait de quatre corps de lugis de 
hauteur égale, enveloppant une cour irrégulière, au mi- 



GAL 



951 



lieu de laquelle était une fontaine à plusieurs vasques de 
marbre blanc superposées. Le clocheton, la dentelure et 
l'ogive gothiques s'y mariaient avec les pilastres italiens 
et les arabesques florentines. Les bâtiments étaient en- 
tourés de parterres, terrasses, pièces d'eau, orangeries, 
serres chaudes, grottes et pavillons à l'imitation des villas 
de l'Italie. Sur l'emplacement du château, s'élève aujour- 
d'hui une maison centrale de détention, où l'on ne voit 
plus des constructions premières qu'un porche llanqué 
de quatre tourelles, une tour de la chapelle, une galerie 
et une terrasse. Une des façades, richement sculptée et 
ciselée, a été transportée par Alexandre Lenoir dans la 
première cour du palais des Beaux-Arts à Paris, où on la 
connaît sous le nom d'Arc de Gaillon: elle est de Pierre 
Fain, architecte rouennais. La fontaine se trouve au 
Louvre, dans le Musée de la sculpture française. Les boi- 
series et les stalles de la chapelle sont dans l'église de 
S'-Denis. B. 

GAINE, étui de couteau, de ciseaux,' de poignard, etc. 
On donnait autrefois aussi ce nom aux fourreaux de 
sabres et d'épées, d'où vinrent les expressions dégainer, 
rengainer. — En Architecture, la gaine est un support 
s' évasant de bas en haut et servant à soutenir un buste : 
le corps est censé renfermé dans la gaine, et les pieds 
sortent par en bas. Quand la statue est ainsi complétée, 
elle prend le nom de terme. 

GAIN1ER, ouvrier qui fabrique les gaines. Les gaîniers, 
fourreliers et ouvriers en cuir bouilli formaient autrefois 
à Paris un corps de métier, dont l'ordonnance d'établis- 
sement remontait à l'année 1323. 

GAINS DE SURVIE, en termes de Droit, avantages sti- 
pulés entre particuliers au profit du survivant. 

GA1TÉ (Théâtre de la), le plus ancien des théâtres 
du boulevard du Temple à Paris. Fondé par Nicolet en 
'1700, sous le titre de Théâtre des grands danseurs du 
rut, on y donna des danses funambulesques, des panto- 
mimes et de petites comédies boulionnes, dont l'acteur 
Taconnet eut longtemps la fourniture. En 1792, il reçut 
le nom de Théâtre d' Emulation, et, bientôt après, celui 
de Théâtre de la Gaité. Vers 1800, on y joua les premiers 
mélodrames, puis la célèbre féerie du Pied ée Mouton. 
Les vaudevilles de Brazier et les drames de Pixéi'écourt 
lui donnèrent une grande vogue. En 1835, un incendie 
consuma tout l'intérieur et le matériel de la salle, qui fut 
reconstruite la même année. Le théâtre de la Gaité a 
eu quelques succès prodigieux, parmi lesquels il faut 
citer le Sonneur de Saint-Paul , la Grâce de Dieu, et les 
Cosaques. B. 

GALA, ancien mot qui signifiait un vêtement riche et 
somptueux , dont les nobles se paraient pour les fêtes et 
les festins de cour. 11 ne subsiste plus que pour désigner 
un festin. 

GALANDRE, navire. V. Chélande. 

GALANTERIE, mot qui désigne les actes d'empresse- 
ment, d'égards et de protection de l'homme envers la 
femme dans les pays civilisés. Un homme galant est celui 
qui montre auprès des femmes cette assiduité, cet esprit 
de condescendance ; l'expression de galant homme ex- 
prime une tout autre idée, celle d'un homme dont la 
conduite est probe, loyale et digne d'estime; appliquée a 
la femme, l'épithète de galante est toujours prise en 
mauvaise part, et exprime d'une manière à peu près hon- 
nête une idée qui ne l'est pas. La galanterie est un sen- 
timent moderne, et particulièrement français. Elle a eu 
un âge florissant à l'époque de la chevalerie. Impossible 
en dehors des hommes bien élevés et polis, elle a dégé- 
néré souvent en abus et en scandales, même à la cour, 
où la dignité semblerait devoir la contenir dans de justes 
bornes : on l'a vue licencieuse au XVI e , au xvn c et au 
XVIII e siècle, et maniérée, pleine d'afféterie au sortir de 
la Révolution. 

GALANTS, coques de rubans employées comme garni- 
ture. C'était un ornement de toilette au xvn e siècle. 

GALAUBAN. V. Galhauban. 

GALBE, (de l'italien garbo, bonne grâce), en Archi- 
tecture et en Sculpture, contour arrondi d'un objet quel- 
conque. On dit qu'une colonne est galbée, lorsqu'au lieu 
d'avoir un fût rectiligne, elle se renfle au milieu et di- 
minue dans les autres parties suivant des règles fixes. 
En général, on appelle galbe le chantournement d'un 
vase, d'un balustre, d'une console, le profil d'une sta- 
tue, etc. E. L. 

GALEA, genre de casque romain, en métal fourbi, sur- 
monté d'un petit anneau, et s'attachant avec une jugu- 
laire. Celui des officiers avait un cimier de plumes ou de 
crin. Le casque des trompettes était couvert d'une peau 



de lion avec sa crinière. Dans les jeux du Cirque, les 
cochers eurent des casques à ailerons, symbole de lé- 
gèreté. On voit au cabinet des antiques, à Paris, un 
casque romain fondu avec tant de délicatesse, qu'il n'a 
guère plus de 2 millimèt. d'épaisseur et ne pèse qu'un 
kilogr. • B. 

GÀLÉACE ou GALÉASSE (de l'italien galea, galère}, 
gros navire à un seul pont, à trois mâts, et à 25 ou 
30 bancs de rameurs, employé dans l'Adriatique et la 
Méditerranée dans les derniers siècles du moyen âge. La 
galéace, étroite en proportion de sa longueur, qui attei- 
gnit quelquefois 00 met., avait les mêmes parties que la 
galère, mais était d'un tiers plus longue, plus large et 
plus haute. A la poupe et à la proue étaient disposées 
deux grandes places pour les soldats et plus tard pour 
l'artillerie; une espèce de rue ou coursive, entourant le 
navire à l'intérieur, servait aussi à loger des soldat-, qui 
pouvaient tirer par des meurtrières en restant à l'abri 
des coups de l'ennemi. La galéace figura pour la 1" fois 
dans la marine française sous Philippe le Bel. 1} 

GÀLÈCHE. V. Cuihasse. 

GALÉE, terme de typographie. V. Composition. 

GALÈRE, navire. ) V. notre Dictionnaire de 

GALÈRES (Peine des). ) Biographie et d'Histoire. 

GALETTE, pièce plus longue que large, parfois d'une 
très-grande longueur, et qui sert dans les palais à réunir 
plusieurs appartements, (tomme ces galeries offrent un 
bel emplacement pour les fêtes où l'on invite un grand 
nombre de personnes, on y a souvent placé des meubles 
de luxe, de belles tentures, des tableaux. Par suite, on 
lit des galeries spécialement consacrées aux objets d'art, 
et le mot galerie a désigné des collections artistiques. 

e.ALKiiiE, nom qu'on donne dans les églises aux espèces 
de nefs pratiquées au-dessus des voûtes des bas cotés, et 
donnant sur la nef majeure par plusieurs ouvertures. Il 
n'y en a peut-être pas de plus remarquables que celles 
qui entourent le chœur et le sanctuaire de la cathédrale 
de Bayeux. Dans certaines églises, comme à Notre-Dame 
de Chàlons-sur-Marne et à Notre-Dame de Laon, les ga- 
leries sont aussi larges que les nefs collatérales au-dessus 
desquelles on les a construites. Les monuments des xiu'', 
xiv e et xV siècles ne présentent généralement pour gale- 
ries que d'étroits passages pratiqués dans l'épaisseur des 
murs. Quelquefois les galeries sont seulement simulées 
par l'ornementation, et ne font qu'indiquer un étage au- 
dessus des grandes arcades et des voûtes des basses nefs. 
On voit aussi des galeries extérieures qui coupent la fa- 
çade des cathédrales : les plus remarquables sont celles 
d'Amiens, de Reims, et de Paris. Enfin, d'autres galeries 
extérieures, placées au sommet des murailles, et souvent 
construites en encorbellement, sont destinées à donner 
passage à la base des combles et des charpentes. 

galerie, en termes de Fortification, conduit souterrain 
servant à l'attaque et à la défense des places. La Galerie 
de communication mène les assiégés de la place aux tra- 
vaux avancés. La Galerie de mine sert aux assiégeants 
pour arriver au pied des murs à l'abri de l'artillerie; 
elle a environ 1 met. de largeur sur l m ,30 de hauteur. La 
Galerie de contre-mine et d'écoute est destinée à contre- 
battre les travaux de mine faits par les assiégeants. Les 
galeries souterraines étaient employées par les Anciens 
comme moyen d'attaquer les places : on creusait sous les 
murs de longues galeries qu'on étayait avec des pièces 
de charpente. Lorsqu'elles étaient terminées, on y entas- 
sait des matières combustibles; le feu, en détruisant les 
supports en charpente des voûtes, faisait crouler les murs. 
Les assiégés, de leur côté, minaient les travaux d'attaque 
pour les renverser et les incendier. Il se livrait sous terre 
de terribles combats, parce que ces travaux étaient alors 
beaucoup plus considérables que de notre temps. La ga- 
lerie d'approche s'appelait vinea (vigne, treille), parce 
qu'elle était souvent faite à jour et recouverte d'un fort 
treillis en charpente qui la faisait ressembler à un ber- 
ceau de verdure. 

galerie, nom donné autrefois, dans la Marine, à une 
espèce de balcon établi à l'arrière d'un navire et un peu 
en saillie au-dessus du gouvernail. Elle était ordinaire- 
ment décorée d'une balustrade, et servait de promenade 
au capitaine. Parfois il y en avait deux l'une au-dessus 
de l'autre, et on les appelait Jardins, parce qu'on les em- 
bellissait de fleurs. Elles se fermaient avec des rideaux. 
— Aujourd'hui, la Galerie est un couloir ou corridor pra- 
tiqué dans l'intérieur d'un bâtiment de guerre à la flot- 
taison, pour faciliter les réparations de la coque pendant 
le combat. 

galeme, espèce de balcon construit aux divers étages 



GAL 



952 



GAL 



d'une salle de spectacle, et destiné à recevoir, sur des 
files do banquettes, un ou plusieurs rangs de spectateurs 
en avant des loges. 

GALÉRIEN, mot synonyme de forçat. V. Bagne. 

GALERUS. V. ce mot dans notre Dictionnaire de Bio- 
graphie et d'Histoire. 

GALGAL. V. Cei.tiqies (Monuments). 

GALHAliBAN , la plus longue des manœuvres dor- 
mantes d'un bâtiment, servant à assujettir, par le travers 
et vers l'arrière, les mâts de hune, de perroquet, et de 
cacatois. Les galhaubans tiennent mieux les mâts élevés 
que les haubans. Sur les vaisseaux et les frégates, on en 
établit quatre de chaque bord sur le grand mât de hune, 
autant sur le petit, trois au mât de perroquet de fougue 
ou mât de hune d'artimon, trois aux mâts de grand et de 
petit perroquet, deux ou trois au mât de perruche, un 
ou deux aux trois mâts de cacatois. 

GALIUI (Langue). V. Caraïbe. 

GALICIEN (Dialecte). C'est un idiome à part, presque 
aussi distinct du castillan que le catalan, sans ressembler 
cependant à ce dernier, et il présente, au contraire, 
beaucoup d'analogies avec le portugais; mais il a du cas- 
tillan la richesse, la tendance aux contractions, aux sup- 
pressions de certains mots, tels par exemple que l'article. 
Le galicien suit à peu près le portugais dans les formes 
de la conjugaison. La situation géographique de la Galice 
explique ces analogies. Vers le xn c siècle et le xm e , le 
portugais et le galicien ne formaient qu'un seul idiome. 
Plus tard, avec le progrès de la nationalité portugaise et 
l'établissement d'une cour, la langue portugaise se déve- 
loppa, se polit, tandis que le galicien demeura dans sa ru- 
desse primitive, à l'état d'idiome local. Il s'est formé anté- 
rieurement au castillan : on connaît des monuments de 
la prose galicienne qui datent de 1150, et des fragments 
de poésies qui remontent à l'an 1200. Vers la fin du xn e 
siècle, le galicien était l'idiome principal ou prédominant 
dans la péninsule : le roi de Castille Alphonse X s'en 
servit pour écrire sa Chronique riméc. V. les Mémoires 
pour servir à l'histoire de la poésie espagnole par le 
P. Sarmiento, et la fameuse Lettre du marquis de San- 
tillane au connétable de Portugal. * E. B. 

GALIEN RÉTHORE, c.-à-d. Galien le Restauré, roman 
du cycle carlovingien. Charlemagne se vantant un jour 
de sa puissance, l'impératrice lui dit que le plus grand 
des princes est Hugo , empereur de Constantinople. Il 
veut s'en assurer, et, accompagné de ses douze pairs, va 
faire ses dévotions à Jérusalem et visiter Hugo en pas- 
sant. Les extravagances chevaleresques sont poussées à 
un tel excès pendant ce voyage, que l'auteur, selon quel- 
ques critiques, aurait voulu faire la satire des composi- 
tions de son temps. On y voit, par exemple, Charlemagne 
et ses pairs, assimilés à Jésus-Chris! et aux Apôtres, faire 
de nombreux miracles. V. la Bibliothèque des romans, 
octobre 1778. 

GALIMATIAS, discours embrouillé et confus, qui 
semble dire quelque chose et ne dit rien. En voici un 
en manière de madrigal que Collé fit par plaisanterie, et 
qu'il lut un jour devant Fontenellc, chez M me de Tencin : 

Qu'il est heureux de se défendre 
Quand le coeur ne s'est pas rendu! 
Mais qu'il est fâcheux de se rendre, 
Quand le bonheur est suspendu ! 
Dana un discours sans suite et tendre, 
Egarez un cœur éperdu ; 
Souvent par un mal entendu 
L'amant adroit se fait entendre. 

Fontenclle, croyant comprendre ce couplet, voulut le faire 
recommencer. « Eh! grosse bête, lui dit M mc de Tencin, 
ne vois-tu pas que ce n'est que du galimatias! » 

lluct croit que ce mot est la réunion des deux mots 
lai i us Galii Mathias, dont se servit un avocat, au lieu de 
Gallus Mathiœ, au sujet d'un coq appartenant à une des 
parties qui s'appelait Mathias : â force de répéter ces 
deux mots, l'avocat, s'embrouillant, en intervertit l'ordre; 
et c'est depuis que ce mot galimatias, qu'on devrait 
écrire Gallimathias,s.\ l'anecdote est. vraie,a été appliqué 
à tout assemblage de mots inintelligible. Boileau a dis- 
tingué le galimatias simple, que l'auteur comprend et 
que le public ne comprend pas, et le galimatias double, 
que. ne comprend ni le public ni l'auteur. G. 

GALION, ancien navire qu'il ne faut pas confondre 
avec le gaîio ou galionus, petite galère ou galiote du 
moyen âge, et qui fut en usage aux xvi c et xvn e siècles. 
11 tenait de la nef ou vaisseau rond par la forme géné- 
rale, et de la galère par la longueur. Le port des plus 



grands galions était de 1,000 â 1,200 tonneaux. Dans les 
Hottes on voyait des galions à 3 et 4 ponts, dont les su- 
périeurs portaient des canons. Les galions d'un faible 
tonnage marchaient quelquefois à l'aviron ; les grands 
n'usaient que de la voile. La mâture consistait en trois 
mâts verticaux, le mât de misaine, le grand mât, et le mât 
d'artimon; parfois on en arborait un 4 e en arrière de 
l'artimon, le contre-artimon. Les voiles du mât de mi- 
saine et du grand mât étaient carrées et au nombre de 
trois, la basse voile, le hunier et le perroquet; celles de 
l'artimon et du contre-artimon étaient à la latine, c.-à-d. 
enverguées sur des antennes. L'Espagne, voulant monopo- 
liser le commerce avec le Nouveau Monde, formait la 
llotle d'argent, convoi de douze forts galions portant les 
noms des douze apôtres. Mais ces navires , qui portaient 
tant de richesses, mal armés, peu propres au combat, 
devenaient souvent la proie des pirates. B. 

GAL10TE (de l'italien galiotta, petite galère), ancien 
navire léger, rapide à la course, et, par conséquent, très- 
favorable à la piraterie. Sa construction et son gréement 
étaient les mêmes que ceux de la felouque. Il ne faut pas 
confondre ce navire, qui fut adopté par les corsaires 
barbaresques, avec la galiote hollandaise, large et lourd 
bâtiment destiné à porter le plus de marchandises pos- 
sible, et dont la marche est pénible et lente. On a encore 
donné le nom de galiote aux coches d'eau qui servaient 
à voyager sur les canaux et les rivières. 

GALIOTE A BOMBES. V. BOMBARDE. 

GALLE (Tours de). V. notre Dictionnaire de Biogra- 
phie et d'Histoire. 

GALLÉE, nom que donnaient les Grecs du Bas-Empire 
à un vaisseau long à éperon (navis rostrata), allant à la 
rame et à la voile. 

GALLIAMBIOUE (Vers), espèce d'hexamètre latin, 
dont la première partie ressemble assez à un vers ana- 
créontique ( « -- ou ou « « « « ), et dont les trois 
derniers pieds sont un anapeste, un tribraque ou un 
ïambe, et un ïambe. La pièce 03 du recueil de Catulle est 
écrite en galliambiques. Les Galles, prêtres de Cvbèlc, 
faisaient usage de ce mètre pour leurs danses; de là son 
nom. P. 

GALLICANE (Église). V. Église gallicane, dans notre 
Dictionnaire de Biographie et d'Histoire. 

GALLICISME, idiotisme de la langue française, c.-à-d. 
manière de s'exprimer particulière à cette langue. Le 
gallicisme peut se trouver : 1° dans le sens d'un mot 
simple; ainsi, le mot sentiment, qui est commun à plu- 
sieurs langues modernes, n'a qu'en français le sens d'af- 
fection de l'âme et de passion amoureuse, d'où est venu ie 
mot sentimental ; 2° dans l'association de plusieurs mots : 
sage-femme, forte tête, mauvaise grâce, etc.; 2° dans 
l'emploi d'une figure : Comment vous portez-vous? — 
Rompre en visière à tout le genre humain ; dire à bout; 
vous me la baillez bonne; une chose en l'air, etc.; 4" dans 
la construction de la phrase : Que faire ? Il g a deux ans ; 
il n'y a pas jusqu'aux enfants qui ne s'en mêlent; il 
n'est rien moins que généreux; vous avez beau dire; si 
j'étais que de vous, etc.. — Plus le sujet traité par l'écri- 
vain se rapproche du genre familier ou populaire, plus 
le gallicisme abonde. Ainsi on en trouve bien plus dans 
les Lettres de M 1 " de Sévigné, dans les Fables de La Fon- 
taine et dans les comédies de Molière, que dans Racine, 
Boileau, Bossuct ou BulTon. — Gallicisme signifie en- 
core « faute commise par un Français on parlant ou en 
écrivant dans une langue étrangère, » lorsqu'il donne aux 
mots de cette langue un tour qui n'est correct ou usité 
que dans la sienne propre. Ainsi, ce serait un gallicisme 
d'écrire en latin Venio ab hoc tibi dicendo, et en anglais 
/ corne from saying it you, pour dire Je viens de vous le 
dire, ce qui s'exprime régulièrement dans ces langues 
par Hoc tibi paullo ante dixi, et / hâve ju-st said it 
you. P. 

GALLO-BELGE ou FLAMANDE (École), école musicale 
célèbre aux xv" et xvi e siècles. Elle se développa sous la 
protection des ducs de Bourgogne, et fournil des compo- 
siteurs et des chanteurs à toute l'Europe. Jean Tinct ir 
ou le Teinturier, de Nivelle, fut le plus savant théoricien 
du xv c siècle, et en même temps un compositeur habile : 
les ouvrages qu'il a écrits sur toutes les parties de la 
musique prouvent que Gafforio et les autres théoriciens 
de l'Italie y puisèrent leur science. Devenu maître de 
chapelle de Ferdinand d'Aragon, roi de Naples, il fonda 
la plus ancienne école de musique de l'Italie, et l'on 
conserve ses messes et ses motets en manuscrit dans la 
bibliothèque de la chapelle Sixtine. A la même époque, 
les musiciens flamands les plus remarquables étaient 



GAL 



953 



GAN 



Gilles ou Égide Binchois, Caron, Brassard, Régis, Guil- 
laume Dufay, Antoine Busnois, maître de chapelle de 
Charles le Téméraire, Jean Ockeghem et Josquin Després. 
Au siècle suivant appartiennent Adrien Willaert, de Bru- 
ges, qui devint maître de la chapelle de S'-Marcà Venise, 
et y établit une école où se forma Zarlino, le plus savant 
théoricien de l'Italie; Cyprien Rore, qui fut maître de 
chapelle du dur de Ferrare; Philippe Verdelot, célébré 
par Rabelais, 'et mentionné par Zarlino comme un excel- 
lent maître ; Nicolas Gombert, Clément surnommé non 
Papa, Pierre de la Rue, Jacquet ou Jacques de Berchem, 
Philippe de Mons, Jacques de Kerl, Hobrecht, Corneille 
Canis, Josquin Baston, Jacques de Turnhout, Thomas 
Créquillon, Dominique Phinot, Lupus Helling, Arnold 
de Prug, Jossen Junkers, Jean Castileti , Pierre Marse- 
nus, Matté Lemeistre, Arcadelt , Jacob Vaet , Jean Cres- 
pel, Sébastien Hollander, Eustache Barbion , etc. Il est 
généralement reconnu que les concerts de voix ont pris 
naissance en Flandre vers le milieu du xvi e siècle, quand 
Charles-Quint établit sa cour à Bruxelles. Le plus célèbre 
compositeur de la seconde moitié de ce siècle, celui qu'on 
peut comparer à Palestrina et qui mérita d'être appelé 
comme lui le Prince des musiciens, est Roland de Lassus 
(Orlando Lasso), né à Mons. Depuis le xvi e siècle, l'école 
flamande cessa de produire de grands musiciens : ce fut 
seulement au xvni 1 ' que les provinces belges virent naître 
Gossec.et Grétry. V. Belgique (Beaux-Arts en). B. 

GALLOIS (Idiome), un des idiomes celtiques, de la 
branche kymrique, appelé cimraëg ou kymraig par les 
habitants du pays de Galles, et welsh par les Anglais. 11 
est encore parlé aujourd'hui par les paysans gallois, et 
cultivé avec un zèle tout national par les antiquaires du 
pays. Ses monuments écrits sont fort anciens et assez 
nombreux. V Archéologie du pays de Galles, publiée en 
anglais en 1801, en renferme une collection très-intéres- 
sante : il y a là des poésies qu'on peut rapporter, avec 
assez de vraisemblance, aux vr% vn e et vm e siècles. Le 
gallois forme sa déclinaison à la manière du français, en 
modifiant l'article ; il n'a que deux genres. Les substan- 
tifs ont un pluriel; mais les adjectifs ne varient jamais 
leur terminaison, ni par rapport au genre, ni par rapport 
au nombre. Les diminutifs sont très-nombreux. La con- 
jugaison est riche en temps, qui se forment par flexion 
comme dans le latin. On écrit le gallois avec l'alphabet 
latin. V. W. Salisbury, Dictionnaire anglais et welche, 
Londres, 1547, in-8°; J. Davies, Dictionnaire gallois, 
1552, in-fol.; H. Perry, Grammaire welche, 1595, in-4°; 
W. Richards, Dictionnaire welche-anglais, dans son An- 
tiquœ linguœ britannicœ thésaurus, Bristol, 1753, in-8°; 
W. Evans, Dictionnaire anglais -welche , Carmarthen, 
1771, in-8°; W. Owen, Dictionnaii'e gallois, Londres, 
1793, et Grammaire galloise, 1804. 

GALLOT, nom donné au patois de la haute Bretagne, 
dans lequel se sont perpétuées des expressions qu'on ne 
lit pb;s que dans les auteurs du xv c et du xvi e siècle. 

GALOCHES, souliers à semelle de bois, ou à semelle 
en cuir très-épaisse et garnie de gros clous. 

GALON, bande étroite d'un tissu fabriqué avec des ma- 
tières très-diverses, fil, laine, soie, or, argent, etc. Le 
galon est une des marques les plus usitées pour distin- 
guer diverses conditions sociales, depuis la livrée du va- 
let jusqu'à la toque du magistrat ou le riche habit du 
fonctionnaire. L'Église fait aussi un large emploi du galon 
dans ses ornements. Dans l'armée, les galuns servent à 
distinguer les grades des sous-officiers : les caporaux ont 
deux galons de laine sur l'avant-bras; les sergents, un 
galon d'or ou d'argent, selon le corps; les sergents-ma- 
jors, deux galons d'or ou d'argent; les fourriers, un galon 
d'or ou d'argent sur le haut du bras. Les tambours, 
trompettes et musiciens ont, au collet et aux manches, 
des galons dont la forme et le nombre ont beaucoup ra~ 
rié. Pour distinguer facilement les g^'sns en or et en ar- 
gent, la loi a voulu, sous des peines sévères, que le fil 
5~- -^pVqr et d'argent fin fût pfccé sur de la soie, et que le 
cTOnvre ou le lin servît aux galons en faux. On appelle 
filons pleins ce»\ q U ; n 'ont point d'envers et présentent 
un du." T1 deq deux côtés; galons figurés, ceux qui ont 
un envers, mais formé des mêmes matières que l'en- 
droit; galons systèmes, ceux dont le dessin et la matière 
ne paraissent que d'un côté. Le prix élevé des galons fins 
a donné une grande extension à la fabrication des galons 
en faux. 

galon, en termes d'Architecture, bandelette garnie de 
perles. 

GALOP, danse à deux temps , d'un mouvement vif et 
mêmeemporté, et originaire delallongrie ou de la Bavière. 



Elle parut à Berlin en 1822, et à Paris en 1827 dans le 
ballet de la Neige. Le galop de l'opéra de Gustave III, par 
Auber, est célèbre. Le galop est devenu le complément 
presque obligé de la contredanse, et le finale de tous les 
bals. 

GALOUBET ou FLUTET (du provençal gai, joyeux, et 
oubet pour aubet, diminutif de auboï, hautbois), le plus 
aigu des instruments à vent, espèce de flageolet à bec. 
Plus élevé de deux octaves que la flûte traversière, et 
d'une octave que la petite flûte, il est en ton de ré. On 
parvient difficilement à en bien jouer; car la main gauches 
seule sert à le tenir et à le mettre en jeu, afin d'en tirer 
avec trois trous deux octaves et un ton. La gamme se fait 
de trois vents différents. Le galoubet, instrument cham- 
pêtre, ne va pas sans le tambourin {V. ce mot), sur le- 
quel l'exécutant marque le rhytbme et la mesure avec la 
main droite. Il est depuis longtemps abandonné dans le 
nord de la France, mais il est encore très-commun en 
Provence : là on trouve des gens qui , sans être musi- 
ciens, exécutent des passages d'une justesse, d'une net- 
teté et d'une vivacité incroyables ; s'ils sont en nombre, 
ils jouent à deux parties, et quelque clarinettiste en 
improvise une 3 e . A la fin du siècle dernier, J.-N. Car- 
bonel , musicien de l'Opéra de Paris, était parvenu à 
jouer du galoubet dans tous les tons sans changer de 
corps; il a laissé une Méthode pour cet instrument. 
Plus récemment, Chàteauminois eut des succès sur le 
galoubet. B. 

GALVARDINE , ancien manteau dont on se couvrait 
pour se préserver de la pluie. 

GAMBE, sorte de jeu d'orgue de forme cylindrique, fait 
en étain, et ayant ordinairement huit pieds. La gambe, 
que l'on nomme aussi viola di gamba, rentre dans la 
série des jeux dont le diapason est étroit. Ce jeu parle 
lentement, et, imite le frottement de l'archet sur une 
corde de violoncelle. F. C. 

GAMBISON ou GAMBESSON (du vieux verbe gam- 
boiser, rembourrer), espèce de plastron en peau rem- 
bourrée de laine, d'étoupe ou de crin , que les cavaliers 
du moyen âge mettaient sous la chemise de mailles, et 
qui descendait jusqu'aux cuisses. 

GAMELLE (du latin camélia, panier d'osier très-serré), 
grand vase de bois ou de fer-blanc dans lequel étaient 
contenues la soupe et la viande de 8 soldats dans l'ar- 
mée de terre, de 7 matelots dans la marine, et où ils 
mangeaient autrefois ensemble. Une décision du 24 dé- 
cembre 1852 a substitué dans l'armée de terre les ga- 
melles individuelles aux gamelles communes. 

GAMMA, nom donné par quelques auteurs à une es- 
pèce de crosse dont la tête a la forme de la lettre grecque 
de ce nom. 

GAMME, nom de l'échelle 'musicale moderne, com- 
posée de sept degrés différents et de la répétition du pre- 
mier degré qui s'appelle alors octave. La gamme, inventée 
par Gui d'Arezzo, ne fut d'abord composée que de 6 notes, 
ut, ré, mi, fa, sol, la; mais, par la suite, on y ajouta une 
7 e note, le si. Une gamme se divise en tons et demi-tons, 
dont le lieu dépend du mode dans lequel elle est éta- 
blie; mais, dans chaque mode, elle ne peut contenir en 
totalité, du 1 er au 8 e degré, qu'une valeur de tons 
pleins. On appelle gamme diatonique celle qui procède 
par tons et demi-tons, tels qu'ils se trouvent dans l'ordre 
naturel du ton et du mode où l'on est , et gamme chro- 
matique celle qui n'est composée que de demi-tons. Il y 
a deux sortes de gammes diatoniques : l'une, majeure, 
composée de 5 tons et 2 demi -tons, ces derniers placés 
du 3 e au 4 e degré et du 7 e au 8 e ; l'autre, mineure, où les 
demi-tons sont du 2 e au 3 e degré et du 7 e au 8 e . Le nom 
de gamme vient de la lettre grecque gamma, par laquelle 
Gui d'Arezzo désigna la note {sol) qu'il aurait ajoutée, 
dit-on, au-dessous de la dernière note du système des 
Grecs. B. 

GANACHE. V. Caqletoire. 

GAND (Église S'-Bavon, à). Cette église, une des plus 
grandes et des plus belles de la Belgique, était primiti- 
vement consacrée à S 1 Jean. Elle prit le nom de S* Bavon 
en 1540, lorsque Charles-Quint, voulant élever une cita- 
delle sur l'emplacement de l'abbaye de S'-Bavon, lui 
donna pour chapitre les religieux de cette abbaye suppri- 
mée, et on l'érigea en cathédrale en 1559. C'est un mo- 
nument fort peu orné à l'extérieur: les murs, malgré 
leur grande élévation , ne sont renforcés que par de 
minces contre-forts; les portails sont d'une extrême sim- 
plicité. La tour, bâtie de 1402 à 1534, est également plus 
remarquable par la hardiesse de ses proportions que par 
la richesse de ses ornements : quatre tourelles d'angles, 



CAR 



95i 



GAR 



dégagées de la tour elle-même, qui est ortnsone, la font 
paraître carrée. Cette tour, haute de 90'".,66, supportait 
autrefois une llèelie, qui rélevait jusqu'à 122 met., et que 
le feu du ciel a dévorée en 1003. La crypte qui s'étend sous 
le chœur fut bâtie au I e siècle et reconstruite en 1228 ; le 
rond-point du chœur est dans le style ogival du xiu"' siècle ; 
le chœur, plus élevé que les nefs, parait n'avoir été ter- 
miné qu'à la fin du même siècle; les nefs et les tran- 
septs o tirent le style ogival du xv c siècle. Le plan général 
de l'église de S'-Bavon est celui de la croix latine avec 
transepts et collatéraux : il y a, tout autour de l'église, 
des chapelles ornées de précieux tableaux. La chaire, 
sculptée en chêne et en marbre blanc, est l'œuvre de 
Laurent Delvaux. Le chœur est revêtu d'une décoration 
en marbres blanc et noir, dont le style classique n'est 
pas en rapport avec celui de l'édifice; on y voit quatre 
mausolées, dont le plus remarquable est celui de l'évoque 
Triest par Jérôme Duquesnoy, de belles stalles sculp- 
tées, et un maître-autel entouré de trois partes de bronze, 
au lieu de retable. V. Van Lockcren, Histoire de l'abbaye 
de S l -Bavon, 1855, in-8 n . 

GANBTES (Tours de). / V. notre Dictionnaire de Bio^ 

GANTELETS, GANTS. \ graphie et d'Histoire. 

GARAMOND, ancien caractère d'imprimerie, de la 
grosseur du petit-romain, et qui tirait son nom de son 
inventeur. 

GARANTIE (de l'allemand wahren, garder), sûreté 
contre une éventualité quelconque. On nomme garant 
celui qui la donne, et garanti celui qui la reçoit. Les co- 
héritiers sont respectivement garants les uns envers les 
autres des troubles et évictions soufferts par les biens 
héréditaires (Code NapoL, art. 884). Le vendeur ga- 
rantit à l'acquéreur la possession paisible et durable de 
l'objet vendu. L'existence d'une créance, au moment de 
sa vente, doit Être garantie (art. 1693). Le bailleur doit 
garantir son preneur contre les évictions de la chose 
louée (art. 1721 et 1727). Le préteur garantit celui qu'il 
oblige contre les pertes que les défauts à lui connus de sa 
chose pourraient occasionner. Les voituriers par terre et 
par eau (art. 1782 et suiv.), les aubergistes (art. 1052 et 
suiv.), garantissent les objets qu'ils prennent en dépôt. 
L'entrepreneur est, pendant dix ans, responsable des 
vices de construction (art. 1792). — La garantie est légale, 
quand la loi la suppose; conventionnelle, quand elle ré- 
sulte de l'accord des parties. Elle n'est qu'une obligation 
accessoire au contrat, car les parties peuvent convenir 
qu'elles ne garantissent pas l'objet du contrat. On nomme 
garantie de droit celle qui porte sur le droit de la chose 
ou sur ses qualités capitales, essentielles pour l'usage 
qu'on en veut faire; garantie de fait, celle qui regarde les 
vices et les qualités non essentielles de la chose : la pre- 
mière est de rigueur, la seconde doit être stipulée pour 
exister. En vertu de la garantie de droit, l'acquéreur a 
recours contre le vendeur, soit qu'une éviction ou un 
trouble quelconque le prive d'une possession paisible, 
soit pour déi'auts cachés de la chose vendue , lesquels 
auraient empêché le contrat ou en auraient modifié les 
conditions. Dans l'ancien Droit français, il y avait une 
garantie des faits du prince, c.-à-d. que si le prince 
dépouillait un particulier d'un bien acheté, celui-ci avait 
recours contre son vendeur : cette garantie, étant de fait 
et non de droit, devait être stipulée. On distingue encore 
la garantie formelle, qui oblige le garant à prendre le 
fait et cause du garanti à qui l'on intente une action 
réelle ou hypothécaire, si celui-ci le requiert avant le 
jugement (Code de Procéd. civ., art. 182); et la garantie 
simple, en vertu de laquelle le garant peut intervenir si 
le garanti est, inquiété par une action personnelle, mais 
Bans se substituer à lui ( Ibid., art. 1X3). — Le délai pour 
appeler en garantie est de huitaine (Ibid., art. 175), 
délai augmenté selon les besoins des distances, ci dvr 
nombre des garants. / 

Dans les sociétés politiques, il existe des garanties in- 
dividuel les, nées des droits de chacun (telles suit, la liberté 
des cuites, celle de la presse, l'institution du jury, l'in- 
amovibilité des juges), et des garanties constitution- 
nelles, attachées à certaines positions, à certaines fonc- 

ti uis, telles que l'inviolabilité du roi, des pairs et (les 

i établie par Les Chartes de 1811 et de 1830. De 
même, les fon -Liminaires publics ne peuvent être traduits 
en Justice, pour abus de pouvoir ou pour délit commis 

dans l'exercice de leurs fonctions, qu'en vertu d'une au- 
torisation (Loi du 22 frimair .: au \m). 1'. Daunou, Essai 

sur les garanties individuelles, in-8°;Cnerbuliez, Théorie 
des garanties constitutionnelles, 1*38, 2 vol. in-8°. 

GARANTIE nés math ni :, imo. El D'ARGENT, administra- 



tion dépendant du ministère des finances, et dont la 
fonction est d'examiner et de marquer les matières d'or 
et d'argent converties en orfèvrerie ou bijouterie, afin 
d'indiquer leur degré de pureté pour la garantie des ache- 
teurs. Ce contrôle public et obligatoire remonte à l'origine 
de la corporation des orfèvres. Les règlements d'Etienne 
Boileau, du temps de Louis EX, rappelaient que, dans nul 
pays, l'or n'était d'aussi bon aloi qu'en France, et recom- 
mandaient aux fabricants de maintenir cette supériorité. 
Les orfèvres de Paris portaient leurs ouvrages à la Mai- 
son commune, où ils étaient essayés et poinçonnés sous 
la surveillance des gardes du métier. Au xvi" et au 
xvn e siècle, le fisc intervint, et perçut un droit sur les ma- 
tières d'or et d'argent : ce droit, fixé d'abord (déclaration 
du 31 mars 1072) à 20 sous par marc d'argent et à 30 sous 
par once d'or, s'était élevé en 1789, par des augmentations 
successives, à 6 livres 6 sous par once d'or et à 10 sous 
6 deniers par once d'argent (l'or paye aujourd'hui à peu 
près le môme droit ; l'argent paye un tiers en moins). 
Tout droit sur les matières d'or et d'argent fut aboli en 
1791. La loi du 19 brumaire an vi (9 nov. 1707) rétablit 
le contrôle et le droit de garantie. Des bureaux de garan- 
tie sont établis sous l'autorité du ministre des finances 
dans presque tous les départements, et composés d'un es- 
sayeur, d'un receveur et d'un contrôleur. L'essayeur est 
nommé par le préfet; le contrôleur et le receveur sont 
des agents de l'administration des contributions indi- 
rectes. Les bijoutiers et les orfèvres y portent leurs ouvra- 
ges, qui sont essayés, soit à la coupelle, soit aux touchaux, 
coupés s'ils sont au-dessous de tout titre légal, et, s'ils 
sont reconnus bons, acceptés et revêtus d'un poinçon dif- 
férent selon le titre. L'orfèvrerie française paye pour le 
seul droit de marque et par hectogramme: sur les ou- 
vrages d'or, 22 fr., et sur ceux d'argent, 1 fr. 10 c; pour 
le droit d'essai à la coupelle, 3 fr. par 120 grammes d'or, 
80 centimes par 2 kilogr. d'argent; pour le droit d'essai 
au touchau, 9 centimes par décagramme d'or, 9 centimes 
par hectogramme d'argent. L'orfèvrerie exportée a droit 
à la restitution des deux tiers du droit de marque, et 
dans certains cas à la totalité. Les orfèvres sont tenus de 
porter tous leurs ouvrages sans exception au bureau de 
garantie, et d'inscrire sur un livre roté et parafé toutes 
les matières d'or et d'argent qui entrent chez eux. Les 
employés du bureau, accompagnés d'un officier de police, 
font des visites chez les orfèvres, vérifient les livres, pé- 
nètrent dans l'atelier, se font présenter les marchandises, 
saisissent toutes celles qui sont terminées sans avoir été 
revêtues de la marque, et dressent procès-verbal. L'or- 
fèvre est condamné à une amende, et, après trois contra- 
ventions, défense lui est faite d'exercer le métier. Malgré 
cette surveillance et ces rigueurs de la loi, plus du tiers 
des ouvrages d'or et d'argent échappent à la marque et 
au droit. — Les lingots ne sont pas soumis aux mêmes 
règles que les ouvrages fabriqués et destinés à être ven- 
dus aux particuliers; ils sont essayés par les essayeurs 
particuliers du commerce, dont la rémunération n'est 
pas fixée par un tarif. Le maximum du prix qu'ils pren- 
nent est de 1 fr. pour un essai de matière d'or, et de 
75 centimes pour un essai de matière d'argent. Les lin- 
gots portent, outre la marque de l'essayeur, le chiffre 
des millièmes de fin, et il se vend sur cette garantie, dont 
répond l'essayeur. V. Raibaud, Traité de la garantie des 
matières et ouvrages d'or et d'argent, Paris, 1825, in-8"; 
Chaudet, l'Art de l'essayeur, Pans, 1835; Lachèze, Nou- 
veau Manuel simplifié de la garantie des matières et 
ouvrages d'or cl d'argent, Paris, 1838, in-18. L. 

GARCETTES, en termes de Marine, cordes qui servent 
à prendre des ris, ou à attacher le tournevire au cable 
quand on lève l'ancre. Les garcettes des ris sont plus 
grosses au milieu qu'aux deux bouts; celles du tourne- 
vire sont dï'ga'iè, grosseur partout. La garcette était au- 
trefois l'instrument «le discipline avec lequel on frappait 
sur le dos nu des matelots coupables de quelques méfaits. 

CA11D (Pont du). V. notre DiclïZnnaire de Biographie 
et /l'Histoire. 

GARDE, (de l'allemand wahren, garder;, nom do i0( ', ^ 
1" à une réunion de soldats ou autres agents ue la force 
publique, désignés pour veiller, pendant un temps déter- 
miné, au maintien du bon ordre, à la conservation d'un 
monument, à la sûreté d'un poste, etc.; 2" au service qwi 
ce détachement armé accomplit. Monter la garde, c'est 
faire partie de la garde qui prend le service; relever II 
garde, c'est remplacer par une nouvelle garde celle dont 
le service est expiré; descendre la garde, c'est rentrer 
au quartier ou au logement quand la garde a été relevée. 
Battre la garde, c'est exécuter la batterie de tambour qui 



GAR 



955 



GAR 



appelle les hommes à la garde. On nomme grand'garde 
un corps assez considérable de cavalerie placé à la tête 
d'un camp, pour empêcher toute tentative de l'ennemi; 
la grand'garde est protégée elle-même par une garde 
avancée. ■ — Kn beaucoup de cas, garde a le sens de gar- 
dien, de surveillant, de conservateur. 

garde, partie saillante entre la poignée d'une épée ou 
d'un sabre, et qui sert à protéger la main. 

garde-canal, agent chargé de veiller à la conservation 
des canaux, et même des propriétés qui en dépendent, de 
constater les infractions faites aux règlements, ainsi que 
les délits de pêche, et d'en dresser procès-verbal. Ces 
agents sont placés sous les ordres des ingénieurs et des 
conducteurs des ponts et chaussées. 

garde champêtre, agent préposé à la garde des champs. 
On l'appelait autrefois messier (du latin messis, moisson ; 
ou du celtique messaer, gardeur de bêtes), bangard en 
Lorraine, gâstier en Auvergne, bannerot dans le pays 
Messin, et, dans diverses provinces, bannard, sergent de 
verdure, vigner ou garde des vignes, etc. D'après l'ancien 
Droit français, les messiers devaient être idoines (ca- 
pables de remplir leurs fonctions), âgés de 18 à 22 ans 
selon les localités, et prêter serment devant le juge, ou, 
à son défaut, devant l'officier de police (Edit de nov. 
170(i). Une déclaration du 11 juin 1709 ordonna qu'il 
serait nommé dans chaque paroisse un nombre de mes- 
siers proportionné à l'étendue du territoire. Les messiers, 
nommés pour un an , et même pour la seule saison des 
fruits, n'étaient pas tenus d'écrire leurs procès-verbaux, 
mais faisaient seulement des rapports verbaux au gref- 
fier, qui les inscrivait, et ces rapports, affirmés véri- 
tables, faisaient foi en justice. La loi du 28 sept. 1791 
exige que les gardes champêtres soient âgés de 25 ans au 
moins et reconnus pour gens de bonnes mœurs, et qu'ils 
prêtent le serment de « veiller à la conservation de toutes 
les propriétés qui sont sous la foi publique, et de toutes 
celles dont la garde leur aura été confiée par l'acte de 
leur nomination. » Celle du 20 messidor an ni (8 juillet 
1 795 ) ordonne qu'il y en ait dans toutes les communes. 
Un arrêté du 25 fructidor an ix décide qu'ils seront 
choisis parmi les vétérans dont les préfets auront du 
dresser une liste, et que le choix, confié au maire, con- 
trôlé par le conseil municipal , sera admis par le sous- 
préfet , lequel délivre la commission. Depuis le décret du 
25 mars 1852, les gardes champêtres sont nommés par 
les préfets sur la présentation des maires. Ils sont agents 
de la force publique, et doivent prêter main-forte quand 
ils en sont requis : tout excès commis contre eux dans 
l'exercice de leurs fonctions est de la compétence de la 
Cour d'assises (Code pénal, art. 228, 230). Ils sont, de 
plus, officiers de police judiciaire, auxiliaires du procu- 
reur impérial, sous la surveillance duquel ils sont placés 
(Code d'Instr. crim., art. 17), et jouissent, à ce titre, des 
privilèges et garanties des membres de l'ordre judiciaire- 
Leurs fonctions ne sont pas annuelles comme celles des 
messiers, mais d'une durée illimitée ; leur salaire est 
prélevé sur les revenus de la commune, et complété au 
besoin par des centimes additionnels à la contribution 
foncière assise sur les biens ruraux. 

Incompétents hors du territoire pour lequel ils sont 
assermentés, les gardes champêtres parcourent ce terri- 
toire, porteurs d'armes autorisées par le préfet , et munis 
d'une plaque de métal ou d'étoffe, placée en endroit 
apparent et sur laquelle sont écrits leur nom, celui de la 
commune, et le titre de la loi. Ils constatent les délits et 
contraventions qui portent atteinte aux propriétés ru- 
rales, et leur procès-verbal (V. ce mot) doit être remis 
dans le délai de trois jours, y compris celui du délit, au 
commis-aire de police, ou, à son défaut, au maire ou ad- 
joint, devant lequel il faut encore qu'il soit a.n.raiJ véri- 
table. Puis la juridiction compétep+g est saisie dans le 
délai de 8 jours ; si la poursujJê n'est pas ensuite entre- 
prise dans le délai d'un m ois par la partie lésée ou le 
ministère public, il >py a plus lieu à poursuivre (Loi du 
1 S sept. 1 791 )• li/s gardes champêtres sont responsables 
des a: : l ';; < Qu'ils auraient négligé de faire connaître. Si le 
délinquant pris en flagrant délit peut encourir, vu la gra- 
vité du cas, la peine de l'emprisonnement, ou si c'est un 
individu dénoncé par la cia'meur publique, ils peuvent 
l'arrêter pour le conduire devant le juge de paix ou le 
maire, et à cet effet se faire prêter main-forte. Si les 
choses enlevées ont été transportées dans des lieux clos, 
ils ont le droit de les saisir pour les mettre en séquestre, 
pourvu qu'ils so'e it accompagnés du commissaire de po- 
lice, du juge de paix, du maire ou d'un adjoint, qui 
signe alors le procès-verbal. — D'après un décret du 



11 juin 1800, les gardes champêtres font connaître leur 
installation aux officiers ou sous-olficiers de gendarmerie 
de leur canton : ceux-ci surveillent leur conduite et la 
font connaître au sous-préfet , peuvent les mettre en ré- 
quisition pour les cas qui intéressent la tranquillité pu- 
blique, et leur transmettent le signalement des divers 
individus qu'ils ont ordre d'arrêter. Réciproquement, 
les gardes champêtres informent les maires de ce qu'ils 
ont découvert de contraire au maintien de l'ordre, et les 
maires en donnent avis aux officiers de la gendarmerie. 
V. Dufour, Manuel pratique des gardes champêtres, des 
gardes forestiers et des gardes^péche , 2 e édit., Paris, 
1824,; Rondonne.au, Nouveau Manuel théorique et pra- 
tique des gardes champêtres, forestiers et gardes-pêche, 
1829, in-18 ; Boyard, Nouveau Manuel complet des gardes 
champêtres, communaux ou particuliers, 184i, in-12; 
Sorbet, Petit guide des gardes champêtres , 1851 , in-18; 
Larade, Guide et formulaire des gardes champêtres, 1858, 
in-18; Crinon et Vasserot, Le Forestier praticien , ou 
Guide des gardes champêtres, 1852, in-18; Marc Def- 
faux, Guide-Manuel général du garde champêtre et du 
messier, 1852, in-12; Cère, Nouveau Manuel du garde 
champêtre, forestier et particulier, 1853, in-18; Dubarry, 
Nouveau Manuel des gardes champêtres , des gardes fo- 
restiers, etc., 1850, in-12. 

garde-chasse. Dans l'ancienne monarchie française, 
l'importance que les seigneurs attachaient à. leurs droits 
de chasse avait fait créer une vaste organisation pour 
veiller à la conservation de ces droits. Au sommet était 
un grand veneur, dont la charge, longtemps confon- 
due avec celle du grand maître des eaux et forêts, en 
fut. séparée sous Charles VI , puis fut démembrée elle- 
même par l'institution du grand fauconnier. Le grand 
veneur, officier de la maison du roi, avait la haute main 
sur tous les officiers de la vénerie, auxquels il conférait 
les provisions et les emplois. Au-dessous du grand -ve- 
neur, il y avait : 1° les capitaineries, composées d'un tri- 
bunal instruisant et jugeant les délits de chasse, d'un 
capitaine, de lieutenants et de gardes, chargés de la sur- 
veillance et de la conservation des droits de chasse; 
2" les capitaineries des maisons royales, qui connais- 
saient exclusivement des délits commis dans un rayon de 
trois lieues autour des maisons du roi, même par les 
particuliers sur leurs terres, où ils ne pouvaient chasser 
sans permission. Les maîtrises des eaux et forêts veil- 
laient aussi à la conservation du gibier. Les gardes-chasse 
n'avaient d'autre arme qu'un pistolet, et il leur était in- 
terdit de chasser. La Révolution détruisit toute cette 
organisation, et une loi du 3 nov. 1789 permit aux pro- 
priétaires de détruire comme ils l'entendraient le gibier 
sur leurs terres. Mais une loi du 30 août 1790 rétablit la 
police de la chasse, et la confia aux gardes champêtres, 
aux gardes forestiers et à la gendarmerie. La lui du 3 mai 
1843 régit aujourd'hui la matière : les officiers qui peu- 
vent dresser des procès-verbaux pour délits de chasse 
sont les maires et adjoints, les officiers, maréchaux des 
logis et brigadiers de gendarmerie, les simples gen- 
darmes, les gardes forestiers, les gardes-pêche, les gardes 
champêtres et les gardes assermentés des particuliers. 
Ces divers agents ne peuvent avoir un permis de chasse, 
et, en cas de contravention, le maximum de la peine leur 
est appliqué. Les délinquants ne peuvent être saisis ni 
désarmés ; mais, s'ils sont déguisés ou masqués, s'ils 
refusent de faire connaître leur nom, ou s'ils n'ont pas 
de domicile connu, ils sont immédiatement conduits de- 
vant le maire ou le juge de paix, pour que leur indivi- 
dualité soit constatée. Les auteurs des procès- verbaux 
contre les délits de chasse ont. droit à une gratification. 

garde du commerce. V. Commerce. 

g' ■:."'•: des sceaux. V. notre Dictionnaire de BiographiB 
et d'Histoire. 

garde-cote. V. ce mot dans notre Dictionnaire de Bio- 
graphie et d'Histoire. 

garde forestier , agent préposé à la garde des bois et 
forêts. L'organisation des agents de la police forestière 
remonte très-haut dans l'histoire de la monarchie fran- 
çaise. Une ordonnance de novembre 1219 nous apprend 
qu'il existait, sous la haute main des premières autorités, 
un conseil des gardes, qui connaissait des délits commis 
dans les forêts; puis venait un maître garde, exerçant 
une espèce de garde générale, et ayant sous ses ordres 
deux classes de gardes, les sergents traverciers, qui fai- 
saient des visites extraordinaires de forêt en forêt, et les 
simples sergents des forêts, subordonnés aux précédents. 
L'ordonnance de 1009 supprima tous ces fonctionnaires, 
et créa une hiérarchie nouvelle, ainsi composée : les ser- 



GAR 



956 



GAR 



gents à garde ou gardes à pied, sardes d'un canton cir- 
conscrit ; les gardes généraux à cheval , qui devaient 
surveiller les précédents; les maîtres particuliers, dont 
les soins s'étendaient sur une maîtrise ou groupe de can- 
tons ; les grands maîtres, chargés d'un vaste départe- 
ment forestier. Les gardes forestiers devaient être catho- 
liques, connus comme gens de bonne vie et mœurs, 
savoir lire et écrire, répondre à un interrogatoire sur tout 
ce qui était relatif à leur état, déposer un cautionnement 
de 300 livres, payer 12 livres pour leur réception, et prêter 
serment devant un maître particulier. Il leur était dé- 
fendu do boire avec les délinquants, et de tenir cabaret. 
Us consignaient sur un registre, parafé par le maître 
particulier et par le procureur du roi, leurs visites, leurs 
procès-verbaux, et tout ce qu'ils avaient pu découvrir. 
Les gardes à pied portaient des pistolets, mais ne pou- 
vaient s'en servir pour la chasse; les gardes généraux 
avaient le privilège de porter un fusil, et devaient, en 
faisant leurs tournées, être porteurs d'une bandoulière, 
insigne de leur dignité. Us ne pouvaient pousser leurs 
perquisitions dans l'intérieur des enclos que s'ils étaient 
accompagnés d'un maître, du juge de l'endroit, du maire 
ou d'un échevin. Leurs procès-verbaux, légalement faits 
et affirmés, faisaient foi en justice, jusqu'à inscription 
de faux. En 1689, les places de gardes furent érigées en 
titres d'offices ; mais les prévarications de ceux qui occu- 
pèrent les charges mises en vente amenèrent la suppres- 
sion de ces charges par arrêt du Conseil en 1719. — De- 
puis le Code forestier de 1827, la France est divisée en 
Conservations forestières : sous la dépendance immé- 
diate du ministre des finances est un directeur, assisté 
de 3 sous-directeurs ; il y a, dans chaque conservation, 
un conservateur, des inspecteurs et sous -inspecteurs 
correspondant à des subdivisions de la conservation, des 
gardes généraux, des arpenteurs , des gardes à cheval, 
et des gardes à pied. Le directeur nomme les agents 
inférieurs jusqu'au grade de garde général exclusivement; 
ils prêtent serment devant le tribunal de l re instance de 
leur résidence. 

Les gardes forestiers ne peuvent exercer d'autres fonc- 
tions, soit administratives, soit judiciaires, ni faire com- 
merce de bois ou exercer un métier où le bois soit em- 
ployé. Leur uniforme se compose d'un habit, d'un gilet 
et d'un pantalon de drap vert, avec bandoulière chamois 
à bandes de drap vert et à plaque de métal blanc por- 
tant ces mots : « Forêts de l'État. » Le collet de l'habit 
des gardes achevai est orné d'un rameau de chêne brodé 
en argent. Tous les gardes peuvent porter un fusil 
simple. Ils sont responsables des dégâts qu'ils auraient 
négligé de constater. Ils arrêtent !c coupable pris en fla- 
grant délit, et peuvent requérir main-forte ; pour péné- 
trer dans un lieu clos, ils doivent être accompagnés d'un 
représentant de l'autorité municipale. Les procès-ver- 
baux des gardes à pied, écrits de leur propre main, doi- 
vent être affirmés devant le juge de paix, formalité à 
laquelle ne sont pas soumis ceux des gardes à cheval et 
des gardes généraux : ces procès -verbaux, signés par 
deux gardes, font foi jusqu'à inscription de faux; signés 
par un seul , ils n'ont la même force que pour les con- 
traventions n'entraînant pas une condamnation à plus 
de 100 IV. d'amende et de dommages-intérêts réunis. Les 
agents forestiers ont qualité pour faire les citations et 
significations dans les poursuites exercées au nom de 
l'administration forestière; ils taxent ces actes comme 
Jcs huissiers des juges de paix. Ils exposent l'affaire et 
sont entendus dans leurs conclusions devant les tribu- 
naux correctionnels, seuls compétents pour ces matières. 
Comme agents d'une administration publique, les gardes 
forestiers no peuvent être poursuivis qu'après autorisa- 
tion; en qualité d'officiers de police judiciaire, ils ont 
le privilège de n'être jugés que par une Cour impériale. 

garde impériale. V. ce mot dans notre Dictionnaire 
de. Biographie et d'Histoire. , 

garde-infant, espèce de yertugadins ou de paniers dont 
la mode vint d'Espagne en France au commencement du 
xvu e siècle. 

garde-m edbles , édifice où l'on garde les meubles de 
l'Étal ou du prince. Avant la Révolution, le garde-meu- 
bles «le la couronne de France était le coté oriental du 
monument bâti par Gabriel sur la place Louis \V (auj. 
placi de la Concorde), et occupé maintenant par le mi- 
nistère de la marine. Toutes les résidences royales 
avaient leur garde-meubles; un oHicier qui portait le 
même nom en avait la surveillance. Aujourd'hui, le 
garde-meubles de la couronne, placé dans les attribu- 
tions du ministre de la maison de l'empereur, se trouve 



dans l'île des Cygnes, près du pont d'Iéna, sous la sur- 
veillance d'un directeur et d'un inspecteur. 

garde-mines, autrefois conducteur des mines, nom 
donné à des agents auxiliaires des ingénieurs des mines 
pour la surveillance et la police des exploitations, les 
levées et les copies de plans. Les gardes- mines sont 
nommés par le ministre de l'agriculture, du commerce et 
des travaux publics; ils doivent avoir subi un examen, 
et être âgés de 21 ans au moins, de 30 ans au plus (35 ans 
pour les anciens militaires). On en distingue 5 classes, 
qui ne diffèrent que par le traitement (900, 1,200, 1,500 
1,800, et 2,000 fr.) et les frais de tournée. 

carde .nationale. V. ce mot dans notre Dictionnaire 
de Biographie et d'Histoire. 

garde particulier, garde qu'un particulier peut établir 
pour veiller sur ses propriétés rurales. Autrefois les sei- 
gneurs seuls possédaient le droit d'en avoir. Ces gardes, 
reçus au siège de la maîtrise forestière du ressort, ou 
simplement à la justice des seigneurs, pouvaient porter 
le fusil, mais seulement comme chasseurs de leur maître 
et sous condition d'une commission enregistrée au greffe. 
La loi du 20 messidor an m a autorisé tout propriétaire 
à avoir des gardes; les fermiers eux-mêmes peuvenfren 
nommer pour la conservation de leurs récoltes. Les 
gardes particuliers, pourvus d'une commission sur papier 
timbré, agréés par le sous-préfet, prêtent serment devant 
le tribunal de l re instance : ils peuvent alors verbaliser, 
comme les gardes champêtres, pour délits de chasse, de 
pêche, etc., et leurs procès-verbaux font foi jusqu'à 
preuve contraire. Le propriétaire qui a un garde particu- 
lier n'en contribue pas moins au payement du garde 
champêtre de sa commune ; car celui-ci veille sur les 
propriétés protégées par un garde spécial aussi bien que 
sur les autres. 

garde-pêche, agent chargé de veiller à l'exécution des 
lois sur la police des eaux, fleuves et rivières relative- 
ment à la pêche, et de plus à la navigation. Aussi lui 
donne-t-on en certains endroits le nom de garde-rivière. 
Les gardes-pêche appartiennent à l'administration fores- 
tière; leur- condition et leurs droits, semblables d'ail- 
leurs à ceux des gardes forestiers ( V. plus haut), sont 
déterminés par la loi du 15 avril 1829 sur la pêche flu- 
viale. Ils sont autorisés à saisir les instruments de 
pèche prohibés et le poisson péché en délit. Les éclu- 
siers, les officiers de police judiciaire, les gardes cham- 
pêtres, les gardes assermentés des particuliers, peuvent 
aussi dresser procès-verbal des délits de pèche. 

garde-port, agent établi pour la police des ports sur 
les rivières navigables ou flottables. D'après le décret du 
21 août 1852, les gardes-ports sont nommés et commis- 
sionnés par le ministre de l'agriculture, du commerce et 
des travaux publics; ils prêtent serment devant le tri- 
bunal de 1"' instance du lieu de leur résidence. Tout 
commerce et toute autre fonction salariée leur sont inter- 
dits. Ils surveillent l'amarrage, le garage, le tirant d'eau 
des bateaux ou trains, le temps qu'ils doivent rester le 
long des quais, assurent la conservation des marchan- 
dises pendant et après le débarquement, ainsi que dans 
les dépôts où elles séjournent, et ont la police du service 
général des quais. Leurs procès-verbaux doivent être 
affirmés par-devant le juge de paix, le maire ou l'adjoint. 
lis sont responsables des délits qu'ils n'ont pas consta- 
tés, et passibles des amendes qui eussent été encourues 
par les délinquants; les pertes ou avaries provenant de 
leur négligence peuvent donner liou contre eux à une 
action en indemnité. Ils sont sous les ordres des inspec- 
teurs des ports et des ingénieurs chargés du service de 
la navigation. Leur rémunération consiste en rétribution* 
dues par l'expéditeur lors de l'arrivage des marchandises 
(I p.n le destinataire lors de leur enlèvement, conformé-, 
ment à un tariî. 

garde-vente, agent c;ue tout adjudicataire des coupe» 
de bois et forêts doit nomi"0 r P°ur constater les délits 
commis dans sa vente et autour &§ cette vente, iusqu'î 
l'ouïe de la cognée. Il prête serment devant le juge de 
paix, inscrit jour par Jour, sur un regist'.'' 1 timbré^ 
et parafé par les sous - inspecteurs de l'administi 
forestière, les bois débités, le nom des personnes qui les 
ont achetés et leur demeure, et veille à ce que les ou- 
vriers exploitants se soumettent aux prescriptions et pro- 
hibitions que les lois et ordonnances leur imposent. 

GARDERIE, nom qu'on donne quelquefois aux crèches 
( V. ce mol). 

GAI'.DES (Cent-). V. notre Dictionnaire de Biographie 
et d'Histoire, au Supplément. 

GARDIEN JUDICIAIRE, celui que la justice commet à 



GAR 



957 



GAR 



la garde d'objets saisis ou mis sous les scellés, moyen- 
nant des frais fixés par la loi. Il en répond s'ils sont dé- 
truits, perdus ou endommagés, à moins qu'il ne prouve 
le cas fortuit. Pour négligence, la peine varie selon la 
nature des choses mises sous scellé ; mais si le gardien 
commet le crime prémédité de bris de scellés , il est puni 
de 2 à 5 ans d'emprisonnement, et quelquefois plus. 

GARE , petit bassin naturel ou artificiel, qui sert de 
port dans les rivières. Des estacades le préservent des 
glaces et d'un courant trop rapide. — On donne encore 
le nom de gare aux stations de chemins de fer, aux em- 
placements destinés au chargement et au déchargement 
des marchandises, et, par extension, aux salles réservées 
aux voyageurs. 

GARENNE (de l'anglais ivarren , dérivé de ward, 
;arde), lieu entouré de fossés et de murailles ou detreil- 
ages, pour élever des lapins , et, par extension , tout 
)ois ou bruyère où abonde le lapin. Une garenne ne 
>eut être établie sans l'autorisation du sous- préfet et 
sans l'avis conforme du conseil municipal, ni à moins de 
300 met. des propriétés d'autrui ; le propriétaire est res- 
ponsable des dégâts causés par les lapins. Le droit de 
garenne d'eau consistait autrefois à interdire la pèche 
dans les étangs, rivières ou fleuves. L'art. 52 i du Code 
Napoléon fait des lapins de garenne un immeuble par 
destination. 

GARGANTUA, roman satirique en 5 livres composé par 
Rabelais. Le 1 er parut en 1533,1e 4 e en 1552, le 5 e en 1558 
seulement. Le principal personnage n'était pas une in- 
vention de l'auteur : les contes populaires parlaient du 
géant Gargantua, et, dans une foule de localités, on ap- 
pliquait son nom à des monuments celtiques (V. ce mot). 
En 1532, on imprima un opuscule intitulé : Les grandes et 
inestimables cronicques du grant et énorme géant Gargan- 
tua, contenant la généalogie, la grandeur et force de son 
corps, aussi les merveilleux faicts d'armes qu'il fist pour 
le roi Artus. Un grand nombre de passages, spécialement 
les prologues du 1 er et du 3 e livre, montrent en termes tan- 
tôt clairs, tantôt enveloppés, quelle a été la pensée de Ra- 
belais en écrivant son ouvrage : non-seulement Gargan- 
tua, ainsi que Pantagruel qui lui fait suite, contient 
quantité d'allusions et d'allégories aux hommes et aux 
choses de l'époque, mais il a été composé dans ce but; 
Rabelais s'est plu à construire une fable extravagante 
qui lui permit d'amener sur la scène, sous le voile des 
plus folles fictions, toutes les conditions de la vie et tous 
les ordres de l'État. Mais il ne faudrait pas appliquer à 
son œuvre un système régulier et suivi d'interprétation 
historique, inscrire, par exemple, sous le nom de chacun 
des personnages du roman, celui de quelque personnage 
réel, et voir, dans chacune de leurs aventures, le traves- 
tissement d'un événement contemporain. Certains com- 
mentateurs reconnaissent Louis XII dans Grandgousier, 
François I er dans Gargantua, la reine Claude dans Bade- 
bec, Henri II dans Pantagruel, le cardinal Du Bellay dans 
Jean des Entommeures, le cardinal de Lorraine dans Pa- 
nurge, Maximilien Sforza dans Picrochole, Anne de 
Bretagne dans Gargamelle, la duchesse d'Étampes ou 
Diane de Poitiers dans la jument de Gargantua, Charles- 
Quint dans Bringuenarilles, Jules II dans le grand domp- 
teur des Cimbres, etc. : rien n'est plus douteux que la 
réalité de ces explications. Ce qui est vraisemblable, c'est 
que la majeure partie des personnages de Rabelais ne 
sont point, h proprement parler, des personnages allégo- 
riques, mais des personnages imaginaires, destinés seule- 
ment à devenir l'occasion et le centre d'allusions soit aux 
hommes, soit aux choses sur lesquelles l'auteur voulait 
s'expliquer, et, par conséquent, susceptibles d'être dans un 
moment donné la représentation d'un individu réel. Le 
mérite éminent de Rabelais est d'allier au même degré 
une extrême folie et une extrême sagesse ; une extrême 
folie quand il invente, une extrême sagesse quand il juge. 
« Rabelais, dit un critique, n'est à la surface qu'un rail- 
leur trop souvent cynique-- au fond, c'est un esprit sé- 
rieux, indigné des travers dont il rit, jaloux de déraciner 
îos abus dont il se moque. Le travestissement qui le dé- 
guise lé protège en même temps ; c'est une cuirasse, et 
aussi un bouclier derrière lequel il se retranche pour 
iancer impunément des traits qui portent coup. » 

GARGOUILLES, dégorgeoirs saillants en pierre, placés 
au moyen âge le long des gouttières élevées, et servant à 
jeter les eaux loin des murailles. Les artistes leur ont 
donné la forme symbolique d'un dragon volant, souvent 
à face humaine et grimaçante. Les archéologues y voient 
l'image du démon ; en peuplant les gouttières et les ga- 
leries aériennes de monstres infernaux, on rappelait aux 



[ fidèles qu'ils devaient toujours se mettre en garde contre 
i le démon, le tenir esclave et enchaîné, comme l'avait 
fait l'artiste, qui le forçait à préserver l'église des eaux 
| pluviales en les écartant de la muraille. Quelquefois les 
gargouilles n'étaient mises que comme ornementation et 
pour compléter les façades. Aujourd'hui on ne les con- 
serve également que comme décor, parce qu'on a reconnu 
l'inconvénient qu'il y a de laisser tomber les eaux tout 
autour d'un édifice, dont les fondations se trouvent dé- 
gradées et les abords difficiles en temps de pluie. On 
donne de nos jours le nom de gargouille à toute tête de 
gouttière plus ou moins saillante. — Du temps de Dago- 
bert, suivant une vieille légende, un dragon horrible était 
né du limon des eaux h la suite d'un long débordement 
de la Seine. Ce dragon, qui désolait la contrée, et que 
l'évêque S' Romain tua, s'appelait la Gargouille. Voilà, 
vraisemblablement, l'origine du nom donné à ces figures 
monstrueuses et fantastiques que les sculpteurs-imagiers 
représentèrent dans les gouttières des églises dites go- 
thiques. E. L. 

GARGOUSSE, autrefois GARGOUCHE et GARGOUGE, 
tube en papier ou en parchemin, rempli de poudre, pour 
la charge d'un canon ou d'un mortier. Son poids est le 
tiers de celui du boulet. Le papier fort est préférable au 
parchemin ; car celui-ci laisse dans l'âme de la pièce des 
fragments enflammés, qui, à la recharge, causent de 
graves accidents. Dans l'origine, on introduisait la poudre 
a nu avec une grande cuiller appelée lanterne; mais les 
fréquents accidents qui résultaient de ce mode de charge 
le firent abandonner. Lors de la Révolution, on fit des 
gargousscs avec les parchemins des familles nobles et des 
établissements publics ou religieux : on détruisit ainsi 
des titres précieux pour l'histoire. M. de Laborde a re- 
trouvé dans les magasins de Vincennes un nombre con- 
sidérable de gargousses fabriquées de cette façon, et en a 
tiré d'intéressants documents nationaux. 

GARGOUSSIER, boîte cylindrique dans laquelle on 
place la gargousse pour l'apporter dans la batterie au 
premier servant chargé de l'introduire dans la pièce. On 
la nomme aussi garde-feu. 

GARIN DE MÔNTGLANE, l re branche de la chanson 
de Guillaume-au-Court-Nez. Garin arrive à la cour de 
Charlcmagne, et inspire une vive passion à la reine. 
Charles irrité le défie aux échecs : « Si je perds, lui 
dit-il, vous recevrez tel don qu'il vous plaira, môme 
celui de ma couronne et de ma femme; si je gagne, je 
vous fais aussitôt trancher la tête. « La partie s'engage ; 
Garin est vainqueur, et demande le fief de Montgîane 
(Glanum, près de Tarascon?), alors occupé par un vassal 
rebelle. Il en fait la conquête, et épouse Mabilc, sœur du 
comte de Limoges. — ■ Un morceau curieux de cette chan- 
son est la description de l'échiquier de Charlcmagne, 
dont la Bibliothèque impériale de Paris possède une 
pièce; c'est un aufin ou éléphant, le fou du jeu moderne. 
L'histoire de Garin de Montgîane est conservée à la même 
Bibliothèque dans deux manuscrits, l'un du xiv" siècle, 
l'autre du xv e ; à la Bibliothèque de l'Arsenal, dans un 
manuscrit du xrv e ; au Musée Britannique, dans un ma- 
nuscrit du xm e ; enfin au Vatican, dans un manuscrit 
daté de 132 i. Une histoire en prose du Preux chevalier 
Guérin de Montglave a été imprimée plusieurs fois au 
xv s siècle et au xvi e ; le titre de cet ouvrage est men- 
songer ; car il ne raconte que les aventures des enfants de 
Garin. V. l'Hist. litt. de la France, tome xxii. H. D. 

GARIN LE LOHÉRAIN (le Lorrain), 2 e partie de la 
chanson des Lohérains, faisant suite au roman de Ilervis 
(V. ce mot). Les Vandales ont envahi la France; Charles- 
Martel les bat, mais succombe à ses blessures. Pépin, 
son fils, est appelé au secours de Thierry, roi de Mau- 
rienne ou de Savoie, qu'attaquent quatre princes sarra- 
sins; il tombe malade, et Garin le Lohérain est chargé 
du commandement des troupes. A la vue des infidèles, 
les Gascons ont peur et abandonnent Garin, qui, aidé de 
son frère Bégon de Belin, défait les Sarrasins. Thierry, 
qui a été blessé mortellement, lui ayant confié sa fille 
Bianchefleur, il revient en France, et demande au roi 
la permission d'épouser la princesse. Mais Fromont, au- 
quel Pépin avait promis le premier fief vacant dans son 
empire, réclame Bianchefleur avec la Maurienne. Garin 
provoque Fromont, et le combat s'engage. Ici finit la pre- 
mière chanson de Garin. — Une véritable bataille est 
livrée, dans le palais même de Pépin, entre les Gascons 
sous les ordres de Fromont, et '.es Lorrains commandés 
par Garin; les derniers sont vainqueurs; cependant la 
guerre continue pendant plusieurs années; enfin on con- 
vient de s'en remettre au jugement du roi. Pépin ordonne 



G A il 



958 



GAU 



que Blanchefleur épouse Garin : mais l'archevêque de 
Reims lui représente qu'il ferait mieux de l'épouser 
lui-même, et, au moment où l'union de Blanchefleur 
avec Garin va être célébrée, quatre moines viennent 
jurer sur les reliques que les deux futurs sont cou- 
sins et ne peuvent se marier. Pépin épouse Blanche- 
fleur, et fait de Garin son échanson. Le Gascon Bernard 
insulte Garin à la table du roi : une lutte s'engage entre 
les Gascons et les Lorrains; Bégon, chef des cuisines, 
vient au secours de Garin, avec tous ses marmitons 
armés de broches et de crochets. La victoire reste aux 
Lorrains, et, après des alternatives de victoires et de dé- 
faites, les Gascons sont réduits à demander la paix. Ici 
finit la deuxième chanson de Garin. — La paix fut ob- 
servée pendant sept années. Bégon, dans son château de 
Belin (près de Bordeaux), est tourmenté du désir de 
revoir son frère : malgré les prières et les pressentiments 
de sa femme Béatrix, il se met en route, et tue un san- 
glier sur le domaine de son ancien ennemi Fromont. 
Égaré dans la forêt pendant la nuit, il sonne du cor pour 
appeler ses compagnons; les forestiers de Fromont accou- 
rent, et le somment de se rendre; il refuse, et succombe 
dans une lutte inégale. Fromont reconnaît avec effroi 
Bénon, lui fait des funérailles honorables, et offre de li- 
vrer à Garin ceux qui ont commis le meurtre. Ses pro- 
positions ne sont pas acceptées; la guerre va recommen- 
cer. Telle est la troisième et dernière chanson de Garin 
le Lohérain. 

Le roman de Garin, publié par M. Paulin Paris, et 
dont l'invention primitive est attribuée par Dom Calmet 
à Hugues Métellus , chanoine régulier de S'-Lôon de 
Ton] au xu e siècle, se compose d'environ quinze mille 
vers de dix'' syllabes ; les trois chansons qu'il comprend 
ne sont peut-être pas l'œuvre d'un seul auteur. La l rl ', 
telle qu'elle existe aujourd'hui, paraît être moins an- 
cienne, que les autres ; on y trouve moins de poésie, d'in- 
térêt et de vraisemblance. L'auteur fait une singulière 
confusion des événements historiques; il place auprès de 
Charles Martel S 1 Loup et S 1 Nicaise, qui vivaient au 
iv e siècle; et, au lieu du roi des Wisigoths, c'est Charles 
rtel qui périt dans la bataille. La 3'' chanson est bien 
supérieure aux deux précédentes : les derniers instants 
de Bégon et le récit des vengeances que sa mort occa- 
sionne sont des morceaux vraiment épiques. Nous savons 
par les manuscrits que c'est l'œuvre de Jehan de Flagy, 
qui vivait, au commencement du xn e siècle. On suppose 
qu'il était Champenois. II. D. 

GARNACHE, nom d'une tunique à collet et à demi- 
manches larges et pendantes, qu'on portait au xm c siècle. 
Cet lit une sorte de robe de chambre. 
- GARNI f Hôtel). V. Maisons carmes. 

GARN1SAIRES. V. ce mot dans notre Dictionnaire de 
Biographie et il' Histoire. 

GARNISON (du vieux mot ivarni, warneslure), dési- 
gnait dans le principe les munitions et les vivres d'un 
corps de troupes. Dans le bas latin, garnisio a la même 
signification. Au xv e siècle, le mot garnison commence à 
être synonyme d'établies ou establics; puis il finit par 
signifier à la fois le lieu consacré au logement des 
s et le corps de troupes lui-même. Ce fut Charles VII 
qui accoutuma les villes à recevoir de petites garnisons 
roya'cs; c'était la conséquence forcée de la formation des 
troupes régulières. Les villes votèrent pour l'entretien des 
garnisons un impôt qu'on appela taille des gendarmes; 
mais elles exigèrent que la garnison ne. déliassât pas 
30 hommes, et que le maire seul eût le droit de les passer 
en revue. Louis XI grossit les garnisons, et Louis XII 
enleva aux maires le droit de surveillance. Machiavel 
nous apprend que les garnisons françaises de son temps 
étaient, pendant la paix divisées en quatre grands corps, 
répartis en Guienne, Picardie, Bourgogne et P**V8E (•■. 
les municipalités se réservaient la fonte et. la garde des 
bouches à feu, pour imposer aux compagnies dans le cas 
où elles viendraient à abuser de leur force. Sous Henri IV, 
li ami eus furent de petits corps de troupes portant le 
COm de leurs chefs, isolés des régiments, et changeant 

souvent de lieu. Il y eut aussi les mortes-payes, vieux 
rassemblés par des gouverneurs, dont ils for- 
maient comme la défense, et les gardes du corps : ces 
troupes irrégulières, n'obéissant qu'au chef qui les payait, 
étaient un danger et un sujet continuel de troubles; 
Louis XIV les abolit. Aujourd'hui les garnisons s'éta- 
blissent régulièrement dans les villes aux frais do l'État 
et des communes» 

GARROTTE. I V. ces mots dans notre Dictionnaire 
GARU&L \ de Biographie et d'Histoire. 



GÀSQUET (diminutif et corruption de casque), espèce 
do fez (V. ce mot). 

GASTRONOMIE (du grec gastêr, estomac, et nomos, 
loi), science du manger. C'est, selon la définition de 
Brillât-Savarin, « la connaissance raisonnée de tout ce 
qui a rapport à l'homme en tant qu'il se nourrit, n Le 
gourmet ne sait qu'apprécier; le gastronome remonte des 
effets aux causes, analyse les substances alimentaires, 
recherche la meilleure nourriture possible au point de 
vue de la conservation des individus, et la veut aussi 
hygiénique qu'agréable. 11 vit dignement, et doit être 
doué de sens sûrs, de jugement, et de fortune. Berchoux 
a publié, en 1800, un petit poème descriptif sur la gas- 
tronomie ; l'ouvrage le plus agréable sur cette matière est 
la Physiologie du goût de Brillât-Savarin. 

GATE, nom donné pendant le moyen âge à une grosse 
galère à cent rames. 

GATTE, partie d'un vaisseau très-rapprochée des écu- 
biers, et qui est séparée du reste; du bâtiment par une 
forte cloison élevée à quelques pieds au-dessus du pont 
de la batterie basse. Cette cloison retient l'eau qui pé- 
nètre par les écubiers, et dont on facilite ensuite l'écou- 
lement par des dalots percés dans la gatte. 

GAUCOURTE, robe courte, en usage dans certaines 
parties de la France au moyen âge. 

GAUDES, en latin gaudia, nom donné, dans certaines 
localités 'de la Provence, à des cantiques de joie, à des 
espèces de noëls qu'on chante en l'honneur de la S le 
Vierge depuis la Nativité jusqu'à la Purification. 

GAUDïlON ou GODBON, ornement creux ou saillant, 
circulaire ou ovale, et arrondi comme une amande. 
Lorsque le gaudron est taillé en creux, il est souvent 
bordé d'un filet et orné d'une petite rose. La période 
romano-byzantine en plaça quelquefois sur les chapiteaux. 
La Renaissance italienne en orna fréquemment, les objets 
d'orfèvrerie. Dans la bijouterie, on nomme aussi gou- 
drons des ornements ciselés, consistant surtout en rayons 
qui partent du centre du bijou. Au xvr siècle, les gau- 
drons étaient les plis ronds qu'on faisait aux fraises. 

GAUF1ÎAGE, opération à l'aide de laquelle on obtient 
des gaufrures ou dessins en relief sur du papier, des 
étoffes et des peaux. On se sert de fers chauds qu'on 
appelle gaufroirs, et qui se composent de deux parties : 
la l rc , de cuivre, est en creux; la 2 r , qui en est la contre- 
partie, est en relief, et de carton. Des chevilles de re- 
père servent à appliquer ces deux pièces exactement 
l'une sur l'autre : le papier humecté se place au milieu, 
et le gaufroir métallique échauffé lui fait prendre sa 
forme. On ne retire la pièce gaufrée qu'après le refroi- 
dissement. Ce procédé, bon pour les papiers légers, ne 
suffirait pas pour les cartons et les peaux; le gaufrage se 
fait alors au cylindre combiné avec le système du calan- 
drage. 

GAUFREY, chanson de geste qui appartient au cycle 
des romans carlovingicns (V. ce mot), et paraît avoir été 
composée vers le milieu du xiir* siècle. Le sujet en est 
assez complexe : c'est l'histoire des douze fils de Doon 
de Mayence, mais surtout de l'aîné, Gaufrey. Il s'en faut 
toutefois que l'intérêt se concentre sur cette famille, à 
laquelle, par un manque d'unité dans la composition, 
une foule d'autres personnages font ombre : tels sont 
Doon lui-même, déjà célébré dans un autre poëme 
{V. Doon dk Mayence), Garin de Montglane, qui est aussi 
le chef d'une famille héroïque (V. Garin i>f Montglane), 
son serviteur Uobastrc, fils du génie Malabron, Berart 
de Montdidier, l'un des douze pairs de Charlemagne, etc. 
L'auteur inconnu du poème de Gaufrey a imaginé la 
fable suivante : assiégé dans son château de Montglane 
par Gloriant, roi des Sarrasins, le vieux Garin implore 
le secours de Doon de Mayence, dont, les 12 fils sont à 
la veille d'aller guerroyer en Syrie. Ceux-ci mettent en 
fuite les Sarrasins, qui cependant, au milieu de leur dé- 
faite, emmènent prisonniers Doon et Garin. La captivité 

des deux vieillards dure sept, années, pendant lesquelles 

Gaufrey et ses frères font les conquêtes qu'ils projetaient 

au début du poème. Chacun d'eux SB. marie, et, tandjfi 
que Grifon, le seul des fils de Doon qui a fi ri : > < 
failli à l'honneur, donne le jour au traître Ce.uelon, si 
fameux dans la légende de Charlemagne, Gaufrey épouse 
la belle Passorose, dont il a Ogier le Danois, l'un des 
héros les plus fameux de l'épopée cai'lovingiennc, celui 
dont nos jeux de caries perpétuent encore le nom et le 
souvenir. Les (ils de Doon, joints à ceux de Garin, son- 
gent enfin à délivrer les héros captifs. Bobastre tue Glo- 
riant, et hérita à la fois de sa couronne et de sa veuve 
Mandagloire, préalablement baptisée. — La chanson de 



GEN 



959 



G EN 



Gaufrey, dont il n'existe qu'un seul manuscrit, du 
xiv e siècle, conservé à la bibliothèque de la Faculté de 
médecine de Montpellier, a été publiée, dans la collection 
des Anciens poètes de la France, par MM. Guessard et 
Chabaille, Paris, 1859, in-lG. B. 

GAULOIS (Art). V. Celtiqoes (Monuments). 

GAULOISE (Langue). V. Celtiques (Langues). 

gauloise (Religion). V. Druides, dans notre Diction- 
naire de Biographie et d'Histoire. 

gauloises (Monnaies). V. Françaises. 

GAUR (Langue). V. Bengali. 

GAUSAPE. I V. ces mots dans notre Dictionnaire de 

GAVOTTE. \ Biographie et d'Histoire. 

GAYDON. V. Gaidon. 

GAZETTE. V. Journal, dans notre Dictionnaire de 
Biographie et d'Histoire. 

GEMARA. V. Talmud, dans notre Dictionnaire de Bio- 
graphie et d'Histoire. 

GÉMINÉ, se dit, en Architecture, de deux baies, de 
deux fenêtres, de deux arcades réunies par une mou- 
lure commune, de deux colonnes ayant un chapiteau 
commun, et de deux chapiteaux ayant un abaque commun. 
— Dans les inscriptions et les médailles, les lettres gé- 
minées marquent deux personnes, comme dans COSS et 
IMPP, qui désignent deux consuls et deux empereurs. En 
français, MM. (Messieurs), LL. MM. (Leurs Majestés), 
LL. AA. (Leurs Altesses), sont des lettres géminées. 

GEMME (du latin gemma), mot que les archéologues 
emploient comme synonyme de pierre fine soumise à 
l'action de la taille. 

GÉMONIES. V. ce mot dans notre Dictionnaire de Bio- 
graphie et d'Histoire. 

GENDARMEBIE. Ce nom, qui a désigné autrefois di- 
vers corps de troupes (V. Gendarmerie, dans notre Dic- 
tionnaire de Biographie et d'Histoire), ne s'applique plus 
qu'à une milice établie pour veiller au maintien de l'ordre, 
à la sûreté publique, et pour assurer l'exécution des lois 
et des arrêts judiciaires. Les attributions de la gendar- 
merie ont été fixées par la loi du 28 germinal an vi 
(17 avril 1798). Elle a été réorganisée par décrets des 
22 décembre 1851,19 février 1852, et 1 er mars 1854. Les 
corps qui la composent aujourd'hui sont : 1° un régiment 
à 2 bataillons de gendarmerie de la garde impériale, 
qui est l'apcienne gendarmerie mobile ou gendarmerie 
d'élite; 2° un escadron de gendarmerie à cheval de la 
garde impériale ; 3» la garde de Paris, précédemment ap- 
pelée garde républicaine et garde municipale, composée 
de 2 bataillons et de 2 escadrons ; 4° la gendarmerie dé- 
partementale; 5° la gendarmerie coloniale, comprenant 
4 compagnies pour la Martinique, la Guadeloupe, la 
Réunion, la Guyane, et 3 brigades aux îles S'-Pierre et 
Miquelon; G une compagnie de gendarmes vétérans; 
7° les voltigeurs corses. Un Comité de la gendarmerie 
est chargé d'examiner toutes les questions intéressant 
l'arme. 

La gendarmerie départementale forme 26 légions, qui 
se composent chacune de plusieurs compagnies, et dont 
le tableau suit : 

Légions. Chefs-lieux. Départements. 

l re .. Paris Seine, Seine-et-Oise, Seine-et- 
Marne. 

2 e . . . Chartres Eure-et-Loir, Loiret, Orne, Sartbc. 

3 e . . . Rouen Seine-Inférieure , Somme , Oise , 

Eure. 

4 e . . . Caen Calvados, Mayenne, Manche. 

5 e ... Rennes Ule-et-Vilaine, Cotes-du-Nord, Fi- 
nistère. 

6 e ... Angers Maine-et-Loire, Loire-Inférieure, 

Morbihan. 

7 e . . . Tours Indre-et-Loire , Loir-et-Cher , 

Vienne, Indre. 
8 e ... Moulins.... Allier, Puy-de-Dôme, Nièvre, Cher. 
9 e . . . Niort Deux - Sèvres , Vendée , Charente- 
Inférieure. 
1 e . . . Bordeaux . . . Gironde, Charente, Landes, Basses- 
Pyrénées. 

11 e ... Limoges Haute-Vienne, Creuse, Dordogne, 

Corrèze. 

12 e ... Cahors Lot, Lot-et-Garonne, Aveyron, 

Cantal. 
13 e .. . Toulouse . . . Haute-Garonne, Tarn-et-Garonne, 

Gers, Hautes-Pyrénées. 
14 e . . . Carcassonne. Aude, Tarn, Pyrénées-Orientales, 

Ariége. 
15 e .. . Nimes Gard, Ardèche, Hérault, Lozère. 



i 16 e ... Marseille. .. Bouches-du-Rhône, Vaucluse, Var, 
Alpes-Maritimes. 

19 e ... Bastia Corse. 

18 e ... Valence Drôme, Basses-Alpes, Hautes-Alpes. 

17 e ... Lyon Rhône, Saune- et- Loire, Loire, 

Haute-Loire. 

20 e ... Dijon Côte-d'Or, Yonne, Aube, Haute- 
Marne. 

21 e ... Besançon... Doubs, Jura, Ain. 

22 e ... Nancy Meurthe, Vosges. 

23 e ... Metz Moselle, Meuse, Marne, Ardenncs. 

24 e . . . Arras Pas-de-Calais, Nord, Aisne. 

25 e ... Strasbourg.. Haut-Rhin, Bas-Rhin, Haute- 
Saône. 

26 e .. . Grenoble . . . Isère, Savoie, Haute-Savoie. 

Chaque légion se compose de 29 officiers, 83 maréchaux 
des logis, 102 brigadiers, et 760 gendarmes; ensemble, 
974 hommes, dont 70 à pied et 875 à cheval. Le chef 
d'une légion est colonel ou lieutenant-colonel ; le service 
d'un département forme une compagnie, et est com- 
mandé par un chef d'escadron; celui d'un arrondisse- 
ment est dirigé par un capitaine ou un lieutenant. Les 
compagnies sont divisées en brigades; la brigade à pied 
est de 5 hommes, commandés par un brigadier ou un 
maréchal des logis; la brigade à cheval est commandée 
par un brigadier, si elle compte 5 hommes, par un-ma- 
réchal des logis si elle en compte 6. 

Les simples gendarmes ont rang de brigadiers; ils se 
montent, s'équipent et s'habillent à leurs frais. L'arme- 
ment seul est fourni par l'État; il consiste, pour le gen- 
darme à cheval, en un sabre de cavalerie de ligne, pisto- 
lets et mousqueton , et, pour le gendarme à pied, en un 
fusil à baïonnette et un sabre-briquet. L'uniforme est : 
habit de drap bleu, avec collet et parements bleus, revers 
et retroussis écarlate ; pantalon de drap bleu (blanc en 
grande tenue) ; chapeau à cornes (shako en Corse) ; aiguil- 
lettes et trèfles en fil blanc; bufileterie jaune, bordée en 
galon de fil blanc; hottes demi-fortes pour la cavalerie, 
guêtres pour l'infanterie. Les officiers portent l'épauletta 
d'argent. — La garde de Paris a pour uniforme l'habit 
de drap bleu, avec collet bleu, parements bleus à patte 
blanche, revers blancs et retroussis en drap écarlate, 
boutons jaunes aux armes de la ville : l'infanterie porte 
le pantalon en drap bleu, les épaulettes en laine rouge, 
le shako orné d'un galon aurore, et l'aigrette rouge; la 
cavalerie a le pantalon de peau blanc, les contre -épau- 
lettes et aiguillettes en laine aurore, et le casque à la 
dragonne, orné d'un plumet rouge. Les officiers portent 
l'épaulette en or. — Les voltigeurs corses ont l'habit 
court, de drap bleu, boutonné droit sur la poitrine, avec 
retroussis, collet et parements de drap bleu, passe-poils 
jonquille, trèfles en laine jonquille, le pantalon de drap 
gris-bleu en hiver et de coutil bleu en été, les guêtres 
noires ou bleues, le shako. 

La Gendarmerie se recrute, soit au moyen de soldats 
gradés qui rendent leurs galons pour y entrer, et qui sont 
désignés, aux inspections générales, parmi les hommes 
ayant encore deux ans de service à faire, soit au moyen 
d'anciens militaires qui en ont fait la demande. Les gen- 
darmes qui ont accompli le temps de service imposé par 
la loi de recrutement sont libres de se retirer en donnant 
leur démission, leur séjour dans l'arme étant dès lors 
complètement volontaire. Jusqu'au grade de lieutenant 
inclusivement, l'avancement est réservé aux militaires de 
l'arme; un certain nombre d'emplois dans les grades su- 
périeurs est attribué aux officiers de l'armée du grade 
correspondant. Les gendarmes ne reçoivent des magasins 
de l'État aucune prestation en nature, si ce n'est quand 
ils sont détachés aux armées pour y constituer la force 
publique : dans leur situation normale, ils se nourrissent 
à leurs frais et comme ils l'entendent, au moyen de la 
solde qui leur est attribuée. V. Cochet de Savigny, Mé- 
morial complet de la gendarmerie, 2 e édit., 1851, 3 vol. 
in-8°; Perrève et Cochet de Savigny, Formulaire général 
et annoté à l'usage de tous les militaires de la gendar- 
merie départementale, 1853, 3 e édit.; Rouillard, Manuel 
de la gendarmerie , 1853, in-12; Cochet de Savigny, Dic- 
tionnaire de la gendarmerie, 5 e édit., 1853, in-18. 

GÉNÉALOGIE (du grec génos, race, et logos, discours), 
exposition de la filiation d'un individu ou du développe- 
ment d'une famille, tableau de ses parentés et de ses 
alliances. Les Orientaux ont attaché de tout temps une 
grande importance aux généalogies, par lesquelles peut 
s'établir l'ancienneté des familles : aussi en voit-on des 
exemples dans le Pentateuque ; le Nouveau Testament 



G EN 



900 



nous donne la généalogie de J.-C. Les Romains de dis- 
tinction conservaient avec soin leurs généalogies, et il 
en fut de même au moyen âge, où il fallut souvent, pour 
occuper certains emplois, prouver sa noblesse ou au 
moins un certain nombre d'aïeux. Aujourd'hui même, la 
généalogie est une affaire sérieuse, par exemple pour les 
questions de succession. 

GÉNÉALOGIQUE (Arbre). V. Arbre. 

GÉNÉALOGISTE, j V. ces mots dans notre Diction- 

GÉNÉRAL. f naire de Biographie et d'Histoire. 

GÉNÉRALE, batterie de tambour par laquelle on donne 
l'alarme aux troupes. Dans les places de guerre et les 
camps, dès qu'on bat la générale, tous les tambours doi- 
vent la répéter à l'instant en parcourant les rues et les 
quartiers, accompagnés de deux hommes armés. Un ordre 
du jour indique aux troupes les positions qu'elles doi- 
vent occuper en ce cas. La générale est battue dans les 
villes en cas d'incendie ou de révolte, et a l'armée en cas 
de surprise. Les chefs de corps peuvent faire battre la gé- 
nérale à l'improviste, pour juger de l'exécution plus ou 
moins rapide de leurs ordres et tenir les troupes en ha- 
leine. Le soldat qui, au son de la générale, ne se rend 
pas immédiatement à son poste, encourt un emprisonne- 
ment d'un mois, et la récidive est punie de six mois de 
prison, puis de deux ans de boulet ; l'officier peut perdre 
son grade. Il y a aussi des peines sévères contre ceux qui 
feraient battre la générale sans autorisation. 

générale ( Proposition), proposition dont les termes ne 
s'appliquent pas à une personne ou à une chose plutôt 
qu'à une autre, ou sont applicables à un très-grand 
nombre de personnes ou de choses : « Les princes gâtés 
par la flatterie trouvent sec et austère tout ce qui est 
libre et ingénu (Fénelon). — Qu'importe de posséder 
une grande étendue de. terre et de rommander à un plus 
grand nombre d'hommes? On n'en a que plus d'embar- 
ras et moins de liberté. » (Id. ) P. 

GÉNÉRALIFE, c.-à-d. en arabe Maison des fîtes, sorte 
de maison de plaisance bâtie par les Arabes sur une émi- 
nence voisine de Grenade. L'extérieur en est fort simple, 
comme toutes les constructions orientales, et ne présente 
que de grandes murailles sans fenêtres, surmontées d'une 
terrasse avec une galerie en arcades, le tout coiffé d'un 
petit belvédère moderne. Les délicates sculptures de l'in- 
térieur ont été empâtées par le badigeon des modernes. 
Une des salles contient la suite des portraits des rois 
d'Espagne. Le véritable charme du Généralife, ce sont ses 
jardins et ses eaux. 

GÉNÉRALISATION, opération de l'esprit qui consiste 
à dégager le général du particulier, à l'en séparer, afin 
de le voir séparément. La Généralisation est de deux 
sortes, médiate et immédiate. Dans le premier cas, l'es- 
prit part des notions concrètes et individuelles des êtres 
ou des faits; puis, par l'Abstraction et la Comparaison 
volontaire, il forme les notions générales d'espèce, de 
genre, de classe, etc. Les modes et les rapports générali- 
sés, et reconnus comme les mêmes ou comme divers, de- 
viennent des caractères communs ou différents. La pré- 
sence de caractères communs dans plusieurs objets fait 
réunir ces objets en un groupe, auquel nous ajoutons 
par la pensée tous ceux que nous supposons avoir les 
mêmes caractères; nous appliquons à cet ensemble la 
notion d'unité, et nous avons une espèce. De même, en 
saisissant les caractères communs entre plusieurs espèces, 
et appliquant à l'ensemble la notion d'unité, on obtient 
un genre, et ainsi de suite. Dans cette opération il y a 
deux choses à observer : la compréhension et ['étendue. 
La première renferme le nombre de qualités communes 
aux individus contenus dans une classe; la seconde, le 
nombre de ces individus. La Généralisation immédiate ne 
résulte pas de la comparaison ; elle ne. doit rien à la vo- 
lonté. C'est une opération do la Raison qui consiste à 
s'élever au nécessaire et à l'absolu, au moyen du contin- 
gent et du relatif : ainsi, à l'occasion de l'idée d'un temps 
limité, nous concevons nécessairement l'idée du temps 
sans limite. Cette sorte de Généralisation donne un ré- 
sultat tout différent de la première. Par celle-ci on ob- 
tient des principes qui résultent de recherches volon- 
taires, longues et laborieuses; dans le second cas, certains 
principes nous apparaissent d'eux-mêmes et comme mal- 
gré nous; ils ont pour caractères d'être spontanés, né- 
cessaires, universels. Ce ne sont plus des idées générales, 
mais universelles. V. Idée. R. 

GÉNÉRALISSIME, j F. ces mots dans notre Diction- 

GÉNÉRALITÉ. I naire de Biogr. et d'Histoire. 

GÈNES (Monuments de). Parmi les édifices religieux 
de la ville de Gênes, un des plus remarquables est la 



cathédrale S l -Laurent. construite au commencement du 
xr siècle, et restaurée au x\T par Galéas Alessi. A l'exté- 
rieur, elle est revêtue de marbres blanc et noir, disposés 
en assises alternatives ; une seule des deux tours qui de- 
vaient surmonter l'édifice a été exécutée. L'intérieur, où 
l'on est frappé d'un singulier mélange de styles architec- 
toniques, contient beaucoup de statues, de bas-reliefs et 
de tableaux précieux. La chapelle de S'-Jean-Baptiste est 
particulièrement ornée avec richesse : la châsse du saint, 
toute en argent, a été faite au xv e siècle. La belle mar- 
queterie des stalles du chœur est l'œuvre de Zabello, ar- 
tiste de Bergame. On conserve dans la sacristie le Sacro 
Catino (V. ce mot). — L'église de ïAnnunziata, bâtie aux 
frais de la famille des Lomellini, sur les dessins de Scor- 
ticone et de Jacques délia Porta, est d'une magnificence 
peu commune. Sans parler des œuvres d'art qui la déco- 
rent, elle a été presque complètement dorée il y a quel- 
ques années. La façade, revêtue de marbre blanc, est 
inachevée. — L'église de S l '-Marie-de-Carignan ou de 
Y Assomption, située sur une hauteur d'où l'on domine la 
ville, a été construite par Galéas Alessi, de 1552 à 1000, 
aux frais de la famille Sauli. C'est un édifice complet, 
bien ordonné, et d'une parfaite unité : il forme un carré 
régulier de 50 met., sans compter l'abside, et est divisé 
en trois nefs; quatre piliers supportent une grande cou- 
pole centrale, et d'autres coupoles plus petites s'élèvent 
aux quatre angles de la croix. L'orgue passe pour être un 
des premiers d'Italie. — Au nombre des monuments ci- 
vils on distingue : l'Université, splendide bâtiment, con- 
struit au x\ ir"siôclesur les dessins de BartolommeoBianco; 
le Palais ducal ou délia Cilla, ancienne résidence des 
doges, rebâti au xvi e siècle par Andréa Vannone; le Va- 
lais Doria. œuvre de Perino del Vaga et de Montorsoli; 
le Palais Royal ou Palais Durazzo, élevé au xvu e siècle 
par Falcone et Cantone; le Palais Brignole-Sale , dit le 
Palais rouge à cause de la couleur de sa façade, et conte- 
nant une belle collection de tableaux ; le Palais Balbi, 
dont Bianco et Corradi furent les architectes ; le Palais 
Pallavicini, où se trouve une célèbre galerie de ta- 
bleaux, etc. V. Gauthier, Les plus beaux édifices de 
Gènes, Paris, 1809, 2 vol. in-fol. 

GENÈSE. i V. ces mots dans notre Diclion- 

GENETHLIAQUE. ( naire de Biogr. et d'Histoire. 

GENEVIÈVE (Bibliothèque S"*-), à Paris. Elle date de 
1624 : le cardinal de La Rochefoucauld, les savants Gé- 
novéfains Fronteau et Lallemand en sont les fondateurs; 
Dumoulinet, numismate distingué, Pingre, et Mercier, 
abbé de S'-Léger, contribuèrent à son agrandissement. 
L'archevêque de Reims, Le Tellier, lui légua 10,000 volu- 
mes. Elle fut placée dans l'étage supérieur du couvent 
des Génovéfains (aujourd'hui le lycée Napoléon), for- 
mant une galerie en croix latine. Une perspective, peinte 
par Lafon, à l'extrémité du petit bras, lui donnait l'as- 
pect d'une croix grecque. Dans une coupole, au croise- 
ment des bras, Hestout peignit, en 1730, le triomphe de 
S 1 Augustin. Avant la Révolution, la bibliothèque S le -Ge- 
neviève passait pour la mieux installée des bibliothèques 
de France. Le local en existe encore, mais il est consacré 
au service du lycée Napoléon. En 1850, la bibliothèque a 
été transférée dans un bâtiment de la place du Panthéon, 
construit spécialement pour la recevoir, sur l'emplace- 
ment de l'ancien collège Montaigu, qui servait de prison 
militaire. Elle se compose de 250,000 volumes et de 
.'1,000 manuscrits. On y peut travailler tous les jours de 
10 heures à 3 heures, et le soir de a 10 heures. 

Geneviève (Église S' e -). V. Panthéon, dans notre Dic- 
tionnaire de Biographie et d'Histoire. 

GÉNIE. Ce mot avait, au xvn" siècle, un sens plus gé- 
néral que de nos jours : il s'entendait ordinairement de 
l'esprit et du caractère; il exprimait surtout l'intelligence 
active et dirigée par la volonté. Bossuet dit de la prin- 
cesse Palatine, que « son génie se trouva également propre, 
aux divertissements et aux affaires. » 11 va même, dans 
l'Oraison funèbre du grand Coudé, jusqu'à faire du génie 
une faculté de l'intelligence : « Vivacité, pénétration, 
grandeur et sublimité du génie, voilà pour l'esprit. » 
Cependant, Boileau, dans sa belle épître à Racine (£p. 7), 
prend déjà ce mot dans le sens où nous le prenons au- 
jourd'hui , et l'applique à Molière et à Corneille aussi 
bien qu'à son ami : 

liais pnr les envieux un pdnic excite' 
Au comble de son art est mille fois monte*. 

Les écrivains du xvin B siècle n'ont guère vu dans le 
génie que le talent porté, à un degré supérieur. Voltaire, a 
dit quelque part : « Au fond, le génie est-il autre chose 



GÉN 



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GÉN 



que le talent? Qu'est-ce que le talent, sinon la disposi- 
tion à réussir dans un art? » Dans le Temple du Goût, il 
en fait un synonyme de l'imagination : 

De faux brillants, trop de génie 
Mettent le Tasse un cran plus bas; 
Mais que ne pardonne-t-on pas 
Pour Armide et pour Herminie? 

Les nuances avaient cependant été indiquées nettement 
par La Bruyère, dans cette réflexion qu'il laisse échapper 
en passant: «Talent, goût, esprit, génie, choses diffé- 
rentes, non incompatihles » (Ch. I er , Des ouvrages de 
l'esprit). Aujourd'hui , le mot génie s'entend dans une ac- 
ception particulière, et représente une idée plus grande, 
celle des vastes et hautes conceptions de l'intelligence; 
dans les arts, l'idée de création suhlime; dans la vie et 
dans le gouvernement, l'idée d'une énergie de caractère 
qui domine les hommes et les maîtrise, ies entraîne par 
l'admiration, les soumet par l'étonnement et quelquefois 
même par la crainte. 11 y a le génie de la politique et de 
la guerre, le génie des affaires et de l'administration, 
comme le génie des sciences et des lettres. 11 nous 
semble que, d'ordinaire, le génie se reconnaît à sa puis- 
sance , c'est-à-dire à ses œuvres et à ses résultats, te 
talent, plus facile à définir, n'est qu'une disposition heu- 
reuse de la nature, une supériorité relative. Quelquefois 
même on appelle de ce nom, dans les arts ou dans les 
affaires, l'habileté de l'exécution ; il ne s'agit plus alors 
que d'une aptitude acquise. Le génie ne s'acquiert pas, 
et il est bien au-dessus de l'aptitude et de l'habileté ; son 
caractère essentiel est la grandeur dans l'originalité; le 
talent , même supérieur, ne s'élève pas au-dessus de la 
distinction, et n'atteint jamais au génie. Aussi a-t-il pour 
effet de satisfaire, d'intéresser, de séduire même ; le génie 
éblouit et enlève les hommes, leur ôte la réflexion ou en 
rend l'usage inutile; le talent ne leur cause que du plai- 
sir. Il y a donc une étroite parenté entre le génie et le su- 
blime. Dans la politique comme dans les arts, le génie 
conçoit et exécute les grandes choses : il est essentielle- 
ment créateur. Il y a encore une liaison naturelle entre 
le génie et l'immortalité, qui est le privilège et le prix 
des actions et des ouvrages sublimes. Toutefois, dans les 
œuvres des arts, et surtout de l'esprit, l'immortalité, la 
réputation même ne s'attachent pas toujours dès l'abord 
aux vues ni aux créations de génie. On ferait une liste 
bien longue des inventeurs, des savants, des artistes, des 
poètes qui ont vu leurs conceptions méconnues, mépri- 
sées, livrées au ridicule par les connaisseurs aussi bien 
que par les ignorants. Les calculs de Christophe Colomb 
étaient des chimères, la découverte de la vapeur une 
folie, le Paradis perdu et Athalie des écrits ennuyeux , 
jusqu'au jour où la Providence a réformé les jugements 
du public, et fait rendre au génie l'honneur qui lui était 
dû. Ce serait donc une mesure incertaine et sujette à 
l'erreur que d'estimer le génie par ses résultats immé- 
diats; le sublime n'est pas toujours reconnu, et l'immor- 
talité se fait attendre; mais elle ne fait jamais défaut à la 
vraie grandeur. La popularité d'ailleurs se trompe quel- 
quefois, et s'attache aux ouvrages et aux hommes mé- 
diocres. Pompée était l'idole des Romains quand César 
commençait à grandir. Les savants et le public du 
xvi c siècle décernèrent à Ronsard des honneurs divins. 
On sait comment la postérité se charge de redresser de 
pareilles erreurs, aussi bien qu'elle corrige les injustices. 
Ce serait encore une mesure inexacte que d'estimer les 
créations d'un homme de génie, qui peuvent n'être que 
des ébauches, d'après les œuvres perfectionnées et polies 
de ses imitateurs. Voltaire n'échappe pas à ce défaut 
quand il fait bon marché de l'invention comparée à l'uti- 
lité, et qu'il écrit : « Tous les acheteurs vous diront : 
« J'avoue que l'inventeur de la navette avait plus de génie 
« que le manufacturier qui fait mon drap ; mais mon 
«drap vaut mieux que celui de l'inventeur... Enfin, 
« chacun avouera, pour peu qu'on ait de conscience, que 
« nous respectons les génies qui ont ébauché les arts, et 
« que les esprits qui les ont perfectionnés sont plus à 
« notre usage. » Or, la justice veut que nous fassions 
honneur au génie des progrès dont il est le premier au- 
teur. Il nous faut moins de quinze jours pour aller sûre- 
ment et commodément en Amérique; mais c'est Colomb 
qui a trouvé le chemin. 

Génie de la politique et de la guerre. — Les politiques 
et les militaires ne sont guère exposés à ce genre de mé- 
comptes, parce qu'ils produisent des résultats positifs, 
immédiats, où l'on reconnaît qu'ils ont la force, à laquelle 
les hommes résistent rarement. Depuis Périclès jusqu'à 



Richelieu, depuis Alexandre et César jusqu'à Napoléon, 
l'on s'est accordé à reconnaître tous les caractères du 
génie dans ces âmes vastes et puissantes, en qui se per- 
sonnifient l'intelligence, les volontés et les passions de 
l'humanité, et qui fascinent les hommes par la magie de 
la gloire, ou les subjuguent par la supériorité des lu- 
mières et de l'énergie. Ici même, la Providence a donné 
au génie ce singulier privilège d'être loué des hommes à 
proportion de ce qu'il leur coûte, parce que la postérité 
reconnaît sa grandeur dans les coups mêmes qu'il a 
frappés, et que, pour emprunter le langage de Bo^suet , 
« s'il n'a pas les cœurs, il force l'admiration. » Montes- 
quieu a ingénieusement analysé cette remarquable loi des 
choses humaines dans le Dialogue de Sylla et d'Eucrale; 
lorsque le philosophe dit à ce redoutable politique, cou- 
vert de sang plus que de gloire : « Je voyais bien que votre 
âme était haute, mais je ne soupçonnais pas qu'elle fût 
grande. » Celaveut dire : «J'avais ignoré jusqu'à présent 
que vous fussiez un homme de génie. » C'est un senti- 
ment analogue qui a fait dire à M. de Lamartine {Nou- 
velles Méditations, vu) : 

Et vous, fléaux de Dieu, qui sait si le génie 
N'est pas une de vos vertus? 

Génie des sciences et des arts. — Le génie des sciences, 
des lettres et des arts est peut-être moins exposé à ces 
reproches, quoiqu'il y ait de déplorables exemples des 
abus auxquels il se prête : l'esprit prodigieux que \ oltaire 
a dépensé en impiétés et en bouffonneries, l'ardente ima- 
gination et la prestigieuse éloquence de Rousseau, em- 
ployées à mêler perpétuellement le sophisme et la vé- 
rité, tout ce qui fausse le jugement, flétrit l'âme ou 
étourdit la conscience, mérite-t-il encore le nom de génie? 
Le mot seul semble exclure l'idée du mal et de l'immora- 
lité. Il faudrait ne pas accorder plus que le talent à des 
écarts déplorables, et , quoique la langue ait consacré les 
termes de génie malfaisant et de génie de la destruction, 
elle devrait réserver la désignation glorieuse d'écrivains 
de génie aux maîtres irréprochables qui ne se sont jamais 
servis de la parole et des arts que pour le beau et le bien. 
Nous n'essayerons pas d'en faire une revue qui serait né- 
cessairement incomplète, et qui, à l'honneur de l'huma- 
nité, serait pour ainsi dire infinie. Il faudrait commencer 
par Homère, père de toutes les sciences dans l'antiquité, et 
parcourir trente siècles pour s'arrêter où? aux découvertes 
de Cuvier ou bien aux Méditations de Lamartine? Ce 
n'est pas non plus le lieu de chercher quel caractère le 
génie a pris dans les écrivains chrétiens, ni d'étudier au 
point de vue littéraire l'étonnante simplicité de S' Paul. 
11 vaut mieux s'arrêter à notre xvn e siècle, qui nous offre 
l'expression la plus parfaite et la plus pure du génie des 
lettres, c.-à-d. de l'humanité, et saluer dans le xix e les 
conquêtes magnifiques du génie des sciences, qui déter- 
mine la place des astres sans les voir, endort la douleur, 
fixe la lumière, et fait voler la pensée humaine aussi vite 
que la foudre. Remarquons seulement que les décou- 
vertes de la science n'assurent pas à leurs inventeurs la 
même gloire que les créations de l'éloquence et de la 
poésie. Buffon en a donné la raison, quand il a dit : « La 
« quantité des connaissances, la singularité des faits, la 
« nouveauté même des découvertes, ne sont pas de sûrs 
« garants de l'immortalité, parce que les connaissances, 
« les faits et les découvertes s'enlèvent et se transportent 
« aisément... Ces choses sont hors de l'homme; le style, 
« c'est l'homme même. » ( Discours de réception.) Nous 
dirons également : le génie, c'est l'homme même, et ses 
œuvres les plus durables sont celles qu'il tire de son 
propre fonds, c.-à-d. de son âme, parce qu'c-lles traduisent 
en termes immortels des vérités qui sont de tous les 
temps et intéressent tous les hommes. C'est la gloire des 
Anciens, et le secret de ces chefs-d'œuvre qui ont immor- 
talisé tant de petites cités de la Grèce, et ajouté un tel 
éclat à la grandeur des Romains. Ce caractère de vérité 
neuve et puissante estl'origine d'une expression consacrée, 
le génie ancien, que l'on compare et que l'on oppose sou- 
vent au génie moderne. Il ne suffit pas d'entendre par là, 
comme Voltaire, « le caractère, les mœurs, les talents 
« principaux, les vices même qui distinguent un peuple 
« d'un autre. » Cette explication ne regarde que le carac- 
tère d'une nation, et il y a dans le mot génie quelque 
chose de plus, une idée de supériorité, de qualités per- 
sonnelles et élevées par où excelle un peuple ou une 
civilisation. Nous disons le génie ancien et le génie mo- 
derne, le génie espagnol et le génie anglais, pour exprimer 
plus qu'une singularité, c.-à-d. une originalité accompa- 

Cl 



GÉN 



962 



GÉN 



gnée de grandeur, ce qui est le vrai sens du mot génie. 
Il y a bien des nuances dans une question si générale, 
et qui touche à tant d'autres : on peut distinguer encore, 
surtout dans la conduite des choses humaines, le génie 
de conception et le génie d'exécution, dont la différence 
est peut-être plus sensible dans la politique et dans la 
guerre. Un page de Gustave-Adolphe, Torstenson, à la vue 
d'une manœuvre inattendue des ennemis, change, de sa 
propre inspiration, un ordre du roi , qu'il était chargé de 
transmettre, et le roi le félicite de cette désobéissance de 
génie. Il y a des génies incomplets ; c'est l'effet d'une loi 
divine, qui condamne la sagesse et la grandeur humaines 
à être, comme dit Bossuet, « toujours courtes par quelque 
endroit. » Les critiques du xvm e siècle faisaient même de 
l'incomplet une condition ou un caractère particulier du 
génie. Marmontel disait : « Le génie est une sorte d'inspi- 
« ration fréquente, mais passagère ;... les intervalles du 
« génie sont occupés par le talent; quand l'un s'endort, 
« l'autre veille; quand l'un s'est négligé, l'autre vient 
« après lui et perfectionne son ouvrage. » L'exemple fa- 
vori du temps à l'appui de cette théorie , outre Shaks- 
peare, que l'on ne comprenait pas, c'était Corneille, que 
la mode sacrifiait à Racine, comme si Polyeucte et Cinna 
étaient le fruit d'une inspiration par accès et d'un génie 
intermittent. Nous sommes revenus de cette erreur, que 
Voltaire avait autorisée le premier par ses jugements, et 
nous croyons avec admiration à l'égalité du génie de Cor- 
neille. Quoiqu'il ait subi cette loi fatale de la décadence 
attachée presque toujours à la vieillesse, ce n'est pas chez 
lui qu'il faut chercher l'exemple d'un génie incomplet, 
non plus que chez Boileau , si ridiculement attaqué de 
nos jours. En effet , le génie incomplet n'est pas celui qui 
ne suffit pas à tout, et qui n'a pas eu toutes les qualités, 
même celles dont il n'avait pas besoin ; c'est celui qui pou- 
vait arriver à la grandeur et à la perfection dans le genre 
qui lui convenait, ode, drame, histoire, éloquence, et 
qui , faute de vérité ou de goût, s'est arrêté en chemin. 
Il se rencontre d'ordinaire aux époques de décadence. On 
a souvent et justement cité à ce propos le nom de Sé- 
nèque : les temps modernes, et notre siècle peut-être 
plus que d'autres, fourniraient plus d'un exemple ana- 
logue. Nous avons vu des hommes doués de qualités 
supérieures, et nés pour le sublime, s'interdire volontai- 
rement de l'atteindre, parce qu'ils manquaient de sincé- 
rité et de bonne foi, ou qu'ils méprisaient la critique et 
sacrifiaient tout à l'idolâtrie d'eux-mêmes et à l'engoue- 
ment du public ; ou bien encore parce qu'ils ne respec- 
taient pas plus leur personne que leur talent. Ce titre de 
génie incomplet sera en même temps leur récompense et 
leur condamnation; car la vraie beauté et la vraie gran- 
deur, quoique soumises aux imperfections inévitables de 
l'humanité, n'existent pas sans l'ensemble et sans l'har- 
monie. — II ne faut pas confondre avec ces génies incom- 
plets par leur faute ceux que le malheur a empêchés de 
parvenir au degré où ils étaient appelés : André Chénier 
en est le plus triste et le plus glorieux exemple ; il a com- 
posé des vers impérissables : l'Aveugle et la Jeune cap- 
tive sont des œuvres de génie; et cependant, le regret 
amer qui lui échappa en présence de la mort exprimait, 
avec la conscience de ce qu'il pouvait faire, la douleur du 
perdre si cruellement ses droits à l'immortalité. C'est, au 
reste, un des traits supérieurs du génie, et l'un des plus 
aimables, que cette défiance de soi-même que Chénier 
portait jusque sur l'échafaud, et que Molière avouait no- 
blement à Boileau, quand il s'appliquait à lui-même ce 
vers du satirique (Sat. 2 ) : 

Il plaît îi tout le monde, et ne saurait se plaire. 

En effet, l'écrivain de génie, les yeux attachés sur cet 
idéal qui recule toujours, est souvent d'autant plus près 
de la perfection qu'il se croit plus incomplet. 

Génie des arts. — On comprend aisément que les lois 
du génie sont les mômes dans les arts ; celui du sculp- 
teur, du peintre, du compositeur, se reconnaît aux émo- 
tions qu'ils font naître;, à l'admiration qu'ils inspirent. 
(In artiste de talent fait plaisir; mais il y a plus que du 
plaisir dans les impressions que produisent les chefs- 
d'œuvre de Phidias et de Raphaël, de Gluck, de Mozart, do 
Beethoven, et de Bossini ; la, comme dans les lettres, les 
conditions et les caractères du e;énic sont la vérité, l'ori- 
ginalité, la simplicité dans la puissance, la sensibilité 
qui passe do l'âme de l'artiste dans celle du public. Sans 
doute, les œuvres des arts n'échappent pas aux caprices 
de la mode et aux erreurs du goût {V. ce mot). La mu- 
sique même est peut-être plus exposée aux méprises que 



les arts du dessin , soit parce qu'elle vieillit rite, soit 
parce qu'elle parle aux sens, et que la beauté de la voix 
et l'habileté de l'exécution exercent une séduction qui 
profite assez souvent à des œuvres ordinaires ou même 
médiocres. Mais ces jugements de passage se réforment 
comme tous les autres, et, dans un art si mobile et si 
fugitif, c'est le génie seul qui ne vieillit pas. A. D. 

génie civil, dénomination sous laquelle on comprend 
les corps des ingénieurs des mines et des ponts et chaus- 
sées. V. Mines, Ponts et chaussées. 

génie maritime. Ce corps, dont nous avons retracé 
l'historique dans notre Dictionnaire de Biographie et 
d'Histoire, est organisé de la manière suivante : 



Grades. 



Assimilation. 



1 Inspecteur général . . . Contre-amiral. 
9 Directeurs des construc- 
tions navales (l re et 2 e 

classes) Après les contre-amiraux. 

36 Ingénieurs ( l re et 2 e 

classes) Capitaines de vaisseau et 

de frégate. 
04 Sous-ingénieurs (l re , 2 e 

et 3'' classes) Lieutenants de vaisseau et 

de frégate. 

Et le nombre d'élèves nécessaire au service. Les traite- 
ments sont ainsi fixés : inspecteur général, 12,000 fr. ; 
directeurs, 10,000 et 8,000 fr. ; ingénieurs, 5,000 et 
4,000 fr.; sous-ingénieurs, 3,000, 2,400 et 2,000 fr.; 
élèves, 1,200 fr. 

génie militaire. Ce corps, dont nous avons indiqué les 
vicissitudes dans notre Dictionnaire de Biographie et 
d'Histoire, a un état-major, qu'une ordonnance du 31 oc- 
tobre 1845, modifiée en quelques points en 1800, fixe 
ainsi qu'il suit : 5 généraux de division, 8 généraux de 
brigade, 29 colonels, 29 lieutenants-colonels, 108 chefs 
de bataillon, 150 capitaines de l re classe, 150 capitaines 
de 2 e classe et lieutenants; en tout, 479 officiers. 11 y a, 
dans la garde impériale, une division du génie, composée 
de 2 compagnies. Le corps du Génie est de 7,000 hommes 
environ, formant 3 régiments, plus 2 compagnies d'ou- 
vriers. L'armement consiste dans le fusil à baïonnette et 
le sabre-poignard. L'uniforme est ainsi réglé : habit bleu, 
â revers non adhérents, avec collet, revers, parements 
et pattes de parements en velours noir, et passe-poil 
écarlate; doublure du collet et des revers, brides d'épau- 
lettes, grenades d'ornement des retroussis, en drap bleu, 
retroussis et épaulettes écarlate; boutons jaunes, eni' 
preints d'une cuirasse avec casque au-dessus; pantalon 
bleu, avec bandes et passe-poils écarlate ; shako en tissu 
de coton noir, avec pourtour supérieur en galon écarlate; 
plaque à aigle, ayant pour empreinte, dans l'écusson, 
une cuirasse surmontée d'un casque et placée au-dessus 
d'une bombe ; pompon sphérique à flamme écarlate ; buf- 
fleterie blanche. Les officiers portent l'épaulette d'or. Un 
corps d'employés, chargé des détails du service des places 
fortes, des bâtiments et établissements militaires, est 
composé de 73 gardes principaux dugénie, de 180 gardes 
du génie de l re classe, et 332 de 2°. Les établissements 
du génie sont : le dépôt des fortifications, à Paris ; l'ar- 
senal du génie, à Metz; les écoles régimentaires de Metz, 
Arras et Montpellier, places spécialement affectées comme 
lieu de garnison aux trois régiments. 

GÉNITIF, flexion particulière aux noms, pronoms et 
participes des langues à déclinaisons (^rec, latin, alle- 
mand). C'est l'un des cas obliques (V. Cas). 11 exprime 
proprement un rapport de possession, de propriété, d'ap- 
partenance, comme les prépositions de et â en français: 
ainsi, « la maison de Paul; cette maison est d Paul; Do- 
mus Pauli; Hœc domus Pauli est. » Il détermine la 
qualité d'une personne ou d'une chose : « Puer optimal 
indolis, enfant d'un excellent naturel ; » — la quantité : 
« Classis LXX navium, flotte de 70 navires; » — le poids : 
« Corona parvi ponderis, couronne d'un faible poids; » 
— ■ la forme : « Navis inusitatœ magnitudinis , navire 
d'une grandeur extraordinaire; » — la valeur : « Vêtis 
magni prelii, un vêtement d'un grand prix. » Il sert de 
complément : 1" aux superlatifs et aux mots qui expri- 
ment la partie d'un tout : « Dimidiitiii trmporis, la moitié 
du temps; Allissima arborum, lo plus élevé des arbres ; » 
2° aux adjectifs qui expriment les idées de désir ou d'in- 
différence, de sécurité ou d'inquiétude, «le savoir ou 
d'ignorance, de mémoire ou d'oubli, de participation ou 
de non-participation, d'abondance ou de disette, de fécon- 
dité ou de stérilité, etc. ; 3» avoc un certain nombre do 



GEN 



96: 



GEN 



participes pris adjectivement, comme sciens; 4° avec di- 
vers mots exprimant des idées de poursuite judiciaire, 
de condamnation, d'acquittement, de culpabilité, d'inno- 
cence, etc. : Proditionis insimulatus, accusé de trahi- 
son. » Le grec et le latin ont ces divers points de ressem- 
blance : mais, sur d'autres, ils se séparent. Ainsi, maintes 
fois le génitif grec répond à l'ablatif latin : par exemple, 
lorsqu'il s'agit d'exprimer le temps, le complément d'un 
comparatii ou de tout mot marquant supériorité, infé- 
riorité, différence, idée de départ, de sortie, d'extraction, 
de matière, enfin le complément circonstanciel connu 
sous le nom de génitif absolu. Il a très-souvent la force 
de nos locutions quant à, par rapport à, eu égard à, etc. 
11 s'emploie dans certaines exclamations, et peut résulter 
aussi d'une ellipse. Il exprime l'idée partitive absolument 
comme fait de en français dans « donnez-moi du pain. » 
— Le rapport marqué par le génitif est souvent équi- 
voque ; ainsi, Amor Dei peut signifier, ou activement, 
l'amour de Dieu pour les hommes , ou passivement, 
l'amour dont Dieu est l'objet. 

La flexion casuelle n'indiquant pas toujours assez net- 
tement le rapport d'un nom à un autre mot, on a souvent 
recours aux prépositions ; mais l'emploi de cette partie 
du discours avec le génitif est particulier à la langue 
grecque. Lorsque l'une de ces prépositions entre dans la 
composition d'un verbe, le complément ne se met au gé- 
nitif que si, sans rien changer au sens du verbe, on peut 
en détacher la préposition et la placer immédiatement 
devant son cas. Souvent l'emploi du génitif dépend du 
sens même du verbe et non de la préposition. P. 

GÉNOIS (Dialecte), un des dialectes italiens, celui qui 
se rapproche le plus du provençal. Il est en outre remar- 
quable par la fréquente substitution de IV à 17, et par la 
présence d'un certain nombre de sons rauques et singu- 
liers, qui semblent provenir du contact des Génois avec 
les autres peuples dans leurs anciennes courses mari- 
times. Dante reprochait au dialecte génois de son temps 
que, si on lui enlevait la lettre z, il resterait muet : au- 
jourd'hui il n'a aucun mot ayant le z toscan. Une pro- 
priété qui le distingue des autres dialectes italiens, le 
vénitien excepté, c'est la suppression, dans certaines con- 
ditions, des lettres l, t, v : ainsi, nolo devient noo: dito, 
dio; nave, nae. La lettre l se supprime quand elle est 
suivie de û ou de t. Le génois possède les sons eu et u 
français ; il a, comme le piémontais, les sons an, in, on, 
un; il supprime la voyelle à la fin des mots terminés par 
ne, ni, no, et prononce bastion pour bastione, man pour 
mani. Il a reçu beaucoup de mots des Arabes, des Espa- 
gnols, des Grecs et des Français. Un recueil de poésies 
en dialecte génois a été publié sous le nom de Çittara 
zeneise , par Gian-Jacopo Cavalli. 

GÉNOISE (École), une des écoles italiennes de pein- 
ture. Le plus ancien artiste qui la représente est Fran- 
çois d'Oberto, dont on a un tableau portant la date de 
13G8, dans l'église de S'-Dominique, à Gênes. On con- 
naît aussi quelques tableaux peints au xv e siècle par Jac- 
ques Marone, Galeotto Nebea, Jean Massone et Tuccio 
d'Andria. A la fin de ce siècle, Louis Brea fonda une école 
d'où sortirent Charles de Mantegna, Aurel Robertelli, 
Nicolas Corso, André Morellino, Fr.-Laurent Moreno et 
Fr. Simon de Carnuli. Le sac de Rome par les Allemands 
amena à Gênes, en 1528, Perino del Vaga, élève de Ra- 
phaël : l'influence de ce peintre modifia le style de l'école 
génoise, à laquelle appartiennent, dans sa nouvelle phase, 
Augustin Calvi, ses fils Lazare et Pantaléon, Lucas Cam- 
biaso dit Canotage, Benoît Castiglione, Bernardin Cas- 
tello et J.-B. Paggi. Ce dernier eut à son tour un grand 
nombre d'élèves, dont les voyages par toute l'Italie firent 
perdre à l'école génoise son caractère spécial , et parmi 
lesquels on distingue Valerio Castello, Dominique Piola, 
J.-B. Carlone, Bernard Strozzi dit leCapucin, et Raphaël 
Soprani. Depuis le milieu du xvu e siècle, la réputation 
des artistes génois ne s'est plus répandue en dehors de 
leur pays. 

GENOUILLÈRE, pièce de l'armure au moyen âge, cou- 
vrant le genou, et réunissant les grèves ou jambières aux 
cuissards. Parfois elle était terminée sur le devant par un 
ornement conique, et portait sur le côté extérieur une 
pointe longue et forte, pour préserver le cavalier d'être 
serré de près par d'autres cavaliers, dont les chevaux se 
• seraient blessés contre ces pointes. ■ — De nos jours, on 
nomme genouillère le revêtement intérieur d'une batterie 
à embrasures ; sa hauteur est de l n, ,19 pour les batteries 
de plein fouet, et de l m ,33 pour celles à ricochet. 

GENRE, le premier des cinq universaux de l'École; 
idée collective qui s'étend à d'autres idées encore univer- 



selles. Telle est la substance par rapport au corps et à 
l'esprit, l'animal par rapport à l'homme et aux autres 
espèces, le quadrilatère par rapport au parallélogramme 
et au trapèze. En soi le genre est la collection des espèces 
qui se ressemblent plus entre elles qu'elles ne ressem- 
blent à quelque espèce que ce soit d'un autre genre. 
Ainsi, dans le genre animal, les espèces les moins sem- 
blables entre elles, les mammifères et les mollusques, se 
ressemblent plus entre elles qu'elles ne ressemblent 
l'une ou l'autre à quelque espèce que ce soit d'un autre 
genre, par exemple à une espèce végétale. La notion des 
genres, à ses différents degrés, joue un grand rôle dans 
toutes lçs sciences, les rapports et les vérités dont on 
s'efforce d'acquérir la connaissance étant des vérités et 
des rapports généraux. V. Universaux. B — e. 

genre, en Musique, manière d'assembler successive- 
ment par tons et par demi-tons les degrés de l'échelle et 
d'en former des mélodies. Il y a trois genres, le diato- 
nique, le chromatique et l'enharmonique {V. ces mots). 

genre, forme particulière que prennent les noms, les 
adjectifs et les pronoms, suivant le genre des êtres 
dont on parle. Naturellement tous les noms qui convien- 
nent à l'homme seul où aux animaux mâles doivent être 
du genre masculin : Paul , père, fils, frère, lion, cheval. 
Tous ceux qui conviennent à la femme seule ou aux ani- 
maux femelles doivent être du genre féminin : Pauline, 
mère, fille, sœur, lionne, jument , cavale. La langue 
française ne reconnaît dans les noms que les deux genr 
dont nous venons de parler : il en est de même de l'ita- 
lien et de l'espagnol. Le grec, le latin, l'allemand et l'an- 
glais en admettent un troisième , sous lequel on devrait 
ranger les noms qui ne sont naturellement ni masculins 
ni féminins : c'est le genre neutre (du latin neutrum, ni 
l'un ni l'autre). Mais on trouve à cet égard infiniment d • 
caprice dans toutes ces langues : ainsi , en grec, le cœur 
est exprimé par deux mots, dont l'un est neutre et l'autre 
féminin; de même en latin, mens, animus, ingenium, 
u esprit », expriment la même idée avec trois genres dif- 
férents. Certains noms de femmes de bas étage prenaient 
dans ces deux langues la forme du neutre, en restant fé- 
minins. En français, en italien, en espagnol, en alle- 
mand , même caprice dans l'application du féminin ou 
du masculin aux êtres qui ne sont pas naturellement de 
l'un de ces deux genres r ainsi arbre est du masculin, 
branche est du féminin; racine est du féminin ainsi que 
tige, tronc est masculin ; mont et vallon sont du mas- 
culin , montagne et vallée du féminin, etc. Aussi les 
genres sont-ils loin de se correspondre dans les divers:.:, 
langues : le mot poitrine, féminin en français, a pour 
correspondant en grec un nom masculin, en latin un nom 
neutre. — La langue anglaise est celle qui offre le moins 
d'anomalies à cet égard; elle a cela de particulier, qu'elle 
fait neutres tous les noms d'animaux. P. 

genre ( Peinture de), nom sous lequel on comprend la 
bambochade ( V. ce mot), les scènes de fa vie qui n'ont 
pas le caractère du style assigné à la peinture d'histoire, 
la représentation des animaux considérés isolément et 
non comme accessoires du paysage ou du tableau d'his- 
toire, les vues d'édifices pris aussi isolément, les inté- 
rieurs, les fleurs, les instruments, les ustensiles et tout 
ce qu'on appelle la nature morte. Aux tableaux de cette 
dernière espèce on réservait autrefois la dénomination 
de tableaux de genre; les autres s'appelaient tableaux de 
chevalet. En général , les tableaux de genre sont de pe- 
tites ou médiocres proportions. 

genres d'éloquence, de littérature. V. Éloquence, 
Littérature. 

GENS (Droit des). V. Droit des cens. 

GENS DE LETTRES, qualification de ceux qui se li- 
vrent à la littérature et en font profession; elle est d'ori- 
gineromaine. Les premiers hommes de lettreschez les Ro- 
mains furent des Grecs, des esclaves ou des affranchis ; on 
les appelait rhéteurs {V. ce mot). Mais des gens de lettres 
proprement dits, cultivant tous les genres de littérature, 
il n'y en eut à Rnme qu'à dater de la fin de la république 
et surtout de l'époque des empereurs ; du temps d'Au- 
guste, leur condition fut assez digne : on sortait des guern s 
civiles, le pouvoir absolu avait à se faire pardonner son 
origine, et l'empereur voulait ne paraître que le premier 
magistrat de la république. Aussi, Virgile, Horace, Tucca, 
Varius et d'autres furent autant les amis que les protégés 
d'Auguste et de Mécène. Plus tard, particulièrement so- 
les mauvais empereurs, les gens de lettres, en général 
n'étaient guère plus que des parasites. V. sur ce sujet les 
Etudes de mœurs et de-critique sur les poêles latins de 'd 
décadence, par M. D. Nisard, 2 e édit., Paris, 1 8 19, 2 v. in-S\ 



GEN 



OGi 



GEN 



En Grèce, sauf quelques exceptions pour de grands 
talents ou de grands génies, la profession des lettres 
s'exerçait dans la patrie ou môme à l'étranger ; c'était 
particulièrement de l'enseignement de la rhétorique que 
les lettrés vivaient. Les littérateurs sérieux cultivaient 
les lettres pour la gloire, pour plaire au peuple, qui quel- 
quefois les en récompensait par une gratification prise 
dans le trésor de l'État; ainsi Hérodote ayant lu aux 
Athéniens les morceaux de son Histoire qui devaient 
particulièrement les intéresser, le peuple lui fit don de 
10 talents (55,000 fr. environ). Le même peuple voulut 
que l'on comptât au poète Chérilus un philippe d'or (34 
à 35 fr.) pour chaque vers d'une pièce où il avait célébré 
la victoire des Grecs sur Xerxès. 

Dans le nouveau monde chrétien , les gens de lettres, 
mêlés au clergé, servirent la cause de la civilisation, tout 
eu perpétuant la tradition des sophistes. Pendant le 
moyen âge, aucun écrivain ne compta dans l'ordre social, 
s'il ne faisait partie du clergé, et alors la considération 
dont il jouissait venait du corps dont il était membre, et 
non de son propre mérite. En dehors de l'Église, il n'y 
eut que des poètes et des chroniqueurs assez misérables, 
qui luisaient profession d'amuser les loisirs des seigneurs 
et des princes. 

La période de la Renaissance parut être comme un âge 
d'or pour la littérature ; Charles-Quint rendait les plus 
grands honneurs à Guichardin, qui était, il est vrai , en 
même temps qu'écrivain, homme d'État et guerrier. On 
faisait de riches présents aux gens de lettres, on leur 
donnait les revenus de riches abbayes, on les chargeait 
de missions diplomatiques. Mais ces faveurs étaient pour 
ceux qui joignaient l'esprit des affaires à la culture des 
lettres : ceux qui n'étaient que littérateurs ou poètes 
étaient flattés et négligés ; l'Arioste, par exemple, se plaint 
de ce. qu'après l'avoir embrassé sur les deux joues, le 
pape Léon X le laissait dans la misère. Les gens de 
lettres purement lettrés, et mieux avisés, traitaient ces 
singuliers protecteurs comme ils le méritaient; ainsi 
l'aul Jove disait avoir deux plumes, l'une d'or et l'autre 
d'argent, afin de proportionner la louange aux dons, et 
tous, en général , pensaient comme le sculpteur Ccllini : 
« Je sers qui me paye. » 

La domesticité des gens de lettres était comme une tra- 
dition qui passa d'Italie en France. Les littérateurs, les 
poètes ne pouvaient guère être que les complaisants et les 
ilatteurs des princes : cela faisait, en quelque sorte, partie 
de leur profession. Le cardinal de Richelieu leur imposa 
son joug avec dureté : de la même main qu'il brisait le 
protestantisme, il fit son empire de la république des 
lettres. 

Louis XIV rendit la position des lettrés plus éclatante, 
mais non plus sûre : « L'intelligence, a dit Colbert , prêta 
hommage-lige au monarque. » Nous serons plus explicite 
et plus vrai en ajoutant que les gens de lettres prêtaient 
leur hommage à tous les grands seigneurs qui pouvaient les 
protéger. Dans ce temps, où la noblesse de race avait une 
si haute valeur et possédait de si grands biens, nul auteur 
ne publiait un ouvrage sans une dédicace à quelque puis- 
sant du jour ; voyez celles de Corneille et de Racine, pour 
no parler que des illustres: elles sentent la domesticité. 
Rappelons-nous que Richelieu tenait à sa solde une foule 
de gens de lettres, et que Fouquet , longtemps auprès, 
avait aussi nombre de pensionnaires de cette sorte, parmi 
lesquels on comptait La Fontaine, qui fut si fidèle au sur- 
intendant malheureux. 

Les auteurs bien accueillis du public trouvaient une 
rémunération raisonnable de leurs travaux: P. Corneille 
tira 'J,000 livres de chacune de ses tragédies d'Attila i i 
de Bérénice; Molière en reçut autant pour son Festin de 
Pierre, 1,100 pour ses Fâcheux et 1,000 pour ses Femmes 
savantes; les premières représentations d'Ésope à la 
cour, comédie de Boursault, lui valurent tout près do 
3,000 livres, [«appelons-nous qu'alors l'argent avait en- 
viron fois plus de valeur qu'aujourd'hui (V. Monnaie , 
• 1' s sommes ci-dessus devront se traduire, en chiffres 
a ituels, par 12,000 fr., 6,600 fr., 0,000 fr., ci 18,000 fr. 
— Les manuscrits des livres se vendaient un peu moins 
cher, car Roileau ne reçut pour son Lutrin que 000 liv. 
(soit 3,000 fr.), et Ra;ino céda V manuscrit d'Andro- 
maque pour 200 liv. fsoit 1,200 fr.); on voit que ces 
prix sont assez équitables, lîoi leau était dans tout l'éclat 
de sa réputation , et Racine commençait la sienne. — 
Les pensions royales, distribuées en 1663 aux gens de 
lettres, étaient fixées avec une vraie magnifia 
rai , historiographe de France, en avaii une de 4,000 liv. 
(21,000 fr.) ; Chapelain, alors « le premier poète du 



monde pour l'héroïque », disait-on, recevait 3,000 liv. 
(18,000 fr.); P. Corneille, 2,000 liv. (12,000 fr.); Bense- 
rade, 1,500 liv. (9,000 fr.) ; Molière, qui n'avait encore 
donné que l'École des Femmes, sa première bonne comé- 
die, 1,000 liv. (0,000 fr.); et Racine, qui en était à la 
Thébaide, 800 liv. ( 4,800 fr.). 

La position sociale des gens de lettres s'améliora pen- 
dant le xvin e siècle : la haute société, reconnaissant leur 
supériorité intellectuelle, vivait avec eux presque sur le 
pied d'égalité ; les grands seigneurs, tout en demeurant 
des protecteurs, recherchaient les lettrés, les admettaient 
dans les jouissances de l'existence la plus opulente. 
Néanmoins, au fond, ils gardaient vis-à-vis de ces privi- 
légiés de l'intelligence la morgue aristocratique. Ils ne 
faisaient rien pour eux : les récompenses les plus effectives 
qu'on leur accordait étaient des places près des ministres, 
des surintendants ou des princes, et des privilèges de 
journaux. II y avait aussi des pensions, mais la plupart 
du temps le Trésor ne les payait pas. L'accueil et les gra- 
cieusetés du grand monde devenaient une charge pour 
les gens de lettres mal rentes, et beaucoup fuyaient cette 
charge en se réfugiant dans la retraite. Chamfort A bien 
peint, et sans doute éprouvé leur condition, lorsqu'il a 
dit , avec son acrimonie habituelle : « Les gens de lettres, 
surtout les poètes, sont comme les paons, à qui on jette 
mesquinement quelques graines dans leur loge, et qu'on 
en tire quelquefois pour les voir étaler ieur queue ; tandis 
que les coqs, les poules, les canards et les dindons se 
promènent librement dans la basse-cour et remplissent 
leur jabot tout à leur aise. » 

Les gens de lettres, en voyant leurs écrits, leurs opi- 
nions attirer l'attention de la France et de l'Europe, sup- 
portaient difficilement cette position inférieure : ils se 
sentaient propres à tout, et la constitution de la société 
en faisait une espèce de classe d'inutiles, à laquelle au- 
cune carrière ne s'ouvrait dans l'administration ou le 
gouvernement de l'État. Aussi, quand vint la Révolution, 
ils prirent , de l'autorité du talent , la place qu'on leur re- 
fusait depuis trois siècles, et, après n'avoir été rien dans 
l'État, ils y furent tout par la presse quotidienne ou pé- 
riodique, et quelques-uns par la tribune. Lorsque le pays 
tomba à la merci de la Terreur, ce gouvernement consi- 
déra les gens de lettres comme ses ennemis, et en immola 
beaucoup; d'autres purent braver les tyrans, et mon- 
trèrent le plus noble courage : Chénier, en faisant ap- 
plaudir en plein théâtre, dans la tragédie de Caïus Grac- 
chus , ces mots qui étaient une réclamation et une 
accusation contre les détenteurs du pouvoir : « Des lois, 
et non du sang; » Dclille, en composant, contre Robes- 
pierre tout-puissant, son dithyrambe sur l'immortalité 
de rame; Lava, en donnant sa comédie de l'Ami des 
lois, qui n'était pas un bon ouvrage, comme il le disait 
lui-même 30 ans après, mais qui était une bonne action. 
Les gens do lettres (et l'on pourrait en citer bien d'autres 
encore) se firent alors les vengeurs de la -morale pu- 
blique, de la liberté et de l'humanité indignement fou- 
lées aux pieds par les plus scélérats comme les plus 
ignobles de tous les tyrans. 

. Lorsque le Consulat eut rétabli l'ordre dans le gouverne- 
mentd'abord, puis dans les esprits; quand ensuite l'Em- 
pire eut tout pacifié à l'intérieur, les gens de lettres en 
général, voyant l'égalité établie et les droits des citoyens 
assurés, désabusés un peu de la liberté par les excès de 
la licence et de la tyrannie que la Fiance venait de subir, 
se rallièrent sousl'égide du gouvernement réparateur d'un 
homme du plus puissant génie; ils se prêtèrent de nou- 
veau à jouer devant le souverain le rôle des poètes et des 
littérateurs du temps de Louis XIV. Ce rôle leur semblait 
d'autant plus séduisant, que les premiers d'entre eux 
étaient admis aux places, dignités et grands honneurs 
politiques du nouvel Empire. Les autres recevaient des 
pensions, ou, dans les administrations, des places peu 
assujettissantes; Français de Nantes, par exemple, direc- 
teur général de la régie des Droits réunis, avait dans son 
personnel beaucoup de poètes et de littérateurs, qui ne 
venaient guère qu'une fois par mois à leur bureau, pour 
\ toucher les honoraires d'une place donnée comme un 
bénéfice n'obligeant pas à résidence. 

La Restauration continua ces errements en faveur de 
ses partisans; on se souvient que le poëte Désaugicrs fut 
pendant longtemps investi du titre officiel de chansonnier 
de la ville de Paris, aux appointements de 0,0u0 fr. par 
an. Dans le même temps, à peu près, Roger, poète co- 
mique, qui î» laissé 2 ou 3 jolis ouvrages, fut directeur 
i aérai des postes; plus tard, M. de Barante, l'historien, 
occupa la place de directeur général des contributions 



GÉN 



965 



GÉO 



indirectes; Cuvier fut conseiller d'État et commissaire 
du roi devant les chambres législatives ; Chateaubriand 
fut ambassadeur et ministre; M. Guizot et M. Thiers en- 
trèrent dans la haute administration, et bien d'autres 
gens de lettres prirent rang après eux, conséquence de 
Fa Révolution, qui avait ouvert toutes les carrières à 
toutes les intelligences. 

La presse périodique offrit un attrait et un refuge aux 
écrivainsplus indépendants, et quelquefois servit de 
marchepied pour arriver à une foule de places, et même 
à de hauts emplois publics; M. de Bourqueney, par 
exemple, qui occupa successivement avec distinction les 
deux grandes ambassades de Constantinople et de Vienne, 
sortit de la rédaction du Journal des Débats, et, pendant 
les dernières années de la Restauration, Chateaubriand 
fut un des rédacteurs les plus assidus de la même feuille. 
Le droit de publier ses pensées, sous quelque forme que 
ce fût, concédé , ou plutôt renouvelé par la Charte de 
Louis XVIII, créa une carrière nouvelle pour les gens de 
lettres : on mit tout en journal ou en revue, depuis la 
littérature savante ou sérieuse jusqu'à la littérature lé- 
gère et jusqu'aux romans : en un mot, le livre se fit 
journal, et les écrivains d'un talent véritable trouvèrent 
là une juste et souvent très-libérale rémunération de 
leurs travaux. Cette combinaison de la presse périodique 
assura l'indépendance de l'homme de lettres, et le classa 
dans la société, non plus, comme sous l'ancien régime, 
par sa profession, mais suivant son plus ou moins de 
mérite. 

Voilà quel est aujourd'hui l'état, la position, la condi- 
tion des gens de lettres. Comme partout dans notre so- 
ciété, ils sont enfants de leurs œuvres, se classent par 
leur mérite, et peuvent, dans les cas de' talents distin- 
gués ou de génie, prétendre aux premiers rangs non- 
seulement dans le monde, mais dans nos grands corps 
politiques et dans les conseils du souverain. 

Nous parlons ici des gens de lettres vraiment doués 
pour exercer cette noble profession, et des chances pos- 
sibles pour eux d'arriver, par beaucoup de travail, à 
conquérir une position dans le monde. Mais outre que 
les chances heureuses ne sont pas pour tous, le talent 
seul, sans certaines qualités du caractère, peut vous 
laisser dans une obscurité misérable. Une autre cause de 
non -réussite, c'est de prendre un goût, une passion 
même, si l'on veut, pour une vocation ; dans ce cas, la 
profession des lettres est la plus décevante, sous tous les 
rapports : ordinairement, elle vous attire le mépris des 
gens sensés, ou quelquefois, à grand'peine et par excep- 
tion, une froide et mince estime toujours mêlée de pitié. 
Ce que nous disons là existe : comme nous ne faisons 
pas des portraits, plus de détails seraient déplacés ici ; 
mais nous avons dû constater un fait, qui est comme-une 
ombre appartenant à notre tableau. 

Au milieu de ces deux extrêmes de gloire et de mi- 
sère, la condition des hommes de lettres, en général, a 
progressé avec celle des autres classes de la société : elle 
est, en moyenne, meilleure qu'autrefois. — A Paris, ils 
se sont constitués en Sociétés; ainsi, il y a une Société 
des auteurs dramatiques ( V. Acteers), et une Société des 
gens de lettres; cette dernière est composée, en grande 
partie, d'écrivains de la presse périodique littéraire : elle 
a pour objet de veiller aux intérêts de tous ses mem- 
bres, dont le nombre est illimité, de leur faciliter les 
moyens de tirer tout le -parti possible de leurs œuvres, 
de maintenir intacte leur propriété littéraire, enfin de 
secourir ceux qui sont dans le besoin. L'État a reconnu 
cette Société, et, depuis 1857, lui accorde une subven- 
tion annuelle de 5,000 fr. Le principal revenu de la So- 
ciété vient de ses membres : il consiste en cotisations 
qu'un comité d'administration fixe suivant les besoins, 
mais qui, dans aucun cas, ne peut dépasser 2 fr. par 
mois. En outre, tout membre nouveau doit, à son en- 
trée dans la Société, verser à la caisse une somme de 
20 fr. C. D-y. 

GENUFLEXION, acte de respect et d'humilité qui se 
fait en fléchissant le genou. Il en est fait plusieurs fois 
mention dans l'Ancien Testament, et l'usage en exista 
de bonne heure parmi les chrétiens pendant leurs prières. 
De Pâques à la Pentecôte on faisait toutes les prières de- 
bout, en mémoire de la résurrection de J.-C. Les Abys- 
sins, les Russes et les Juifs ne s'agenouillent pas. Au 
vm e siècle, la secte des Agonyclites regardait la génu- 
flexion comme une superstition. Plusieurs rois exigèrent 
qu'on fléchit le genou en leur parlant. Autrefois les dé- 
putés du tiers état parlaient à genoux au roi de France. 
Les vassaux rendaient de même hommage aux seigneurs. 



GEOFFROI et BRUNISSENDE , roman provençal du 
cycle d'Arthur. Geoffroi vient d'être armé chevalier par 
le roi en personne, quand un inconnu entre dans la salle 
du festin et tue un des convives d'Arthur. Geoffroi ob- 
tient la permission de poursuivre cet insolent chevalier; 
à travers mille aventures il l'atteint , et le défait en 
combat singulier. Le prix de sa victoire est la belle Bru- 
nissende, dont il a délivré le père. — Ce roman, d'un 
auteur inconnu, a été publié par Raynouard, d'après 
deux manuscrits du XIII e siècle. V. Histoire littéraire de 
la France, t. XXII. H. D. 

GÉOGRAPHES (Ingénieurs). V. Ingénieur. 

GÉOGRAPHIE ou DESCRIPTION DE LA TERRE (du 
grec ghè, terre, et graphéin, décrire). Elle touche aux 
sciences mathématiques, physiques et historiques, sui- 
vant que l'on considère le globe daps ses rapports avec le. 
reste de l'univers, dans sa structure intérieure ou exté- 
rieure, enfin dans la manière dont sa surface a été ou est 
encore partagée entre les différents peuples. De là trois 
grandes divisions : Géographie mathématique, physique 
et politique. — La Terre n'étant qu'un des moindres 
globes de l'univers, on ne peut en aborder l'étude sans 
connaître quelles attractions réciproques l'unissent aux 
autres planètes qui composent avec elle le système so- 
laire, combien durent sa révolution autour du soleil 
et sa rotation sur elle-même, d'où naissent la différence 
des saisons et celle des jours et des nuits; il faut con- 
naître aussi sa forme, ses dimensions, son volume, ses 
rapports avec la. lune, son satellite, dont les mouvements 
déterminent sur la terre les phénomènes des marées, 
toutes choses qui rentrent dans le domaine des mathé- 
matiques et de l'astronomie. Aux mêmes sciences appar- 
tient la construction des cartes et des globes représen- 
tant la Terre, puisqu'il est impossible de placer exactement 
les différents lieux du globe sans y avoir tracé préalable- 
ment les cercles de longitude et de latitude. La géogra- 
phie touche aux sciences physiques par les relations 
étroites des phénomènes de l'air et des eaux avec les 
climats et les productions du globe, par la nécessité de 
connaître les divers terrains qui composent la croûte ter- 
restre, d'étudier les végétaux qui la parent et les animaux 
qui l'habitent. A ne considérer même que les formes de 
la surface du globe, on divise encore la géographie phy- 
sique en orographie ou étude des parties solides, et hy- 
drographie ou science des éléments liquides. Enfin, si, 
au-dessus des végétaux et des animaux, on examine 
l'homme, c'est l'histoire qui apprend les migrations des 
races humaines, les déplacements des peuples, et quelle 
partie de la Terre chacun a possédée ou possède encore. 
De là encore deux parties distinctes : la géographie po- 
litique, enseignant les limites et les divisions intérieures 
des États d'aujourd'hui, et la géographie liistorique, celles 
des États qui ne sont plus. 

Les trois parties de la géographie sont si intimement 
liées, que la science n'a véritablement commencé d'être, 
qu'après les premiers développements de l'astronomie et 
des sciences d'observation , et avec l'établissement des 
grands empires civilisés ; mais ces trois parties n'ont 
point marché d'un pas égal ; c'est par des travaux com- 
mencés seulement au siècle dernier que l'on a connu la 
forme exacte et les véritables dimensions de la planète ; 
c'est seulement de nos jours, après les grandes décou- 
vertes en chimie, en physique et en géologie, qu'on a pu 
formuler les lois générales de la géographie physique. Et 
cependant il existe encore, après tant de navigations et de 
voyages, des contrées fermées à notre curiosité : sans 
parler des deux pôles, peut-être à jamais inaccessibles, 
personne n'a visité encore le centre de l'Afrique et de 
l'Australie. Dans la géographie politique seule, les An- 
ciens nous ont laissé, chez le géographe Strabon et chez 
les grands historiens grecs et latins, des modèles qut 
notre siècle n'a pas surpassés. 

Histoire de la géographie dans l'antiquité. — A l'ori 
gine, la géographie est toute ethnographie. Le cha- 
pitre x de la Genèse n'est qu'une liste généalogique dos 
peuples connus des Hébreux. Il en est de même de la 
géographie d'Homère, qui n'a fait autre chose que peindre 
par quelques épithètes les contrées bien connues des 
Grecs et entourer de légendes les pays les plus éloign*' -- : 
'il faut un reste de la dévotion superstitieuse dont que - 
ques anciens honoraient leur poëte, pour trouver un 
système géographique dans la description du bouclier 
d'Achille. C'est seulement au milieu du vi e siècle que 
commence, la science géographique , avec les découvert s 
astronomiques et mathématiques de Pythagore qui en- 
seigne -la sphéricité de la Terre, avec les voyages du Sa- 



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mien Co'.œus dans l'Espagne méridionale et au delà du 
détroit de Gadès, avec les recherches des philosophes 
ioniens , entre autres d'Anaximandre, qui chercha à dé- 
terminer la grandeur de la Terre, enfin avec la fondation 
de l'empire des Perses, maîtres des trois contrées où 
s'étaient développées d'abord les sciences mathématiques 
et nautiques, la Chaldée, l'Egypte et la Phénicie. L'ex- 
tension de cet empire vers l'Orient, la fondation des co- 
lonies grecques sur les bords de la mer Noire et leur 
commerce avec les tribus septentrionales, permirent à 
H Srodote de donner le premier une idée précise de la 
Terre connue de son temps. Hérodote est le père de la 
géographie comme de l'histoire. S'il commet des erreurs 
sur l'étendue relative de l'Europe, de l'Asie et de la 
Libye, il connaît bien le bassin de la Méditerranée, prin- 
cipalement dans sa partie orientale; il décrit parfaite- 
ment la mer Noire et les fleuves qu'elle reçoit ; il a vu 
l'Egypte et la plus grande partie de l'Asie occidentale; il 
sait déjà (ce qui a été contesté encore pendant cinq 
siècles) que la Caspienne est une mer isolée; les tradi- 
tions qu'il a recueillies sur l'Inde, sur la circumnaviga- 
tion dus Phéniciens autour de l'Afrique, sur le voyage 
•des Nasamons au centre de ce continent, ont fourni de 
précieux renseignements à la critique moderne; il men- 
tionne avec soin le climat et les productions des diverses 
contrées, note le caractère de leurs habitants, enrichit 
ses descriptions des traditions historiques des différents 
peuples, analyse leurs gouvernements, et fait connaître 
les sources et l'étendue de leurs richesses. La géographie 
est encore mêlée à l'histoire, mais elle existe déjà comme 
science. C'est aussi l'époque où naît la Cartographie, 
dont les premiers éléments paraissent avoir été em- 
pruntés par les Grecs aux Égyptiens et aux Phéniciens. 
Anaximandre dressa la première mappemonde connue, 
où il donnait à la Terre la forme d'un cylindre convexe 
à sa partie supérieure et ayant un diamètre trois fois plus 
considérable que sa hauteur. Un peu plus tard, Arista- 
goras, tyran de Milet , apporte au roi de Sparte, Cléo- 
mène, pour le décider à soutenir les Ioniens contre les 
Perses et à aller attaquer le grand roi jusqu'au cœur de 
ses États, une planche de cuivre où étaient représentés 
les contours de la Terre, les mers et les rivières, les 
noms et l'emplacement des peuples établis entre la Grèce 
et le centre de l'empire persan. Hérodote, après avoir 
parlé de cette carte, donne la description d'un Itinéraire, 
véritable livre de postes, indiquant, par journées de routes 
et par parasanges, la distance d'Éphèse à Suze. 

Entre la fondation de l'empire des Perses et celle de 
l'empire d'Alexandre, qui marque la seconde époque de 
la géographie ancienne , se placent plusieurs voyages 
qui étendent les limites du monde connu , et bientôt 
Aristote, ses disciples et toute l'école d'Alexandrie, re- 
cueillant ces connaissances, donnent à la science un im- 
mense développement. Ainsi, deux Carthaginois s'avan- 
cent bien au delà des Colonnes d'Hercule, Hannon sur 
les cotes occidentales d'Afrique, Himilcon sur celles d'Eu- 
rope, où il est suivi, un siècle après, par Pythéas, qui 
pénètre jusqu'au nord de la Grande-Bretagne et jusqu'à 
l'entrée do la Baltique. Alexandre le Grand étendit les 
connaissances des Grecs dans l'Inde, fit relever par ses 
bématistes ou ingénieurs-géographes, Diognète et Béton, 
les marches journalières de son armée, et explorer les 
eûtes de la mer Erythrée par ses amiraux Néarque et 
Oaésicrite : cette expédition créa donc la topographie mi- 
litaire et l'hydrographie maritime, branches importantes 
de la cartographie. 11 ne manquait aux Grecs que des 
connaissances mathématiques plus étendues; déjàcepen- 
ii rat Eudoxe de Cnide avait essayé d'assujettir la géogra- 
phie à des observations astronomiques, et Pythéas, à 
l'aide du gnomon, avait déterminé presque exactement la 
latitude de Marseille, sa patrie. Mais par l'expédition 
d'Alexandre, les nombreuses observations des Égyptiens 
et des Clialdéens devinrent accessibles aux Grecs et leur 
fournirent des données nouvelles. Aussi voyons -nous 
[ue aussitôt Aristote enseigner la sphéricité delà 
Terre, en évaluer la circonférence presque aussi exacte- 
ment que l'ont fait les modernes, et deviner le Nouveau 
Monde. Son disciple Dicéarque chercha à déterminer les 
lieux situés sous le parallèle de Ithodes; enfin un biblio- 
thécaire d'Alexandrie, Ératosthône, unissant aux re- ' 
cherches antérieures ses propres observations, créa un 
' ' > i j i j>Ict de géographie et de cartographie qui 
resta classique pondant quatre siècles. Quoique connais- 
sant la sphéricité de la Terre, il crut, comme tous les 
géographes do l'antiquité, que la partie habitable du 
globe n'occupait qu'une surface assez restreinte de l'hé- 



misphère boréal, entre l'équateur et le pôle, et qu'on 
pouvait, sans grande erreur, considérer cette portion 
étroite de la sphère comme une surface plane. De là une 
double erreur : d'abord la projection de sa carte, où les 
méridiens , comme les parallèles , étaient des lignes 
droites, était une projection plate par développement cy- 
lindrique qui défigurait les contrées septentrionales; elle 
était ensuite beaucoup plus allongée de l'E. à l'O. que du 
N. au S. De là le nom de longitude ou longueur donné 
par les Anciens à l'étendue de la Terre, mesurée d'Orient 
ea Occident, et celui de latitude ou largeur, du Nord au 
Sud, noms conservés par les modernes, bien qu'ils ne 
représentent plus aujourd'hui qu'une idée fausse. D'autres 
erreurs venaient encore de la fausse direction du princi- 
pal méridien et du principal parallèle. Ce dernier était 
celui de Rhodes, appelé aussi diaphragme de Dicéarque, 
parce que cet astronome, d'après des observations erro- 
nées, avait placé sous ce parallèle de Rhodes les points 
principaux du bassin de la Méditerranée, les Colonnes 
d'Hercule, le détroit de Sicile, le cap Sunium, Issus, et 
une longue chaîne de montagnes appelée du nom général 
de Taurus, et qu'il supposait s'étendre en ligne droite à 
travers toute l'Asie. Le, principal méridien était celui 
d'Alexandrie, sous lequel Ératosthône, trompé par les in- 
dications toujours inexactes du gnomon , avait placé au 
Sud Syène et Méroé , au Nord Rhodes, Byzance et l'em- 
bouchure du Borysthène. Enfin, refusant de croire à l'as- 
sertion d'Hérodote sur l'isolement de la Caspienne, il 
faisait de cette mer un golfe de l'Océan septentrional , 
conformément à ses idées systématiques sur la connexité 
de toutes les mers du globe. Malgré ses erreurs, le sys- 
tème d'Ératosthène prévalut pendant quatre siècles sur 
celui de l'astronome Hipparque, beaucoup plus mathéma- 
tique. Hipparque démontra qu'on ne pouvait déterminer 
exactement les positions respectives des lieux, qu'en par- 
tageant le globe en cercles correspondants et semblables 
à ceux de la sphère céleste; il voulut déterminer les la- 
titudes et les longitudes au moyen d'instruments in- 
ventés par lui ou dont il fit le premier un fréquent 
usage, l'astrolabe et la dioptre; il substitua à la projection 
plate d'Ératosthène un châssis à méridiens convergents, 
en tenant compte du décroissement des degrés de longi- 
tude proportionnellement à l'élévation des latitudes , 
c.-à-d. qu'il inventa la projection perspective stéréogra- 
phique. 

Les empires de Cyrus et d'Alexandre avaient principa- 
lement étendu vers l'Orient le domaine de la géographie : 
la domination romaine, qui forme la troisième grande 
époque de la géographie ancienne, fit principalement con- 
naître l'Occident et le centre de l'Europe. L'Afrique car- 
thaginoise fut décrite par Polybe à la suite des guerres 
puniques : les conquêtes de César dans la Gaule et les 
expéditions de ses successeurs dans la Grande-Bretagne 
et la Germanie doublèrent presque l'étendue du monde 
ancien. Mais la géographie mathématique semble oubliée 
pendant deux siècles, et la science se borne à la géogra- 
phie descriptive et aux itinéraires, comme le prouvent les 
ouvrages de César lui-même, de Strabon, de Pline, de 
Pomponius Mêla, de Tacite, les Périples de Denys le Pé- 
riégôte et d'Arrien, et les Stathmes Parthiques (stations 
des routes) d'Isidore de Charax : ces ouvrages étaient 
sans doute accompagnés de cartes itinéraires. César, et. 
après lui, Auguste, avaient ordonné à trois géomètres 
grecs, Théodote, Zénodote et Volyclète, de mesurer la 
surface de l'empire romain, et le gendre d'Auguste, 
Agrippa, avait exposé à Rome une carte du monde dont 
Pline fait souvent mention. C'est sans doute de cette 
carte que les Romains avaient extrait les itinéraires dont 
quelques-uns sont parvenus jusqu'à nous ( V. Itiné- 
raires). L'ouvrage de Strabon représente l'état de la 
science au commencement de l'ère chrétienne. Cet au- 
teur oriente mal l'Europe occidentale et les côtes méri- 
dionales de l'Asie : ainsi, il pense que les Pyrénées se 
dirigent du N. au S., et que le Rhin leur est parallèle : 
que la Grande-Bretagne a une forme triangulaire, et que 
l'Irlande est située entièrement au N. de la grande île. 11 
ne connaît rien au delà de l'Elbe, et, dans la Méditer- 
ranée même, il donne à l'Italie une direction presque 
entièrement de l'O. à l'E. Comme Ératosthènc, il fait de 
la Caspienne un golfe de l'océan septentrional, et, dans 
sa pensée, la rote de l'Inde depuis l'Indus jusqu'au cap 
Comorin se dirige, tout entière vers l'Orient. Mais la 
Grèce et la plus grande partie de l'Asie sont, riches de 
descriptions exactes et do détails historiques du plus 
haut intérêt, et l'ouvrage de Strabon est le modèle le 
plus parfait de la géographie politique. Dans le second 



GÉO 



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siècle de l'ère chrétienne , la géographie mathématique 
est tirée de l'oubli par deux Grecs, Marin de Tyr et Pto- 
lémée. Marin renouvela le système des cartes plates 
d'Ératosthène ; mais ses cartes , comme ses ouvrages , 
sont perdues, et Ptolémée seul nous fait connaître les 
unes et les autres. L'ouvrage de Ptolémée est le résumé 
de toute la science géographique de l'antiquité, à l'époque 
de la plus grande extension de l'empire romain. Ptolé- 
mée oriente bien plus exactement que Strabon l'Espagne, 
l'Italie, la Gaule et les îles Britanniques; il connaît, 
quoique un peu confusément, le S. de la Baltique jusque 
vers le ,58° de latitude; en Afrique, ses connaissances 
sur le Niger et principalement sur le Nil supérieur sont 
faites pour nous étonner encore aujourd'hui ; en Asie, il 
revient à l'isolement de la Caspienne, tout en donnant à 
cette mer une fausse extension de l'E. à l'O. ; une partie 
de l'Asie centrale est désignée sous le nom de Sérique, 
et l'Inde au delà du Gange assez bien décrite jusqu'au 
Grand Golfe (de Martaban). Mais, à côté de ces mérites, 
on rencontre l'hypothèse étrange d'une terre continue 
allant de la côte de l'Inde à celle de l'Afrique, et faisant 
de la mer des Indes une immense Caspienne, hypothèse 
qui s'est perpétuée pendant une partie du moyen âge, et 
a longtemps fait croire aux Européens qu'il était impos- 
sible d'arriver aux Indes en contournant l'Afrique. 11 ne 
fallait rien moins que l'expédition de Vasco de Gama 
pour détruire cette erreur. Dans ses cartes, Ptolémée 
substitua aux projections d'Ératosthène et d'Hipparque 
la projection chlamydoide (c.-à-d. ayant la forme d'un 
manteau), projection par développement conique modi- 
fiée, et qui se rapproche beaucoup de celle que nous ap- 
pelons aujourd'hui projection de Flamsteed corrigée. Les 
parallèles y sont également formés d'arcs de cercle con- 
centriques et équidistants, et les méridiens conservent 
leur espacement réel sur tous les parallèles. Ptolémée 
donne, au dernier livre de sa Géographie, la description 
des 26 cartes (10 d'Europe, 4 d'Afrique, 12 d'Asie) qui 
accompagnent son ouvrage dans les manuscrits que nous 
avons conservés de lui ; mais on pense que ces cartes 
sont, pour le dessin, l'œuvre d'un artiste Alexandrin du 
IV e siècle, Agathodœmon, qui les construisit d'après les 
calculs de Ptolémée, et qu'elles ont été plus ou moins 
fidèlement reproduites par les copistes du moyen âge. 
Les latitudes et le-; longitudes de Ptolémée sont loin 
d'être toujours exactes, et, par suite, ses cartes nous 
étonnent par la configuration souvent bizarre des pays 
qu'elles représentent : ainsi, ses longitudes renferment 
principalement des erreurs énormes vers l'Orient, où il 
donne à la Méditerranée une étendue de 20 degrés de 
plus qu'elle n'en peut avoir, erreur qui a persisté jus- 
qu'aux cartes de Delisle au commencement du xviii 1 ' siècle. 
Il recule les bouches du Gange de plus de -46 degrés au 
delà de leur véritable position ; mais c'est par cette hy- 
pothèse de l'extension exagérée de l'Asie vers l'Orient et 
du peu de distance auquel elle devait se trouver de l'Es- 
pagne par l'Ouest, que Colomb a été amené à chercher 
vers l'Occident la route des Indes, et a découvert un 
Nouveau Monde qu'il prit pour une partie de l'Asie. 
Dans l'occident de la Méditerranée, les latitudes et les 
longitudes de Ptolémée sont beaucoup plus exactes, et, 
par suite, le dessin de ses cartes, comme leur graduation, 
s'éloigne beaucoup moins du dessin et de la graduation 
modernes. 

Géographie du Moyen Age. — A partir du v e siècle et 
pendant près de 1,000 ans, les travaux géographiques de 
l'antiquité semblent n'avoir pas existé. Les secs abrégés 
d'Agathémère et de Marcien d'Héraclée, le poëme confus 
de Festus Aviénus, les Notices des provinces ou de l'Em- 
pire, les Dictionnaires géographiques de Vibius Sequester 
et d'Eusèbe, voilà les dernières productions de l'âge ro- 
main. Un moine égyptien du vi e siècle, Cosmas Indico- 
pleustès, représente, dans sa Topographie chrétienne, la 
Terre comme une vaste surface plane entourée d'une 
murailie; il ne peut comprendre la sphéricité de la Terre, 
et cette opinion lui semble une hérésie et un reste de 
paganisme. Le dessin joint à son ouvrage est la plus an- 
cienne mappemonde du moyen âge. Au vn e siècle appar- 
tient une géographie en latin barbare, composée par un 
anonyme appelé le Géographe de Ravenne, et qui ne sert 
presque qu'à nous faire regretter tous les ouvrages au- 
ourd'hui perdus qu'il a consultés. Les cartes de cette 
époque, celle de l'abbaye de S l -Gall au VII e siècle, et la 
mappemonde en argent que possédait Charlemagne , n'é- 
taient pas sans doute moins barbares que lus livres, 
si l'on en juge par celle qui accompagne un manuscrit 
de l'Apocalypse conservé à la Bibliothèque royale de 



Turin. Cette mappemonde paraît être du ix c siècle; la 
Méditerranée, qui y est représentée par un parallélo- 
gramme régulier, s'étend jusqu'au milieu de la carte, où 
elle est rejointe à angle droit par une masse d'eau sépa- 
rant l'Europe de l'Asie, et se réunissant à l'Océan qui 
entoure la Terre; le Nil y est aussi large que la Méditer- 
ranée, et toutes les îles sont de forme carrée et d'une 
étendue à peu près égale. — Pendant que l'Europe occi- 
dentale était plongée dans l'ignorance, les Arabes recueil- 
laient l'héritage de la science grecque. Au ix c siècle , le 
calife Al-Mamoun fit mesurer un degré du méridien dans 
le désert de Syrie, entre Rakka et Palmyre, et traduire 
en arabe la géographie de Ptolémée. C'est surtout vers le 
centre et l'orient de l'Asie , et vers les côtes orientales 
de l'Afrique que la domination arabe étendit les limites du 
monde connu. La conquête du bassin de l'Indus mit les 
Arabes en relation avec l'Asie centrale et même avec la 
Chine, où ils se rendaient par deux routes, celle de terre 
qui leur fit connaître le Thibet, le Turkestan chinois et 
la Chine méridionale, et celle de mer qui les mena à Cey- 
lan, à Sumatra et à toutes les îles de la Malaisie. En 
Afrique, ils étendirent leur religion jusqu'à Sofala, et 
colonisèrent Madagascar, qu'ils appelaient Phanbalon. 
De ce mouvement de découvertes naquit une riche litté- 
rature géographique; parmi les géographes Arabes, on 
cite Massoudi et Ibn-Haukal au x e siècle, Edrisi au xn% 
Ibn-el-Ouardy, Hamdoullah, Aboul-Feda, El-Bakoui 
au xiv e , et, au xv e , Léon l'Africain, qui appartient presque 
à la géographie moderne. Mais les cartes de ces géogra- 
phes sont inférieures à ce que pouvaient faire espérer 
leurs ouvrages. Les plus curieuses sont celles, au nombre 
de 09, qui accompagnent l'ouvrage d'Edrisi, et dont trois 
enrichissent la traduction qu'en a donnée M. Jaubert 
(Paris, 1830). — Les pirateries des Scandinaves firent 
connaître l'Europe septentrionale et même un nouveau 
monde trop tôt oublié. Le roi saxon Alfred le Grand 
nous a conservé les relations de deux Normands, Other 
et Wulfstan, qui, dans le ix e siècle, explorèrent, le pre- 
mier les côtes de l'Océan Glacial et de la mer Blanche, 
le second celles de la Baltique. D'autres naviguent au 
N.-O., découvrent les îles Féroë en 801, et en 872 l'Is- 
lande, d'où Erik Rauda s'élance en 082 pour aborder au 
Groenland, bientôt assez peuplé pour être divisé en deux 
cantons et recevoir un évêque. En 1002, Leif, fils d'Erik, 
et Biôrn cinglent au S.-O., découvrent une île rocheuse 
qu'ils appellent Helleiand, puis une terre basse, Mark- 
land, et un pays couvert de vignes sauvages qui lui mé- 
ritent le nom de Vinland. Le jour le plus court y ayant 
été observé de 8 heures, on ne peut méconnaître que les 
Scandinaves ont découvert les eûtes du Canada actuel et 
des États-Unis jusque vers le 42 e degré, et, par consé- 
quent, trouvé l'Amérique avant. Colomb. Ces contrées 
lurent révélées à l'Europe par deux Vénitiens, les frères 
Zeni, qui y firent une expédition en 1381 : la carte qui 
accompagna la relation de leur voyage, imprimée seule- 
ment en 1558, représente assez exactement les côtes de 
Danemark et de Norvège, l'Islande, et d'autres contrées 
dont le nom apparaît pour la première fois dans la carto- 
graphie, la Frislande (sans doute les Féroë), le Groen- 
land, enfin Estotiland et Drocco, voisins du Vinland, et 
qui paraissent être Terre-Neuve et la Nouvelle-Écossu. 
Mais l'invasion d'une flotte ennemie, en 1 il 8, détruisit ces 
colonies normandes de l'Amérique, et le monopoledu com- 
merce avec l'Islande et le Groenland que s'était arrog 
la couronne de Norvège enleva à l'Europe la connaissanec- 
de ces découvertes; il est probable que Colomb, dans son 
voyage en Islande, en 1477, n'en eut aucune connais- 
sance, puisque, au lieu de se diriger vers le N.-O., où 
il eût été certain de trouver des terres, il alla au Sud 
jusqu'aux Canaries, et de là vers le S.-O., dans les paral- 
lèles de l'Inde, dont il se flattait de toucher les extrémité: . 
— Après les Scandinaves, deux autres peuples firent faire 
à la géographie des progrès dont les' fruits ne furent 
point perdus pour la science; ce sont les Italiens et les 
marins de la cote orientale d'Espagne, Catalans et Major- 
quins. Les Croisades rapprochèrent les Européens des 
Orientaux, et l'invasion des Mongols , qui, dans le cou- 
rant du xm e siècle, soumirent la plus grande partie de 
l'Asie et détruisirent l'empire des Califes, détermina 
les papes et les rois européens, entre autres S 1 Louis, à 
envoyer des ambassadeurs à ces ennemis des Musul- 
mans. Delà les voyages de Nicolas Ascelin, de Jean du 
Plan-Carpin, de Rubruquis (1245-1295), qui firent assez 
fidèlement connaître la Russie et l'Asie centrale. Ils sont 
tous surpassés par le Vénitien Marco Polo, qui parcourt 
de 1271 à 1295 toute l'Asie centrale, la Chine qu'il 



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appelle Calhay, visite le Japon, qu'il nomme Zipangou, 
séjourne à Sumatra, et revient par le Sud de l'Asie et 
l'Afrique. Sa relation , sans cesse citée par Colomb , le 
confirma dans la confiance qu'il accordait aux longitudes 
erronées de Ptolémée, et le poussa plus fortement encore 
à chercher la route des Indes par l'Occident. Les Croi- 
sades donnèrent encore l'essor aux marines de Venise, 
de Gênes et de Pise, et firent faire de rapides progrès à 
la cartographie de la Méditerranée. Les neuf cartes ma- 
rines du Génois Visconti, datées de 1318, et conservées à 
la Bibliothèque impériale de Vienne, donnent, avec des 
formes assez justes et des proportions généralement ob- 
servées, la Méditerranée, le Pont-Euxin et l'O. de l'Eu- 
rope. Le Vénitien Sanuto, proposant, en 1321, une croi- 
sade commerciale pour arracher le commerce des Indes 
au soudan d'Egypte , accompagna son livre (Sécréta Fir 
delium Crucis) d'une carte qui faisait connaître les pays 
dont il parlait: elle a été reproduite par Bongars dans ses 
Gesta Dei per Francos. Ce sont encore des Vénitiens, les 
frères Pizigauli , qui publièrent en 1367 une grande 
mappemonde (auj. à Parme), où les formes sont déjà 
exactes, les détails nombreux et disposés avec sagacité. 
De leur c5té, les Majorquins avaient inventé, à la fin du 
XIII e siècle, les cartes planes, et les Catalans le disputè- 
rent bientôt en hardiesse et en science nautiques aux 
républiques italiennes. Aucune carte de cette époque n'a 
une plus haute valeur que l'Atlas Catalan de 1375 (à la 
Bibliothèque impériale de Paris) ; l'Europe y est repré- 
sentée avec détails, particulièrement dans le S.-O. ; le 
lac Issikoul, dans l'Asie centrale, y est figuré; mais ce 
qui est surtout curieux, c'est la représentation des côtes 
occidentales d'Afrique, où l'on trouve le cap Bojador, les 
Açores, Madère sous le nom analogue d'Isola di Legname 
(île des forêts), et les Canaries, longtemps avant les 
voyages des Portugais et de Béthencourt, à qui l'on attri- 
bue ces découvertes : la gloire en doit revenir aux Major- 
quins et aux Catalans. — Le xv" siècle est une époque 
mémorable dans l'histoire de la géographie. Le Normand 
Béthencourt conquiert les Canaries pour la couronne de 
Castille, et, depuis 1415, les Portugais, sous l'impulsion 
de l'infant D. Henri, dépassant les caps et les archipels 
visités par les Catalans, voient avec surprise, après avoir 
doublé le cap Vert , que la côte d'Afrique, au lieu de 
s'étendre à l'occident comme l'enseignait Ptolémée, se 
repliait vers l'est. Ce premier démenti donné par l'expé- 
rience aux hypothèses anciennes fut suivi d'un second, 
quand on eut traversé en 1472 la région équatoriale, que 
les géographes représentaient comme inaccessible à cause 
de la chaleur. En 1 !8G, Barthélémy Diaz parvint au cap 
des Tourmentes, dont le roi Juan II changea le nom de. 
mauvais augure en celui de cap de Bonne-Espérance ; 
peu après, les relations de Covilham et de Paiva, envoyés 
aux Indes par l'Afrique et la mer Bouge, firent connaître 
la forme de l'Afrique orientale et la possibilité d'arriver 
par mer aux côtes de l'Asie, contrairement à l'hypothèse 
de Ptolémée sur la terre continue s'étendant de la mer 
Bouge au pays des Sines. Enfin Vasco de Gama doubla 
le cap de Bonne-Espérance en 1407, et arriva, l'année 
suivant'', a Calicut. C'était presque un nouveau monde 
révélé à l'Europe, séparée depuis tant de siècles de l'Asie 
méridionale. En même temps l'Espagne marchait sur les 
traces du Portugal, et le génie de Colomb révélait véri- 
tablement à l'ancien monde un nouveau continent ( I J92). 
Un si prodigieux mouvement d". découvertes devait in- 
fluer sur la cartographie. Aussi les globes et les cartes 
du xv" siècle sont-ils bien supérieurs à ceux de l'âge 
précédent; il suffit de citer la mappemonde d'Andréa 
Bianco de 1436 (à la Bibliot. S' Marc de Venise), celle 
mitien Fra Mauro de 1 159 (Bibliot. de Murano, près 
de Venise), le fameux globe de l'Allemand Martin Be- 
haim, compagnon du Portugais D. Cam, en 1484, globe 
construit en 1492 (auj. à Nuremberg), enfin la précieuse 
mappemonde que Juan de la Cosa, pilote de Christophe 
Colomb dans son 2 e voyage, composa en 1500: elle est à 
la Bibliot. royale de Madrid; mais un fac-similé de 4 de 
lies se trouve dans l'Histoire de ta Géographie du 
"a Continent d Al. de Ilurnboldt, t. V. 
Histoire de la Géographie dans tes temps modernes. 
— A la fin du xv'' siècle, la route des Indes et celle de 
■ ; ique étaient trouvées; l'iwmv des siècles suivants 
fui de complète] ces d iux découvertes par iareconnais- 
■ de toutes les terres et dos océans qui séparaient 
les deux pays. Tous les peuples de l'occident de l'Eu- 
rope se jetèrent dans cette voie avec une égale ardeur; 
mais c' ''aux Portugais et aux Espagnols q 

partient La gloire principale an xvi" s de. Les succes- 



seurs de Vasco de Gama, Alméida, Albuquerque, Juan de 
Castro, découvrent Madagascar, Ceylan (1500), Malacca, 
les îles de la Sonde et lesMoluques (151 1), fondent Macao 
sur les côtes de Chine (1517), pénètrent jusqu'au Japon, 
et fondent un immense empire colonial, absorbé à la fin 
du siècle dans la monarchie espagnole. En Amérique, un 
de leurs marins, Cabrai, avait découvert en 15110 le Bré- 
sil ou Terre de S te -Croix ; mais sur ce continent la prin- 
cipale gloire revient aux Espagnols. Après Colomb, qui, 
dans son 3 e voyage (1498), avait longé la côte du conti- 
nent méridional jusqu'à l'Orénoque, Pinzon et Vespuce 
s'étaient avancés au Midi jusqu'au delà de l'Equateur 
(1499-1500), et Diaz de Solis jusqu'à l'embouchure du 
Bio de la Plata (1516). Mais déjà le grand isthme central 
avait été traversé, et le Grand Océan aperçu et touché 
par Balboa (1513). De là l'entreprise hardie d'un Portu- 
gais au service de l'Espagne, Magellan, qui, cherchant 
au sud du continent nouveau un passage entre les deux 
océans, traverse en 1520 le détroit qui porte son nom, 
franchit le vaste océan auquel il donna le nom de Paci- 
fique, et découvre les archipels des Mariannes et des Phi- 
lippines, où il est tué. Cano, son successeur, arrive par 
la route de l'ouest aux Moluques, que les Portugais 
avaient atteintes par l'orient, revient en Espagne par le 
cap de Bonne-Espérance, démontrant ainsi la sphéricité 
de la Terre enseignée par Pythagore et Aristote, et ayant 
accompli le premier, en 1,124 jours, le tour du monde. 
Bientôt la conquête du Mexique par Cortez, du Pérou par 
Pizarre, du Chili par Almagro et Valdivia (1519-41), l'ex- 
ploration du fleuve des Amazones par Orellana (1541), de 
la Plata par Mendoza, la reconnaissance des côtes de 
la Californie par Ulloa (1539-40) et par Cabrillo (1542), 
donnent à l'Espagne les vastes contrées situées entre 
l'équateur et le 40° de latitude nord et sud. — Cet im- 
mense empire, dont Philippe II avait voulu presque in- 
terdire l'entrée aux autres peuples européens, est forcé et 
démembré au xvn e siècle par les trois grands ennemis de 
l'Espagne, la France, l'Angleterre et la Hollande, qui se 
disputent la souveraineté des mers abandonnée par l'Es- 
pagne en décadence. Déjà, dès le xvi e siècle, par l'ordre 
de François 1 er , Verazzani en 1524, Jacq. Cartier en 1534, 
avaient révélé à l'Europe l'ancien Vinland des Scandi- 
naves, et remonté le S '-Laurent; au xvu e , Champlain par 
la colonisation du Canada (100G-8), Cavclier de La Salle 
par l'exploration du bassin du Mississipi, qu'il appelle 
Louisiane (1670-82;, semblent justifier le nom présomp- 
tueux de Nouvelle-France donné à presque toute l'Amé- 
rique septentrionale. 

Les Anglais et les Hollandais naviguent intrépidement 
vers le pôle nord, cherchant de ce côté le détroit entre 
l'Atlantique et le Pacifique, que Magellan avait trouvé 
dans l'hémisphère opposé. Ainsi, dès 1553, l'Anglais 
Willoughby, renouvelant la navigation du Scandinave 
Other, double le cap Nord, et parvient au port russe 
d'Arkhangel au fond de la mer Blanche. En 1596-7, les 
Hollandais Barentz et. Hemskcrk pénètrent jusqu'au nord 
de la Sibérie, hivernent à la Nouvelle-Zemble et au Spitz- 
berg, par 80" de latitude nord. Bepoussés au nord-est, 
les marins anglais cherchent vers le nord-ouest ce pas- 
sage que leurs successeurs ont trouvé seulement de nos 
jours. Hudson découvre le détroit et la mer qui portent 
son nom, et meurt abandonné par son équipage (1610), 
et Baffin s'avance inutilement jusqu'à plus de 70° vers le 
pôle nord. Mais c'est principalement aux Hollandais 
qu'appartient, au xvu c siècle, la gloire des grandi s dé- 
couvertes maritimes et des plus importantes conquêtes 
coloniales. Lcmaire et Schouten découvrent, au sud de la 
Terre du Feu le cap Horn (1616), route plus abrégée que 
le détroit de Magellan, sinon plus sure, pour pénétrer 
dans le Pacifique. Ils forcent l'entrée de ce mystérieux 
empire colonial que la jalousie espagnole avait voulu dé- 
rober à la convoitise de ses rivaux. Les Hollandais, y 
pénétrant d'un autre côté par la route du cap de lionne- 
Espéran e, s'emparent des Iles de la Sonde, des ' duques, 
fondent Batavia \ 161.8), et, jusqu'en 1644, la Papouasie, 
les cotes de la grande terre appelée bientôt Nouvelle- 
llollauile, déjà visitées par les Portugais et les Espagnols 
de 1511 à 1510, sont explorées par Direk Nardighs, Car- 
penter, Nuytz, et surtout Tasman, qui, s'avançant le plus 
loin .le tous vers le, sud et l'est, découvre la Terre de 
Van-Diémen et la Nouvelle-Zélande (1642). Mais par suite 
de la forme défectueuse donnée dans les cartes hollan- 
daises à toutes ces côtes, que l'on figurait comme les 

parties contiguës d'un grand coi ut austral, on peut. 

dire qu'à 1'. xception do l'archipel do la Malaisie, c'e i ou 
.-■•.vin ML'cle et aux navigateurs anglais et français, Car- 



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leret, Cook, Bougainville et La Peyrouse, qu'appartient 
la gloire d'avoir véritablement fait connaître la cinquième 
partie du monde. Pendant ces deux siècles, la géographie 
politique et la géographie mathématique marchent d'un 
pas égal à ce rapide mouvement de découvertes. Les 
principaux recueils sont : le Théâtre de l'Univers d'Or- 
telius (1570), l'Atlas de Mercator (1595), auquel on doit 
la projection plate corrigée qui porte son nom, l'Atlas 
Minor et l'Atlas Major de Hondius, qui commence à ré- 
duire les dimensions exagérées données par Ptolémée à 
l'Asie orientale , les Cartes topographiques des Blaeu, 
des Sanson, des Duval, des Jaillot, les Essais de géogra- 
phie comparée d'Adrien de Valois et de Cluverius, enfin 
le Globe et les Cartes de G. Delisle, qui, s' éclairant 
des découvertes astronomiques du premier Cassini, ré- 
forma toute la géographie mathématique, et corrigea les 
erreurs persistantes dans les dimensions de l'Asie et de 
la Méditerranée orientale. 

AiJ xvm e siècle, c'est vers la géographie du Nord-Est 
de Pasie, du Nord-Ouest de l'Amérique et de l'Océanie 
centrale que se portèrent les efforts des marines russe, 
anglaise et française. Les Russes, maîtres de la Sibérie 
occidentale depuis la fin du xvi e siècle, s'étaient avancés 
jusqu'au fleuve Amour et à l'océan Pacifique à la fin du 
xvii e ; mais rien n'était plus confus, même dans les cartes 
de Delisle, que les contrées limitrophes du Japon et des 
extrémités septentrionales des deux continents. Ce furent 
deux Danois au service de la Russie, Spangenberg et 
Behring, qui reconnurent les îles Kouriles, la mer et le 
détroit de Behring, les îles Aléoutiennes, la presqu'île 
d'Alaschka, et les rivages de l'Amérique jusqu'au mont 
S l -Élie. Mais les contours de ces pays ne furent parfaite- 
ment déterminés que par Cook et La Peyrouse : le pre- 
mier, dans son 3 e voyage, parcourut toute la côte améri- 
caine depuis l'Ile de Sitkha jusqu'au cap Glacé, par 70° 
lat. nord; le second découvrit le détroit qui porte son 
nom entre les îles Iézo et Tarrakaï, et la Manche de Tar- 
tarie, entre Tarrakaï et le continent (1787). Un an aupa- 
ravant, La Peyrouse avait également parcouru la cote de 
l'Amérique du Nord, au sud du S'-ÉIie, visitée après lui 
par Dixon (1787), Vancouver (17(2-94), Broughton et 
Gray, qui explorèrent la Colombia ou Orégon (1792). On 
cherchait déjà à relier ces découvertes, par des explora- 
tions sur terre, aux colonies anglaises de la Nouvelle- 
Bretagne.' De là les voyages d'Hearne (1771) aux bords de 
la Coppermine, et de Mackensie (1789-93) sur le fleuve 
qui porte son nom. Dans l'Océanie, Dampicr découvrit 
la Nouvelle-Bretagne ( 1704), Wallis le sud de l'archipel 
Dangereux et Otahiti déjà entrevu par Quiros en 1606, 
Carteret la Nouvelle-Irlande (1767); Bougainville (1768), 
après avoir touché à Otahiti, découvrit l'archipel des Na- 
vigateurs et celui de la Louisiade; Cook, dans trois 
voyages (1769-79), s'avança jusqu'aux banquises du 
cercle antarctique, découvrit le détroit qui porte son nom 
entre les îles de la Nouvelle-Zélande, la Nouvelle-Cali- 
fornie, explora la côte orientale de la Nouvelle-Hollande, 
les Nouvelles- Hébrides, appelées îles du S'-Esprit par 
Quiros (1606) et Grandes -Cycladcs par Bougainville 
(1768), enfin découvrit l'archipel Sandwich, où il trouva 
la mort. La Peyrouse, après son expédition en Amérique 
et en Asie, parcourut aussi la plus grande partie de cet 
archipel, et périt à Vanikoro (1788). D'Entrecasteaux, 
envoyé vainement à sa recherche, explora mieux qu'on 
ne l'avait fait jusqu'alors la Papouasie et les îles voi- 
sines. — Ce siècle fut aussi très-fécond pour la géogra- 
phie mathématique et politique, par suite du grand dé- 
veloppement des sciences mathématiques et économiques. 
Les voyages de Maupertuis au cercle polaire et de LaCon- 
damine à l'Equateur (1736), pour mesurer des arcs du 
méridien, commencèrent à faire connaître la forme vé- 
ritable et les dimensions exactes de la terre : Cassini de 
Thury entreprit et .Tacques-Dom. Cassini acheva la grande 
carte de France en 183 feuilles, modèle de tous les travaux 
de ce genre exécutés depuis par les gouvernements. D'An- 
ville perfectionna les méthodes de Delisle, devina souvent 
par la force de son esprit ce que les observations et les 
voyages ne démontrèrent que longtemps après, et ne pu- 
blia pas moins de 211 cartes et de 78 Mémoires pleins 
d'érudition sur tous les sujets de géographie ancienne, 
du moyen âge et moderne. Gossellin éclaira beaucoup de 
points obscurs de la géographie mathématique des An- 
ciens, et enrichit de cartes savantes la traduction de 
Strabon. Non moins importants sont les travaux et les 
cartes de Rennell sur la géographie d'Hérodote, celle de 
l'Indoustan et les courants de la mer. La statistique fut 
créée par le géographe allemand Bûsching, et le déve- 



loppement de cette science produisit un grand nombre 
de cartes détaillées dans tous les États de l'Europe : la 
carte de Belgique par Ferrari en 25 feuilles, en Alle- 
magne celles de Homann et de Sotzmann , de Cary en 
Angleterre, de Bizzi-Zannoni en Italie, de Buache, des 
deux Robert de Vaugondy et de Bonne en France. 

Les guerres de la Révolution et de l'Empire interrom- 
pirent pour 25 ans les grands voyages de découvertes. 
On ne cite guère pendant cette période que quelques 
voyages scientifiques dans des contrées déjà explorées, et 
un grand développement de la cartographie militaire. 
Parmi les premiers, on remarque le grand voyage d'Al. 
de Humboldt et de Bonpland dans l'Amérique espagnole 
(1799-1804), ceux de Flinders et de Baudin sur les côtes 
méridionales et occidentales de la Nouvelle- Hollande 
(1801-3); parmi les cartes de cette époque, l'Atlas na- 
tional, en 85 feuilles, de Chanlaire ; les cartes de Men- 
telle; la belle carte d'Italie de Bâcler d'Albe pour les 
campagnes de Bonaparte, en 30 feuilles; celles d'Egypte 
et de Syrie, dont Jacotin enrichit la Grande description 
de l'Egypte due aux savants qui avaient accompagné 
l'expédition française. — Avec la paix générale recom- 
mencèrent les grands voyages de découvertes, qui, pour- 
suivis jusqu'à nos jours, ont eu pour principaux objets 
les deux pôles et le centre des deux continents d'Afrique 
et d'Océanie. Le pôle nord fut attaqué le premier, dans 
l'espoir de découvrir le fameux passage nord-ouest, oublié 
depuis Hudson et Baffin ; les Anglais eurent presque seuls 
l'honneur de ces découvertes. John Ross (1818 et 1829) 
découvrit les Highlands arctiques sur la côte occidentale 
du Groenland, et la terre Roothia, la plus septentrionale 
du continent américain. Parry, dans quatre voyages suc- 
cessifs (1819, 1821, 1824, 1827), franchit le détroit de 
Lancastre où s'était arrêté Ross, découvre ceux de Bar- 
row et de Melville, l'immense archipel Parry, et, plus au 
sud, le détroit de Fury et Hekla, l'île Cockburn et la 
presqu'île Melville; puis, s'élevant directement vers le 
pôle au nord du Spitzberg, il parvient jusqu'à 82° 45' de 
latitude. Ces grands résultats ne furent égalés que dans 
les voyages de Franklin en 1818 au N.-O. du Spitzberg 
jus :u'à 80° 34' de latitude; dans ses expéditions par terre 
(1819, 1825), où il reconnut la plus grande partie de la 
côte du continent, alors totalement inconnue, à l'E. et 
à l'O. des fleuves Coppermine et Mackensie; enfin dans 
son 4 e voyage (1845), où il périt en 1847, mais après 
avoir, comme on le sut seulement en 1859, exploré l'ar- 
chipel Parry et atteint presque vers le sud le point où il 
était parvenu dans ses précédents voyages par terre. 
Dix-huit expéditions entreprises pour retrouver ses traces 
ont étendu considérablement le domaine de la géogra- 
phie. Enfin, en 1853, Mac-Clure, venant par les détroits 
de Behring, de Banks et de Melville, et Inglefield par 
ceux de Davis, de Lancastre et de Barrow, ont résolu le 
problème du passage Nord-Ouest. En même temps l'Amé- 
ricain Kane, naviguant directement au nord de la baie de 
Baffin, franchit le détroit de Smith, le canal Kennedy, 
et, pénétrant jusqu'au 82", découvrit une mer libre de 
glaces qui semble ouvrir le chemin vers le pôle arctique 
(1853-1S55). — Les dérouvertes furent moins considé- 
rables vers le pôle austral. Au sud de l'Amérique, les 
marines anglaise, française et russe rivalisèrent d'ardeur. 
Smith (1819), Powell (1821) etBiscoé (1832) découvrirent 
les Shetland, les Orcades du sud et la terre de Graham ; 
Dumont-d'Urville, les terres Louis-Philippe et Joinville 
(1838) ; Bellinghausen, les îles Alexandre 1 er et Pierre I er . 
Au sud de l'Australie, Dumont-d'Urville signala les côtes 
Clarie et Adélie (1840) ; mais l'expédition la plus mémo- 
rable est celle de James Clarke Ross, neveu de l'explora- 
teur des terres arctiques, qui, franchissant enfin le cercle 
polaire austral, trouva une mer libre de banquises, dé- 
couvrit la terre Victoria, et releva une immense étendue 
de côtes du 70° au 78° de latitude, où la découverte des 
volcans-glaciers Erebus et Terror signala dignement le 
terme de ses travaux et la limite actuelle du monde an- 
tarctique. — L'Afrique, presque oubliée jusqu'à la fin du 
xvin c siècle, a été, depuis cette époque, le théâtre de 
nombreuses explorations. Le voyage de Bruce (1769-73), 
qui découvrit les sources du Nil Bleu, et surtout la fon- 
dation, en Angleterre, de l'Association africaine en 1788, 
ramenèrent l'attention sur cette, partie du monde. Les 
explorations furent glorieusementinaugurées par le double 
voyage de Mungo-Park (1795, 1803), qui découvrit le 
cours supérieur et moyen du Niger. Il fut suivi par 
Dcnham et Clapperton, qui trouvent le lac Tchad (1823); 
les frères Lander, qui explorent les bouches du Niger; 
Caillié, le premier voyageur qui revint de Tombouctou 



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(1828-30); Becroft et Laird, qui explorèrent le grand 
affluent du Niger, la Tchadda ou Benouè, pendant que 
de Tripoli partait, en 1850, la grande expédition de Ri- 
chardson, Overweg, Barth et Vogel, qui explorèrent tout 
le pays entre la Méditerranée et la Tchadda, entre Tom- 
bouctou et le Ouaday. A l'est, des expéditions mémorables, 
mais jusqu'à présent infructueuses, étaient tentées pour 
trouver les sources du Nil. Méhémet-Ali envoya deux 
expéditions (1839-1841), qui, commandées par M. d'Ar- 
naud, remontèrent le Nil Blanc jusqu'à &* 42' latitude 
nord ; le missionnaire allemand Knoblecher poursuivit 
ces recherches jusqu'à 4° 9', Brun-Pollet jusqu'à 3°, Ang. 
Yinco jusqu'à 2° ; et aujourd'hui de nouveaux voyageurs, 
l'Italien Miani, le Français Lejean et l'Allemand Heuglin 
continuent ces recherches. A ces découvertes se relient 
celles qui sont entreprises à l'est de l'Afrique par les 
missionnaires et les officiers anglais partis de Mombaza. 
Parmi les premiers, Krapf et Rebmann découvrirent en 
1849 les glaciers -volcans Kenia et Kilimandjaro, et 
Erhardt recueillit de précieux renseignements sur l'exis- 
tence de grands lacs intérieurs, aperçus enfin en 1857 
par Speke et Burton, et appelés par eux Ujiji et Ukérévé. 
En même temps, au S. de l'Afrique, le missionnaire an- 
glais Livingstone, après avoir, en 1849, découvert le lac 
Ngami et les rivières qu'il reçoit, explora tout le cours 
du Zambèze, et, le premier des Européens, traversa toute 
l'Afrique australe, de l'embouchure de ce fleuve à S'- 
Paul de Loanda sur la côte occidentale. Andcrson, Gai- 
ton, Ladislas Magyar, ont poursuivi ces explorations, et 
il n'y a plus aujourd'hui que le centre dj l'Afrique, des 
deux cotés de l'Equateur, qui se dérobe encore à notre 
curiosité. — La dernière découverte parmi les cinq par- 
ties du monde", l'Australie, a été aussi la dernière explo- 
rée, et, jusqu'en 1815, on ne connaissait que la ligne des 
cotes situées entre le Pacifique et les Montagnes-Bleues. 
En 1815, Macquarie franchit ces montagnes et découvrit 
le fleuve qui porte son nom ; Oxley explora le Lachlan 
(1817); Sturt, le Darling et le Murrumbridge (1829-30). 
Au nord du continent, Mitchell et Leichards recon- 
nurent la côte et l'intérieur entre Sidney et le golfe de 
Carpentarie. Les frères Grégory, déjà connus par leurs 
explorations dans l'ouest, remontèrent la rivière Victoria, 
découvrirent la chaîne de partage entre les eaux de la 
cote et celles de l'intérieur (1855), et, l'année suivante, 
traversèrent tout le nord pour arriver à Brisbane, sur la 
cute orientale. Au midi, Eyre découvrit, en 1842, le vaste 
lac Torrens. Sturt en 1844, Babbage en 185G, Grégory en 
1858, Mac-Dougal Stuart en 1800, parvinrent presque 
jusqu'au centre du continent, mais sans pouvoir encore, 
en partant du sud, arriver jusqu'à la côte septentrionale. 
Dans des voyages maritimes ou terrestres, sans faire 
de découvertes nouvelles, on a recueilli d'innombrables 
observations sur tous les points de la géographie mathé- 
matique, physique et politique, et sur les sciences qui 
s'y rattachent, météorologie, histoire naturelle, ethno- 
graphie, linguistique. Parmi les premiers, nous citerons 
ceux de Freycinet, en 1817 ; de Duperrey, sur la Co- 
quille, en 1822; de Dumont-d'Urville, sur l'Astrolabe, 
en 1820; de Wrangcll et Liitke, qui explorèrent les côtes 
de la Sibérie et de la Nouvelle-Zemble (1820-23); de 
La Place, sur la Favorite (1830) et l'Artémise (1837); de 
Dupctit-Thouars, sur la Vénus (1837-39); enfin de la 
frégate autrichienne Novara en 1857. Parmi les seconds, 
on distingue ceux de Lôopold de Bucb dans la Scandi- 
navie, d'Al. de Humboldt dans la Sibérie occidentale 
(1829), de Gastren dans l'Altaï, de Middendorf (1844-55), 
de Mourawiew (1854), de Maak sur l'Amour, de Khani- 
kow dans la région de l'Aral, et plus récemment (1858) 
dans le Khorassan ; de Texier et de Tchihatchevv dans 
l' Asie-Mineure ; de Laborde, Lepsius, Berton, Lynch, de 
Saulcy, Tobler dans la Syrie, la Palestine et l'Arabie; de 
Botta, Fresnel, Layard, Rawlinson, Oppert dans l'an- 
cienne Mésopotamie, la Babylonie et la Perse; de Jacquc- 
mont (1828-30), Everest, Hooker et des frères Schlagint- 
wcit dans l'Hindoustan. Dans l'Amérique du Nord, les 
explorations de Lewis et Clarke sur le cours supérieur 
de l'Orégon (1804), de Pike (1805) et Long (1819) entre 
le Mississipi et les montagnes Rocheuses, de Frémont 
entre ces montagnes et la Californie ( 1812-45 1; dans 
l'Amérique <lu Sud, les voyages d'Alcide d'Orbigny (1820), 
Aug. de Saint-Hilaire , Castelnau, Pentland et. Bowring ; 
ceux de Squier, de Ilellcrt et de Garella dans l'Amérique 
centrale, à l'occasion des projets de communication in- 
terocéanique. — A tous ces éléments de connaissance 
viennent se joindre les relevés de terrains ou de côtes 
entrepris par les gouvernements pour les besoins de l'ad- 



ministration ou de la défense, et publiés par les états- 
majors des armées et les hydrographes de la marine. 
Tels sont, en France, les Dépôts de la marine et de la 
guerre; en Angleterre, les cartes de l'Amirauté; en Alle- 
magne, les publications des états -majors autrichiens, 
prussiens, bavarois, etc. ; les Dépôts topographiques de 
Naples et de S'-Pétersbourg ; la Direction hydrographique 
de Madrid; l'État-Major général hollandais; le Dépôt de 
la marine à Copenhague; le Bureau topographique fé- 
déral de Suisse; V H gdrophical office des États-Unis et 
les belles cartes de F. Maury. Parmi les grandes opéra- 
tions géodésiques, il faut citer la mesure de l'arc de 
cercle entre Dunkerque et Formentera, commencée sous 
le 1 er Empire par les savants français Delambre, Mé- 
chain, Biot et Arago; celui de l'Hindoustan, entre l'Hy- 
malaya et le cap Comorin, par le colonel Everest, et celui 
que les savants russes Struve et Woldstett ont récem- 
ment mesuré du cap Nord aux bouches du Danube. — 
Tous ces travaux et les innombrables productions de sta- 
tistique faites par les gouvernements ou les particuliers, 
l'enseignement si fécond, en Allemagne, du célèbre Rit- 
ter, ont fait aujourd'hui de la géographie, naguère encore 
simple annexe de l'histoire, une science particulière. 
L'Allemagne et l'Angleterre marchent actuellement à la 
tfite des nations européennes dans les sciences géogra- 
phiques, encore peu répandues et peu goûtées en France, 
bien que notre pays ait fondé la première Société géogra- 
phique à Paris en 1821 : depuis se sont établies celles 
de Berlin en 1827, de Londres en 1830, de Bombay en 
1831 , de Francfort-sur-le-Mein en 1830, de Darmstadt 
et de S'-Pétersbourg en 1845, de New-York en 1851, de 
Vienne et de Genève en 1858. Toutes ces sociétés pu- 
blient des Bulletins et des Mémoires. Il faut y ajouter 
trois établissements particuliers importants : l'Institut 
géographique de Weimar, l' Établissement géographique 
de Vander-Maelen à Bruxelles, et celui de Perthes à Go- 
tha, qui publie un important recueil, les Mittheilungen, 
dirigé par Petermann. Non moins important est le re- 
cueil des Annales des Voyages, fondé à Paris en 1808 par 
Malte-Brun, et continué aujourd'hui par son fils. C. P. 

GEOLE, logement des gardiens de prison, et autrefois, 
par extension, la prison même. Jadis le geôlier, chargé 
de la garde des prisonniers, percevait sur eux un geôlagr 
(V. ce mot dans notre Dictionnaire de Biographie et 
d'Histoire). Depuis la Révolution, on a établi un traite- 
ment fixe pour tous les employés de l'administration des 
prisons, mais le geôlier perçoit encore des bénéfices dans 
les fournitures qu'il est autorisé à faire aux prisonniers. 

GÉOPONIQUES du grec ghè, terre, et ponos, travail , 
nom donné par les anciens Grecs à la science de l'agri- 
culture. C'est aussi le titre d'un recueil d'écrits en 
langue grecque, relatifs à cette science, recueil formé au 
iv e siècle par Cassianus Bassus. La meilleure édition 
grecque-latine est celle de Leipzig, 1781, 4 vol. in-4° ; les 
Géoponiques ont été trad. en français par Pierre de Nar- 
bonne, 1545-50, in-12. 

GEORAMA (du grec gè, terre, orama, spectacle), spec- 
tacle imaginé en 1823 par Delanglard. Le spectateur se 
plaçait au centre d'une sphère de plus de 30 met. de cir- 
conférence, en toile vernissée, sur laquelle on avait figuré 
toutes les terres du globe; il pouvait ainsi tout embrasser 
d'un seul coup d'oeil, tandis qu'avec de grands globes, 
vus extérieurement, on n'aperçoit à la fois qu'une petite 
portion de la terre. Un nouveau Géorama fut ouvert en 
1844 par Ch.-Aug. Guérin aux Champs-Elysées, à Paris. 
— On donne aussi le nom de Géorama à une représen- 
tation en relief, sur une échelle plus ou moins grande, 
de l'ensemble ou d'une partie de la terre. 

GEORGES-DE-BOCUERVILLE (Église de Saixt-). 
Cette église, bâtie pour un collège de chanoines par Raoul 
de Tancarville, chambellan du duc de Normandie, Guil- 
laume le Ràtard, entre les années 1050 et 1000, et érigée 
en abbaye en 1114, s'élève sur le côté occidental d'une 
haute colline, à 8 kil. S.-O. de Rouen. C'est un monu- 
ment roman, que l'achèvement de la construction, l'unité 
du style et le développement du plan rendent un des 
plus complets qui existent. La façade occidentale oll're 
une porte à arcade plein cintre, dont les voussoirs sont 
décorés de zigzags, de bâtons rompus, de dents de scie, 
de pointes de diamant, etc., et surmontée de deux rangs 
de trois arcades, le tout couronné par un haut pignon 
sans ornements. Elle est circonscrite par deux tourelli I 
carrées, qui portent à leur sommet des campaniles dans 
le style du xm" siècle, et accotées d'ailes liasses et étroites 
correspondant aux bas côtés de l'édifice. L'église Et en 
effet, trois nefs, terminées, chacune par une abside circu- 



GÉO 



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GER 



laire. A l'intersection des transepts s'élève une lanterne, 
formant au dehors un étage carré de 1 1 met. de côté et 
de 4 met. de hauteur pour les cloches : cet étage est 
coiffé d'une flèche en charpente recouverte d'ardoise, 
haute de 27 met., et passant du carré à l'octogone au 
moyen de coyaux sur les diagonales. L'intérieur de l'église 
n'a qu'une ornementation fort simple, analogue à celle 
du portail ; des feuillages et quelques figures se montrent 
aux chapiteaux des piliers, monuments de la sculpture 
du xii e siècle dans sa naïveté barbare. On remarque à 
l'extrémité de chaque transept une sorte de tribune sou- 
tenue par deux arcades qui se réunissent sur une même 
colonne massive. — Près du flanc septentrional de l'église 
est une belle salle capitulaire oblongue, construite à la 
fin du xn e siècle ou au commencement du xnr" : elle est 
éclairée par de hautes fenêtres en lancette, au-dessous 
desquelles régnent, du côté de l'entrée, trois arcades à 
plein cintre. Ce mélange de formes circulaires et de 
formes ogivales révèle le style de transition. V. Deville, 
Essai historique sur l'église et l'abbaye de S l -Georges- 
de-Bpcherville, Rouen, 1827, in-4°, B. 

GÉORGIEiNNE (Langue), une des langues caucasiennes 
(V. ce mot), rattachée généralement aux langues indo- 
européennes, bien que, selon les Géorgiens, elle en soit, 
par l'étymologic, complètement indépendante. Elle tient 
au sanscrit par l'intermédiaire des antiques idiomes de 
la Perse. Le géorgien est riche en flexions grammaticales. 
La déclinaison est la même pour les substantifs, les ad- 
jectifs et les pronoms. Ces mots n'ont qu'un seul genre. 
La langue admet beaucoup de mots dérivés et compo- 
sés; elle ne connaît point l'usage de l'article. Dans le 
verbe, les personnes ont chacune leur caractéristique 
particulière ; les temps de l'indicatif sont au nombre de 
sept, dont trois passés et trois futurs; certaines parti- 
cules servent à convertir l'indicatif en conditionnel. Le 
subjonctif n'existe pas. Le passif se forme par des verbes 
auxiliaires. Les prépositions sont jointes à la fin du nom 
qu'elles régissent. On distingue dans le géorgien 5 dia- 
lectes, ceux du Karthli, du Kakhéti, d'Iméréthie, de 
Mingrélie et du Gouria ; les Russes lui donnent le nom 
de grousien ou grousinien. Un certain nombre de mots 
persans, arméniens et turcs , sont souvent employés à la 
j>lace de leurs synonymes dans cet idiome ; on trouve 
même dps mots latins et français, venus pour la plupart 
,par la voie de la Russie. La prononciation est rude, à cause 
de l'accumulation des consonnes. — Les Géorgiens ont 
deux alphabets : le vulgaire ou militaire, dont ils font 
remonter l'usage jusqu'à Alexandre le Grand, en faisant 
honneur de son introduction à Pharnavaz, leur 1 er roi; 
et Y ecclésiastique, inventé par l'Arménien Mesrob. Ce 
dernier a aujourd'hui une double forme, se composant 
de majuscules et de minuscules. Les philologues re- 
gardent l'alphabet vulgaire comme une transformation 
de l'ecclésiastique, et croient qu'il n'a été fixé qu'au 
xrv e siècle. 

Les Géorgiens ont une littérature. Selon l'archiman- 
drite Eugénius (Tableau historique de la Géorgie), la 
prosbdie est fondée sur les tons ou accents ; Brosset 
prétend, au contraire, que le nombre des syllabes, avec 
la rime finale qui a été empruntée du turc, est la règle 
de la versification. Le plus ancien livre géorgien que l'on 
possède est la traduction de la Bible, faite au vm e siècle 
par S 1 Euphémius ou Euthymius. Un général Roustewel 
a composé un poëme que quelques critiques pensent 
avoir été en partie tiré de sources persanes, L'homme 
vêtu d'une peau de tigre, ou Amours de Tariel et de Nes- 
tan Daredjan. On peut encore citer, parmi les monu- 
ments de la littérature géorgienne, un poème héroïque, 
\e'Tamariani, éloge de la reine Thamar par Tsachru- 
chadsé ; deux romans en prose, le Visramiani par Sarg 
de Thmogwi, et le Daredjaniani par Mosé de Khoni ; le 
Dawithiani, recueil de poésies de David Gouramis Chvili; 
les satires de Bessarion Gabas Chvili ; un recueil d'hymnes 
religieux et nationaux formé au xvm e siècle par le pa- 
triarche Antoni ; le Code du roi Wakhtang, et la Chro- 
nique qui porte le nom de ce prince. V. Maggi, Syntag- 
mata linguarum orientalium quee in Georgiœ regionibus 
audiuntur, Rome, 1643, in-fol. ; Klaproth, Vocabulaire 
géorgien-français et français-géorgien, Paris, 1827, in-8°; 
Fr.-C. Alter, Sur la littérature géorgienne, en allemand, 
Vienne, 1798, in-8°; Brosset, Recherches sur la poésie 
géorgienne, dans le Journal asiatique d'avril 1830; le 
même, Mémoires relatifs à la langue et à la littérature 
géorg>ennes-,Pa.ris, 1833; le même, Éléments de la langue 
géorgienne, Paris, 1837, in-8°. 

GÉORGIQUES (du grec gè, terre, et ergon, travaiU. 



poëme didactique composé par Virgile, à la prière de 
Mécène, son protecteur, entre les années 717 et 721 de 
Rome (30 et 29 av. J.-C. ), dans le but de remettre en 
honneur parmi les Romains l'agriculture abandonnée 
pendant les guerres civiles, et de les ramener à la sim- 
plicité des mœurs de leurs ancêtres. Ce poëme se com- 
pose de quatre chants, dont les sujets sont : la culture 
de la terre, celle des arbres et de la vigne, le soin des 
troupeaux, et l'élève des abeilles. Des invocations, des 
préceptes sur le sujet spécial de chacun des chants, des 
épisodes destinés à prévenir la monotonie d'une exposi- 
tion continuellement didactique, telle est la marche con- 
stante de Virgile. On- lui a reproché le manque d'ordre : 
mais, si la méthode n'est pas complètement rigoureuse, 
elle est suffisamment nette et claire, et on ne peut pas 
exiger d'un poëme la même rigueur que d'un traité ré- 
gulier en prose. Virgile n'a pas épuisé tout son sujet; 
mais s'il a omis plus d'un point important, par exemple, 
la culture des jardins, c'est volontairement et déterminé 
par son goût de poëte, ou bien parce que ces parties de 
l'agriculture étaient étrangères au but qu'il se proposait, 
l'utile, et non l'agréable. — Virgile (n, 175) semble se 
donner comme un imitateur d'Hésiode; cependant le 
poëme les OEuvres et les Jours n'a presque rien de com- 
mun avec les Géorgiques que la similitude du genre. 
L'auteur latin a beaucoup moins emprunté aux Grecs 
qu'à Varron et à Caton : son ouvrage n'est pas seulement 
un résumé de la science antique, il contient aussi les 
résultats de sa propre expérience, et il est devenu une 
autorité pour les Anciens, puisque Pline et Columelle le 
citent fréquemment. Les Géorgiques sont un parfait mo- 
dèle de l'art de relever et d'embellir les détails les plus 
communs de la vie rustique : la variété des tons, la ra- 
pidité de la marche, le charme continu du style, tout 
concourt à en faire un poëme rempli de beautés supé- 
rieures, plein d'imagination et de goût, production d'un 
génie élevé, qui avait atteint toute sa vigueur et sa matu- 
rité. Virgile a eu des continuateurs ou des imitateurs, 
mais jamais de rivaux. Columelle a traité en vers des jar- 
dins, dans le' 10 e livre de son Traité De re rustica ; le 
P. Vanièreadonné le Prœdium rusl icum, en XVI chants; 
le P. Rapin, Horlorum libri IV ; l'Anglais Thompson, les 
Saisons, en IV chants, imitées chez nous dans les Sai- 
sons de Saint-Lambert et les Mois de Roucher; Rosset 
a composé l'Agriculture, en IX chants. Les Géorgiques 
ont été traduites en vers français par l'abbé Marolles, 
Segrais, Martin, Le Franc de Pompignan, et enfin De- ' 
lille, qui les a fait oublier tous et a composé lui-même 
les Trois règnes en VIII chants, les Jardins en IV chants, 
l'Homme des champs en IV chants. Toutes ces œuvres 
complémentaires, toutes ces traductions, ne servent qu'à 
faire sentir plus profondément la désespérante perfection 
de Virgile. V. dans le tome II du Génie de Virgile par 
Malfilàtre, des Réflexions sur les Géorgiques , des ana- 
lyses, de nombreuses traductions et imitations en vers; 
le Discours préliminaire en tête de la traduction de 
Delille; les Notices historiques, arguments et appré- 
ciations littéraires de l'édition de Virgile, par M. Bou- 
chot; 1800. F. B. 

GÉRANT (du latin gerere, administrer), celui qui ad- 
ministre les affaires d'autrui, soit d'un particulier, soit 
d'une société civile ou commerciale. Dans les sociétés en 
commandite , les commandités seuls peuveqt être gé- 
rants. Un gérant volontaire est tenu des obligations qui 
résulteraient d'un mandat exprès (Code Napoléon , ar- 
ticle 13721. — Les lois du 11 juillet 1828 et du 9 sep- 
tembre 1835 astreignent les sociétés qui publient un 
journal à avoir un gérant responsable, propriétaire d'une 
part ou action dans ce journal et d'un tiers du caution- 
nemerrt, pour signer la feuille de chaque jour et répondre 
de son contenu. 

GÉRARD DE NEVERS (Roman de). V. Violette (La). 

GÉRARD DE ROUSSILLON , poëme provençal sur les 
démêlés du duc Gérard avec Charles le Chauve, que 
l'auteur confond avec Charles-Martel. Gérard, vaincu et 
proscrit, est réduit à errer avec sa femme de forêt en 
forêt, d'ermitage en ermitage; bref, il se fait charbon- 
nier, et la duchesse devient couturière. Enfui, il obtient 
son pardon, grâce aux prières de la reine. Le Gérard du 
roman n'est pas un personnage imaginaire ; il fut réelle- 
ment, au ix e siècle, comte de Roussillpn (près de Châtil- 
lon-sur-Seine) et duc de Bourgogne. Élevé dans le palais 
de Louis le Débonnaire, il fut toujours fidèle à ce prince, 
et reçut de lui le comté de Paris. Mais, ayant suivi le 
parti de Lothaire, il fut dépouillé de ce comté par Charles 
le Chauve. Lothaire, avant de mourir, désigna Gérard 



GER 



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GER 



pour être 1c tuteur du roi de Provence, l'un de ses fils. 
Ce fut alors que Gérard s'établit à Vienne, d'où il fit plu- 
sieurs expéditions contre les Sarrasins établis dans le 
delta du Rhône. En 8G3, le royaume de Provence fut 
conquis par Charles le Chauve; alors Gérard se retira 
dans son château de Roussillon, où il mourut en 878. 
Il avait fondé plusieurs abbayes, dont la plus célèbre est 
celle de Vézelai. Le poème de Gérard de Roussillon parait 
avoir été composé au xn e siècle; il existe manuscrit à la 
Bibliothèque impériale de Paris. — Un poëme en langue 
d'oil sur le même sujet a été publié en 1858 par M. Mi- 
gnard, qui le rapporte à l'année 1316. V. Histoire litté- 
raire de la France, tome XXII. • II. D. 

GÉRARD DE VIANE, 2 e branche de la chanson de 
Guillaume au court nez. Gérard, fils de Garin de Mont- 
glane, obtient de l'empereur le fief de Vienne ; mais, in- 
sulté par la reine, il prend les armes contre son souve- 
rain. Assiégé dans Vienne, il résiste pendant sept ans. 
C'est à ce siège que Roland rencontre Olivier, et est 
fiancé à la belle Aude. — Cette chanson, imitation du 
roman provençal Gérard de Roussillon, est attribuée à un 
certain Bertrand, de Bar-sur-Aube. La Bibliothèque im- 
périale en possède deux manuscrits du xm e siècle; le 
Musée Britannique en a également deux du xm e siècle 
et un du xiv e . Une partie de ce roman a été publiée par 
J. Bekkcr à Berlin, 1820, en tète du Fierabras proven- 
çal. Le texte complet a été publié par Tarbé, Reims, 
1829, in-8". V. l'Hist. litt. de la France, t. XXII. H. D. 
GERMAIN (du latin germanus), se dit des frères et 
des sœurs nés du môme père et de la môme mère, par 
opposition aux consanguins et aux utérins. V. Cousin. 

GERMAIN-L'AUXERROIS (Église S 1 -), une^des plus 
anciennes églis"es de Paris. Fondée par Chilpéric sous le 
nom de S l -Germain-le-Hond (à cause de sa forme), elle 
fut, lors des invasions des Normands, prise par les pi- 
rates, qui, l'entourant d'un fossé, la changèrent en for- 
teresse, puis y mirent le feu en l'abandonnant. Le roi 
Robert le Pieux la rebâtit en 1010. Il ne reste rien de 
cet ancien édifice. Le grand portail actuel paraît dater 
de Philippe le Bel ; le pignon qui le surmonte supporte 
une statue de l'ange du Jugement dernier, exécutée de 
nos jours par M. Marochetti. Le porche à triple arcade 
qui fait saillie sur ce portail date de 1429. Lorsque les 
rois habitèrent le Louvre, l'église S'-Germain-l'Auxerrois 
fut adoptée comme paroisse de la cour, et subit de no- 
tables changements : les piliers gothiques prirent une 
1 forme moderne ; on démolit le jubé qui masquait l'entrée 
du chœur, et on le remplaça par la grille de fer poli et 
doré qu'on voit aujourd'hui, et qui est, d'ailleurs, un bel 
ouvrage de serrurerie; le banc d'œuvre a été sculpté 
d'après les dessins de Perrault et de Lebrun ; c'est peut- 
être le plus remarquable de ceux des églises de Paris. 
En 1831, l'église fut saccagée par une émeute populaire, 
et on la ferma jusqu'en 1837 : alors elle fut restaurée, 
sous la direction de Lassus, et rendue au culte. Le 
portique fut alors décoré de peintures murales, exécutées 
à la cire, par M. Mottez, à l'instar de beaucoup d'églises 
d'Italie. La pensée était heureuse, mais l'humidité de 
notre climat s'y prêta mal, et aujourd'hui ces peintures 
sont déjà un peu passées. On remai'quo, à l'intérieur, 
une fort belle chapelle de la Vierge, et des peintures à la 
cire exécutées par MM. Amaury Duval, Jean Gigoux et 
Coudcrc; des vitraux par M. Maréchal (de Metz); dans la 
croisée, un bénitier trinitaire en marbre, par M. Jouffroy, 
et surtout les sculptures en bois de la chapelle de la 
Passion. S'-Germain-l'Auxerrois est un des plus curieux 
et des plus gracieux monuments religieux du xiv e et du 
xv e siècle. En 1800-01, on a élevé au Nord, à l'aligne- 
ment du porche, et y touchant presque, un élégant cam- 
pai ile (V. Campanile), beaucoup plus élevé que celui 
qui existe au Sud, près du transept, et du haut duquel, 
en 1572, partit le signal du massacre de la S'-Barthé- 
lemv. B. 

GERMAIN-DES-PRKS (Église S'-), le plus ancien des 
monuments religieux de Paris. Childebert I er la fonda en 
543, sur l'emplacement d'un temple consacré à Isis, pour 
y placer la tunique de S'-Vincent et une croix qu'il avait, 
rapportées de sa campagne au delà des Pyrénées contre 
les Wisigoths, et la dédicace fut faite par l'évêque S' 
Germain en 558. Ce prélat, lit, bâtir, au midi de ['édifice, 
un oratoire sous l'invocation de S'-Symphorien, où plus 
tard lui-même fut, inhumé. Dans plusieurs actes des vu" 
et vin'' siècles, l'église est désignée sous le nom de S'-Ger- 
main et S'-Vincenl. Elle était alors décorée de mosaïques 
d'or, et sa couverture était en métal. En 754, le corps de 
S' Germain, exhumé de l'oratoire, fut déposé dans l'église, 



qui bientôt ne fut plus désignée que sous le seul nom de 
S'-Germain. Ravagée par les Normands en 845, 850 et 861, 
reconstruite par l'abbé Gozîin, puis encore livrée en proie 
aux pirates, elle ne se releva de ses ruines qu'aux xi e et 
xn e siècles, et le pape Alexandre III, qui la consacra en 
1103, déclara qu'elle ne relèverait que du saint-siége. 
L'architecture de l'église S l -Germain-des-Prés marque 
une époque fort intéressante dans l'histoire de l'art, celle 
où, à côté du plein cintre roman, commence à poindre 
l'ogive. L'édifice est en forme de croix ; l'extrémité orien- 
tale est circulaire, et autour du rond-point rayonnent 
cinq chapelles également circulaires. Les transepts, qui 
sont fort courts, datent du xm e siècle. Les piliers de la 
nef sont carrés, et flanqués, sur chaque face, d'une co- 
lonne engagée; les arcades en plein cintre qui les unis- 
sent sont ornées d'un tore élégant sur l'arête. Sur les 
chapiteaux, d'un travail assez barbare, on a représenté des 
figures entières, des monstres et des plantes exotiques. 
Cette partie-là est évidemment la plus ancienne. Dans le 
chœur, les fenêtres de la claire-voie sont à ogives; les 
colonnes de la galerie du premier étage sont couronnées 
par un entablement horizontal; les colonnes du rond- 
point supportent des ogives, tandis que les autres arcades 
du chœur présentent des pleins cintres. L'édifice fut ré- 
paré en 1653 : ce fut alors qu'on pratiqua des ailes sur 
les deux côtés, et qu'une voûte remplaça le vieux lam- 
bris qui couvrait les murs. De nos jours, l'église S'-Ger- 
main-des-Prés a subi une nouvelle et entière restaura- 
tion : M. Flandrin a peint à la cire divers sujets sur les 
murailles du chœur ; les piliers et les voûtes ont reçu 
une peinture polychrome, qui rappelle la décoration de 
la S te -Chapelle ; la flèche a été reconstruite en entier; 
enfin on a repris en sous-œuvre la tour, que les archéo- 
logues regardent comme un débris de l'édifice élevé du 
temps de Childebert. V. Bouillard, Histoire de l'abbaye 
royale de S'-Germain-des-Prés, Paris, 1721, in-fol. B. 

GERMAIN -EN- LA YE (Château de S'-). En 1124, 
Louis VI le Gros fit bâtir à S'-Germain un château fort, 
où ses successeurs séjournèrent fréquemment, et qui fut 
incendié par les Anglais en 1346. Les travaux de réédifi- 
cation furent commencés par ordre de Charles V, en 
1367. François I er , non content de les achever, fit élever 
l'édifice d'un étage, et le décora de toutes sortes d'orne- 
ments, tels que chiffres, armes, salamandres, F cou- 
ronnés, et autres fantaisies élégantes dont les artistes de 
la Renaissance étaient prodigues. Comme le château avait 
néanmoins conservé l'aspect d'une forteresse , Henri IV 
voulut avoir une résidence royale plus moderne, et fit 
construire, à une distance de 130 met. environ, par son 
architecte Marchand, un Château neuf, dans le style de 
la Renaissance. Il était sur le bord de la colline au-dessus 
de la Seine, vers laquelle les jardins descendaient en 
terrasses soutenues par des maçonneries; et, sous ces 
terrasses, on ménagea des grottes garnies de coquillages 
et de figures automates, ouvrage du mécanicien florentin 
Francini. Louis XIV, qui naquit dans ce château, dépensa 
plus de 6 millions pour l'embellir, puis l'abandonna après 
la construction de Versailles. Quand le roi Jacques H 
vint chercher un refuge en France, Louis XIV le logea au 
vieux château de S'-Germain. Pendant la Révolution, on 
fit une prison de ce château sombre et triste. Sous le 
1 er Empire, on y installa une école de cavalerie; la Res- 
tauration en fit une caserne de gardes du corps ; après 
1830, on le transforma en pénitencier militaire; Napo- 
léon III l'a consacré, en 1862, â un musée celtique et 
romain. Le château neuf fut abandonné pendant la mi- 
norité de Louis XIV, et il n'en reste aujourd'hui que 
quelques terrasses et un pavillon improprement appelé 
Pavillon de Henri IV, ancienne chapelle transformée en 
restaurant. Le vieux château, de forme pcntagonalc, est 
de briques et de pierres, et couvre une superficie d'un 
hectare 55 ares. Les cinq gros pavillons d'angle, bâtis 
par Mansard,en 1087, ont été remplacés de nos jours. La 
chapelle ogivale, située du côté de la place du Théâtre, 
fut peinte, au temps de Louis Mil, par Vouel et Lesueur. 
Autour du château, François I er avait fait planter un jar- 
din, qui fut agrandi sous Louis XIV et dessiné à nou- 
veau par Lo Nôtre; les bassins et. les jets d'eau furent, 
comblés en 1750. La terrasse, une des plus magnifiques 
promenades de l'Europe pour l'étendue du parcours et 
du point do vue, fut construite par Le Nôtre en L676 : 
elle a près de 2,400 met. de longueur, 35 met. de lar- 
geur, et est soutenue par un mur élevé, avec cordon et 
tablette de pierre. V. le Supplément. 

GERMAINS (Religion des). F. notre Ptriionnaire de 
Biographie ci d'Hisloiro, page 1176, col. 1. 



GER 



973 



GES 



GERMANIQUE (Droit). V. Barbares (Lois des). 

GERMANIQUES (Langues), groupe de langues appar- 
tenant à la famille des langues indo-européennes ( V. ce 
mot), et comprenant le gothique, l'islandais, le suédois, 
le danois, l'anglo-saxon, l'anglais, le bas allemand (au- 
quel se rattachent le frison, le hollandais, le flamand), et 
le haut allemand (allemand, souabe ou alémanique, etc.). 
Jacques Grimm leur assigne quatre caractères fondamen- 
taux : 1° la propriété qu'a la voyelle de s'adoucir en se 
prononçant, pour indiquer une modification dans la si- 
gnification ou l'emploi du mot; 2° la métathèse, c.-à-d. 
la transformation d'une consonne en une consonne de la 
mêmeclasse, mais qui s'en distingue par une prononciation 
plus forte, ou moins forte, ou plus aspirée; 3° l'existence 
de conjugaisons fortes et faibles, c.-à-d. de conjugaisons 
dans lesquelles la voyelle radicale change d'après certaines 
lois, et de conjugaisons dans lesquelles elle demeure in- 
variable; 4° des déclinaisons faibles pour les substantifs 
et les adjectifs, c.-à-d. des déclinaisons dans lesquelles la 
voyelle radicale demeure la même aux différents cas, ces 
cas ne se distinguant que par les terminaisons. Des per- 
mutations de lettres s'opèrent non-seulement entre les di- 
verses formes d'un même mot, ou en passant du mot 
radical au mot composé, mais entre les mots des diffé- 
rents dialectes. Les langues germaniques, très-riches sous 
le rapport du vocabulaire, sont assez pauvres quant aux 
temps des verbes : elles n'avaient originairement que 
deux temps, le présent et le passé, et elles ont dû recou- 
rir à des verbes auxiliaires pour exprimer d'autres temps 
dont les progrès de la pensée rendaient la distinction 
nécessaire. 

GERMANISME, façon de parler propre à la langue alle- 
mande, ou encore empruntée à cette langue et trans- 
portée dans un autre idiome. 

GERMER (Église de S'-), à 28 kilom. O. de Beauvais 
(Oise). Cette église, commencée vers 1030, est un re- 
marquable monument du style de transition entre le 
roman et le gothique. Elle a 07 met. de longueur, et 
18 met. de largeur. A l'extérieur, on la dirait entière- 
ment romane : les fenêtres sont à plein cintre , sauf au 
Sud, où il y en a quelques-unes en ogive. La façade est 
moderne; les piliers qui paraissent au dehors et ceux de 
la première travée soutenaient jadis deux clochers, qui 
furent ruinés par les Bourguignons vers 1-400. La nef est 
composée 1 de 7 'travées à arcades ogivales, séparées par 
des piliers chargés de 5 fûts engagés, non compris les 
colonnes latérales : au-dessus de ces arcades est un ordre 
d'arcades bouchées, en plein cintre surbaissé, tenant la 
place du triforium, puis un autre ordre de petites fe- 
nêtres carrées bouchées, une galerie étroite portant sur 
une corniche à consoles, et enfin la claire-voie à 7 fe- 
nêtres romanes étroites, inscrites dans des arcs ogives. 
Les voûtes, qui avaient été détruites par la chute des 
clochers, ont été rétablies en bois vers 175i. Les tran- 
septs sont, comme la nef, ogivaux au rez-de-châussée, et 
romans dans les ordres supérieurs, sauf quelques chan- 
gements causés par des réparations. Le chœur présente 
7 arcades à archivoltes découpées en zigzag; le triforium 
a des arcades romanes pareilles à celles des transepts, 
sauf les extrêmes latérales qui sont tripartites; la galerie 
à consoles et la claire-voie sont en tout semblables aux 
mêmes parties de la nef; les voûtes offrent pour nervures 
de gros boudins chargés de bâtons croisés, de rubans, de 
feuilles encadrées, et d'autres ornements d'un effet bi- 
zarre. Les collatéraux sont étroits, bas, d'un aspect lourd, 
à arcades en fer à cheval ; ils sont continués par une ga- 
lerie garnie de chapelles, qui forment autant d'arcs de 
cercle sur l'abside. — Par une allée pratiquée aux dépens 
de l'arcade centrale de l'abside, on arrive à une seconde 
église, longue de 34 met., large de 9, et éclairée par 
15 fenêtres, dont 5 à l'abside sont géminées, tandis que 
chacune des autres embrasse quatre petites ogives réunies 
en deux groupes. Du côté de l'entrée est une magnifique 
rosace, de 7'°,22 de diamètre. De superbes vitraux des 
xm e et xiv e siècles représentaient l'histoire de S' Germer. 
Les murs étaient primitivement peints à fresque; ils 
ont éié recouverts de badigeon. L'autel portait un beau 
retable en pierre peinte, chef-d'œuvre de la statuaire de 
l'époque, déposé aujourd'hui dans le musée de Cluny 
à Paris. Cette église, chef-d'œuvre de grâce et de lé- 
gèreté, dans le style de la meilleure époque ogivale, n'est 
pas sans analogie avec la S te -ChapelIo de Paris. Les fe- 
nêtres sont surmontées extérieurement de frontons, dont 
on a tronqué le sommet. Des contre-forts à clochetons, 
ornés d'arrades simulées, s'appuient au comble. Sur le 
coté méridional s'élève une tourelle hexagone, à arcades 



ogivales simulées, supportant une balustrade à jour. 

GÉRONDIF, en latin Gerundium; forme particulière 
de la conjugaison latine, et qui n'est autre chose que la 
déclinaison de l'infinitif : ainsi amandi est le génitif, 
amando le datif et l'ablatif de amare ; amandum en est 
l'accusatif employé comme complément direct avec di- 
verses prépositions. Le gérondif se met là où on mettrait 
un nom de radical ou de sens analogue, à un cas expri- 
mant un régime indirect : ainsi tempus scribendi (le 
temps d'écrire) est pour tempus script ionis, aptus scri- 
bendo ou ad scribendum (apte à écrire) pour aptus 
scriptioni ou ad scriptionem, fessus scribendo (fatigué 
d'écrire) pour fessus scriptione. Les poètes négligent sou- 
vent l'emploi du gérondif, et le remplacent par l'infinitif: 
cantate peritus, au lieu de cantandi. Le gérondif a donné 
naissance aux participes présents des langues néo-latines : 
la preuve en est dans l'emploi très-vicieux du gérondif 
en.(/o à l'époque de la décadence du latin et surtout après 
les invasions des Barbares. Ce système est toutefois un 
peu contrarié en français par la variabilité qui caractéri- 
sait autrefois notre participe présent quant au genre et 
au nombre. V. Participe. P. 

GÉRONTE ( du grec gérôn , gérontos , ancien , vieil- 
lard), nom que les anciens auteurs comiques français ont 
donné au père, au personnage grave de leurs pièces. Les 
Gérontes n'eurent d'abord rien de ridicule ; puis on les 
fit durs, avares, entêtés, simples et crédules. Rotrou, dans 
sa comédie de La Sœur (1047), a introduit un Géronte ve- 
nant de Constantinople, sous le costume turc. Ce person- 
nage a reçu de Molière son caractère véritable, dans le Mé- 
decin malgré lui et les Fourberies de Scapin, 10G6-1671 ; 
puis, Regnard l'employa dans le Joueur, le Retour im- 
prévu et surtout le Légataire universel. 

GERVA1S (Église Saint-), à Paris. Commencée en 
1212 et dédiée en 1480, cette église de style ogival a un 
portail d'un caractère tout différent, élevé en 1616 sur 
les plans et sous la direction de Jacques Debrosses. Ce 
portail réunit les trois ordres grecs d'architecture superpo- 
sés ; sa masse imposante, mais lourde et sans grâce, forme 
contraste avec les proportions délicates du eothique. On 
y a placé de nos jours les statues de S' Gervais et de 
S' Protais, dues au ciseau de Préault et de Moyne. L'église 
S'-Gervais a été dépouillée de ses anciennes richesses : le 
musée du Louvre lui a enlevé ses tableaux de Philippe 
de Champagne, de Lesueur, de Sébastien Bourdon ; les 
vitraux de Jean Cousin ont presque complètement péri. 
On montre cependant encore un Père étemel , attribué 
au Pérugin, et un tableau sur bois, représentant en neuf 
compartiments neuf scènes de la Passion, et qu'on dit 
être d'Albert Durer. La chapelle de la S' e Vierge a été 
richement peinte et ornementée; on y voit une curieuse 
clef pendante, exécutée par Jacquet au xv e siècle. Préault 
a exécuté pour la chapelle des fonts baptismaux un 
Christ d'un effet saisissant. B. 

GÉSE, arme. V. notre Dictionnaire de Biographie et 
d'Histoire. 

GESTA ROMANORUM , titre d'une collection latine de 
récits généralement apocryphes et empruntés à l'histoire 
des Romains célèbres, formée pour offrir aux moines une 
instruction intéressante, et où l'on faisait des lectures 
dans les réfectoires aux heures des repas. Chaque cha- 
pitre contient une histoire, qui s'appuie sur l'autorité 
d'un écrivain de l'antiquité, et d'ordinaire on ne trouve 
dans cet auteur rien qui s'y rapporte. Les personnages 
historiques sont présentés sous des traits tout autres 
que ceux qu'on leur connaît. Cette collection, où il y a de 
la naïveté, une simplicité parfois puériie et un peu de 
mysticisme, est attribuée à un bénédictin du xm e siècle, 
Bertheur, mort prieur de l'abbaye de S'-Éloi, à Paris. 
Elle obtint une vogue immense pendant deux siècles: 
les prédicateurs la citaient dans leurs sermons; plusieurs 
conteurs italiens et Sliakspeare lui-même lui ont fait des 
emprunts. Oubliée depuis la Renaissance, elle a attiré 
l'attention des érudits de nos jours : Douce et Swan l'ont 
fait connaître à l'Angleterre; Grsesse, qui en a publié une 
traduction allemande avec ample commentaire (Dresde, 
1843), croit, en raison des germanismes et des angli- 
cismes qui y fourmillent, qu'elle est l'œuvre d'un cer- 
tain Elinandus, moine allemand ou anglais. A. Relier a 
donné une édition du texte latin à Tubinguc, en 1844. 
M. Brunet en a publié une vieille traduction française, 
qui porte le titre bizarre de Violier des histoires ro- 
maines. B. 

GESTE , nom donné au langage d'action , aux mouve- 
ments du corps, soit naturels, soit artificiels, qui aident a 
traduire nos sentiments et nos pensées. 11 comprend, par 



GES 



974 



GIL 



conséquent, l'expression de la physionomie, la pose du 
corps, les mouvements des bras et des mains. L'art du 
geste est une partie importante de l'action oratoire et du 
jeu théâtral (V. Action, DnAMATirji'E-Art, Mimique, Pan- 
tomime). Dans l'éloquence de la chaire, il est plus néces- 
saire qu'ailleurs de modérer, de régler ses gestes ; le 
P. Sanlecque, dans un petit poëme sur la Déclamation, 
a caractérisé d'une manière assez heureuse les défauts 
auxquels on se laisse trop souvent aller : 

Songeons à ce docteur dont la voix pédantesque 

Donne un air de relief à son air soldatesque. 

Vous le voyez, campé comme un gladiateur, 

Le poing toujours fermé narguer son auditeur : 

On dirait, quand il veut pousser un syllogisme, 

Qu'il appelle en duel tout le christianisme ; 

Ou que de sa fureur nous prenant pour témoins, 

Il veuille défier le diable à coups de poings.... 

Surtout n'imitez pas cet homme ridicule ■ 

Dont le bras nonchalant fait toujours le pendule; 

Au travers de vos doigts ne vous faites point voir. 

Et ne nous prêchez pas comme on parle au parloir. 

Chez les nouveaux acteurs c'est un geste a- la mode 

Que de nager au bout de chaque période. 

Chez d'autres apprentis, l'on passe pour galant 

Lorsqu'on écrit en l'air et qu'on peint en parlant. 

L'un semble d'une main encenser l'assemblée, 

L'autre à ses doigts crochus paraît avoir l'onglée ; 

Celui-ci prend plaisir à montrer ses bras nus, 

Celui-là fait semblant de compter ses écus. 

Ici , le bras manchot jamais ne se déploie ; 

La, les doigts écartés font une patte d'oie. 

Souvent, charmé du sens dont mes discours sont pleins, 

Je m'applaudis moi-même et fais claquer mes mains. 

Souvent je ne veux pas que ma phrase finisse 

Avant que, pour signal , je ne frappe ma cuisse. 

Tantôt, quand mon esprit n'imagine plus rien, 

J'enfonce mon bonnet qui tenait déjà bien. 

Quelquefois, en poussant une voix de tonnerre. 

Je fais le timbalier sur les bords de ma chaire. 

La science du geste est très-importante pour ceux qui 
se livrent aux beaux-arts ; car il n'est pas, pour le sculp- 
teur et le peintre, de moyen d'expression plus puissant 
que le geste. Il n'est pas étonnant que les Anciens aient 
représenté si souvent leurs personnages nus ou presque 
nus : en effet, il existe une grande différence entre la 
force de signification d'une figure drapée et celle d'une 
figure nue, dont toutes les parties mettent en évidence 
tant de signes caractéristiques et correspondants, qui tous 
concourent à l'unité de l'expression. B. 

GESTES (Chansons de), nom donné aux romans de che- 
valerie, où l'on célébrait les actions (en latin gesta), les 
exploits des héros. Les Chansons de gestes, divisées en 
couplets monorimes, étaient faites pour être chantées, 
comme les rapsodies des anciens Grecs, avec accompa- 
gnement d'instruments. Fauriel avait émis, à leur sujet , 
plusieurs opinions que M. Paulin Paris a combattues 
avec succès : ainsi, il leur donnait à toutes le nom de 
romans carlovingiens, tandis qu'un grand nombre ne se 
rapportent ni à Charlcmagne ou à sa famille, ni à ses 
contemporains ; il les regardait , non comme des œuvres 
originales, mais comme des imitations d'épopées proven- 
çales aujourd'hui perdues, ce qui est dénué de preuves 
sérieuses, car il est avéré, d'une part, que Gérard de 
lîoussillon et Fierabras sont les seuls romans que l'on 
possède en provençal, et, de l'autre, que les manuscrits 
provençaux ne remontent pas au delà du xiv e siècle ou 
tout au plus à la fin du xnr ; il ne croyait pas qu'elles 
fussent antérieures au xn e siècle, oubliant que les Trou- 
vères de ce siècle en citent les héros, que l'on entonna 
une de ces Chansons à la bataille d'Hastings (1066), et 
qu'à la même époque Robert Guisrard se faisait chanter 
les vers de la Chanson de Guillaume au court nez; 
enfin, par la raison qu'elles étaient trop longues, il ne 
croyait pas qu'on les eût jamais chantées, comme si l'on 
n'avait pas récité dans l'antiquité l'Iliade et ses 24,000 
vers, non pas chaque fois en entier, mais en prenant 
isolément un récit, une description de combat, etc. Il 
est aujourd'hui hors de doute que les Chansons de gestes 
ont pris naissance chez les Trouvères, dans le domaine 
de la langue d'oïl. Kilos furent vraisemblablement l'am- 
plification des chants guerriers qu'on appelait canlilènes 
dans les siècles antérieurs, et dont on trouve des échan- 
tillons dans le recueil de poésies populaires latines pu- 
blié par M. Edelestand du Méril : c'est ce que permet de 
supposer un fragment d'une épopée intitulée Gormond et 
Isembard, laquelle est bâtie sur le chant composé en 
mémoire de la victoire de Louis MI sur les Normands en 
882. V. Wolf , Sur les poèmes épiques des anciens Fran- 
çais, en allcm., Vienne, 18J8, in-8°; Paulin Paris, les 



Chansons de geste, Paris, 18.')'.), broch. in-8°; Ch. d'Hé- 
ricault, Essai sur l'origine de l'épopée française et sur 
son histoire au moyen âge, Paris, 180;), in-8°. B. 

GHAZEL. V. Casside. 

GHEEZ ou GHIZ. V. Éthiopiennes (Langues). 

GHIOLOF (Idiome). V. Wolof. 

GHTRIF, sorte de petite flûte chez les Turcs. 

G1BAULT ou GIBBE, arme offensive du moyen âge, 
massue selon les uns, fronde selon les autres. 

GIBECIÈRE, espèce de sac ou de bourse qu'on portait 
autrefois à la ceinture. Elle se rapprochait de l'aumô- 
nière. Aujourd'hui c'est la poche en cuir et à filet où les 
chasseurs placent leurs ustensiles de chasse et leur 
gibier, et on la nomme aussi carnier ou carnassière. On 
appelle encore gibecière le sac de toile ou de cuir que les 
escamoteurs portent devant eux à la ceinture, et qui , di- 
visé à l'intérieur en plusieurs poches où se placent des 
muscades et des boules de toute grosseur, sert, avec les 
gobelets, à exécuter les tours dits de gibecière. 

GIBERNE. V. ce mot dans notre Dictionnaire de Bio- 
graphie et d'Histoire. 

GIBET, instrument qui sert au supplice de la pendai- 
son. On pense que son nom vient de l'arabe gilicl (mon- 
tagne), parce qu'on dressait toujours le gibet sur un lieu 
élevé. Gibet est synonyme de potence et de [ourdies pa- 
tibulaires. 

GIG ou GU1GUE, canot très-léger, long de 7 à 8 met., 
profond d'environ 90 centimètres, à fond plat , les deux 
bouts en pointe, et marchant au moyen de G avirons et 
d'une voile légère que porte un mât très-court. 

GIGANTÉJA, c.-à-d. Tour des Géants, édifice construit, 
dit-on, par des Phéniciens dans l'île de Gozzo. Il se com- 
pose de deux temples hypèthres, placés parallèlement l'un 
à côté de l'autre, et composés de cinq absides à peu près 
circulaires, rangées autour d'une nef étroite : leur façade 
commune, tournée vers l'orient, est percée de deux 
portes par lesquelles on pénètre dans l'intérieur. Le plus 
considérable des deux temples a 26 met. de longueur, et 
23 met. dans sa plus grande largeur. Les murailles sont 
en blocs de pierre énormes, placés alternativement debout 
et dans le sens de leur longueur; les interstices sont . 
remplis de pierres plus petites. Ces constructions ont une 
grande analogie avec celles des Pélasges. 

GIGUE, danse et air dont la mesure est à six-huit et 
d'un mouvement vif et gai. Les gigues de Corelli ont eu 
beaucoup de succès; mais airs et danse sont entièrement 
passés de mode, excepté en Angleterre. Les danseurs de 
corde donnent le nom de gigue à un de leurs pas. — Les 
anciens auteurs français parlent d'un instrument de mu- 
sique nommé gigue, inventé en Allemagne, où on l'appe- 
lait geige ou geigen. D'une forme analogue à celle d'une 
gigue ou cuisse de chevreuil , il ressemblait à la mando- 
line moderne : le corps était bombé et à côtes, la table 
percée de deux ouïes, et le manche garni de trois cordes. 
C'est de cet instrument que la danse tira son nom. 

GIL-BLAS, célèbre roman de mœurs, publié en trois 
parties par Lesage (1715, 1724 et 1735). L'action, large- 
ment dessinée, commence vers la fin du xvi e siècle, et se 
poursuit pendant la première moitié du xyii : elle se 
passe en Espagne, mais les personnages n'ont d'espagnol 
que le nom et le costume, leurs mœurs sont françaises. 
La supériorité de l'œuvre consiste moins dans le mérite 
de la conception que dans la vérité frappante des détails 
<'t l'habileté de la mise de la scène; un esprit vif, enjoué 
et satirique l'anime d'un bouta l'autre; le style est un 
modèle de correction, d'aisance et de clarté. Gil-Blas, le 
docteur Sangrado, l'archevêque de Grenade, sont restés 
populaires ; et il s'en faut de beaucoup que tous les per- 
sonnages soient de pure invention : lors de l'apparition 
du roman, on crut reconnaître les originaux d'une foule 
de portraits, et l'on publia une clef, aujourd'hui perdue. 
Les gens de théâtre, les médecins et leurs querelles, la 
prostitution des faveurs de l'autorité, les désordres et les 
gaspillages des grandes maisons, les bureaux d'esprit, Le- 
sage avait tout sous les yeux, sans avoir besoin de rien 
emprunter à l'Espagne. On lui a reproché à tort d'avoir 
calomnié do parti pris l'humanité : il n'y a en lui rien du 
misanthrope, du moraliste sévère, du satirique acrimo- 
nieux; il a simplement montré ce qu'il avait vu, sans en 
charger les couleurs, et son ironie est plutôt indulgente 
qu'amère et passionnée. — Du vivant même de Lesage, 
on nia l'originalité de son roman , et l'on prétendit qu'il 
l'avait lin'' de l'espagnol. 11 en est résulté une controverse 
qui a duré jusqu'à nos jours. Bruzen de La Marti nière, 
dans son Nouveau Portefeuille historique, poétique et 
littéraire (2 e édit., 1757), disait de Lesage à la fin de 



GIR 



975 



GIS 



quelques réflexions sur son Diable boiteux : « C'est sa ma- 
nière d'embellir extrêmement tout ce qu'il emprunte des 
Espagnols; c'est ainsi qu'il en a usé envers Gil-Blas, dont 
il a fait un chef-d'œuvre inimitable. » Voltaire alla plus 
loin : ne pardonnant pas à Lesage de l'avoir désigné 
(liv. x, cliap. 4) sous le nom du poëte Triaquero (mot 
qui veut dire en espagnol charlatan, vendeur d'orviétan), 
il l'accusa, dans son Siècle de Louis XIV, d'avoir tout 
emprunté à l'ouvrage intitulé la Vida del escudero Don 
Marcos d'Obregon. Mais, s'il avait réellement connu cet 
ouvrage, publié par Vicente Espinel à Madrid en 1618, il 
aurait vu que Lesage avait tout au plus arrangé avec tact 
une dizaine de passages, et que, malgré cette retouche 
habile, ce n'étaient pas les meilleurs de Gil-Blas. L'ac- 
cusation de plagiat fut renouvelée en 1787 dans un 
livre publié à Madrid sous le nom du P. Isla, bien que 
ce savant fût mort depuis 1781 : on y soutient que Lesage 
reçut d*un Andalou, nommé Constantini,'le manuscrit de 
Gil-Blas, qui n'aurait pu être publié sans danger en Es- 
pagne, pour qu'il le traduisît en français et le fit im- 
primer à Paris. Ces assertions ont été victorieusement 
réfutées par François de Neufchâteau, dans une Disser- 
tation lue en 1818 à l'Académie française. En 1820, un 
savant espagnol, Llorente, dans des Observations cri- 
tiques sur le roman de Gil-Blas, prétendit que le véri- 
table auteur de ce livre était Don Antonio de Solis y 
Ribadeneira, mort en 1686 , allégation qui fut l'objet d'un 
nouveau travail de François de Neufchâteau, et <|ue re- 
poussa également Audiffret dans sa Notice historique sur 
Lesage (1821). Un professeur de l'université de Berlin, 
Frédéric Franceson, dans un Essai sur l'originalité de 
Gil-Blas, a récemment dressé une liste exacte et sûre des 
emprunts de Lesage, et il conclut que Gil-Blas lui appar- 
tient bien en propre, et que, s'il a imité, c'est à la ma- 
nière de Sbakspeare, de Molière et de La Fontaine. Outre 
la Vie de l'écwjer don Marcos de Obregon, Lesage a mis 
à contribution diverses pièces du théâtre espagnol , Plaire 
et ne pas aimer de Calderon, les Embarras du mensonge 
de Mendoza, le Mariage par vengeance de Rojas, Tout est 
piège en amour de Diego de Cordova, etc. P — s. 

GÎLLE, personnage de comédie, le niais des tréteaux 
et de la parade. Il est entièrement vêtu de blanc, et porte 
de longues manches pendantes. Rival d'Arlequin près de 
Colombine,il sert de plastron aux deux amants. Son nom 
vient peut-être d'un bouffon qui aurait créé ou fait va- 
loir l'emploi. 

GINGRAS. V. Comos. 

GliNGRÉE, flûte des funérailles chez les Anciens. 

GIPPON, vêtement en usage en France au commence- 
ment du xv e siècle. C'était une sorte de gilet rond à 
manches, ou veste de dessous. 

G1RALDA (La), célèbre tour carrée construite à Séville 
par les Mores jusqu'aux trois quarts de sa hauteur; les 
chrétiens ont ajouté le couronnement. Le tout est sur- 
monté par une statue de la Foi. La partie qui est l'ou- 
vrage des Mores est décorée de sculptures d'un genre 
beaucoup plus simple que celles de leurs autres édifices. 
Dans l'intérieur de la tour, il y a un escalier tournant 
sans marches; il est si large et la pente en est si douce, 
que plusieurs hommes à cheval peuvent y monter de 
front, jusqu'à la hauteur où commencent les travaux des 
chrétiens : à cet endroit l'escalier devient plus rapide et 
se compose de degrés. B. 

GIRANDOLE , assemblage de tuyaux formant une 
figure quelconque par leurs jets d'eau ; — chandelier à 
plusieurs branches, qui sert à l'ornement des salons et 
des galeries de fête; — espèce de boucles d'oreille for- 
mées de grappes de pierres fines. 

GIRARD. V. Géiurd. 

GIRBERT DE METZ, roman de chevalerie qui fait 
suite à Garin le Loliérain (F. ce mot). Girbcrt, fils de 
Garin, entreprend de venger la mort de son père. Il y 
est aidé par l'empereur Pépin. Les Bordelais sonj vaincus 
et demandent la paix: Fromondin, fils de Fromont, est 
rétabli dans Bordeaux ; sa sœur Ludie est mariée à Her- 
naut, cousin de Girbert. Cette paix ayant été rompue par 
une trahison de Fromondin, Girbert enlève du cercueil le 
crâne de Fromont, le fait monter en forme de coupe, et 
y fait boire Fromondin. La guerre recommence plus ter- 
rible entre les deux familles : Fromondin vaincu se re- 
tire en Espagne dans un ermitage. Le hasard fait que Gir- 
bert, allant en pèlerinage à S'-Jacques de Co'mpostolle, 
s'adresse à Fromondin pour se confesser; le Bordelais 
reconnaît son ennemi et cherche à l'assassiner ; mais il 
tombe lui-même sous le fer de Girbert. — C'est ici que 
finit la Chanson des Lohérains dans la plupart des ma- 



nuscrits. Cette branche, qui n'a pas été publiée, est con- 
servée à la Bibliothèque impériale de Paris dans cinq 
manuscrits du xu c siècle, du xm c et du xiv e . Une traduc- 
tion en prose en a été faite au xvi e siècle par Philippe de 
Vigneulles, citoyen de Metz, dont le manuscrit original 
fait partie de la collection de la comtesse Esmery. V. 
VHistoire littéraire de la France, tome XXII. H. D. 

GIRGENTI (Ruines de). V. Agmgente. 

GIRON , en termes de Blason, une des pièces hono- 
rables de l'écu. Il est de forme triangulaire ; sa base a 
pour largeur la moitié de celle de l'écu, au centre duquel 
atteint son sommet. 

cinoN le courtois, un des romans de la Table ronde 
( V. ce mot), l'un des plus intéressants, et celui où la 
morale est la plus pure. Giron, dont le grand-père fut 
dépouillé du royaume des Gaules par Pharamond et les 
Francs, vit sous les règnes d'Uter Pandragon et d'Ar- 
thur. Pour ne pas tomber dans les pièges de la dame de 
Maloanc, mariée à son ami Danayn le Roux, il s'éloigne, 
se lance dans la carrière des aventures, et est grièvement 
blessé en défendant une demoiselle Bloye, attaquée par 
des chevaliers félons. Soigné par elle, il se soustrait aux 
élans de sa reconnaissance, et va faire de nouvelles 
prouesses. A la suite d'un tournoi où il s'est distingué 
incognito sous les yeux de sa dame, il apprend qu'un 
chevalier l'a enlevée; il la délivre en tuant le ravisseur 
au milieu d'une forêt. Là, il va céder à sa passion, quand 
son épée, que lui avait léguée en mourant son tuteur 
Hector le Brun, sort du fourreau, et il lit sur la lame 
cette devise : Loyauté est au-dessus de tout, fausseté 
honnit tout. Honteux de la trahison qu'il allait commettre 
envers Danayn, il se jette sur la pointe de son épée, et se 
fait une horrible blessure. Danayn survient, et Giron lui 
apprend ce qui s'est passé. A peine rentrée chez elle, la 
dame de Maloanc est prise d'une fièvre qui l'emporte au 
tombeau. — Le roman de Giron le Courtois se distingue 
des autres du même cycle, en ce qu'on n'y voit ni fées i.i 
géants; le S' Graal n'y exerce non plus aucune influence 
religieuse. Il fut composé vers le milieu du xiii c siècle 
par Luce du Gast. Nous en possédons une version en 
prose, publiée en 1519 à Paris. B. 

G1RONNÉ, en termes de Blason, se dit d'un écu divisé en 
6, 8,10, 12 et même 16 girons, de deux émaux alternés. 

GIROUETTE (du vieux français girer, virer), feuille 
métallique placée de champ au sommet des édifices, et 
disposée sur une tige de manière à pouvoir tourner libre- 
ment autour de celle-ci au moindre vent. Pour juger 
de la direction des courants d'air, on place, au-dessous 
de la girouette, des lettres fixes qui désignent les quatre 
points cardinaux et quelquefois les positions intermé- 
diaires. Cependant ces signes indicatifs ne suffiraient pas 
pour les observations météorologiques ; on se sert, dans 
ce cas, d'un grand cercle divisé en degrés ; et comme on 
ne pourrait atteindre jusqu'à la girouette pour constater 
la direction précise du vent et la marquer en degrés, on 
obtient par une transmission de mouvement la marque 
des courants sur un cercle inférieur. On constate aussi 
avec une machine particulière appelée anémomètre la 
force et la vitesse du vent. L'idée de la girouette est fort 
ancienne. On raconte qu'Andronic de Cyrrha fit élever à 
Athènes la Tour des Vents, et graver, sur les côtés, des 
figures qui représentaient les huit vents principaux : un. 
triton d'airain, tournant sur un pivot au sommet de la 
tour, posait une baguette qu'il tenait à la main sur le 
vent qui soufflait. La girouette était, au moyen âge, un 
attribut du seigneur, et ne pouvait être placée que sur 
les châteaux féodaux : figurée en pennon, elle annonçait 
la demeure d'un simple chevalier; taillée en bannière, 
celle d'un banneret. — Dans la Marine, on nomme gi- 
rouette une bande de toile, blanche, bleue ou rouge, pla- 
cée au sommet du grand mât. Dans les escadres elle sert 
de signe distinctif pour les différents navires. 

GISORS (Château de). Ce château, bâti de 1088 à 1097 
par Guillaume le Roux, duc de Normandie, pour son vasr 
sal Robert de Bellesme, et augmenté par Henri I"" Beau- 
clerc, est un des plus vastes et des mieux conservés du 
moyen âge. 11 pouvait, dit-on, loger 10,000 hommes. Il 
se composait de deux enceintes, avec un donjon au milieu 
de la seconde. Ses ruines imposantes couvrent une col- 
line située à l'extrémité de la ville, près do la rivière de 
l'Epte. Les fossés et les remparts ont été transformés en 
belles promenades, et quelques constructions servent de 
halle : mais on voit toujours, outre le donjon, flanqué 
d'une tourelle qui contenait l'escalier , une grosse tour 
dite de St-Thomas, parce que Thomas Becket y trouva un 
asile, et une tour de la Passion ou du Prisonnier, ainsi 



G LA 



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GLA 



appelée de ce que, dans une de ses salles basses, les mu- 
railles sont couvertes de sculptures où un prisonnier dont 
la légende n'a pas conservé le nom a représenté, incor- 
rectement mais avec naïveté , au moyen d'un clou ar- 
raché à la porte de son cachot, plusieurs scènes de la 
Passion de,J.-C. et de la vie des Saints. B. 

«sors (Église S'-Gervais-et-S'-Protais, à). Cet édifice 
est de plusieurs styles. Le chœur fut bâti au xm e siècle; 
on construisit ensuite les nefs ; le portail du Nord, très- 
richement orné, date du xv e siècle. La façade occidentale 
appartient à l'âge de la Renaissance : c'est le plus pré- 
cieux monument de cette époque qui soit en Normandie ; 
l'ordonnance en est belle, les détails et les. figures sont de 
l'école de Jean Goujon, et presque dignes de lui. Cette 
façade est flanquée, à gauche, d'un clocher terminé, et, à 
droite, d'un autre clocher de forme différente, dont il 
n'existe que la base, mais cependant remarquable comme 
œuvre de la Renaissance. L'église est à 5 nefs, disposition 
très-rare, et dans le pourtour sont 23 chapelles. 43 pi- 
liers de styles divers soutiennent les voûtes. Des vitraux 
du XVI e siècle ornent les deux étages de fenêtres. Parmi 
les curiosités, sont : la tribune des orgues, un Arbre de 
Jessé sculpté dans la chapelle du Rosaire, de nombreux 
panneaux peints à l'huile, et un pavage parsemé d'épita- 
phes gothiques. V. Taylor, Voyages pittoresques dans 
l'ancienne France, pi. 100 à 121. B. 

GITA-GOYINDA, ou le Chant du Pasteur, poëme sans- 
crit dont le principal héros est Krishna, désigné sous le 
nom de Gâvinda, qui signifie berger. Cet ouvrage a pour 
auteur Jayadêva, et pour sujet apparent les aventures 
amoureuses de Krishna avec les bergères nommées Gôpis. 
Ce n'est pas une épopée, ni même à proprement parler 
une œuvre "épique, bien que cette forme ait été donnée 
par les poètes indiens à un grand nombre d'écrits. Son 
sujet semblerait devoir le ranger parmi les œuvres de 
poésie erotique; mais il est incontestable que l'auteur a 
voulu composer un poëme symbolique et mystique, où les 
personnages et les aventures les plus romanesques ne 
sont que des figures recouvrant une doctrine religieuse 
et métaphysique. Du reste, à le prendre tel qu'il est, ce 
poëme renferme souvent les analyses les plus délicates 
des sentiments intimes du cœur humain. Quant à sa 
date, il est difficile de la fixer d'une manière historique ; 
mais on peut dire qu'il appartient à une époque avancée 
de la littérature indienne, et, d'un autre coté, au temps 
où le culte de Krishna , l'un des derniers venus de la 
religion brahmanique, était dans toute sa vigueur. Em. B. 

GIVRE, en termes de Blason , grosse couleuvre, vipère 
ou serpent à queue ondulante. Quand elle est en fasce, 
on la dit rampante; droite, on la dit en pal. 

GIVRÉE, nom qu"on donnait, dans la seconde moitié 
du xvia" siècle, à des surtouts de table imaginés par un 
Suisse nommé Soleure, et qui, au moyen d'une poudre 
de verre blanc semée sur des endroits gommés, figuraient 
le givre de l'hiver. 

GIZEH (Pyramides de). V. Pyramides. 

GLACES. La fabrication des glaces date du moyen âge, 
et les Vénitiens en eurent longtemps le monopole. Les 
glaces de Venise étaient légèrement violacées, ou plutôt 
rosées, et prêtaient ainsi au teint une nuance agréable. 
En 1634, Eustache Grandmont et Jean-Ant. d'Autonneuil 
obtinrent, pour la fabrication des glaces à Paris, un pri- 
VÎlége de 10 années, qu'ils cédèrent, ans après, à Ra- 
phaël de La Planche, trésorier général des bâtiments du 
roi. En 1065, Colbert érigea en manufacture royale ce 
premier établissement qui languissait, et fit construire, 
dans la rue do Reuilly, des bâtiments destinés à faire 
des essais. Une manufacture fut fondée à Tour-la-Ville, 
près de Cherbourg, où elle n'a cessé d'exister qu'en 1808. 
Ce fut en 1088 qu'Abraham Thévart, ou, selon quelques- 
uns, Lucas de Nôhon, imagina, au lieu des glaces souf- 
flées d'après les anciens procédés, les glaces coulées ou 
laminées . les premiers travaux en ce genre furent faiis 
dans les ateliers de la rue de Reuilly, vers 1694, mais 
i,n dut les abandonner à cause.de la cherté de la main- 
d'<i uvre et du bois, et ils ne furent repris qu'un peu plus 
laid à S'-Gobain. La méthode du polissage a été inven- 
téo par Dufresny. Ers deux compagnies de Tour-'a-Ville 
c i 1 ■ S'-Gobain, réunies en uni' seule, se virent enlever 
leur privilège en H01, â cause du mauvais état de leurs 
affaires; en 1702, le privilège fut accordé â une compa- 
gnie dirigée par Antoine d'Agincourt, qui porta la fabri- 
i-ation à un haut degré de perfection. On continua do 
souffler l"s places à Tour-la-Ville, et de les coulera S'-Go- 
I des deux manufactures étaient envoyées 

i is, et c'est dans la rue de Reuilly qu'elles étaient 



polies, étamées et mises en vente. Plus tard, les ateliers 
de polissage furent transférés à Chauny, et rétamage 
seul fut exécuté à Paris. L'industrie des glaces tomba, 
durant la Révolution, dans un complet allanguissement : 
on la vit renaître sous le 1 er Empire, et une manufacture 
du faubourg S'-Antoine à Paris, dépendance de l'établis- 
sement de S'-Gobain, envoya â l'Exposition de 1800 une 
glace de 3 m ,08 sur l m ,62. Ce fut à peu près vers ce temps 
que les verreries de S'-Quirin et de Cirey (Meurthe) firent 
concurrence à S'-Gobain; en 1830, un accord sur les 
prix mit fin à cette rivalité, et dès lors les deux compa- 
gnies n'ont eu qu'un seul tarif et qu'un seul dépôt à 
Paris; en 1830 aussi, les bâtiments de la rue de Reuilly 
furent convertis en caserne. On a vu à l'Exposition uni- 
verselle de 1855 une glace de S'-Gobain qui mesurait 
•18 m ,04 de superficie. Une manufacture fondée depuis 
quelques années à Montluçon a pris un rapide dévelop- 
pement. Il en existe d'importantes à Aniche (Nord), à 
Blackwall près de Londres, à Oignies et à Floreffe en Bel- 
gique; on en a créé une à Aix-la-Chapelle en 1853. 

Ce fut peu de temps après la mort de Henri IV qu'on 
appliqua aux carrosses des fermetures en glace, selon le 
modèle importé d'Italie par Bassompierre. Des dernières 
années de Louis XIV date l'usage de mettre des glaces sur 
les cheminées d'appartement, au lieu des tableaux, bas- 
reliefs ou grands calendriers qu'on y plaçait auparavant : 
l'idée en vint à Robert de Cotte, ou à François Mansard. 
De là vint la mode des appartements tapissés de glaces 
du haut jusqu'en bas, ainsi qu'on le voit dans les poésies 
de Régnicr-Desmarais; raffinement de luxe imité de l'an- 
tiquité, et dont parle Sénèque {Ep. 86). B. 

claces et neiges. Les propriétaires et locataires sont 
tenus de faire casser la glace, balayer et relever les neiges 
qui se trouvent devant leurs maisons, cours et jardins, 
jusqu'au milieu de la rue, et de les mettre en tas le long 
des ruisseaux, s'il y a des trottoirs, et, s'il n'y en a pas, 
près des bornes. Ils doivent tenir libres le ruisseau et les 
bouches d'égouts. En cas de verglas, il faut semer du 
sable, de la cendre, etc. L'amende infligée aux contreve- 
nants est de 1 fr. à 5 fr. 

GLACIÈRE, cavité ordinairement souterraine où l'on 
conserve de la glace. Elle a la forme d'un tronc de cône 
renversé, et se termine à sa partie inférieure par un pui- 
sard recouvert d'une grille, où s'écoule l'eau qui se forme 
par la fusion de la glace, bien que la température des gla- 
cières soit à peu près à 0°. Elle a des parois en maçonne- 
rie, qui supportent une charpente placée au-dessusdu sol, 
recouverte d'une épaisse couverture en chaume, et dis- 
posée de manière à donner accès du dehors au dedans 
de la glacière au moyen d'un corridor; celui-ci, recouvert 
également en chaume, se ferme hermétiquement par plu- 
sieurs portes successives. La glace doit être arrangée et 
tassée avec soin, afin que l'air circule difficilement entre 
les morceaux. On place ordinairement les glacières sur 
le flanc d'un coteau qui regarde le nord; on les entoure 
d'arbres touffus, qui les garantissent de l'ardeur du soleil. 
Aux États-Unis, les glacières sont au-dessus du sol et se 
composent de plusieurs bâtiments concentriques, dont 
les murs, très-épais, sont munis d'épais paillassons. — 
En 183... on a construit à S'-Ouen, près Paris, une 
glacière souterraine qui peut contenir 8 millions de ki- 
logr. de glace, et en 1859, la ville de Paris en a établi, 
dans le Bois de Boulogne, vers la Mare d'Auteuil, une 
dont la capacité est de 10 millions de kilogr. I! existe en- 
core une glacière dans Paris, au quartier de la Villette, et 
40 autres, environ, dans la banlieue; les principales sont 
à S'-Ouen, au N. ; Bobigny, au N.-E.; Gentilly, Vanves, 
Issy, au S. ; Chaville au S.-O., etc. Elles tiennent en- 
semble plus de 20 millions de kilogr. V. au Supplément. 

GLACIS, pente de terre ordinairement recouverte de 
gazon. Le glacis joue un grand rôle dans la fortification; 
il sert à couvrir et à masquer les ouvrages. Le glacis le 
plus avancé est celui qui relie la contrescarpe à la cam- 
pagne; fl se prolonge en pente douce sur une grande 
longueur. C'est dans les glacis que l'assiégeant établit les 
cheminements d'approche et les batteries de brèche. — 
En Peinture, on donne Je nom de glacis à do légères 
couches de couleurs que les peintres appliquent sur leurs 
tableaux pour leur donner de la transparence et de l'éclat. 

GLAÇURE, nom donné, dans les arts céramiques, â 
une sorte de couverte légère. V. Couverte. 

GLADIATEURS. V. notre Dictionnaire de Biographie 
et d'Histoire. 

GLAGOLITIQUE (du slave glagol, parole, discours), 
nom donné à un alphabet slave, complètement différent 
du cyrillicn {V. ce mot), et employé par le clergé catho- 



GLO 



977 



GLO 



lique de Dalmatie pour écrire le vieux slavon ou langue 
ecclésiastique. Certains savants ont attribué, mais contre 
toute vraisemblance, l'alphabet glagolitique à S 1 Jérôme, 
et le nomment hiéronymique ; le saint l'aurait inventé 
pour traduire en illyrien la liturgie du rit latin. D'autres 
prétendent que c'est simplement le cyrilîien, altéré à 
dessein pour préserver les Slaves de l'influence du rit 
grec, que les évêques de ce culte cherchaient à intro- 
duire. Dobrowski a soutenu, dans ses Glagolitica (Prague, 
1807), qu'il ne remontait pas au delà du xm e siècle; mais 
Kopitar a publié à Vienne, en 1846, sous le titre de Gla- 
golita Clozianus, un manuscrit glagolitique du xi e siècle, 
appartenant au comte Kloz. Jacob Grimm attribue aux 
caractères glagolitiques une bien plus haute antiquité, 
parce qu'il y trouve reproduits quelques caractères ru- 
niques. Ce fut en lettres glagolitiques qu'on imprima le 
premier ouvrage slavon. Des Fragments glagolitiques ont 
été publiés par Hofler et Schafarik, Prague, 1857, in-8°. 

GLAIVE, en latin gladius, nom qui n'est plus usité 
qu'au figuré et en poésie. C'était, chez les Anciens, une 
épée à lame courte, large et à deux tranchants, assez 
semblable au sabre- poignard de notre infanterie. Au 
moyen âge, on appela glaive une lance mince, armée 
d'une pointe longue et aiguë. 

GLANAGE, acte de ramasser à la main les épis restés 
isolément dans les champs, après la mise en bottes dans 
certains pays, et seulement après l'enlèvement des gerbes 
dans d'autres. La loi de Moïse prescrivit aux Hébreux de 
laisser le pauvre, la veuve, l'orphelin et l'étranger glaner 
dans les champs. Chez nous, les lois du 2 et du 8 sep- 
tembre 1791, celles du 23 thermidor an iv et du 28 avril 
1832, ont réglementé le glanage. Les femmes, vieillards, 
enfants et infirmes hors d'état d'aider à la récolte ont 
seuls le droit de glaner; le glanage n'est permis que dans 
les champs ouverts et quand le soleil est sur l'horizon ; il 
est accordé 2 jours pour le glanage, et le propriétaire ou 
fermier ne peut, avant la fin du 2 e jour, envoyer son bé- 
tail dans les champs moissonnés ; nul ne peut vendre le 
droit de glaner, ni s'opposer au glanage par violence ou 
autrement. Le Code pénal (art. 471) punit d'une amende 
de 1 à 5 fr. ceux qui glanent dans des champs non en- 
tièrement moissonnés, ou avant le lever et après le cou- 
cher du soleil ; un emprisonnement de 3 jours au plus 
peut encore être prononcé selon les circonstances. 

GLANDÉE (Droit de), droit de mettre les porcs dans les 
bois et forêts pour leur faire consommer des glands. Il 
appartient aux habitants des communes voisines, ou est 
concédé annuellement à des adjudicataires. 

GLAS (du grec klaiô, pleurer, ou Idazô, faire un bruit 
perçant; ou du latin clango), en latin du moyen âge 
classicum, tintement lugubre, lent et mesuré d'une clo- 
che, qui annonce l'agonie ou la mort d'une personne. Au- 
trefois glas signifiait le branle simultané de toutes les 
cloches d'un clocher. — Le même nom a été étendu aux 
coups de canon tirés à intervalles réguliers dans les céré- 
monies de deuil, aux batteries sourdes de tambour, au 
jeu des instruments exécutant des airs funèbres. 

GLASS-CORD, instrument de musique inventé par 
Franklin. C'est une espèce de piano dans lequel les cordes 
métalliques sont remplacées par des lames de verre, que 
soutiennent des chevalets libres à l'extrémité, et que frap- 
pent des marteaux soulevés par les touches. 

GLÈBE (du latin globus, motte de terre). Ce mot, par 
extension, a servi à désigner un fonds de terre. Chez les 
Romains, les esclaves attachés à un domaine s'appelaient 
servi glebœ adstcriptitii. L'usage de transmettre les 
esclaves avec la terre passa du Droit romain dans le nôtre. 
Il a disparu à la Révolution; mais il existe encore en 
Bussie et aux États-Unis. 

GLEE , chant joyeux particulier à Angleterre. Il est à 
2, 3, 4 ou 5 voix uniques, sans accompagnement, et ne 
doit jamais être chanté en chœur. Parmi les compositeurs 
de glees, on cite Danby, Harrington, Cooke, Webbe, Cal- 
cott, Stevens, Beale, etc. 

GLOBE, manœuvre militaire. I V. notre Dictionnaire 

globe , emblème de souverai- < de Biographie et 
neté. ( d'Histoire. 

globe de compression, fourneau démine inventé en 
1732 par l'ingénieur Bélidor pour les attaques de places. 
11 sert à crever les contre-mines de l'assiégé, ou à faire 
sauter la contrescarpe et combler ainsi le fossé qui dé- 
fend l'approche de l'escarpe. 

globe terrestre, représentation de la Terre avec ses 
mer-s, ses continents, les divers accidents du sol, les villes 
principales, enfin les cercles mathématiques qui servent 
à déterminer les rapports de la terre avec les astres ou 



des lieux terrestres entre eux. C'est la seule image exacte 
de notre monde et la seule qui donne la véritable posi- 
tion des lieux, puisque, une sphère n'étant pas dévelop- 
pable sur un plan, les cartes planes ne peuvent jamais 
offrir qu'une figure et des positions approximatives. Un 
globe terrestre se compose de deux parties distinctes, le 
globe lui-même, et les différentes pièces qui le supportent 
et l'entourent. Celles-ci sont, dans les globes les plus 
simples, au nombre de quatre : 1° le pied, qui porte tout 
l'appareil; 2° un grand cercle de métal appelé méridien 
général, sur lequel on marque les degrés de latitude, et 
même, dans les grands globes, les minutes et les se- 
condes; 3° un second grand cercle de métal, perpendicu- 
laire au précédent, qu'il coupe en deux parties égales ; 
c'est Vhorizon rationnel: 4° un quart de cercle, lame de 
cuivre fixée au méridien général et à l'horizon, divisée on 
90 degrés, et tenant lieu de compas pour mesurer les 
distances. Le globe lui-même, ordinairement en métal, 
tient au méridien général par des poinçons fixés à ses 
deux pôles ; mais il est mobile sur un axe dont ces poin- 
çons sont les extrémités, et incliné de 00° 32' sur l'hori- 
zon. Il porte toutes les mêmes lignes que les cartes, 
équateur, parallèles, tropiques, cercles polaires, méri- 
diens, etc., et c'est après avoir tracé tous ces cercles que 
l'on dessine sur le globe lui-même la figure de la terre. 
Mais cette dernière méthode étant longue et coûteuse, on 
applique le plus souvent, sur la boule destinée à devenir 
un globe terrestre, une carte générale du monde, con- 
struite exprès, et divisée en segments sphériques appelée 
fuseaux. 

Le plus ancien globe terrestre dont il soit fait mention 
est le globe en argent que possédait Roger II, roi des 
Deux-Siciles, et pour l'explication duquel Edrisi composa 
sa Géographie en 1154. Mais ce globe a disparu, et ie 
plus ancien que l'on ait conservé est celui que Martin 
Behaim construisit en 1492, et que l'on conserve à la Bi- 
bliothèque de Nuremberg t 11 offre les découvertes des 
Portugais sur les cotes d'Afrique jusqu'au cap Negro, où 
aborda en 1485 Diego Cam, que Behaim accompagnait; 
le cap de Bonne-Espérance, découveit par B. Diaz en 
1 486, y est marqué, mais non pas à sa véritable place, et 
tout près, au contraire, du cap Negro. Un autre globe de 
la même époque, mais dont l'auteur est inconnu, a été 
récemment trouvé à Laon : M. d'Avezac en a donné la 
description et le fac-similé dans le Bulletin de la Société 
de Géographie (nov. -déc. 18G0). Il porte au sud de ■ 
l'Afrique la date de 1493 ; mais le point auquel elle 
s'applique n'est autre que le cap Negro, comme dans le 
globe de Behaim. On connaît, de la première moitié du 
xvi e siècle, cinq globes importants pour l'histoire des dé- 
couvertes en Amérique : le plus ancien, conservé à la 
Bibliothèque de Nuremberg, fut exécuté par Jean Schœni.r 
à Bamberg en 1520; un autre, de la même époque envi- 
ron, sans date ni nom d'auteur, se trouve à Francfort- 
sur-le-Mein; des trois autres, postérieurs à 1524, puis- 
qu'ils représentent, sous le nom de Terra Francesca, le s 
découvertes que fit Verazzano en Amérique par les ordres 
de François I er , l'un est à la Bibliothèque impériale de 
Paris, l'autre à celle de Nancy, et le dernier, construit à 
Rouen, sans doute par quelque navigateur rouennais ou 
dieppois resté inconnu comme les auteurs des deux pré- 
cédents, se distingue par la conjecture hardie du détroit 
(découvert 200 ans plus tard par Behring) qui sépare 
l'Amérique de l'Asie. Ces globes sont en métal, la plupart 
en cuivre doré, et gravés en creux. Cependant, dès le 
commencement du siècle, existait l'art, attribué a Albert 
Durer, de dessiner et de graver des fuseaux destinés à 
être collés sur une boule; ainsi était composé le glo! e 
qui accompagnait, en 1530, la Cosmographie de Gemma 
Frison. Les plus célèbres globes depuis le xvi e siècle- 
sont : les deux globes en cuivre construits par L'Hôte en 
1618, placés aujourd'hui à la bibliothèque de l'Institut, 
et remarquables par !a beauté de l'exécution ; le globe dit 
de Gottorp, œuvre d'Oléarius, en 1664, et qui se trouve 
actuellement à S'-Pétcrsbourg; les deux beaux globes, de 
4 met. de diamètre, qui ornent l'une des salles de la Bi- 
bliothèque impériale à Paris, et qui furent terminés par 
Coronelli en 1683; celui de Cambridge, qui a 6 met. 
de diamètre; enfin les deux beaux globes manuscrits 
de Poirson, dessinés sur la boule même avec une grande 
exactitude; l'un, construit pour l'éducation du roi de 
Rome, a l m ,07 de diamètre; l'autre, de O^eS, or. 
Louvre, la galerie du Musée de marine. C. P. 

GLOCESTKR. V. Gloicester. 

GLOCKEISSPIEL. V. Clochettes (Jeu de). 

GLOIRE, mot employé comme synonyme d'auréole 

G 2 



GLO 



978 



GLY 



(V. ce mot), et qui s'applique également, 1° à toute pein- 
ture représentant le ciel ouvert, avec les trois personnes 
de la Trinité entourées d'anges et de saints; 2° à ces 
rayonnements en bois doré dont on décore quelquefois le 
fond du sanctuaire, comme à la cathédrale d'Amiens et à 
l'église S'-Roch, à Paris; 3° à une machine de théâtre, 
composée d'un siège et de nuages qui l'enveloppent , et 
sur laquelle un personnage est emporté vers les cieux ou 
descend sur la scène. 

GLORIA IN EXCELSIS, hymne de la liturgie catho- 
lique, dans laquelle il entra vers le vn e siècle. Les pre- 
mières paroles sont celles que les Anges, dans l'Évangile 
selon S 1 Luc, adressèrent aux bergers en leur annonçant 
la naissance de Jésus. On ne sait qui composa la suite. 
Le Gloria in excelsis , qu'on appelle aussi Vhymne an- 
gélique, se chante à la messe après le Kyrie; on le sup- 
prime dans l'Avent et depuis la Septuagésime jusqu'au 
Samedi saint, ainsi qu'aux messes des morts. 

GLORIA PATRI, verset par lequel on termine le chant 
ou la récitation de chaque psaume. On croit que ce fut le 
pape Damase qui ordonna, en 308, de l'y placer, bien que 
Baronius prétende qu'il était en usage du temps des apô- 
tres. Philostorge , écrivain du iv e siècle, donne ces trois 
formules : Gloire au Père, au Fils et au S l -Esprit; Gloire 
au Père par le Fils dans le S l -Esprit; Gloire au Père 
dans le Fils et le S^-Esprit. Sozomène et Nicéphore disent 
aussi : Gloire au Père el au Fils dans le S'-Esprit. La 
1™ formule est en usage dans les églises d'Occident; les 
trois autres sont d'origine arienne. Le 4 e concile de To- 
lède, en 533, ajouta au mot gloria le mot honor, et sup- 
prima les paroles Sicut erat in principio et nunc et 
semper. L'Eglise grecque se servit quelque temps de la 
formule catholique, et, plus tard, supprima les mots 
Sicut erat in principio, qui d'ailleurs n'étaient pas encore 
universellement adoptés au vi e siècle en Occident. V. 
Doxoi.ogie, dans notre Dictionnaire de Biographie et 
d'Histoire. 

GLOSE, explication de quelques mots obscurs, ou su- 
rannés, ou techniques d'une langue par d'autres plus 
intelligibles de la même langue. Ce genre d'explication 
fut d'abord appliqué chez les Grecs aux mots d'origine 
Étrangère : la note était écrite à la marge du manuscrit. 
Pius tard la glose fut une explication détaillée, mais lit- 
térale, du texte d'un auteur, soit dans sa langue, soit 
dans la langue du glossateur si celui-ci était étranger. De 
ce genre sont les Gloses sur le Droit romain, et en par- 
ticulier la Grande Glose ou Glose continue d'Accurse 
(xv e etxvi e siècles). — Lemot glose est l'altération du grec 
glâssa, qui, outre sa signification générale de langue, 
langage, désignait aussi un terme particulier â un art, 
ou introduit par des usages nouveaux, surtout lorsque 
ceux-ci venaient de l'étranger. Ce terme avait pour sy- 
nonyme glâssérna, adopté par les grammairiens latin--. 
Les recueils de gloses s'appelaient Lexiques chez les 
Grecs : le mot glossaire a été créé par les Romains. 
Quant au mot glossateur (auteur d'une glose) , il est 
moderne. — Quelques écrivains anciens sur la musi- 
que appellent glose tout ornement vicieux et de mauvais 
goût. P. 

GLOSSAIRE (du grec glâssa, langue), Dictionnaire ou 
Lexique servant à expliquer les mots d'une langue qui 
ont vieilli ou changé d'acception. Ce genre de livres est 
né en Grèce ( V. Glose). Il y a des Glossaires généraux 
qui expliquent les vieux mots d'une langue, et des Glos- 
saires particuliers ou spéciaux qui expliquent les termes 
vieillis d'un seul auteur. Les plus estimés parmi les pre- 
miers chez les modernes sont : le Glossarium archœolo- 
gicum de Spiclmann, Londres, 1664-87, in-fol. ; le Glos- 
sarium ad scriptores médite et infimœ grœcilatis de 
Du Gange, Lyon, 1088, 2 vol. in-fol.; le Glossarium ail 
scriptores medice et injxnue latinitatis du même auteur, 
vol. in-fol., augmenté du Glossarium novum de Car- 
penticr, Paris, 1 700, 4 vol. in-fol.; le Glossaire roman 
de Roquefort; le Lexique roman de Raynouard; le Glos- 
sarium germanicum de Wachter, Leipzig, 1737 ; le Glos- 
sarium ad scriptores UngucB francicœ et alemanicœ de 
Schiller, Ulm, 1727; la Glossarium germanicum medii 
œvi de J.-G. Scherz, annoté par Oberlin, Strasbourg, 
178l-8i, 2 vol. in-fol. On peut citer comme exemples de 
Glossaires particuliers les Lexiques d'Homère, de Piu- 
dare, de Sophocle, de Thucydide, etc., dans lesquels on 
trouve seulement les mots qui figurent dans ces auteurs, 
avec les sens qu'ils y ont attachés. Les recueils de locu- 
tions techniques s'appellent aussi Glossaires. 

GLOUCESTER (Cathédrale de). Cette église, ancienne 
abbaye de S'-Pierre, est une des plus belles de l'An- 



gleterre. Fondée en 1089, elle ne fut terminée qu'au 
xm e siècle. Son plan est en forme de croix : la longueur 
extérieure est de 140 met., celle du transept de 48 met. ; 
la voûte de la nef dans œuvre s'élève à 28 met., celle des 
collatéraux à 13 met. L'extérieur de l'édifice n'a rien de 
très-remarquable, sauf la tour centrale; le portail est 
fort simple. Tous les piliers de la nef sont ronds. Les 
fenêtres, larges et hautes, sont traversées de meneaux 
perpendiculaires. Les voûtes sont chargées de moulures 
qui s'entre-croisent dans tous les sens. Parmi les tom- 
beaux on remarque ceux de deux tils de Guillaume le 
Conquérant, d'Edouard II, de l'évèque Warburton, de 
Jenner. La chapelle de la S'M'ierge, dont l'entrée est 
surmontée d'une espèce de tribune très-ornée, et dont 
chaque côté est flanqué de deux chapelles absidales à 
cinq pans, forme une petite église à cinq travées, avec 
transept et sanctuaire. A la cathédrale de Gloucester est 
attenant un beau cloitre carré, de 48 met. de côté, large 
et haut, de met. 

GLOZA, sorte de composition particulière aux Espa- 
gnols, et que l'on pourrait comparer aux variations de la 
musique sur un air donné. Ils prennent un vers et en 
étendent la paraphrase en plusieurs stances, de manière 
que la même pensée se reproduise dans chacune, en fai- 
sant même revenir les expressions du vers fondamental, 
et finir chaque stance par sa reproduction partielle et 
totale. 

GLUCKISTES et PICCINNISTES. V. France (Mu- 
sique en). 

GLYCONIQUE (Vers), espèce de vers lyrique chez les 
Anciens, composé d'un trochée, d'un dactyle, d'un dactyle 
ou d'un crétique. 11 se trouve fréquemment en système, 
avec un phérécratien pour clausule. Le 1 er pied peut être 
un spondée. Il en est de môme du 2 e ; mais alors les Grecs 
terminaient par un choriambe. Ils remplaçaient quelque- 
fois le spondée du 2 e pied par un tribraque, rarement 
par un anapeste, plus souvent par un trochée. Quelque- 
fois, même lorsqu'il y a un tribraque au 2 e pied, le 3 1 ' 
renferme deux tribraques : c'est que chaque longue du 
choriambe a été résolue en deux brèves. On trouve des 
exemples de tribraque au 1 er pied, avec un dactyle aux 
deux autres. D'autres fois le glyconique se compose d'uu 
spondée ou d'un trochée entre deux dactyles, dont lo 
dernier peut être un crétique. Chez les tragiques, les gly- 
coniques de différentes espèces peuvent se correspondre 
de la strophe à l'antistrophe. Dans les systèmes, on insé- 
rait fréquemment des vers de diverses espèces, par- 
ticulièrement de ceux qui se rattachent au système 
trochaïque, ou choriambique, ou dactylique. Quelquefois 
ces vers ne sont que des fragments de glyconiques, ou des 
glyconiques bypermètres. Parmi les poètes latins, Ho- 
race n'emploie jamais le glyconique en système continu; 
il l'unit à l'asclépiade. V. Hermann, Epilome doctrinœ 
melricœ, p. 200-208. P. 

GLYPHli (du grec gluphein, graver), ornement architec- 
tural; canal creusé en portion de cercle ou en angle. Il 
sert par ses combinaisons à tracer une inscription, à 
graver une effigie ou des ornements sur une pierre tu- 
mulaire. 

GLYPTIQUE (du grec gluphein, graver), mot qui si- 
gnifie art de graver, mais que l'on emploie seulement 
dans le sens restreint de gravure sur pierres. Avant de 
graver une pierre, on la taille en rond ou en ovale, et on 
en polit la surface; si cette surface est bombée, la pierre 
se nomme cabochon {V. ce mot). Pour graver, on se sert 
d'un touret, espèce do tour auquel est fixée une boute- 
rolle ou tarière : ce petit morceau de fer ou de cuivre, 
que le touret met en mouvement, use etentame la pierre, 
et, pour aider son action, on emploie des poudres et, des 
liquides. Les Anciens se servirent du naxium, poussière 
di: grès du Levant, puis du schiste d'Arménie, et enfin 
de Vémeri, qui est aujourd'hui en usage; on polissait les 
pierres avec Yoslracite ou os de seiche, et avec la poudre 
de diamant, qui a prévalu chez les Modernes. Les pierres 
gravées en creux s'appellent intailles, et les pierres gra- 
vées en relief, camées ( V. ces mots). Toutes sortes de 
pierres ont été employées par les graveurs : les tendres 
ou communes ont ordinairement été travaillées par des 
artistes vulgaires, les plus dures et les plus précieuse. 
par des artistes habiles. On a surtout choisi Vamcllujsh , 
Vaigue-marine, Yagate, la cornaline, la sardoine, les 
jaspes, etc. ( V. ces mots). Quand une gravure est ter- 
minée, on la polit avec du tripoli, et au moyeu de petits 
instruments de bois ou d'une brosse; mais il ne faut pas 
un poli trop brillant, dont les reflots nuiraient à l'effet 
du travail. Les œuvres de la glyptique sont précieuses, 



gly 



979 



GLY 



non-seulement par la matière qu'emploient les artistes, 
mais encore par la difficulté du travail : il faut un grand 
art pour obtenir la perfection des contours, et pour con- 
server les proportions dans les formes du relief. 

La connaissance des pierres gravées fournit d'utiles 
renseignements à l'archéologie : souvent celles de l'Anti- 
quité représentent des épisodes mythologiques ou histo- 
riques qui ont rapport à des passages des poètes; ou bien 
elles reproduisent des statues et des bas-reliefs célèbres, 
dont elles nous conservent seules le souvenir; elles peu- 
vent servir à restaurer des statues mutilées ou privées 
de leurs attributs, en offrant les mêmes sujets dans leur 
ensemble, avec tous les accessoires ; elles ont conservé 
les noms de plusieurs habiles graveurs, et peuvent aider 
ainsi à déterminer l'époque à laquelle appartiennent quel- 
ques ouvrages de l'art. Pour réunir une suite de pierres 
gravées, il faut d'heureux hasards, des recherches lon- 
gues et persévérantes, et beaucoup chargent; il n'y a 
guère que les souverains qui aient pu former des collec- 
tions considérables. Mais, par le moyen des empreintes 
(F. ce mot), on a mis, pour ainsi dire, les pierres gravées 
en la possession de tous ceux qui attachent moins de 
prix à. la matière elle-même qu'aux renseignements don- 
nés par ces pierres : une collection d'empreintes a l'avan- 
tage de réunir les sujets épars dans les divers cabinets. 

A part quelques traits disséminés dans les œuvres de 
Pline le naturaliste, on ne trouve pas, dans les écrits des 
Anciens, de détails sur leurs procédés de glyptique. S'il 
est présumable que nos procédés d'exécution mécanique 
sont plus parfaits, en revanche les meilleurs graveurs 
modernes n'ont pas encore atteint la perfection artistique 
des Grecs. Les pierres gravées ne servirent pas seule- 
ment aux Anciens pour leurs anneaux et leurs cachets, 
ils en firent des objets de toilette et de luxe : les femmes 
en ornèrent leurs coiffures, leurs bracelets, leurs cein- 
tures, leurs agrafes, la bordure de leurs robes ; les vases 
et les meubles précieux en furent enrichis. 

La glyptique paraît avoir pris naissance chez les Égyp- 
tiens. Les plus anciennes pierres gravées sont les scara- 
bées, ainsi nommées parce_ qu'elles ont la figure de cet 
insecte, qui était sacré en Egypte : on y voit le plus sou- 
vent dos hiéroglyphes gravés en creux, ou des images et 
attributs de divinités. Les Éthiopiens gravaient aussi des 
cachets. Le rational du grand-prôtre des Hébreux était 
orné de 12 pierres, sur lesquelles étaient gravés les noms 
des tribus. Comme monuments de la glyptique chez les 
Babyloniens, nous possédons un certain nombre de cy- 
lindres ( V. ce mot). Alexandre le Grand scella des actes 
avec le cachet du roi de Perse Darius III. — Les Étrus- 
ques pratiquèrent de bonne heure la glyptique. Leurs 
pierres gravées se reconnaissent : 1° à la forme de sca- 
rabée, qui leur est assez ordinaire, et qu'ils ont sans 
doute empruntée à l'Egypte ; 2° à un grènetis formé de 
points en creux qui cernent le champ de la pierre; 3° aux 
inscriptions tracées généralement de droite à gauche. 
Elles sont toutes percées de part en part dans le sens de 
leur longueur, sans doute parce qu'on les montait sur 
anneaux, ou qu'on les employait à des colliers et comme 
amulettes. Les sujets qu'elles représentent sont, pour la 
plupart, empruntés à la religion ou à l'histoire héroïque 
des Grecs. Les faussaires ont beaucoup contrefait les 
pierres étrusques. — C'est aux Grecs qu'appartiennent 
les œuvres les plus remarquables de la glyptique, parce 
qu'ils ont eu le goût le plus pur. On ne saurait dire à 
quelle époque ils commencèrent à cultiver cet art ; mais 
la plus ancienne pierre gravée, de travail grec, qui nous 
soit parvenue, est une cornaline du cabinet de Berlin, où 
est représentée la mort du héros Spartiate Othryadès, 
événement du vi e siècle av. J.-C. Les pierres grecques 
sont, en général, de forme ovale et de peu d'épaisseur. 
Pour les choisir on s'attachait à certains rapports de leur 
couleur avec le sujet à graver ; ainsi, on gravait une 
figure de Proserpine sur une pierre noire, Neptune et 
les Tritons sur de l'aigue-marine, Bacchus sur une amé- 
thyste, Marsyas écorché sur du jaspe rouge, etc. Un 
nom gravé sur une pierre grecque doit être généralement 
considéré comme celui de l'artiste qui l'a exécuté, tandis 
que, sur les pierres romaines, c'est plutôt celui du pro- 
priétaire. On n'a recueilli le nom d'aucun des artistes 
égyptiens ou étrusques, mais on connaît bon nombre de 
graveurs grecs, entre autres Théodore de Samos, Apollo- 
nide, Solon, Polyclète de Sicyone, Pyrgotèle, Dioscoride. 
Ils préféraient le nu aux figures drapées, et les sujets 
mythologiques ou héroïques à ceux de l'histoire contem- 
poraine. — Il n'y eut pas d'école romaine de glyptique; 
les pierres gravées à Rome par les artistes grecs qu'on y 



attira appartiennent à l'école grecque, mais représentent 
surtout des figures romaines. Toutefois , quelques Ro- 
mains s'exercèrent à la glyptique, tels que Quintillus, 
Aquilas, Rufus, Félix (qu'on croit avoir été un affranchi 
de Cornélius Sévérus]. La glyptique survécut aux autres 
arts dans le Bas-Empire, parce qu'elle était inséparable 
de l'art de graver les coins pour les monnaies. 

En Occident, après la chute de l'Empire romain, le 
goût des pierres gravées s'effaça. Heureusement, les Tré- 
sors des églises conservèrent pendant le moyen âge quel- 
ques œuvres précieuses, dans lesquelles une piété peu 
éclairée voyait des objets de dévotion (F. Camée); 
d'autres servirent d'ornements aux châsses, aux reli- 
quaires, aux vêtements sacerdotaux. Depuis la Renais- 
sance des arts, le goût de la glyptique s'est ranimé, les 
pierres antiques ont été recherchées avec empressement, 
et les artistes ont essayé de marcher sur les traces des 
Anciens. Au xvi e siècle on remarque surtout Jean et Do- 
minique, que leur habileté, l'un dans la gravure en 
creux, l'autre dans la gravure en relief, fit appeler Jean 
des Cornalines et Dominique des Camées. Sur leurs tra- 
ces marchèrent Michelino, Marie di Pescia, Castel Bolo- 
gnese , Valerio Vicentino ou Valerio Belli, Alessandro 
Cesari dit il Greco , etc. L'Italie a encore produit, au 
xvii e siècle, André dit il Borgognone , et, au xvm% Sir- 
leti, les Costanzi, Ghinghi, les Torriccelli, Pichler, Rega. 
La glyptique fut importée en France par Matteo del Na- 
saro, sous François I er , et, dès le règne de Louis XIII, 
Julien de Fontenay, dit Coldoré, s'y distingua. Les Siriès, 
qui se sont succédé de père en fils comme graveurs de la 
galerie et à l'École des beaux-arts de Florence, sont ori- 
ginaires de Figeac (Lot). Parmi les artistes français qui 
se sont fait un nom dans la glyptique, on remarque : 
Maurice, originaire du Milanais, mort en 1732 ; Barrier, 
mort en 1740 ; Jacques Guay, do Marseille; et, au xi\ e 
siècle, Jeuffroy, Desbœufs, Domard, Fauginet, Mongeot, 
Hewite, Simon, Tiolier. Un prix de gravure en pierres 
fines et en médailles a été institué, en 1805, à l'École 
des beaux-arts de Paris. En Allemagne, la gravure en 
pierres fines remonte au xvi e siècle, et les artistes de ce 
pays prétendent au premier rang après les Italiens : ils 
font encore beaucoup d'armoiries sur pierres dures. Les 
plus remarquables ont été Lucas Kilian, les Dorsch, 
Laurent Natter. L'Angleterre cite aussi quelques bons 
graveurs : au premier rang, Thomas Simon, qui grava 
le portrait de Cromwell. 

Certains caractères servent à distinguer les pierres 
gravées antiques des modernes. D'abord, il faut examiner 
si la matière de la pierre a été connue et travaillée par 
les Anciens, si elle provient d'un gisement d'où ils auront 
pu la tirer, si les bons artistes l'ont employée. Puis, le 
fini du travail, la fidélité du costume, le poli du fond de 
la gravure, sont encore des indices assez certains d'anti- 
quité. L'entente de la perspective peut rendre une pierre 
suspecte, parce que les Anciens ont ignoré jusqu'à un 
certain point cet art. Les faussaires ayant souvent inscrit 
des noms de graveurs célèbres sur des œuvres médiocres 
ou modernes, on doit examiner si la beauté du travail 
répond à la réputation de l'artiste, et le comparer aux 
autres ouvrages connus de cet artiste. La manière dont 
les lettres des inscriptions ont été gravées peut être aussi 
un bon indice : les grands artistes inscrivaient leur nom 
eux-mêmes avec beaucoup de soin ; quelques graveurs 
modernes, tels que Pichler et Natter, se sont servis de ca- 
ractères grecs. 

V. Rossi, Gemme antiche figurate, Rome, 1707, 4 vol. 
in-4°; Gori, Thésaurus gemmarum antiquarum, Flo- 
rence, 1750, 3 vol. in-4°; Mariette, Traité des pierres 
gravées, Paris, 1750, 2 vol. in-fo!.; Natter, Traité de la 
gravure en pierres fines, Londres, 1754; Winckelmann, 
Description des pierres gravées du baron de Stock, Flo- 
rence, 1700, in-fol.; Lachau et Leblond, Description des 
pierres gravées du duc d'Orléans, Paris, 1780, 2 vol. 
in-fol.; Eckhel, Pierres gravées du Cabinet impérial, 
Vienne, 1788, in-fol.; Miliin, Introduction à l'étude des 
piej-res gravées, Paris, 1707, et Pierres gravées inédites, 
1817, in-8°; Dubois, Choix de pierres gravées antiques, 
égyptiennes et persanes, Paris, 1817, in-4"; Lenormant, 
Trésor de numismatique et de glyptique. B. 

GLYPTOGRAPHIE (du grec glupta, choses gravées, et 
graphéin, décrire", description des pierres gravées. 

GLYPTOTHÈQUE (du grec glupta, choses gravées, et 
thèkè, dépôt), collection de pierres gravées. Marcus Scau- 
rus, beau-fils de Sylla, fut le premier qui forma une col- 
lection de ce genre. Pompée suivit son exemple. César 
exposa dans lef ">mple de Vénus Génitrix les pierres qu'il 



GOB 



980 



GOD 



avait enlevées à Mithridate, et Marcellus, fils d'Octavie, 
laissa le public jouir de la collection qu'il avait formée 
dans le temple d'Apollon Palatin. Au xvi e siècle, les Mé- 
dicis réunirent des pierres gravées, et trouvèrent bientôt 
des imitateurs dans le reste de l'Europe. Parmi les col- 
lections publiques, on distingue celles de la Bibliothèque 
impériale à Paris, du Vatican à Rome, de Berlin, de 
Vienne, de Dresde, de Munich, de Copenhague, de Saint- 
Pétersbourg. Au nombre des cabinets appartenant à des 
particuliers, on cite ceux de Strozzi et de Ludovici à 
Rome, de Poniatowski en Russie, des ducs deDevonshire, 
de Garlisle, de Bedford et de Marlborough en Angleterre, 
du duc de Blacas, du comte Pourtalès et du baron Roger 
à Paris. 

GiNOMIQUE (Poésie), c.-à-d. sentencieuse; du grec 
gnome, sentence morale. Elle consistait, chez les Grecs, 
à exprimer en vers précis, et dans un style élégant et 
naturel, les vérités morales les plus importantes, qui se 
gravaient ainsi plus aisément dans la mémoire. Phocylide 
de Milet, Théognis de Mégare, au vi e siècle avant J.-C., 
oont les poètes gnomiques les plus célèbres; mais nous 
n'avons que des fragments de leurs œuvTes. V. les re- 
cueils de Brunck (1784), de Bekker (1815), et les tra- 
ductions françaises de Lévesque et de Coupé. — Chez les 
modernes, on peut compter parmi les poètes gnomiques 
Dufaur de Pibrac (xvi e siècle), dont les Quatrains mo- 
raux ont été longtemps célèbres, et Pierre Matthieu, 
mort sous Louis XIII. Quant aux Sentences de Publius 
S3TUS, contemporain de Jules César, ce ne sont que des 
vers isolés extraits de ses Mimes, et qui n'appartiennent 
pas proprement à la poésie gnomique. P. 

GNOMON. V. ce mot dans notre Dictionnaire de Bio- 
graphie et, d'Histoire. 

GNOSTICISME, du grec gnôsis, connaissance. On en- 
tend par là l'ensemble des doctrines philosophiques et 
religieuses, basées sur une prétendue connaissance su- 
périeure et mystérieuse. Le gnosticisme se montra dès 
les premières années de l'ère chrétienne. Il eut des ori- 
gines diverses, et il comprenait un grand nombre de 
sectes ; mais il y avait entre elles quelques principes 
communs : toutes expliquaient l'origine des êtres spiri- 
tuels par émanation du sein de Dieu ( V. Éons); à me- 
sure que ces êtres s'éloignaient du foyer divin, ils dégé- 
néraient et tendaient à se matérialiser, jusqu'au retour 
de tous au point de départ et au rétablissement de l'har- 
monie primitive. A ces données générales les gnostiques 
ajoutaient quelques dogmes secondaires, qui variaient 
selon les écoles, mais qui revenaient à dire que la gnose 
était une tradition réservée à une race privilégiée, et que 
le gnosticisme pouvait seul conduire à la perfection. 
Tout le gnosticisme se divise en cinq groupes principaux, 
qui eux-mêmes se subdivisent en des rameaux nombreux. 
Ces cinq groupes sont : 1° le groupe palestinien , qui a 
pour fondateur principal Simon le Magicien ; 2° le groupe 
syriaque, qui se rattache au précédent par son fondateur 
Saturnin ; 3» le groupe égyptien, qui comprend trois 
écoles : la première eut pour chef Basilide ; la seconde, 
Valentin ; la troisième, sortie de la précédente, était celle 
des Opldtes, ainsi nommés du rôle que le serpent jouait 
dans leurs cérémonies; elle comprenait les Caïnites, qui 
regardaient Jéhovah comme un mauvais génie et la race 
de Caïn comme celle des élus, et les Séthiens, qui se 
baient au judaïsme; i" le groupe sporadique, com- 
posé de petites fractions détachées du groupe égyptien ; 
5° le groupe asiatique, dont les principaux organes furent 
Cerdoiï en Syrie, et Marcion en Asie Mineure. Ce groupe 
fut celui qui causa à l'Église les plus vives inquiétudes. 
Cependant l'influence du gnosticisme fut bornée; com- 
battu par les Pères de l'Église et surtout par S 1 Irénée, 
poursuivi avec rigueur par les empereurs grecs, il dispa- 
rut peu à peu, mais non sans laisser do traces, car on le 
retrouve en Orient chez les Manichéens, les Pauliciens, 
les Bogomitos; on Occident chez les Cathares, les Albi- 
geois, et chez d'autres sectes qui se rattachaient à ces 
dernières. V. Maltcr, Histoire critique du Gnosticisme et 
de son influence sur les sectes religieuses et philoso- 
phiques des six premiers siècles de l'ère chrétienne, 3 vol. 
in-8°. R. 

GOBI'LET (du bas breton gob?), vase à boire dont on 
se servait, généralement autrefois. Chez les princes et les 
grands seigneurs, il était d'or, couvert de riches cise- 
lures, et parfois enrichi de pierres fines; chez les bour- 
geois, il Était d'argent, et d'étain ou de bois dans la classe 
pauvre. La forme des gobelets a varié souvent; l'une des 
plus communes s'est perpétuée jusqu'à nos jours dans 
ibelets dont se servent sur les places publiques les 



marchands de coco ; ils sont évasés du haut, et soutenus 
par une base large et peu élevée. Les verres ont détrôné 
les gobelets. Des gobelets de fer-blanc servent aux esca- 
moteurs pour exécuter leurs tours de gibecière. Parmi les 
services des maisons royales de France avant la Révolu- 
tion, il y avait celui du gobelet, qui se divisait en deux 
parties : la panneterie-bouche et Véchansonnerie-bouche. 
Le chef de ce service se nommait chef du gobelet, et ser- 
vait le roi l'épée au côté ; il devait, en présence du premier 
valet de chambre, goûter de tout ce qui était servi. 

GOBELINS (Manufacture des), célèbre manufacture de 
tapisseries et de tapis, entretenue à Paris aux frais de 
l'Etat. François I er , au lieu d'acheter ses tapisseries aux 
marchands de Paris ou de Flandre, établit au château de 
Fontainebleau un atelier royal, placé sous la direction du 
surintendant des bâtiments Babou de La Bourdaisière et 
du peintre Sébastien Serlio, et qui, sous Henri II, fut 
confié à Philibert Delorme. Henri IV installa des tapis- 
series de haute lisse à Paris, dans la maison des Jésuites, 
qui venaient d'être chassés de France ; après le rappel de 
cette compagnie, il les transféra dans les galeries du 
Louvre. Des tapissiers flamands, appelés par le roi en 
1001, furent placés dans quelques restes du palais des 
Tournelles, puis au faubourg S'-Marccl, dans une maison 
dépendant des ateliers de teinture de la famille Gobelin. 
Ils eurent pour chefs Marc de Comans et François de 
La Planche, dont les fils, Charles de Comans et Raphaël 
de La Planche, se séparèrent en 1033, le premier restant 
aux Gobelins, le second allant s'établir au faubourg S 1 - 
Germain, dans une rue qui porta son nom, là où passe 
aujourd'hui la rue de Varennes. Les deux fabriques 
furent subventionnées par le roi. En 1002, les ateliers 
du Louvre et de la rue de La Planche furent annexés à 
celui des Gobelins, où Colbert réunit des peintres, des 
sculpteurs, des graveurs, des orfèvres, des fondeurs, des 
lapidaires, des ébénistes, des teinturiers, etc. : le tout 
constitua la Manufacture des meubles de la Couronne, 
sous la direction de Lebrun, peintre de Louis XIV. Tou- 
tefois cette organisation ne fut complète qu'en 1007. La 
manufacture embrassa dans ses travaux tout ce qui se 
rapportait à l'ameublement, et acquit bientôt un grand 
renom pour la beauté et l'excellence de ses produits. Les 
malheurs de la fin du xvn e siècle lui furent funestes, et, 
en 1604, pendant la direction de Pierre Mignard, on con- 
gédia une partie des ouvriers; mais, en 1699, J.-H. Man- 
sard, surintendant des bâtiments, arts et manufactures 
du royaume, lui rendit sa première organisation, et en 
donna la direction à Robert de Cotte. L'établissement des 
Gobelins se maintint, avec des alternatives de succès 
plus ou moins grands, jusqu'à la Révolution. On avait 
d'abord, pour faire la tapisserie, coupé les tableaux par 
bandes, qu'on plaçait près de la chaîne: en 1747, on 
imagina de prendre sur du papier transparent tous les 
traits du tableau, et d'appliquer ce papier sur la chaîne, 
comme on le faisait auparavant du tableau même. En 
1759, Vaucanson introduisit encore de nouvelles amélio- 
rations. En 1790, un salaire fixe pour les artistes et les 
ouvriers fut substitué au salaire à la tâche. A partir du 
1 er Empire, la manufacture fut comprise dans la dotation 
de la couronne, dont elle n'a été distraite que de 1848 à 
1852. En 1826, la manufacture de la Savonnerie (V. ce 
mot) lui fut annexée; il en fut de même de celle de Beau- 
vais, de 1848 à 1850. — Les tapisseries des Gobelins sont 
remarquables par la perfection des procédés, l'excellence 
de la teinture des laines, la beauté de l'exécution ; elles 
reproduisent avec une surprenante exactitude les tableaux 
des peintres. La manufacture comprend une galerie d'ex- 
position, une école de dessin , et une école spéciale do 
tapisserie. B. 

GOBETIS, nom qu'on donne quelquefois au crépi 
(V. ce mot). 

GODEBERT, partie du vêtement au xiv e siècle. Selon 
les uns, c'était une tunique qui recouvrait l'armure ; 
selon Jes autres, une forme particulier!' de camail. 

GODEFROI DE BOUILLON (Les Enfances de), cin- 
quième branche du Chevalier au Cygne. Hélias rétablit 
dans ses domaines la duchesse de Bouillon chassée par 
un usurpateur; il épouse Béatrix, Cille de la duchesse, et 
lui impose la condition de ne jamais chercher à savoir 
son nom ni son pays. Après sept ans de mariage, oile 
oublie son serment; Hélias la quitte aussitôt. Sa lille Ida 
est mariée au comte de Boulogne; elle donne le jour à 
Godefroi, qui, encore enfant, se distingue par tant de 
prouesses, que sa renommée va troubler dans La Mecque 
Le Soudan Cofnumaran. Ce chef vient en France poar 
connaître par lui-môme le mérite de Godefroi, et, plein 



GON 



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GOU 



d'admiration, il le déclare digne de l'empire du monde. — 
îl existe deux leçons manuscrites des Enfances de Gode- 
froi : la plus ancienne est sans nom d'auteur; l'autre, qui 
est une amplification maladroite de la première, est l'ou- 
vrage d'un certain Renaut, qui écrivit dans les premières 
années du xni e siècle. V. Histoire littéraire de la France, 
t. XXII. H. D. 

GODILLE, aviron qu'on place dans une entaille arron- 
die sur l'arrière d'une barque, et qu'un seul homme 
manie en imitant les mouvements de la queue d'un pois- 
son. Faire avancer la barque par ce moyen, c'est go- 
dillBy. 

GODRON. V. Gaddroh. 

GOû SAVE THE KING, c.-à-d. en anglais Dieu sauve 
le roi! C'est le refrain et le titre d'un chant national 
anglais. Ce chant, d'un caractère grave et d'un puissant 
effet, n'a pas d'auteur certain. Les uns prétendent qu'il 
fut composé et exécuté pour la première fois sur l'orgue 
en 1007 par un certain John Bull, organiste de la cha- 
pelle de Jacques 1 er . D'autres disent que les paroles 
étaient : God save great James, our king (que Dieu con- 
serve le grand Jacques, notre roi!); qu'on les mit en 
musique pour la chapelle catholique de Jacques II ; qu'on 
n'osa plus Jes chanter après la chute de ce prince, et 
qu'au bout de soixante ans, après les avoir quelque peu 
modifiées, on s'en servit pour les rois de la maison de 
Hanovre. D'après une autre tradition, l'hymne et la mé- 
lodie seraient du poëte Harry Carrey, qui aurait fait 
corriger et compléter son œuvre au point de vue de la 
composition musicale par le célèbre Handel. On a même 
dit que l'air du God save the king avait été tiré par 
Handel d'une Invocation aux Dieux mise en musique par 
Lulli sur des paroles de Quinault; ou qu'on l'avait pris 
d'un Domine salvum écrit par le même compositeur 
pour les demoiselles de S'-Cyr, et transporté à la cour 
de Jacques II. Ce qu'il y a de certain, c'est que l'hymne 
national fut imprimé en 1745 dans le Gentleman' s Ma- 
gazine, et qu'il devint immédiatement populaire. B. 

GOELETTE (de goéland?), petit et élégant bâtiment à 
deux mâts inclinés vers l'arrière, portant depuis 30 jus- 
qu'à 150 tonneaux. Les voiles inférieures sont trapé- 
zoïdales, et du genre de celles qu'on nomme latines; 
celles de l'avant ou focs sont triangulaires; celles qu'on 
hisse au haut des mâts sont carrées comme les huniers, 
quelquefois triangulaires et à antennes. La goélette est 
fine voilière et bonne marcheuse; mais, surprise par un 
grain, elle s'incline, chavire et sombre aisément sous ses 
voiles démesurées. Aux États-Unis., où l'on a inventé ce 
genre de bâtiments, on les nomme pilots-boats (bateaux- 
pilotes). En Europe, on a armé des goélettes en guerre; 
elles portent de 6 à 8 caronades. Les Anglais appellent 
ces bâtiments schooners. — On appelle goëlette-brick ou 
brick-goélette un bâtiment dont le grand mât porte une 
voilure de goélette, et le mât de misaine une voilure de 
brick. 

GOMBETTE (Loi). V. notre Dictionnaire de Biogra- 
phie et d'Histoire. 

GONDOLE , embarcation de passage et d'agrément 
dont on se sert à Venise. Elle est à fond plat, et peinte 
en no.ir; son bau n'est pas grand en raison de sa lon- 
gueur, qui est de 11 met. environ; l'étrave et l'étambot 
(pièces de bois faisant suite à la quille, à l'avant et à 
l'arrière.) sont prolongés à une certaine hauteur, et les 
bouts finissent en volute recourbée au dehors; une ca- 
bine pour les passagers occupe le milieu. Deux hommes, 
placés aux extrémités, suiïisent pour mener une gon- 
dole ; ils sont debout, et rament en poussant devant eux. 
Comincs dit que, lorsqu'il alla à Venise, on y comptait 
30,000 gondoles; au commencement du xix e siècle, il y 
en avait 6,500; aujourd'hui on en trouverait à peine 700. 
— Des omnibus et des diligences ont aussi reçu le nom 
de gondoles. A la bataille ('e Fontenoy (1745), le maré- 
chal de Saxe , qui ne pouvait se tenir à cheval , se fit 
porter dans une gondole d'osier. 

GONFALON. V. ce mot dans notre Dictionnaire de 
Biographie et d'Histoire. 

GONG, instrument de musique en usage chez les Chi- 
nois. Sa forme approche de celle d'une" corne, et il est 
composé d'un alliage d'argent, de cuivre et de plomb. Cet 
instrument, dont le son est aigu et retentissant, s'em- 
ploie pour éveiller l'attention des auditeurs. Dans les 
châteaux du nord de l'Europe , on se sert d'instru- 
ments semblables, au lieu de cloches, pour appeler les 
invités aux repas ; — on s'en sert également maintenant 
sur les lignes de chemins de fer. 

GONG. V. TAM-TAM. 



GONGORISME. V. Espagnole (Littérature). 

GONNE, nom d'un vêtement de dessous à l'usage des 
hommes et des femmes vers le xiu c siècle. On appela 
Gonnel le petit sayon des paysans. 

GORAH , instrument de musique des Hottentots. Il se 
compose d'une baguette tendue en forme d'arc au moyen 
d'une corde à boyau. A l'une des extrémités de cette 
corde est fixé un tuyau de plume d'autruche. Ce tuyau 
étant placé entre les lèvres et soumis au souffle du joueur, 
la corde vibre, et l'on peut lui faire produire toutes les 
notes d'un accord parfait. 

GORGE, moulurp concave qui représente dans son 
profil un talon renversé ou une courbe variable. L'archi- 
tecture ogivale dans sa 3 e période fit un grand usage des 
moulures creusées en gorge. La Renaissance en tira un 
merveilleux parti pour les corniches des plafonds inté- 
rieurs des appartements. Les corniches à grandes mou- 
lures creuses se perpétuèrent jusqu'au siècle dernier, et 
on semble vouloir y revenir de nos jours. 

gouge, terme de Fortification. V. Bastion. 

GORGERETTE ou GORGIÈRE, nom donné au xiv e siè- 
cle à un collet de mailles, attaché le plus souvent au 
haubert, et qui faisait l'office de cravate par-dessous le 
camail. 

GORGERIN, partie cylindrique et légèrement concave 
du chapiteau dorique , comprise entre l'astragale et les 
filets, et ornée quelquefois de fleurons et de cannelures. 

gorgerin, pièce d'armure. V. notre Dictionnaire de 
Biographie et d'Histoire. 

GORGHEGGIO, mot italien par lequel on désigne un 
passage rapide exécuté avec la voix. Il s'emploie aussi 
dans le sens de vocalise. 

GOTHIQUE (Architecture). V. Ogivale (Architecture). 

gothique (Écriture). V. Écriture. 

gothique (Langue, Littérature). K.Allemande. 

GOTiïS (Art des). V. Espagne. Italie. 

GOUACHE, autrefois Guazze (de l'italien guazzo , 
flaque d'eau ), sorte de peinture en détrempe dans la- 
quelle on emploie des couleurs broyées et délayées à 
l'eau gommée. Elle diffère de l'aquarelle (V. ce mot) en 
ce que les couleurs sont en pâte et se posent par couches 
successives comme dans la peinture à l'huile. Très- 
propre à peindre le paysage d'après nature, elle sert aussi 
à faire des esquisses pour de grandes compositions. On 
l'emploie pour les décorations de théâtre, pour celles des 
fêtes publiques, pour des perspectives. Cette manière de 
peindre, prompte et expéditive, a de l'éclat. Il ne faut pas 
oublier, en la pratiquant, que les couleurs sèchent promp- 
ternent, qu'il est impossible de les fondre autant qu'on 
pourrait le souhaiter, et que les retouches sont à peu 
près impossibles. En 1839, à l'Exposition de peinture de 
Paris, on vit des essais de gouache vernie, qui a pour 
but de remédier à cet inconvénient. — C'est la gouache 
que les moines du moyen âge employèrent pour orner les 
manuscrits de sujets empruntés à la Bible. Parmi les 
peintres modernes qui excellèrent dans ce genre de pein- 
ture, on remarque : le Corrége, dont le Musée du Louvre 
possède deux beaux tableaux allégoriques (/« Vertu vic- 
torieuse des Vices, et l'Homme sensuel attaché au Plaisir 
par l'Habitude); J.-G. Bawr, de Strasbourg, habile dans 
le paysage, la perspective et l'architecture, et dont le 
même Musée renferme une Cavalcade du pape et une 
Marche du Grand-Seigiteur'; Baudoin, gendre de Bou- 
cher, et auteur d'une suite de tableaux dans le genre 
libre et familier, entre autres le Coucher de la mariée; 
Noël, dont on a des marines très-estimées. Les Persans, 
les Chinois et les Indiens ont parfaitement réussi dans 
la gouache : on voit à la Bibliothèque impériale de Paris 
une série de portraits en pied et beaucoup de sujets fa- 
miliers, dessinés et peints avec une grande finesse. B. 

GOLDJERATE (Idiome). V. Guzerate. 

GOUILLARDS. V. Clercs-Rieauds. 

GOUJAT. V. ce mot dans notre Dictionnaire de Bio- 
graphie et d'Histoire. 

GOULET , canal étroit qui sert d'entrée à une rade ou 
à un port. 

GOULETTE, nom donné, dans les cascades, à un petit 
canal en pente douce taillé sur des tablettes de pierre ou 
de marbre , et interrompu d'espace en espace par de 
petits bassins en coquille d'où sortent des bouillons d'eau. 

GOUM. V. notre Dictionnaire de Biographie et d'Ilis? 
toire. 

GOUPILLON , aspersoir en usage dans l'Église catho- 
lique. C'est un petit bâton portant une tète garnie de 
soies de porc. Le mot vient du vieux français goupil 
(renard), parce que c'était avec une queue de renard que 



GOU 



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GOU 



se faisaient anciennement les aspersions. Le goupillon 
est quelquefois tout en métal, et alors la tète est formée 
d'une boule creuse retenant l'eau bénite, mais percée de 
petits trous qui permettent d'asperfer les fidèles. 

GOURABE ou GOURABLE, grande barque à trois mâts 
employée sur la mer des Indes, et remarquable par un 
gréement très-élancé , par la grosseur et l'élévation exa- 
gérée de la poupe. 

GOURBIL. ) V. ces mots dans notre Dictionnaire de 

GOURDE, i Biographie et d'Histoire. 

GOURMANDISE, amour déréglé du boire et du man- 
ger. C'est le 4 e des péchés capitaux. 

GOURMETTE, en termes de Marine, garde qu'on met 
sur un navire pour veiller aux marchandises. — Les Pro- 
vençaux donnent le même nom à un valet de bord 
chargé surtout du nettoyage du bâtiment et du service de 
l'équipage. 

GOUSSE , ornement architectural en forme de gousse 
végétale. On le trouve principalement dans le chapiteau 
conique, mais il s'écarte souvent de la forme naturelle 
pour en adopter d'autres variables. 

GOUSSET, partie des anciennes armures, qui avait la 
forme d'un triangle, et qui garantissait le dessous du 
bras. — Dans le Blason , on donnait le même nom à 
l'une des pièces honorables de l'écu , prenant en haut 
des deux angles et se terminant en pal à la pointe. 

GOUT. Le goût est plus facile à définir que l'esprit ou 
môme le génie ; et Voltaire, qui en avait tant , est un des 
écrivains qui en ont le mieux déterminé les caractères. 
« En général , dit-il , le goût fin et sûr consiste dans le 
« sentiment prompt d'une beauté parmi des défauts, et 
« d'un défaut parmi des beautés. » II a écrit encore, dans 
le Siècle de Louis XIV : « Le goût n'est que la suite d'un 
«sens droit, et le sentiment prompt d'un esprit bien 
« fait. » Le goût, en effet, se compose de deux éléments, 
l'intelligence et la sensibilité. L'un sert à discerner le 
vrai du faux, le spécieux du solide, à distinguer les 
nuances, à pénétrer les secrets et les règles du beau : on 
l'appelle également sens critique. L'autre est frappé spon- 
tanément des défauts et des beautés, remplace le juge- 
ment par l'émotion, et adopte ou repousse avec une égale 
vivacité ce qui lui plaît et ce qui lui répugne. Nous avons 
indiqué ailleurs {V. Critique) le rapport et la propor- 
tion de ces deux facultés. Il semble cependant que le goût 
doit être essentiellement critique, et saisir particulière- 
ment les défauts. Au reste, réduit à l'intelligence, il de- 
viendrait sec et froid; réduit à, la sensibilité, il tournerait 
en panégyriques enthousiastes ou en boutades d'impa- 
tience, et serait exposé à de fréquentes erreurs. On en 
voit la preuve dans les jugements des connaisseurs et du 
public; les premiers, plus éclairés et plus difficiles, rai- 
sonnent, leurs impressions, les discutent, les soumettent 
à l'analyse, au lieu de s'y livrer franchement lorsqu'elles 
sont justes et vraies. C'est pour eux que La Bruyère a 
écrit : « Le plaisir de la critique nous ote celui d'être 
« vivement touchés des belles choses. » Le peuple, qui 
s'abandonne tout entier aux choses qui le frappent, se 
laisse souvent prendre à la déclamation, à la fausse cha- 
leur, aux artifices grossiers; il vaut mieux, avec lui, 
frapper fort que frapper juste. De ces deux manières de 
juger, laquelle est préférable? Au milieu du xvm e siècle 
Dalembert écrivait : « L'impression est le juge naturel 
« du premier moment, la discussion l'est du second. Dans 
« les personnes qui joignent à la finesse et à la prompti- 
« tude du tact la netteté et la justesse de l'esprit, le se- 
« cond juge ne fera pour l'ordinaire que confirmer les 
ci arrêts rendus par le premier. » Et il ajoutait, h propos 
de cet esprit d'examen et d'analyse, devenu celui de 
l'époque sous le nom d'esprit philosophique, et dont il 
était lui-même un des représentants les plus autorisés: 
« Tel est le malheur de la condition humaine. Nous n'ar- 
« quérons guère de connaissances nouvelles que pour 
« nous désabuser de quelque illusion, et nos lumières 
« sont presque toujours aux dépens de nos plaisirs... Si 
« ces lumières peuvent diminuer nos plaisirs, elles flattent 
« en même temps notre vanité. On s'applaudit d'être dc- 
« venu difficile; on croit avoir acquis par là. un degré de 
« mérite. » Ces lignes, écrites en 1 7 r» 7 , ne semblent-elles 
pas faites pour nous? ha métaphysique allemande a, de 
nos jours, remplacé celle de l'Encyclopédie : elle a, déve- 
loppé et porté' plus loin encore l'esprit d'examen appliqué 
aux œuvres des arts, et profondément altéré ci: qui pou- 
vait nous rester d'émotions simples et. naïves. Il est im- 
possible de revenir en arrière; mais on peut au moins 
s'arrêter sur la pente, et profiter des lumières acquises, 
pour miiiu* sentir des beautés qui n'ont pas toujours été 



bien saisies. Nous avons appris à aimer de grands esprits 
et des chefs-d'œuvre injustement condamnés avant, nous 
(V. Ciutiqi'e, Génie); c'est un progrès du goût qui doit 
nous consoler de l'abus de l'analyse. Nous n'avons pas 
besoin de nous égarer dans les subtilités de V esthétique; 
et , pour nous en tenir au siècle de Voltaire, un de ses 
contemporains les plus sensés et les plus aimables, Vau- 
venargues, a dit sur cette question le mot des esprits dis- 
tingués et des honnêtes gens : « Il faut de l'âme pour 
avoir du goût. » C'est en effet l'âme, c.-a-d. le sentiment 
passionné du vrai , qui place si haut la beauté idéale et 
la perfection, qui la cherchait avec Platon au sein même 
de la divinité (V. le Banquet), et qui, avec Fénelon, la 
ramène tout entière à la vérité et à la vertu. — A cette 
hauteur, le goût est le privilège d'un petit nombre d'es- 
prits très-supérieurs ; mais, à tous les degrés, le goût est 
toujours un privilège. Il n'est pas, à beaucoup près, aussi 
répandu ni aussi partagé que le bon sens; et, en effet, il 
n'est pas aussi nécessaire ; on peut vivre sans avoir du 
goût. C'est ce qui faisait dire à Voltaire : « On est affligé 
« quand on considère cette foule, prodigieuse d'hommes 
« qui n'ont pas la moindre étincelle de goût, qui n'ai- 
« ment aucun des beaux-arts, qui ne lisent jamais, et 
« dont quelques-uns feuillettent tout au plus un journal 
« pour être au courant, et pour se mettre en état de 
« parler au hasard des choses dont ils ne peuvent avoir 
« que des idées confuses. Le goût est inconnu aux familles 
<( bourgeoises, où l'on est continuellement occupé du 
« soin de sa fortune, des détails domestiques, et d'une 
« grossière oisiveté, amusée par une partie de jeu. J'ai 
« connu un commis des bureaux de Versailles, né avec 
« beaucoup d'esprit , qui disait : « Je suis bien malheu- 
« reux; je n'ai pas le temps d'avoir du goût. » Toutefois, 
nous méritons ce reproche beaucoup moins que nos pères. 
Les journaux et l'enseignement public, sans parler du 
théâtre, se sont chargés de nous éclairer; et il serait trop 
sévère de répéter près Voltaire, «qu'il n'y a pas dans 
« Paris trois mille personnes qui aient le goût des beaux- 
« arts ; » car le progrès de l'éducation l'a rendu plus gé- 
néral et plus populaire. 

Le goût peut donc s'acquérir : il se forme, se déve- 
loppe, se rectifie même quelquefois, du moins chez les 
esprits droits et sensés ; car, dans les esprits faux et mal 
faits, le goût ne se redresse pas plus que le jugement. 
Les modèles y contribuent plus encore, que les leçons, 
une fois que nous avons appris à les apprécier; et, d'ail- 
leurs, l'enseignement des maîtres, dans les arts comme 
dans les lettres, doit s'appuyer sur les chefs-d'œuvre. Les 
peuples apprennent et s'instruisent comme les individus; 
leurs impressions et leurs admirations premières sont 
confuses, grossières, irréfléchies; la civilisation leur ap- 
porte la délicatesse avec la critique. Les Grecs seuls, 
merveilleusement doués pour tous les arts, atteignirent 
d'abord la perfection; et si leur goût s'est altéré plus 
tard, dans la poésie et dans l'éloquence, si leur caractère 
propre s'est gâté par les côtés mêmes où il était original, 
si les défauts enfin ont prévalu sur les qualités, l'archi- 
tecture et la sculpture ont échappé à cette décadence, et, 
sous l'Empire romain, ont produit des œuvres compa- 
rables à celles de Phidias, ou du moins de Praxitèle. 
Mais les Romains et les nations modernes ont du faire 
l'éducation de leur goût, et la faire à l'école de leurs pré- 
décesseurs. Horace a spirituellement raconté la conquête 
pacifique qui soumit à la Grèce vaincue ses farouches 
vainqueurs. Le monde moderne a subi le même ascen- 
dant, et pris des leçons de goût des peuples qu'il avait 
remplacés. Cette éducation ne se fait pas en un jour dans 
les sociétés non plus que chez les hommes. Les délica- 
tesses des arts ne sont pas populaires ; «Iles ne se laissent 
pas pénétrer et manier indiscrètement; ce sont l'habi- 
tude et la réflexion, aidées de leçons intelligentes, qui 
nous apprennent à- goûter les lettres, la peinture, la mu- 
sique, chose â laquelle ne suffisent pas les dispositions 
naturelles, à moins d'être singulièrement heureuses. Une 
oreille juste, mais qui n'est, pas exercée, ni' distinguera 
pas les détails et les effets de l'harmonie : l'œil n'est pas 
frappé tout d'abord, dans un tableau, de la pureté du 
dessin, de la richesse du coloris, de la perspective et de 
la lumière; l'intelligence même et le sentiment ne, dé- 
mêlent pas à première vue, dans la poésie ou l'éloquence, 
toutes les beautés de la composition, de l'unité, de l'in- 
térêt. Le goût, d'ailleurs, n'est pas univi ' Bt le beau, 
dans sa variété infinie, ne révèle pas tous ses secrets à 
tout le monde. On trouvera des écrivains supérieurs par- 
faitement incapables d'apprécier les beaux-arts; un artiste 
n'entendra rien à la littérature. Peut-être se feront-ils 



GOU 



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leur éducation l'un à l'autre, et se communiqueront-ils 
les parties de goût qui leur manquent; peut-être aussi 
n'y réussiront-ils jamais, parce que leur nature s'y sera 
obstinément refusée. Faire naître et former le goût des 
lettres et des arts, c'est multiplier les jouissances les plus 
nobles et les plus délicates; pour y réussir, il faut prendre 
peu à peu l'esprit des bons artistes et des bons auteurs. 
On acquiert, dans ce commerce, des idées saines et 
justes; on apprend à se défier de ces surprises des sens et 
de l'esprit qui peuvent égarer le goût ; on apprend encore 
à se tenir en garde contre le raffinement et la subtilité, 
défauts ordinaires des époques et des intelligences trop 
cultivées. La pente est facile de la délicatesse à l'affecta- 
tion, et le goût se gâte avec autant de rapidité qu'il a mis 
de lenteur à se former. « Ce malheur, dit encore Voltaire, 
« arrive d'ordinaire après les siècles de perfection ; les 
« artistes, craignant d'être imitateurs, cherchent des 
« routes écartées; ils s'éloignent de la belle nature que 
« leurs prédécesseurs ont saisie. 11 y a- du mérite dans 
« leurs efforts; ce mérite couvre leurs défauts; le public, 
« amoureux des nouveautés, court après eux ; il s'en dé- 
» goûte bientôt, et il en paraît d'autres qui font de nou- 
« veaux efforts pour plaire; ils s'éloignent de la nature 
« encore plus que les premiers. Le goût se perd ; on est 
« entouré de nouveautés qui sont rapidement effacées les 
« unes par les autres. Le public ne sait plus où il en est, 
« et il regrette en vain le siècle du bon goût qui ne peut 
« plus revenir; c'est un dépôt que quelques bons esprits 
« conservent alors loin de la foule. » Les bons esprits 
ressemblent à ces sages dont parle le poëte Lucrèce, qui 
se passent, comme les coureurs athéniens dans le stade, 
le flambeau de la vie et de la civilisation. Nous n'avons 
pas à redouter aujourd'hui que le flambeau des sciences 
s'éteigne; nous pourrions craindre plutôt pour celui des 
lettres ; car, dans une société très-raffinée comme la 
notre, le goût se fatigue et se lasse ; et les auteurs ne se 
l'ont pas faute de le réveiller, comme on excite les palais 
blasés par des mets épicés et des liqueurs fortes. Le seul 
remède à cette disposition maladive et dangereuse se 
trouve encore dans les œuvres des grands maîtres et dans 
les livres des bons critiques; là sont les destinées et 
l'avenir du goût. 

Des variations du goût en France. — Le goût des arts, 
dans notre pays, a précédé le goût littéraire. Du xu e au 
xiv c siècle, f l'architecture avait produit des monuments 
admirables, quand la langue et la littérature en étaient à 
leurs premiers essais. Sous le règne des Valois, les élé- 
gants édifices de la Renaissance s'élevèrent, à côté des 
églises gothiques, pendant que nos écrivains cherchaient 
encore la forme la mieux appropriée à l'esprit français. 
On connaît les fortunes singulières que cet art a subies 
chez nous, et comment l'architecture gothique, si dure- 
ment traitée par Fénelon, fit place, avec celle de la Re- 
naissance, à la simplicité tour à tour sévère et imposante 
du xvu c siècle et aux pesantes copies de l'antique, œuvres 
du siècle suivant et du premier Empire, pour reprendre 
faveur à notre époque. Il a fallu bien des études, bien 
des discussions et bien des progrès pour arriver à l'équité 
des jugements, et à cette admiration intelligente de 
toutes les formes du beau que l'on a décorée du nom un 
peu prétentieux d'éclectisme. La peinture a eu de même 
ses faveurs et ses retours, depuis le Poussin, Lesueur 
et Mignard jusqu'à l'école dite impériale; il faut chercher 
dans les auteurs compétents l'histoire des différentes 
écoles, de leur popularité et de leur décadence. Nous ne 
parlons pas des modes. Voltaire, que l'on cite toujours 
avec plaisir en matière de goût, a dit : « Le goût est ar- 
k bitraire dans plusieurs choses, comme dans les étoffes, 
« dans les parures, dans les équipages, dans ce qui n'est 
« pas au rang des beaux-arts ; alors il mérite plutôt le nom 
« de fantaisie. C'est la fantaisie, plutôt que le goût , qui 
« produit tant de modes nouvelles. » — Quant au goût 
littéraire, c'est un autre champ de bataille, où nous avons 
vu, comme dans les arts, des luttes acharnées entre les 
classiques et les romantiques, ainsi que les deux camps 
ennemis s'appelaient eux-mêmes vers 1830. L'histoire du 
goût en France, comme dans tous les pays, est plutôt 
l'histoire de la littérature et des arts que celle de la cri- 
tique. Les écrivains suivent les idées en vogue au moins 
autant, qu'ils les dirigent, et il faut une grande force de 
bon sens et de courage pour corriger des erreurs accrédi- 
tées et applaudies. Ce bon sens courageux a été une partie 
de la gloire de nos grands écrivains au xvn e siècle ; mais, 
du reste, ia perfection de leur génie n'exclut nullement 
les beautés des autres époques ni des autres littératures. 
La Renaissance eut dans toute l'Europe le tort de con- 



fondre le goût et le génie avec l'érudition. Elle admirait 
l'antiquité tout entière, sans choix ni réserve, et saluait 
avec enthousiasme les auteurs du temps qui , comme 
Ronsard ou Jodelle, essayaient de la traduire littérale- 
ment , au lieu de s'en inspirer. Les guerres, les affaires 
politiques, les relations continuelles avec l'Italie et l'Es- 
pagne mirent à la mode le goût des deux pays, c.-à-d. 
l'emphase espagnole et l'affectation italienne, et la coût 
d'Elisabeth tint en grande faveur la recherche, les pointes 
et les jeux de mots, sous le nom (Teuphuisme. Ni le génie 
de Rabelais et de Montaigne, si profonds érudits d'ail- 
leurs, ni celui de Shakspeare, qui ne haïssait pas non 
plus le langage à la mode, ne corrigèrent le goût de leurs 
nations; aussi, pendant le siècle suivant, furent-ils en- 
veloppés dans une condamnation générale, qui s'étendi 
à toute la Renaissance. La première moitié du xvir siècle 
se ressent du mauvais goût étranger, malgré les efforts de 
Malherbe et ses colères contre Ronsard. Ce n'est pas seu- 
lement dans Théophile ou dans Voiture que l'on trouve 
les pointes et l'abus du faux esprit : Corneille paya tribut 
à la mode, et , malgré la puissance de son bon sens et de 
son eénie, ne l'affranchit jamais complètement de cette 
servitude de sa jeunesse. La grande société de l'Hôtel de 
Rambouillet n'était pas faite pour le corriger : le goût 
des Précieuses avait fait de la recherche et de la fausse élé- 
gance une loi suprême du beau langage; le grand fui, le 
fin du fin régnait en dépit de la raison de Descartes et de 
Pascal. L'esprit français, si net et si droit de sa nature, 
pour revenir et s'arrêter au vrai , au simple et au grand, 
eut besoin de la critique incisive et mordante de Boileau 
et de Molière, du bon sens de Louis XIV, à qui Voltaire 
fait trop complètement honneur du goût général, et de 
cette admirable réunion de grands écrivains, d'excellents 
esprits et d'honnêtes gens qui formèrent, pendant qua- 
rante années, la société la plus polie que le monde ait 
jamais vue. On peut seulement regretter que le goût du 
grand siècle ait été trop discret à l'endroit des grands au- 
teurs contemporains, qu'une sorte de pudeur empêchait 
souvent de louer, et trop insouciant des qualités qu'il au- 
rait trouvées dans les littératures étrangères : mais les 
imitateurs de l'Italie et de l'Espagne avaient, par leur 
faux goût, ramené le public au culte des modèles an- 
ciens. — Le xvm e siècle, dont Voltaire fut l'expression la 
plus complète, et dont l'esprit demeura notre règle jus- 
qu'à la fin du premier Empire, conserva pieusement la 
tradition littéraire du siècle de Louis XIV, tandis qu'il 
détruisait toutes les autres. Il la rendit étroite et exclu- 
sive : le jour où Shakspeare pénétra en France, Voltaire 
demanda sa proscription en pleine Académie. Le goût 
français faisait également loi chez les étrangers, et l'Al- 
lemagne ne connaissait plus d'autres modèles que les 
imitateurs de Voltaire, jusqu'au jour où Lessing, Schlegel 
et Schiller rendirent au génie allemand son véritable ca- 
ractère et sa liberté. Ils eurent en France une élève glo- 
rieuse, M me de Staël , dont les ouvrages exercèrent , avec 
ceux de Chateaubriand, une puissante influence sur le 
goût du public. Bientôt, la Restauration vit l'école ap- 
pelée romantique venger les littératures anglaise et alle- 
mande d'un mépris long et injuste, nier les principes et 
les règles, éternelles ou secondaires, indifféremment, 
émanciper la fantaisie, proclamer la théorie de l'art pour 
l'art, faire enfin du mot classique le synonyme de rou- 
tine, d'aveuglement et d'ineptie. On put craindre que le 
goût ne vint à périr parmi ces ridicules écarts, dont il 
reste aujourd'hui un souvenir plaisant et des traces mal- 
heureuses. Mais la vérité ne change pas. L'esprit français 
est de race latine, et non de race germanique; il s'est 
formé de cette langue et de cette littérature si fortes des 
Romains, qui ont laissé dans l'univers des empreintes 
ineffaçables (V. Latine — Langue). Là, plus encore que 
dans le génie grec, est le fonds de notre goût, c.-à-d. la 
vérité générale et universelle; les étrangers ne nous ap- 
portent que des vérités secondaires. Au reste, les peuples 
du Midi n'ont guère d'influence aujourd'hui sur notre 
littérature ; elle a plutôt besoin d'être préservée de la 
bizarrerie anglaise et de l'emphase nébuleuse des Alle- 
mands. A chaque peuple convient son goût, qui estime 
partie de son caractère national; et, quoique les diffé- 
rences de race et de langue soient peut-être destinées à 
s'effacer un jour, dans ce mouvement de chemins de fer, 
d'intérêts et d'idées qui tend à confondre tous les peuples 
de l'Europe, les gens de goût doivent en défendre le déput 
contre l'invasion étrangère et contre l'invasion domes- 
tique, toutes deux également barbares. 

Coût musical. — La musique, comme tous les autres 
arts, est l'expression du goût d'un peuple ; mais toutes les 



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nations ne sont pas également organisées pour l'aimer et 
la cultiver. Il en est même qui n'y arriveront jamais ; 
v;t, chez celles qui sont ou se prétendent musiciennes, 
elle est particulièrement soumise à l'empire de la mode 
et de la fantaisie. Notre éducation, à nous, a été longue 
et difficile. La lettre de J.-J. Rousseau Sur l'Opéra fran- 
çais souleva des tempêtes; et cependant, avec beaucoup 
de verve moqueuse, elle ne disait que la vérité. Les Ita- 
liens et les Allemands, musiciens par excellence, ont eu 
bien de la peine à former les oreilles françaises; et l'Italie 
comptait déjà deux siècles de compositeurs, que la France 
en était encore à Rameau. Rousseau a beaucoup contribué 
à rendre populaire le plaisir de la musique; et, dans la 
première moitié de ce siècle, le goût f trouvé, pour se 
produire et s'éclairer, des talents et des ouvrages excel- 
lents. On peut seulement être surpris de la mobilité du 
goût musical. Le génie de quelques maîtres, la beauté do 
quelques compositions résistent seuls à l'action rapide 
et destructive de la vieillesse. Encore l'esprit de révolu- 
tion, qui n'épargne pas les beaux-arts, a-t-il menacé de 
substituer aux œuvres consacrées par une admiration 
universelle ce qu'il appelle la musique de l'avenir. Mais 
le goût musical , comme le goût littéraire, trouve une dé- 
fense dans l'ennui que causent les mauvais ouvrages; 
son influence est inévitable, irrésistible, et n'est impuis- 
sante que sur le talent et le génie. A. D. 

GOLTTEREAU (Mur), nom donné par quelques écri- 
vains à la muraille d'église dans laquelle est percée la 
claire-voie. 

GOUTTES, petits cônes saillants qui ornent le soffite 
mutule de la corniche dorique, ou qui régnent sous 
triglypb.es de la frise sur l'architrave. 

GOUTTIÈRE, conduit ou canal de forme et de matière 
■. viables qui reçoit les eaux d'un toit à sa base, où un 
tuyau de descente les mène jusqu'à terre. Au moyen âge, 
les couvertures ne portaient pas de gouttières, ou bien 
on les terminait par des gargouilles ( V. ce mot). De nos 
jours, la police exige que tout toit ait sa gouttière, pro- 
scrit l'usage des gargouilles, et ordonne qu'elles soient 
remplacées par des tuyaux de descente. 

GOUVERNAIL (du latin gubernaculum), machine en 
bois, placée à l'arrière des navires, mobile autour d'un 
axe, et que l'on fait mouvoir, soit à l'aide d'une barre ou 
timon qu'on pousse à la main, soit au moyen d'une roue 
ou treuil. Il est aux navires ce qu'est la queue aux pois- 
sons, et sert à les amener et à les maintenir dans telle 
direction que l'on veut. On lui donne ordinairement, par 
bas, le 12 e de la plus grande largeur du bâtiment, et, 
par en haut, c.-à-d. au-dessus de la ligne de flottaison, 
les trois quarts de la dimension inférieure. La barre du 
gouvernail, qui est horizontale, est établie au-dessus du 
pont inférieur des vaisseaux, du faux-pont des frégates, 
et du pont unique des bâtiments qui n'en ont qu'un seul. 
La perte du gouvernail à la mer est un accident très- 
grave; car, outre l'impossibilité où se trouve le navire 
de suivre aucune direction voulue et d'éviter les écueils, 
il présente constamment le travers au vent et aux lames 
p ad >t les tempêtes. — Le gouvernail n'était primiti- 
vement qu'un aviron attaché au flanc du navire; puis on 
en mit un à droite et à gauche. On ne sait à quelle époque 
il fut placé à l'arrière. 

En Numismatique, un gouvernail posé sur un globe 

compagne de faisceaux marque la puissance souve- 
■ . 

GOUVERNEMENT, autorité qui exerce la souveraineté 
dans un État {V. ce mot;. Le Gouvernement ordonna, 
1 administration exécute. Il y a trois formes principales 
ouvernement, la Monarchie, V Aristocratie, la Dé- 
mocratie (V. ces mots), toutes également légitimes, 
pourvu qu'elles soient appropriées aux besoins , aux 
mœurs, à l'étal de civilisation des peuples. Un gouver- 
'i peut (ire absolu, despotique (V. Absolutisme, 
Despotisme), ou constitutionnel, c.-à-d. réglé dans ses 
par une Constitution. Ce dernier est dit aussi re- 
ntatif et parlementaire. Le gouvernement a eu pour 
i , Belon les temps tl'la supériorité des qualités 
aelles; i" la supériorité dr l'âge; 3° la supériorité 
ance; 4° la supériorité do la fortune. Tout 
gouvernement n'a que trois fonctions simples , mais im- 
iii-s, à remplir : protéger la société contre les atta- 
i dolences des autres nations indépendant s; 
tir iliaque membre de la société contre les effets 
île la malveillance et de l'injustice de tout autre membre ; 
enfin ériger el entretenir certains établissements utiles 
qu il n' si jamais dans l'intérêt d'un individu 
o i d'un petit nombre d'individus de créer et d'entretenir 



pour leur compte, par la raison que les dépenses occa- 
sionnées par ces établissements surpasseraient les avan- 
tages que pourraient en tirer les particuliers qui les 
soutiendraient à leurs frais. Une des règles les plus géné- 
rales de l'Économie politique, c'est que les gouverne- 
ments ne doivent jamais diriger le capital et l'industrie 
des particuliers ; ils doivent, au contraire, laisser à cha- 
cun, tant qu'il se conforme aux lois, le soin de surveiller 
ses propres intérêts d'après ses vues personnelles. L'exé- 
cution de cette maxime offre la garantie la plus sûre 
qu'on obtiendra des produits constants et uniformes 
pour les besoins de la nation. Dans les sociétés antiques, 
et même à l'origine des sociétés modernes, alors que 
l'esprit d'association n'avait point encore pris son essor, 
le gouvernement seul pouvait exécuter les grands travaux 
d'utilité publique : c'est ainsi que s'est établi le principe 
d'après lequel l'État doit rendre à la société . les services 
collectifs dont l'industrie particulière ne se chargerait 
pas, et qui sont cependant ^ onsid ér^a ^co mme in disp ea^ 
sables au bien-être de la so ciété^ A ujourd'hui êffcoi'gj 
dans presque tous les pays du monde, à l'exception de 
l'Angleterre, de la Suisse et des États-Unis d'Amérique, 
le gouvernement est chargé de rendre à la société un 
grand nombre de services collectifs, en concurrence ou 
non avec l'industrie privée. Lorsque le gouvernement 
intervient dans ce qui peut être laissé à l'initiative de 
l'individu, il empiète sur la responsabilité des citoyens ; 
il dénie à ceux-ci la capacité de juger eux-mêmes de 
l'étendue et de la nature de leurs besoins, en leur ôtant 
le choix des moyens de les satisfaire, et il prend sur lui 
une responsabilité correspondante à toute la somme de 
libertés individuelles qu'il anéantit, et cette responsa- 
bilité, devenue énorme pour tous les gouvernements in- 
terventionistes, est aujourd'hui une des causes princi- 
pales de leur instabilité et des fréquentes révolutions 
qu'ils subissent. Il en résulte aussi que ces gouverne- 
ments, pour se prémunir contre ces dangers, s'entourent 
d'appareils et de mesures de sûreté, les uns très-coû- 
teux, les autres très-oppressifs, pour les nations ainsi 
gouvernées. _ A. L. 

GRAAL ou GRÉAL (Le Saint), du vieux français 
graalz , gréai ou grasal , signifiant un vase en forme de 
plat. C'était, dans les traditions du moyen âge, un vase 
miraculeux, fait d'une seule pierre précieuse, apporté du 
ciel sur la terre, gardé d'abord par des anges, puis par 
des hommes d'une pureté angélique, dans un temple 
fortifié sur le Mont Salvage (mons salvattonis ). Le poète 
provençal Guyot ou Kyot, qu'on suppose avoir vécu entre 
11G0 et 1180, fit un poème avec cette légende, qu'il disait 
avoir puisée dans un manuscrit arabe d'un More appelé 
Flegetanis, et dans une chronique latine de l'Anjou. 
Après lui, Chrestien de Troyes et d'autres Trouvères 
étendirent la légende en y rattachant celles du roi Arthur 
et de la Table ronde : ils confondirent san greal (saint 
vase ) avec sang real (sang royal, sang du Seigneur ) ; ils 
imaginèrent que Joseph d'Arimathie, apôtre des Celtes, 
avait recueilli dans le Graal, qui avait déjà servi à la 
Cène, le sang de Jésus crucifié, et que, ce vase ayant été 
perdu après lui, plusieurs chevaliers se mirent à sa re- 
cherche. Le Livre du saint Graal et de la Table ronde 
comprend trois parties considérables, le roman du Saint 
Graal, le roman de Merlin, et le roman de Lancel 
dernier subdivisé en cinq parties, Gallchot, la Charrette, 
Agravain , la Quête du Graal et la Mort d'Arthur. Les 
romans du Saint Graal et de Merlin ont été rédigés par 
Robert de Borron, chevalier attaché au service du comte 
de Montbéliard, et Gassele Blond, parent du roi Henri II 
Plantagenet; un chapelain de ce monarque est auteur de 
tout le roman de Lancelot. Au xiu'' siècle, le poëte aile 
niand Wolfram d'Eschenbach tira de la légende du Saint, 
Graal deux romans épiques, Parcival et Titwel [V. 
ces mois). 

Le Livre du Saint Graal et de la Table ronde s'ouvre 
par un prologue destiné à apprendre au lecteur comment 
cette histoire est parvenue à la connaissance des hommes. 
En l'an 117 de l'ère chrétienne, dans un lieu écarté et 
sauvage de la Bretagne, l'ermite Nascien a une vision : 
un personnage d'une beauté surhumaine et entouré d une 
éblouissante clarté, Jésus-Christ lui-même, lui apporte 
un petit livre où est contenu ce qui va suivre, et dont il 
prend copie. Le romancier n'a pas craint de donner ainsi 
à son œuvre le caractère d'une, révélation. Puis com- 
mence la l rc partie do cette œuvre, la seule dont nous 
nous occupons ici, le Roman du Saint Graal. Le décu- 
rion Joseph d'Arimathie, s'étant assuré la possession du 
vase dont Jésus avait fait usage en célébrant la l'àque 



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avec ses apôtres chez Simon, obtient de Pilate le corps 
du Sauveur crucifié , recueille les gouttes de sang qui 
coulent encore des plaies divines, et met le cadavre au 
tombeau. Les Juifs irrités s'emparent de lui, et l'emmè- 
nent dans un château du grand prêtre Caiphe : là, il re- 
çoit, de Jésus qui lui apparaît, le graal caché dans un coin 
de sa maison. Après 40 années de captivité qui se sont 
écoulées sans qu'il en sentît le poids, il est délivré lors 
de la prise de Jérusalem par Titus. Emmenant ses_ pa- 
rents chrétiens et quelques autres fidèles , il se dirige 
vers TEuphrate , et arrive dans la capitale d'un Empire 
appelé Sarras, berceau des peuples sarrasins, où son fils 
Josèphe est ordonné prêtre et évêque par un ange. Le 
romancier nous raconte ensuite la propagation de 1 Évan- 
gile chez les Arabes; le roi de ce peuple résiste long- 
temps; mais quand il a reçu, avec le baptême, le nom 
de Mordrain , il fait construire pour le graal un palais 
splendide , qui est appelé le Palais spirituel. Toutefois, 
le vase sacré ne doit pas demeurer en Asie ; Josèphe re- 
çoit l'ordre de l'emporter en Occident. Arrivé au bord de 
l'a mer, il ôte sa chemise , l'étend sur l'eau, et ce radeau 
merveilleux l'emporte avec ses compagnons jusqu'en 
Grande-Bretagne. La conversion de ce pays s'accomplit 
rapidement, mais non pas sans danger, et il faut que Mor- 
drain vienne de l'Orient avec une armée au secours de 
Josèphe. La fin du roman montre comment le graal s'est 
transmis de génération en génération. L' évêque Josèphe 
le confie à un cousin germain, Alain, l'un des 12 fils de 
Bron, qui était beau-frère de Joseph d'Arimathie. Alain 
transporte le précieux vase dans le royaume de la Terre 
foraine, dont les habitants se convertissent; il le lègue 
en mourant à Josué, l'un de ses frères, dont les succes- 
seurs font construire, pour le conserver, le château de 
Corbenic. A l'extinction de la postérité d'Alain, le graal 
passe aux descendants de Nascien, beau-frère de Mor- 
drain, qui émigrent dans la Bretagne armoricaine, et 
desquels est issu Lancelot. Quant à Mordrain, il vit pen- 
dant 3U0 ans, comme un témoin irrécusable de tant de 
merveilles. — Dans le Roman du Saint Graal, l'élément 
chevaleresque occupe peu de place; il n'y a presque pas 
de combats, de prouesses, de grands coups d'épée : ce 
qui y domine, ce sont les miracles, les songes prophéti- 
ques, les conversions, les châtiments des chrétiens indi- 
gnes ou des païens endurcis. Ce roman a été publié 
d'après un manuscrit de la Bibliothèque impériale de 
de Paris par M. Francisque Michel, 1841, in-12. B. 

GRABATAIRES, mot de même sens que Cliniques 
{V. ce mot). 

GRACE , mot qui, dans le langage de la Théologie , 
signifie toute faveur que Dieu accorde aux hommes. On 
distingue : les faveurs ou grâces naturelles, que nous 
recevons de Dieu par rapport à la vie présente (comme 
la rie, les qualités intellectuelles ou morales, la science, 
les richesses, etc.), faveurs purement gratuites, puis- 
qu'il ne les doit à personne ; et les grâces surnaturelles, 
qui se rapportent directement à la vie future, au salut. 
Parmi ces dernières, les unes sont extérieures, telles que 
l'Incarnation du Fils de Dieu, ses miracles, ses prédica- 
tions, la Rédemption, les bons exemples dont nous 
sommes témoins, les instructions que nous entendons, 
toutes choses qui déterminent notre volonté à la pra- 
tique des vertus chrétiennes et nous font avancer ainsi 
vers nos destinées surnaturelles, mais qui cependant ne 
peuvent être pour nous un principe efficace de justifi- 
cation, de sanctification , de salut ; les autres sont inté- 
rieures, et se résument en une sorte d'infusion de l'Es- 
prit Saint, qui nous identifie à Jésus-Christ , nous fait 
agir et mériter en lui. La grâce intérieure est dite ac- 
tuelle, quand elle est un secours accordé par Dieu pour 
connaître et pratiquer le bien en telle ou telle occasion; 
habituelle, quand elle est un état permanent de justice, 
résultant, pour l'âme, de la pratique de la prière et de la 
fréquentation des sacrements. L'effet de la grâce habi- 
tuelle est de sanctifier l'homme, de le rendre juste et 
agréable à Dieu : aussi cette grâce est-elle appelée justi- 
fiante ou sanctifiante. 

L'Église enseigne que l'homme, dans son état actuel et 
relativement au salut, a besoin de la grâce ou du secours 
de Dieu. Depuis que le péché originel l'a fait déchoir de 
l'état primitif dans lequel il avait été créé, il faut qu'il 
trouve en dehors de lui, en Dieu, un secours qui éclaire 
son intelligence et porte au bien sa volonté entraînée par 
une inclination violente vers le mal. Mais la nécessité de 
la grâce est-elle conciliable avec l'existence du libre ar- 
bitre? L'action de Dieu sur l'intelligence et la volonté 
de l'homme est-elle à ce point déterminante, que l'homme 



soit réduit a l'état de machine en ne fonctionnant que par 
une impulsion étrangère, ou bien conserve-t-il sa liberté? 
Ce problème a été fréquemment discuté. Au v e siècle, le 
moine breton Pelage nia la nécessité de la grâce, et sou- 
tint que l'homme avait en lui-même assez de force pour, 
faire toute espèce de bien et arriver au salut. Sa doc-V 
trine, condamnée par le pape Innocent I er et par les évê-, 
ques d'Afrique, est connue sous le nom de Pélagianisme. 
Elle fut propagée en Italie par Célestius, et présentée 
avec tant d'habileté, qu'elle trompa momentanément le 
pape Zosime. Mais S 1 Augustin lui porta les derniers 
coups : ce Père affirme Vefficacité de la grâce; il enseigne 
que le libre arbitre , survivant sans doute dans son es- 
sence au péché originel, n'a conservé son énergie que 
pour le mal, et que la grâce, en lui rendant son activité 
pour le bien, le restaure, le rétablit, et, comme dit 
S 1 Paul, le recrée dans les bonnes œuvres. Loin donc 
que le secours divin gêne l'action de l'homme, l'homme 
privé de la grâce est captif dans les liens du mal et n'a 
plus assez de liberté pour agir. Quelques auteurs, entre 
autres le P. Sirmond, ont accusé des disciples peu intel- 
ligents de S 1 Augustin d'avoir dénaturé sa doctrine en 
l'exagérant, et supprimé complètement la liberté de 
l'homme; ils les qualifient de Prédestinatiens , c.-à-d. 
partisans de la Prédestination, et attribuent la même er- 
reur à Gothescalk, moine du ix e siècle. Mais leur asser- 
tion ne repose que sur des monuments historiques dont 
l'authenticité ou la valeur est suspecte ; les savants de 
Port-Royal ont pensé que les prétendus Prédestinatiens 
du V e siècle n'ont été que des disciples de S' Augustin 
auxquels les Pélagiens auraient imputé faussement une 
doctrine condamnable. 

Pelage eut des disciples mitigés, qu'on nomma Semi- 
Pélagiens. Tels furent Cassien et les moines de S' Victor 
de Marseille, peut-être aussi quelques moines de Lérins 
et plusieurs évêques de la Gaule méridionale. Ils admet- 
taient la nécessité de la grâce pour le salut, mais affir- 
maient en même temps que la première grâce n'était 
accordée par Dieu qu'à l'homme qui l'avait méritée, et 
que l'efficacité de la grâce dépendait de l'adhésion libre 
de la volonté humaine. Ce système est incohérent et hé- 
térodoxe. Si l'homme peut mériter la première grâce, il 
peut les mériter toutes ; s'il peut les mériter, son action 
est bonne en dehors de la grâce, il peut par lui-même 
faire le bien, la grâce ne lui est plus nécessaire. S'il 
donne à la grâce son efficacité par la libre adhésion de 
sa volonté, il peut agir librement pour le bien sans la 
grâce; le péché originel ne lui a pas imprimé une im- 
pulsion déterminante pour le mal ; il jouit de toute sa 
liberté pour agir dans un sens ou dans un autre. Le 
Semi - Pélagianisme fut condamné par le 2 e concile 
d'Orange. 

On le vit reparaître au commencement du xvn e siècle 
dans le Molinisme, adopté par une grande partie de la 
Compagnie de Jésus. Molina n'admettait pas de grâce 
efficace proprement dite; il soutenait que Dieu donne à 
tous les hommes des grâces suffisantes, qui deviennent 
efficaces par l'adhésion libre de la volonté. Ainsi, ce n'est 
pas Dieu qui opère par sa grâce sur le cœur de l'homme, 
c'est l'homme qui, par son adhésion, donne à la grâce sa 
véritable valeur. Cela revient à dire que la grâce n'existe 
pas réellement, qu'elle n'est pas nécessaire, que l'homme 
agit sans elle pour le bien avec la plus entière liberté. 
Ce fut pour dissimuler ce que le Molinisme avait de trop 
hétérodoxe, que certains Jésuites imaginèrent le Con- 
gruisme (V. ce mot) : mais, au fond, le système est le 
même. Les docteurs dominicains, disciples de S 1 Thomas, 
et partisans de la grâce efficace, ont admis les grâces 
suffisantes, mais sans attacher à cette expression le 
même sens que les Molinistes : pour eux, les grâces suf- 
fisantes sont des grâces qui ne suffisent pas, qui n'ont 
pas leur effet, et ils se refusent à admettre que la volonté 
de l'homme donne à la grâce son efficacité. L'école de 
Port-Royal, qui combattit vigoureusement le Molinisme, 
fut accusée par ses adversaires de n'admettre que des 
grâces efficaces obtenant toujours nécessairement leur 
effet, et, par conséquent, de rejeter le libre arbitre. C'était 
une erreur : non-seulement les savants de Port-Royal 
ont poursuivi dans les ouvrages des calvinistes jusqu'aux 
moindres traces de la doctrine prédestinatienne, mais ils 
ont admis avec S' Augustin des grâces excitantes , dont 
l'effet est 'souvent nul à cause des mauvaises inclinations 
de l'homme et de l'abus qu'il peut faire de sa libellé ; si 
l'homme correspond à ces grâces excitantes, Dieu l'en 
récompense, disent-ils, en lui accordant des grâces effi- 
caces, et son libre arbitre en reçoit une telle force, qu'il 



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opère, non pas nécessairement, mais certainement le 
bien. 

La m'âce est-elle si absolument nécessaire, que, sans 
elle, on ne puisse faire aucun bien? A considérer le bien 
en lui-même, relativement à son objet, il est certain que 
l'homme, sans un secours surnaturel , et par l'effet de 
qualités morales purement naturelles, peut faire le bien, 
par exemple, respecter ses parents, donner l'aumône, etc. 
Mais ce bien, relativement à notre action, est défectueux, 
en tant qu'il est produit par un être dégénéré. Il n'y a 
d'acte réellement parfait, que celui qui est fait sous l'im- 
pulsion de Dieu, sous l'inspiration de la grâce. 

Quant à la distribution des grâces, Dieu en accorde-t-il 
aux uns de tellement efficaces, qu'ils pratiquent aisément 
la vertu? Pourquoi n'en accorde-t-il pas à d'autres? Com- 
ment se fait-il qu'il laisse tant d'hommes dans l'idolâ- 
trie, l'hérésie ou le schisme? Comment les Iaissc-t-il 
mourir sans qu'ils aient été régénérés par le baptême? 
Ce sont des questions dont S' Augustin a jugé la solution 
impossible, des mystères que la raison ne peut et ne doit 
pas sonder. 

grâce (Délai de). V. Délai. 

r.r.ACE (Droit de), , y te Dictionnaire de Biogra- 

grace ( Lettres de . ^ t d > Histûire , 

grâces (Les Trois). 1 J 

grâces expectatives. V. Expf.ctatives, dans notre Dic- 
tionnaire de Biographie et d'Histoire. 

grâces (Jeu des), jeu qui ressemble à celui du volant. 
On se sert de bâtonnets ou petites baguettes, que l'on 
croise un peu pour lancer un petit cerceau; l'autre joueur 
doit le recevoir et le lancer de même. 

GRACIOSO, personnage comique du théâtre espagnol. 
Son nom indique que la grâce, la douceur, l'amabilité et 
la légèreté doivent être les caractères distinctifs de son 
jeu. Ainsi conçu , le Gracioso a presque entièrement dis- 
paru de la scène : on l'a transformé en bouffon loquace, 
poltron, gauche ou déplacé dans ses plaisanteries. 

GRADATION (du latin gradus, degré). C'est, en Litté- 
rature, un arrangement d'idées tel que l'effet va en aug- 
mentant sans cesse et comme par degrés. Ainsi, un ora- 
teur dispose ses preuves en réservant les plus fortes pour 
les dernières. Dans une œuvre dramatique , dans un 
roman , les scènes et les tableaux se succèdent de ma- 
nière à produire, chez le spectateur, des émotions de plus 
en plus vives et profondes. — Dans la Rhétorique, la gra- 
dation est une figure de pensée, que les Grecs nommaient 
climax, C.-à-d. échelle, et qui consiste à présenter une 
suite d'idées, d'images, de sentiments qui enchérissent 
les uns sur les autres. Elle est dite ascendante, comme 
dans cet exemple : Va, cours, vole ! On appelle gradation 
descendante une diminution successive et graduelle. 

Le mot Gradation s'emploie aussi dans les beaux-arts. 
En Peinture, il indique le passage insensible d'une cou- 
leur à une autre. Les peintres et les sculpteurs appellent 
encore Gradation l'artifice de composition qui consiste à 
grouper les personnages de manière que les principaux 
soient en relief et que les autres s'affaiblissent gra- 
duellement quant à l'expression et au jeu de la lumière. 
« Il y a, dit Quatrcmère de Quincy, gradation dans le 
système des ordres de l'architecture, lorsqu'on les consi- 
dère, suit sous le rapport des proportions, soit sous celui 
des ornements. Le dorique, qui est le plus fort et le plus 
simple, est suivi de l'ionique, plus élégant et plus varié, 
après lequel vient le corinthien, plus svelte encore et 
plus riche. » R. 

GRADE (du latin grains, degré), nom donné, dans 
le langage militaire, aux degrés par lesquels on monte 
l'échelle de l'avancement. On en distingue onze dans 
l'armée française : caporal et brigadier, sergent et ma- 
réchal des logis, sous-lieutenant , lieutenant , capitaine, 
chef île bataillon ou d'escadron, lieutenant-colonel , colo- 
nel , général de brigade, général de division, et maréchal 
de France. Les litres (le fourrier, sergent-major, maré- 
chal ' h, s logis chef, adjudant, adjudant-major, officier 
payeur, quartier-maître, trésorier, major, désignent des 
offices, el ne sont pas des grades, puisqu'on peut avancer 
sans les recevoir. Dans ['armée de mer, les grades sont : 
quartier-mattfe, maître, aspirant , enseigne de vaisseau, 
lieutenant île vaisseau, capitaine de frégate, capitaine de 
• h ■■m, contre-amiral, vire-amiral, et amiral. Depuis 
la loi de 1832, les grades sont donnés, soit h l'ancienneté, 
SOit au ehoix (V. AVANCEMENT), L'emploi est distinct du 

ide ; la disponibilité et la retraite enlèvent l'emploi, et 
non le grade, qui ne se perd que par la dégradation. — 
Dans le clergé, grade se dii de la prêtrise et des degrés 
plu 'i' ■ , même de l'épiscopat. — Dans les Universités 



et les Facultés, on confère les grades de bachelier, de 
licencié et de docteur. 

GRADINS, degrés, marches ou bancs disposés graduel- 
lement les uns au-dessus des autres en forme d'escaliers. 
Les Grecs creusaient les gradins de leurs théâtres sur le 
flanc d'une colline, et formaient ainsi des sièges natu- 
rels; les Romains construisirent ces magnifiques édifices 
isolés, où d'immenses et solides gradins recevaient des 
milliers de spectateurs. 

GRADUEL, répons qui se dit ou se chante à la messe, 
immédiatement après l'Épitre. Le nom vient de ce qu'on 
le chantait sur les degrés (gradus ) du sanctuaire ou pen- 
dant que le diacre qui allait dire l'Évangile montait, les 
degrés de l'ambon. L'usage du Graduel remonte aux 
papes S' Célestin ou S 1 Grégoire. — On appelle aussi 
Graduel le livre de lutrin qui contient les messes notées. 
11 est divisé, connue l'Antiphonaire, en Propre du temps 
et Commun des Saints. 

GRADUÉS. V. ce mot dans notre Dictionnaire de Bio- 
graphie et d'Histoire. 

GRADUS AD PARNASSUM, c.-à-d. degré pour at- 
teindre au Parnasse, titre sous lequel on connaît dans 
nos écoles secondaires le Dictionnaire poétique latin, 
donnant la quantité de chaque mot, ses synonymes, les 
périphrases à l'aide desquelles on peut le remplacer, les 
épithètes qu'on peut lui adjoindre, le tout à l'us 
ceux qui s'essayent aux vers latins. Ce fut le P. Aler qui 
imagina ce titre de Gradus, adopté plus tard par le P. \'a- 
nière pour la seconde édition de son Dictionarium poe- 
ticum. Sous le premier Empire français, Noël s'appro- 
pria, au moyen de quelques modifications , l'œuvre du 
P. Vanière, et son Gradus est encore en usage dans les 
écoles. 

GR.'ECOSTASE. V. ce mot dans notre Dictionnaire de 
Biographie et d'Histoire. 

GRAIN, effet que produisent les tailles de la gravure 
diversement croisées entre elles. 

GRAINS (Commerce des). V. Ceréali s. 

GRAMMAIRE, terme formé d'un mot de la basse lati- 
nité, mais qui remonte au mot grec gramma (lettre, 
écrit). La Grammaire est l'art de parler et d'écrire i or- 
rectement, c.-à-d. conformément à l'usage des per 
qui parlent bien et des meilleurs écrivains. Les Gram- 
maires particulières traitent de telle ou telle langue dé- 
terminée et considérée isolément; elles exposent les prin- 
cipes de la déclinaison et de la conjugaison, de la varia- 
bilité ou non-variabilité des diverses parties du discours, 
les principes de dérivation, de composition, les règles de 
construction, de syntaxe, et rendent compte des anoma- 
lies, c.-à-d. des déviations de la forme reçu i p mr telle 
classe de mots, des irrégularités de syntaxe et de con- 
struction sur lesquelles reposent les principales figures 
de grammaire et de mots et la plupart des idiotismes. 
Les Grammaires comparées s'occupent de montrer les 
ressemblances et les différences des mots, des formes 
grammaticales, de la construction et de la syntaxe en 
usage d.ins deux ou plusieurs langues. Les procédés 
grammaticaux d'une langue peuvent être comparés iso- 
lément avec ceux d'une autre langue, par exemple le 
latin et le français, l'anglais et l'allemand. On peut aussi 
établir la comparaison entre un groupe de langues analo- 
gues et un groupe d'autres langues ayant entre elles 
certaines affinités : ainsi, comparer les procédés généraux 
des langues sémitiques (ehaldéen, syriaque, hébreu, 
arabe, etc.), avec ceux des langues indo-européennes 
(sanskrit, grec, latin, tudesque, etc.). On peut comparer 
les procédés. des langues synthétiques, connue le, sans- 
krit, le grec, le latin, avec ceux des langues analytiques, 
telles que le français, l'italien, l'espagnol, le portugais, le 
grec moderne ou romaique, et exposer, comme conclusion 
de cette étude , le tableau résumé dos avantages et des 
inconvénients attachés à. chacun de ces systèmes. LT'.ty- 
mologie (V. ce mot) est une branche importante de la 
Grammaire comparée, lorsqu'on étudie deux ou plusieurs 
langues issues d'une souche commune, telles que l'italien, 
le français et l'espagnol, idiomes formés simultanément 
de la dissolution du latin après les invasions barbares aux 
V e et vi 1 ' siècles. Elle est aussi d'un secours puissant pour 
l'étude approfondie de l'anglais, idiome formé principa- 
lement du saxon, mais avec des emprunts considérables 
à la langue française du moyen âge importée par la con- 
quête normande. La Grammaire générale et raisonnée 
on philosophique embrasse ce qu'il y a de commun, d'es- 
sentiel, d'invariable dans le langage de toutes les na- 
tions, et. cherche, dans la nature de l'intelligence hu- 
maine, la raison des faits qui se trouvent partout le3 



GRA 



987 



GRA 



mêmes au milieu de la plus grande diversité; car il y a 
dos principes fondamentaux communs, et, on peut le 
dire, antérieurs à toute langue spéciale, immuables et 
universels, comme tenant à la nature de la pensée môme. 

La Grammaire, dont les bases ont été posées par les 
anciens Grecs, est d'origine relativement récente : les 
premières recherebes sur les procédés du langage se 
trouvent éparses.dans le Cratyle-de Platon et dans le 
livre de Y Interprétation (de la pensée) par Aristote (iv e 
siècle av. J.-C.). Les savants d'Alexandrie firent faire, 
dès le siècle suivant, de notables progrès à la grammaire. 
L'un des plus distingués est Apollonius Dyscole (11 e siècle 
de J.-C.), qui, le premier, a réduit la grammaire en sys- 
tème. Chez les Romains, il faut citer principalement 
Varron, contemporain de César, et Priscien (vi e siècle de 
notre ère). Chez les modernes, Sancbez (Sanctius), Vos- 
sius, Arnauld et Lancelot (Grammaire de Port-Royal), 
Dumarsais, Condillac, l'eauzée, Harris, De Brosses, Court 
de Gébelin, Sylvestre de Sacy, Destutt de Tracy, de Gé- 
rando, Clément, Charma, de Humboldt, etc., sont au- 
teurs de Grammaires générales. Comme Grammaires 
comparées , on connaît l'ouvrage de l'abbé Dangeau' 
(xvn c siècle) sur les Conjugaisons des langues anciennes 
comparées aux modernes, le Traité d'Henri Estienne 
(xvi e siècle) sur la Conformité du langage grec avec le 
langage français , et les Notions de Grammaire compa- 
rée de M. Eggcr, 1852. Pour les auteurs de Grammaires 
particulières, V. les articles consacrés à chaque langue. 

Chez les Anciens, le mot grammaire, et, par suite, le 
mot grammairien, n'avaient pas le même sens que chez 
nous : la grammaire, ou, comme ils disaient, la gram- 
matique, embrassait l'interprétation philologique, litté- 
raire, mythologique, critique, historique des principaux 
poètes, à l'étude desquels on passait aussitôt qu'on pos- 
sédait les notions fondamentales sur la langue grecque 
ou sur la langue latine : c'était comme le deuxième de- 
gré de l'enseignement. Zénodote d'Ephèse, Aristophane 
de Byzance, Aristarque de Samothrace, se distinguèrent, 
le dernier surtout, par leurs études de toutes sortes sur 
les poésies homériques, et leurs travaux servirent de base 
à ceux qui se publièrent bientôt sur la grammaire pro- 
prement dite, ainsi qu'aux Lexiques et Glossaires, qui 
souvent ne se composaient que d'extraits de ces grands 
commentateurs. Au mo\en âge, les grammairiens grecs 
prirent le nom de scoliastes. Les anciens Romains dési- 
gnaient aussi ces savants par le nom de litterati. Quant 
à l'étude des grands prosateurs, elle faisait partie de la 
Rhétorique, à cause de l'importance toute particulière 
que le talent de la parole et l'étude de ses procédés 
eurent pendant longtemps dans la république athénienne 
et dans la république romaine. Après la chute de la li- 
berté, qui entraîna celle de l'éloquence, la même division 
fut maintenue dans les écoles. Au moyen âge, la Gram- 
maire était au premier rang des Arts libéraux. Peu à 
peu elle se sépara de la philologie et de la critique litté- 
raire. — Le maître qui se chargeait d'enseigner les pre- 
miers éléments de la langue s'appelait , chez les Grecs, 
grammatisle, et, chez les Romains, lilterator : il corres- 
pond à peu près à notre instituteur primaire, maître 
élémentaire, professeur de grammaire; nos professeurs 
d'humanités, de rhétorique et de Faculté, ne sont pas 
sans analogie avec le grammatique ou lettré et le rhé- 
teur de l'antiquité, considérés comme hommes d'ensei- 
gnement. P. 

GIV^DESSE. ) V. ces mots dans notre Dictionnaire de 

GRANDEUR. \ Biographie et d'Histoire. 

GRAND GAUDE. V. Garde. 

GRAND-LIVRE. V. Comptabilité commerciale, et, dans 
notre Dictionnaire de Biographie et d'Histoire, Livre de 

LA DETTE PUBLIQUE. 

GRAND MAITRE. ) ir , n - .- , „■ 

GRANDS JOURS. V ' ^tre Dictionnaire de Dio- 

GRANDS OFFICIERS. \ graphie et d Histoire. 

GRANELLESCHI (Société des), sorte d'Académie qui 

se forma a Venise vers 1740, pour s'opposer au mauvais 

goût de l'époque, moins encore par des ouvrages sérieux 

qu'au moyen do productions satiriques et bouffonnes. 

En italien, un granelli est un sot, un niais, un imbécile. 

GRANGE, bâtiment destiné à conserver les grains en 

gerbes et les pailles, dans une exploitation rurale. On 

doit en éloigner toutes les causes d'incendie. Plus une 

grange se rapproche du cube par sa forme, mieux elle 

répond à sa destination, qui est de renfermer autant 

d'espace que possible ; si l'on donne à la toiture une 

grande hauteur, on augmente ainsi la quantité de gerbes 

qu'on peut mettre à l'abri. Le sol de la grange doit être 



surélevé par rapport au terrain environnant, et formé de 
matériaux secs. Si l'égrenage se fait au fléau , l'aire à 
battre doit être bien dressée, sans trous ni fissures où le 
grain pourrait se perdre, et bien ferme pour résister aux 
chocs du fléau : on en fait, soit avec de la terre franche 
un peu argileuse, dont on a extrait avec soin les corps 
étrangers, et à laquelle on mêle de la fiente de bêtes à 
cornes, ou du marc d'olive, ou du tan, ou de la bourre, j 
ou du blanc de salpêtre, soit avec du bois, ou de l'as-j 
phalte. Dans le midi de la France, en Espagne et en Italie,' 
où le battage se fait en plein air immédiatement après la 
récolte, il n'existe pas de granges. V. Morel de Vindé, 
Essai sur les constructions rurales, 1824. 

GRANJA (La), château de plaisance des rois d'Espagne, 
bâti au village de S'-Ildefonse, à 8 kilom. de Ségovie, par 
ordre de Philippe V, qui voulait imiter le Versailles de 
son aïeul Louis XIV. Il tire son nom d'une ferme ou mé- 
tairie {granja en espagnol) qui appartenait aux Hiéro- 
nymites de Ségovie, et sur l'emplacement de laquelle on 
le construisit. Les travaux durèrent de 1719 à 1740 ; Ju- 
bara, Sachetti, Procaccini, Sani, Firmin, Thierry et Du- 
mandré, y furent employés. La Granja occupe la partie la 
plus élevée d'une place en pente, où elle offre une façade 
peu remarquable, limitée par deux tours à flèches ai- 
guës, et au centre de laquelle se trouve l'abside de la 
chapelle. La façade principale est du côté des jardins : 
des pilastres et des demi-colonnes encadrent les fenêtres 
du rez-de-chaussée et de l'étage, que couronnent des 
frontons de forme baroque, et une corniche ornée de 
vases; au centre s'élève un attique soutenu par quatre 
cariatides. Les appartements intérieurs sont remarquables 
par leur grandeur et leur richesse, mais présentent une 
monotone uniformité. On voit dans les salles basses une 
collection d'antiquités formée à Rome par Pex-reine 
Christine de Suède, et achetée plus tard par Philippe V; 
les pièces supérieures sont garnies de belles peintures. 
La chapelle, ornée avec peu de goût, contient le tombeau 
élevé par Ferdinand VI à la mémoire de son père. Ce 
qu'il y a de plus beau à la Granja, ce sont les jardins et 
leurs eaux, dont certains jets atteignent 40 à 45 met. de 
hauteur. Les plus belles fontaines portent les noms de 
Bains de, Diane et de Fontaine de Neptune. B. 

GRAPHIUM. V. ce mot dans notre Dictionnaire de 
Biographie et d'Histoire. 

GRAPPIN, petite ancre à pattes ou griffes recourbées 
attachés par un anneau à l'extrémité d'une corde; elle 
sert aux embarcations légères. Il y a des grappins d'abor- 
dage, qui se lancent dans les haubans des navires qu'on 
veut accrocher. Les grappins de brûlots, placés au bas 
des basses vergues, sont quelque peu différents de forme. 

GRASSEYEMENT, vice de prononciation qui porte sur 
la consonne r, dont il dénature et atténue le son. Il ré- 
sulte d'une mauvaise direction donnée à la langue, qui, 
au lieu d'être portée vers le palais pour y vibrer au pas- 
sage de l'air poussé au dehors, est abaissée vers les dents 
inférieures. Le son de IV est quelquefois même supprimé, 
ainsi que le faisaient h dessein les [nc-oyables et les 
Me-veilleuses du Directoire. La grasseyement choque peu, 
quand il n'est pas trop prononcé, et il a même une cer- 
taine grâce efféminée. 

GRATIFICATION, libéralité faite aux employés de cer- 
taines administrations publiques et particulières, à raison 
des étrennes ou de tout autre événement. 

GRAU, petit canal entre un étang et la mer. 

GRAVE, qualification de certains sons musicaux, par 
rapport à d'autres qui sont aigus (V. Aigu). Plus les 
vibrations du corps sonore sont lentes, plus le son est 
grave. La gravité des sons dépend de la grosseur des 
cordes ou des tuyaux, de la longueur, du diamètre, et 
en général du volume et de la masse du corps sonore. — 
Grave est aussi le nom d'un mouvement un peu plus 
rapide que le largo* mais plus lent que l'adagio. 

GRAMLLE (Abbaye de), au Havre. La construction, 
commencée à la fin du xi e siècle, ne fut achevée qu'au 
xm e ; elle est do style roman, sauf le chœur, où se trou- 
vent des arcades ogivales. L'abbaye de Graville est en 
forme de croix latine. A la gauche de l'entrée occidentale 
est une grosse tour carrée en ruine. Une autre tour 
carrée, de peu de hauteur, et surmontée d'une pyramide 
en ardoise, s'élève à l'intersection des transepts. Les cha- 
piteaux des piliers qui supportent la voûte en bois de 
l'édifice, et les parois extérieures du transept septen- 
trional, ont reçu une ornementation grossière, mais inté- 
ressante pour l'histoire de la sculpture. — Le cimetière 
attenant à l'abbaye contient une croix de pierre assez 
ornée, qui porte d'un côté l'image du Christ, de l'autre 



GRA 



98! 



GRA 



celle de la Vierge, et qui repose sur un socle octogonal : i 
cette croix servit de mocîèle pour celle qui figura primi- 
tivement à l'Opéra de Paris dans le 3 e acte de Robert le 
Diable. 

GRAVURE (du grec graphéin, écrire, tracer), art de 
tracer un dessin sur une matière dure. Après n'avoir 
offert pendant longtemps qu'un intérêt secondaire, cet 
art a pris tout d'un coup une grande importance, lors- 
qu'on eut appris à tirer des planches gravées, par le 
moyen de l'impression, un nombre indéfini d'épreuves ou 
estampes, auxquelles on donne également le nom de gra- 
vures. Toutes les espèces de gravure se ramènent à trois : 
la Gravure en creux, la Gravure en relief, et la Gravure 
en bas-relief. 

I. Gravure en cnEDX. La matière employée est toujours 
un métal. On prit, à l'origine, de petites plaques d'ar- 
gent, quelquefois d'or, parce que la gravure ne servait 
qu'à orner des bijoux. Mais, lorsque Maso Finiguerra eut 
trouvé, en 1452, le moyen de tirer épreuve d'une plaque 
qu'il avait gravée pour l'église Saint-Jean à Florence 
V. Nielle), Mantegna, BaccioBaldini, Botticelli, Antoine 
Pollajuolo, Francia, et d'autres artistes gravèrent sui- 
des planches plus grandes, avec l'intention de tirer des 
épreuves : depuis ce moment, on fit usage d'un métal 
moins précieux, ordinairement le cuivre rouge, et aussi 
le cuivre jaune, l'acier et l'étain. On grave en creux de 
diverses manières, au burin, à Veau-forte, au pointillé, 
en manière de crayon, en mezzotinte, au lavis; il faut 
ajouter la gravure de musique, la gravure mécanique, la 
gravure en typographie, et la gravure héliographique. 

La Gravure au burin ou taille-douce est la plus ancienne 
et celle dont on obtient les plus beaux résultats. Il est rare 
qu'on emploie le burin seul ; ordinairement on se contente 
de terminer avec cet instrument le travail préparé avec 
l'eau-forte, et les linges, les plumes, les parties les plus 
délicates des chairs sont terminées avec la pointe sèche. 
Les tailles sont généralement croisées, excepté dans les 
parties qui approchent des lumières; graver avec un seul 
rang de tailles est une singularité ou un tour de force. 
La manière dont les tailles sont croisées n'est pas indif- 
férente : elles sont en carré pour les pierres et autres 
objets inflexibles, en losange pour les chairs ou les dra- 
peries. Avec les tailles croisées, on doit tâcher d'en avoir 
une principale qui soit placée dans le sens des muscles 
si c'est des chairs qu'on grave, dans le sens des plis si ce 
sont des draperies, et, si c'est un terrain ou un monu- 
ment, dans le sens de sa plus grande longueur et suivant 
la perspective. On ne multiplie le croisement des tailles 
que dans les fonds et quelques parties d'ombre. Elles ne 
sont pas toujours de môme force, mais on les fait plus 
fines et plus déliées dans les fonds et dans les demi- 
teintes, et souvent môme, en approchant des lumières, 
on les termine par quelques points qui ont l'air de pro- 
longer la taille. Dans les premiers plans, les travaux doi- 
\ snt être plus larges; mais il faut éviter d'y placer des 
tailles qui choquent l'œil par leur épaisseur et qui laissent 
des blancs entre elles. — Aujourd'hui les graveurs prépa- 
rent et avancent beaucoup leurs travaux à l'aide de l'eau- 
forte (F. à la col. suiv.) : mais, au xv e siècle, ce moyen 
était inconnu; on en faisait encore peu d'usage au xvi e , et, 
dans le xvu", on trouve encore de très-belles gravures exé- 
cutées seulement au burin. — L'école française de gra- 
vure a commencé dans la seconde moitié du xvi c siècle, 
avec Jean Duvet, Etienne Delaulne, Noël Garnier, Nicolas 
i éatricet, P. Voeiriot, Jacques Périsin, Tortorel et Piené 
i >ivin. Sous Henri IV fleurirent Léonard Gaultier, An- 
drouet Ducerceau, Etienne Dupérac, Philippe Thomassin 
et Thomas do Leu. Au temps de Louis X11I, Callot, La- 
belle, Chaperon, Pérellc, brillèrent d'un vif éclat. Pendant 
te de Louis XIV, notre école devint la première de 
l'Europe, avec Poilly, Etienne Daudet, Pesne, Guill. Châ- 
teau, Claudine Stella, Gérard, Audran, Édelinck, Nan- 
i ail, Masson, Van Schuppen; etc. Sous Louis XV, Benoît 
et Jean Audran, Nicolas Dorigny, Charles et Louis Simo- 
ncau, Gaspard Duchange, Nic.-H. Tardieu, Alexis Loir, 
Louis Desplaces, soutinrent la gloire de l'école, et après 
eux vinrent les deux Dupuis, Laurent Cars, Philippe 
, les Drevet et les Balechou. Les étrangers venaient 
alors en France apprendre à manier le burin, parexein- 
ple, les allemands Wagner, Preisler, Schmidt et Wille, 
lais Strange, Ingram et Byland : l'Angleterre nous 
enleva môme Aliamet, Lempereur et Vivarais. M""' de 
Pompadour donna l'exemple d'abandonner les principes 
es de l'école, pour faire du joli et de l'effet ; mais 
Aut. Trouvain, les deux Chéreau, Daullé, Larmessin, 
conservèrent les bonnes traditions. A In lin du \viu'' siè- 



cle, Saint-Aubin, Avril, Duplessis-Bertaux et Boissieu 
nous amènent jusqu'à la grande école du xix e , formée 
d'après les inspirations de David, et qui a pour représen- 
tants Bervic, Desnoyers, Massart, Richomme, Henriquel 
Dupont, Sixdeniers, Lemaître, Martinet, François, Blan- 
chard, etc. A notre époque on peut aussi mentionne: 
Toschi, Anderloni, Garavaglia et Mercuri en Italie, Sharp, 
Wollett, Earlom et Green en Angleterre. 

Pour la Gravure à l'eau-forte, on prend une planche 
de cuivre ou d'acier, on la couvre d'un vernis inatta- 
quable aux acides, et, avec une pointe, on dessine en 
enlevant ce vernis, qu'on a eu soin de noircir à la fumée 
d'un flambeau. Parmi les artistes, les uns prennent une 
pointe fine, les autres une échoppe ou grosse pointe, dont 
le bout, en forme de triangle irrégulier, sert à faire des 
pleins ou des déliés, suivant la manière de tenir l'instru- 
ment. Il en est qui varient la grosseur de leur pointe, 
d'après la nature du travail qu'ils veulent faire. Le tra- 
vail de la pointe étant terminé, il reste à faire mordre, 
ce qui consiste à verser sur la planche de l'eau-forte ou 
acide nitrique mélangé d'eau , qui entame le métal aux 
•endroits ou la pointe l'a mis à découvert. On nomme 
eaux-fortes de peintre les planches gravées ainsi d'une 
manière définitive, et eaux-fortes de graveur celles où 
l'on a seulement préparé un travail qui doit être terminé 
au burin. Pour graver sur verre, on emploie l'acide fluo- 
rique au lieu d'eau-forte. — Les Italiens ont attribué à 
François Mazzuoli, dit le Parmesan, l'invention de la 
gravure à l'eau-forte; cet artiste est seulement le pre- 
mier qui ait pratiqué cet art en Italie (1530). Les Alle- 
mands ont revendiqué la découverte pour Albert Durer 
(1510). Mais il existe au Musée britannique de Londres 
une gravure allégorique et satirique de Wenceslas d'Ol- 
niùtz, où l'on trouve la date de 1490, et qui est, par con- 
séquent, antérieure aux compositions de Durer et de 
Mazzuoli. Un certain nombre de peintres ont gravé à 
l'eau-forte, entre autres, Berghem, Paul Potter, Swane- 
velt, Everdingen , Henri Roos , Rembrandt , Annibal 
Carrache, le Guide, Salvator Rosa, Castiglione, Claude 
Lorrain, Bourdon, Coypel. Parmi les graveurs qui em- 
ployèrent à la fois le burin et l'eau-forte, on remarque 
Gérard Audran, qui a porté ce procédé à la perfection, 
Chasteau, Hollar, Desplaces, Duchange, Le Bas, Vivarais, 
Marc-Antoine Raimondi, les Ghisi, Longhi, Banolozzi. 
Quelques-uns ne se sont servis du burin que pour re- 
prendre des parties qui n'avaient pas mordu à l'eau- 
forte; tels sont Bartoli, La Belle, Callot, Abraham Bosse, 
Sylvestre, Chauveau, Le Potre, Leclerc, Morin, Pérelle, 
Péricr, Wagner. Le meilleur graveur à l'eau-forte de 
notre temps est Charles Jacque. 

La Gravure au pointillé n'emploie pas les tailles, mais 
des points disposés par séries. On les obtient par l'eau- 
forte; le burin donne ensuite l'empâtement née 
aux ombres et aux demi-teintes, et la roule'.le lond ces 
dernières avec les lumières. Les plus anciennes estampes 
au pointillé, d'origine hollandaise, datent du commence- 
ment du xvu"' siècle, et présentent un assemblage de 
points ordinairement triangulaires et d'une grosseur iné- 
gale. Morin et Boulanger ont gravé de cette manière 
plusieurs portraits et des sujets historiques. A la lin du 
xvm e siècle, Bartolozzi mit le pointillé à la mode, parti- 
culièrement en Angleterre, et l'on vit se répandre une 
énorme quantité de mauvais ouvrages, surtout des scènes 
domestiques et sentimentales. Au xiv' siècle, Ilopwood 
a fait des portraits d'un beau fini et d'un joli effet. — 
La Gravure au maillet est une variété de la gravure au 
pointillé : les pointes avec lesquelles on l'ait les points 
sont enfoncées dans le métal à l'aide d'un petit maillet. 
Lutma est presque le seul artiste qui ait opéré ainsi, et 
i! n'a laissé que quatre tètes ou portrai 

La Gravure en manière de crayon a été inventée en 
1756 par François et Deinarteau , graveurs parisiens. 
Pour imiter l'irrégularité d'un crayon passé sur les grains 
du papier, on prend une planche de cuivre vernie; on 
emploie, au lieu de la pointe ordinaire, une pointe di- 
visée en plusieurs parties inégales, et on trace ainsi 1rs 
contours; puis on imite les hachures soit avec ces pointes, 
soit avec des roulettes qui présentent également à leur 
circonférence des aspérités inégales. Cette manière d ■ 
graver, tj ni était surtout en usage pour l'exécution des 
modèles destinés aux écoles de dessin, est remplacée au- 
jourd'hui avec avantage par la lithographie. 

La Gravure en mezzotinte ou à la manière noire, dont 
l'invention est, à tort, généralement attribuée, à Louis 
Sicgen, lieutenant-colonel au service du landgrave de 
Ilesse-Cassel, vers !0i:>, remonte à 1001, et appartient à 



GRÀ 



989 



GRA 



François Aspruck, graveur tout à fait inconnu, et dont il 
existe à la Bibliothèque impériale de Paris plusieurs 
planches datées. Les procédés en ont été bien perfec- 
tionnés depuis. On prend un cuivre ordinairement 
jaune, plané avec grand soin; on y fait faire le grain 
par un ouvrier au moyen d'un berceau, large ciseau 
dont !e bout , fait en portion de cercle, est strié et pré- 
sente des pointes très-aiguës. L'ouvrier, en berçant sa 
main, fait entrer ces pointes dans la planche. Il passe le 
berceau successivement par bandes parallèles sur la hau- 
teur, puis sur la largeur, et ensuite par chaque diago- 
nale, en recommençant jusqu'à vingt fois de chaque côté. 
L'épreuve qu'on tire alors donne un noir parfait. Puis, 
le graveur, ayant décalqué son dessin sur le cuivre, prend 
un racloir, lame aiguisée des deux côtés, avec laquelle il 
abat le grain de la planche, d'abord en entier dans toutes 
les parties claires, ensuite plus légèrement dans les demi- 
teintes et les parties plus ou moins ombrées. On emploie 
aussi, au lieu du racloir, un-ébarboir, barreau d'acier à 
trois ou quatre faces, dont les angles moins aigus font un 
travail plus doux. Mais, en tout cas, le racloir ne suffit 
pas dans les clairs purs, parce qu'il peut occasionner 
quelques légères rayures; on les efface au moyen du 
brunissoir, instrument d'acier très-poli. Cette manière 
d'opérer est le contraire de la gravure ordinaire : car la 
pointe ou le burin semble faire l'efl'et d'un crayon noir 
sur un papier blanc, tandis que le racloir produit celui 
d'un crayon blanc sur du papier de couleur. La gravure 
à la manière noire est plus prompte et plus expéditive 
que l'eau-forte et le burin ; elle est susceptible de grands 
effets à cause de l'obscurité qu'elle laisse dans les masses ; 
mais elle manque de fermeté et de hardiesse, ainsi que 
de finesse, par suite de l'espèce de velouté produit par le 
grain. Vaillant est à peu près le seul artiste français qui 
ait employé la gravure à la manière noire sous le règne 
de Louis XIV ; on trouve ensuite Leblond sous Louis XV, 
et, de nos jours, Jazet. Les Anglais y excellent : il n'est 
pas de graveur plus remarquable que Martin et Thomas 
Landseer, nos contemporains. 

La Gravure au lavis ou aqua-tinta imite les dessins au 
lavis faits à l'encre de Chine, au bistre ou à la sépia. Elle 
produit à peu près les mêmes effets que la mezzo-tinto ; 
mais, comme la gravure à l'eau-forte, elle s'exécute au 
moyen d'une action chimique : on grave d'abord à l'eau- 
forte les contours de la figure; on couvre ensuite d'un 
vernis noir impénétrable à l'acide nitrique les parties de 
la planche où il ne doit y avoir ni trait ni ombre. Puis 
on saupoudre la planche de colophane réduite en poudre 
très-fine, et on l'expose à une chaleur ardente jusqu'à ce 
que la résine soit fondue. Par ce moyen, il se forme, 
entre les molécules de la colophane, de petits espaces 
par lesquels l'acide nitrique peut s'insinuer et mordre. 
L'acide est alors versé sur la planche, et on l'y laisse 
cinq minutes, temps suffisant pour les ombres faibles. 
On couvre ces ombres faibles avec du vernis, et on fait 
agir l'acide une seconde fois, et ainsi de suite jusqu'à ce 
que les ombres les plus fortes soient tracées à leur tour. 
Telle est la méthode pour les sujets d'histoire et d'archi- 
tecture. Pour le paysage, on emploie un autre procédé, 
qui consiste à étendre sur la planche un bon vernis de 
graveur ; puis on recouvre au pinceau toutes les parties 
qui doivent être gravées, avec un mélange d'huile d'olive, 
d'essence de térébenthine et de noir de fumée. Ce mé- 
lange amollit le vernis, qui peut être enlevé avec un linge 
fin, en laissant paraître sur le cuivre les marques faites 
avec le pinceau. Alors on agit , comme dans le premier 
procédé, à l'aide de la colophane, et on répète l'opération 
plusieurs fois, suivant qu'on veut obtenir des teintes plus 
ou moins foncées. — La gravure au lavis a été inventée 
en 1660 par Hercule Zeghars, ou en 1762 par Fr.-Phil. 
Charpentier, graveur de Paris. D'autres l'attribuent à Le- 
prince. 

La Gravure sur pierre s'exécute sur pierre lithogra- 
phique; elle a été imaginée vers 18 ; c'est un procédé 
qui a son avantage pour la facilité du travail, mais il ne 
réussit bien que pour le dessin au trait, ou le dessin to- 
pographique ou géographique ; il ne souffre pas de mé- 
diocrité ; aussi, en général, ce genre de gravure est sec et 
froid, comparé à la gravure sur cuivre ou sur acier. 

Pour la Gravure de musique, on s'est servi d'abord de 
planches en cuivre, puis en étain et en zinc. Bien qu'on 
emploie le burin pour quelques parties, presque tout le 
travail se fait au moyen de poinçons qu'on frappe avec 
un marteau. S'il y a des paroles à graver, c'est par là 
que l'on commence, et c'est l'affaire du graveur en taille- 
douce. C'est au commencement du xvm e siècle qu'on se 



mit à graver la musique, qui était précédemment impri- 
mée. L'idée en est attribuée au compositeur allemand 
G.-Ph. Telemann. 

On a imaginé, de nos jours, diverses Machines à gra- 
ver. Celle de Conté sert à faire avec une très-grande ré- 
gularité des séries de lignes parallèles, également espa- 
cées, comme cela est nécessaire pour les ciels des grandes 
gravures. Elle se compose essentiellement d'une règle ou 
d'un cylindre portant des ondulations que l'on fait mou- 
voir au moyen d'une vis de rappel parfaitement régulière, 
et d'une pointe qui trace une ligne le long de cette règle 
ou de ce cylindre. La machine de Collas sert à repro- 
duire, gravés en taille-douce, sur une planche d'acier ou 
de cuivre, les effets de relief ou d'enfoncement d'une 
médaille, d'un bas-relief. 

La Gravure en typographie comprend toutes les opé- 
rations à l'aide desquelles se font les poinçons d'acier 
servant à frapper les matrices employées pour couler les 
caractères d'imprimerie. Elle est très-importante; car de 
la bonté et de la beauté de ce qu'elle produit dépendent 
les succès du fondeur et de l'imprimeur. 

La Gravure héliographique, qui s'exécute sur acier et 
sur verre, n'a pas encore atteint une grande perfection. 
Après avoir obtenu, sur une plaque enduite d'un vernis 
de benzine, d'essence de zeste de citron et de bitume de 
Judée, une bonne image à l'aide de la chambre obscure, 
on la place dans une boîte semblable à celle qui sert à 
passer la plaque daguerrienne au mercure. Dans le fond 
de cette boite, que l'on ferme hermétiquement, est une 
capsule de porcelaine contenant de l'essence de spic pure, 
que l'on chauffe très-fort avec une lampe à alcool. La 
plaque étant bien séchée à l'air, ou la fait mordre par 
l'eau-forte. 

II. Gravure en t.elief. Cette manière de graver, plus 
longue et plus difficile que la gravure en creux, est aussi 
moins ancienne ; on croit que les Chinois la pratiquaient 
dans le xi e siècle. Mais, comme l'impression en est plus 
simple et plus facile, c'est d'elle qu'on a tiré des épreuves 
en premier. La gravure en relief s'exécute ordinairement 
sur du bois , mais aussi quelquefois sur cuivre jaune et 
sur acier. Au xm e siècle on exécutait en Allemagne des 
cartes géographiques gravées en relief sur bois; il en 
existe des exemplaires à la Bibliothèque impériale de 
Paris. 

La gravure en relief sur cuivre et sur acier sert à exé- 
cuter les estampilles, les poinçons, les vignettes em- 
ployées dans la fabrication des actions des compagnies 
industrielles, les ornements que les relieurs placent sur 
le dos ou le plat des livres, etc. 

On grave sur bois à une ou à plusieurs tailles. Pour 
graver à une seule taille, le buis est le plus généralement 
employé. On prend aussi du poirier pour les sujets de 
grande dimension, ou quand le travail n'exige aucune 
finesse, comme pour la fabrication de l'indienne ou du 
papier peint. Lorsque la planche est bien dressée et 
polie, on la couvre d'une légère couche de blanc de cé- 
ruse ou de zinc délayée avec de l'eau gommée et un peu 
d'alun : le dessinateur trace alors avec un crayon dur la 
composition qu'il veut publier, et tout le travail du gra- 
veur se borne à enlever les parties du bois restées blan- 
ches, et à laisser en saillie les traits et les hachures que 
l'artiste a dessinés et qui deviennent alors autant de 
tailles. Dans la gravure en creux, le sillon du burin ou 
de la pointe doit être rempli d'encre et produire les traits 
aperçus sur l'épreuve; dans la gravure en relief, ce qu'on 
enlève est la partie qui ne doit pas laisser de trace sur 
le papier, et on épargne les tailles qui doivent marquer à 
l'impression : de là vient le nom de gravure en taillis 
d'épargne que l'on donne à la gravure en relief. — Autre- 
fois, les graveurs sur bois étaient appelés tailleurs de 
bois, et on donnait le nom de taille à la planche taillée ou 
gravée. Aussi , quand on parle de gravure à plusieurs 
tailles, il ne s'agit pas du nombre des hachures, ni de 
leur croisement, mais des tailles ou planches diverses 
qu'on emploie pour graver en couleur. La gravure à plu- 
sieurs tailles est aussi connue sous les dénominations 
de gravure en camaïeu et de gravure en clair-obscur 
(V. Camaïeu). 

La gravure sur bois offrit à peine, à l'origine, les ca- 
ractères d'un art : elle servit à tailler des sceaux écono- 
miques, des lettres en relief, dont les scribes et enlu- 
mineurs faisaient usage pour imprimer les majuscules. 
On a des preuves que cette coutume s'établit dès le 
xii" siècle. La plus ancienne mention d'un graveur en 
bois que l'on ait découverte jusqu'ici se trouve dans un 
obituairc des Franciscains, à Nordlingcn, lequel s'arrête 



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au commencement du \v'' siècle : ce grave|r se nommait 
Fr.-H. Luger, et était laïque. Par conséquent, les Alle- 
mands sont aussi peu fondés à réclamer l'invention de la 
gravure sur bois pour Ulrich Vilgrim que les Italiens 
pour Ugo da Carpi. Au xV siècle, l'art de tailler le bois 
pour en obtenir des estampes se répandit des monastères 
dans le monde séculier : de nombreux ateliers fonction- 
nèrent à Olm, Nuremberg, Augsbourg, etc., et four- 
nirent d'images l'Italie, la Francs et les Pays-Bas. En 
même temps que l'imprimerie substituait les livres aux 
manuscrits, la gravure se substituait à la peinture en 
miniature. Dans les estampes de ce temps, les figures, 
aussi bien que les fonds, les terrains, les arbres, les édi- 
fices, sont encore faits au trait, à peine ombrés de quel- 
ques hachures, et propres à recevoir une enluminure : 
c'est l'art dans son enfance, avec sa naïveté, sa grâce 
quelquefois, mais aussi avec ses incorrections, son igno- 
rance de la perspective et du clair-obscur, son peu d'ha- 
bileté mécanique. Mais le perfectionnement de l'exécu- 
tion artistique ne tarda pas à. être sensible : pendant 
tout le xv e siècle, l'art de graver sur bois fit des progrès 
continus ; Albert Durer et ses élèves lui donnèrent le 
plus grand éclat qu'il ait jamais atteint avec l'ancienne 
école. Parmi les graveurs français, on cite Tollat, Raefé, 
Pierre Voeiriot, Noël Garnier, Bernard Salomon dit le 
petit Bernard, Jean Le Maître, Moni, Georges Mathieu, 
Cruche, et le célèbre Jean Cousin. Puis, la gravure en 
relief pencha peu à peu vers son déclin, en jetant sur les 
Pays-Bas, pendant la seconde moitié du xvi 1 ' siècle, les 
derniers rayons de sa splendeur. On remarqua, sous 
Henri IV, Leclerc et Pierre Hochicnne, et, sous Louis XIII, 
Etienne Duval et Palliot. La décadence, un moment sus- 
pendue parliubens, devint plus rapide après la mort de 
cet illustre, artiste, et, pendant le xvnr siècle, ce fut un 
art presque abandonné. La France %eule le cultiva d'une 
manière assez brillante pour prouver qu'il ne périrait 
point : deux familles se distinguèrent principalement à 
cette époque, les Papillon et les Lesueur; auprès d'elles 
une foule d'artistes secondaires ornèrent les livres de 
frontispices, de vignettes, de fleurons, et même exécu- 
tèrent de grandes planches. A la fin du siècle, si l'on ex- 
cepte Godard d'Alençon , l'école française faiblit à son 
tour. Mais l'œuvre fut alors reprise et continuée par l'An- 
gleterre, dont les artistes, de 1800 à 1825, furent les seuls 
en Europe capables de graver avec goût: on doit men- 
tionner Thomas Bewick, Th. Ilood, Harvey, Sears, Ta- 
bagg, Branstone, Clennell, Nesbitt , Thompson, etc. Ils 
substituèrent la gravure sur bois debout et au burin à la 
gravure sur bois de fil et au canif. En France, la gra- 
vure sur bois ne s'était conservée qu'en province, à 
Épinal , par exemple, où on l'employait pour illustrer de 
rudes empreintes les livres populaires, et confectionner 
ces images grossières qui tapissaient les cabarets et les 
chaumières. A Paris, quelques fleurons et culs-de-lampe 
étaient exécutés pour les publications de luxe par Best, 
Andrew, Leloir et Brevière. Le succès que le Penny Ma- 
gazine, le Saturday Magazine et autres recueils illustrés, 
vendus à bas prix, obtenaient en Angleterre, donna l'idée 
de créer en France le Magasin pittoresque en 1833. Les 
fondateurs de l'entreprise, Charton et Lachevardière, 
s'associèrent Best, Andrew et Leloir; une nombreuse 
école de graveurs se forma sous leur direction, et, après 
quelques années laborieuses et pénibles, le Magasin pit- 
toresque a publié de véritables chefs-d'œuvre de gravure, 
bien supérieurs à tout ce qui se fait en Angleterre. Parmi 
les artistes qui se firent un nom, on distingue Belhatte, 
Cherrier, Chevauchet, les deux Lacoste, Maurisset, Por- 
ret, Rouget, Tellicr. L'Illustration et le Monde illustré 
donnent aujourd'hui, avec une étonnante rapidité, dis 
gravures considérables comme étendue et comme valeur. 
Nous citerons encore l'Histoire des peintres de toutes les 
écoles, publiée par Charles Blanc, et pour laquelle Du- 
jardin, Gusman, Carbonneau, Dupré, Gauchara, Trichon, 
Ligny, Quartley, Timms, Whitehead, Panncmaker, etc., 
ont gravé les tableaux des grands maîtres, d'après les 
dessins de Cabasson, Pàquier, Iladamard, Bocourt, Free- 
man, Beaucé, Gagniet, Marvy, Daubigny, etc. L Histoire 
delà Touraine, publiée par Marne, les Galeries de l'Eu- 
rope, l'Imitation de Jésus-Christ, rivalisent avec Vllis- 
toire des peintres. 

111. GnAVLiiK en bas-relief. C'est moins un genre do 
gravure qu'une espèce particulière de ciselure et de 
sculpture. Elle comprend la gravure de médailles et la 
gravure sur pierres Unes {V. Glyptique, Médailles). 



ECOLES DE UUAVL'RE. 

École française. — Elle est originaire d'Italie, ainsi 
qu'on le verra plus bas. Nous ne dirons qu'un mot de 
Noël Garnier et de Jean Duvet, malgré le mérite de ce 
dernier; mais on ne saurait reconnaître dans Duvet, 
dessinateur fougueux et confus de l'Apocalypse, le génie 
caractéristique de la nation. Etienne de Laulne, An- 
drouet du Cerceau, sont de véritables dessinateurs fran- 
çais : l'un et l'autre ont eu le génie de la grâce. Rien de 
curieux pour l'histoire du temps, pour en connaître les 
mœurs et les traits caractéristiques, comme le recueil de 
pièces historiques dû à Tortorel et à Périssim , et les 
estampes de Woëriot, de Thomas de Lcu, do Léonard 
Gaultier. Dans ce premier âge de la gravure française, 
qui s'étend jusqu'au commencement du XVII e siècle, 
l'estampe se recommande moins par le mérite de l'artiste 
que par l'intérêt du sujet. Cette observation est encore 
vraie appliquée à Abraham Bosse; son œuvre si vaste 
renferme sur l'époque de Louis XIII, la vie domestique 
du temps, mœurs, habillement, meubles, etc., des do- 
cuments pleins d'intérêt. Callot a une place à part; bien 
que né à Nancy, il n'en est pas moins le premier grand 
graveur français, par l'esprit, l'entrain, la sagacité mor- 
dante, le bon sens sceptique et gouailleur, qui caracté- 
risent nos auteurs, artistes et écrivains, les plus popu- 
laires. 11 a manié la pointe avec une dextérité inimitable. 
Une eau-forte de Callot se reconnaît au premier coup 
d'ccil entre toutes les gravures du monde. Mais Callot est 
une individualité plus remarquable par sa propre origi- 
nalité que par son influence sur la marche et les desti- 
nées de l'art. En France cette influence fut peu sensible. 
En Italie elle fit naître quelques imitateurs, tels que 
Canta Gallina, Cantarini, Délia Bella (La Belle). Cepen- 
dant la France, le pays des artistes, penseurs et philo- 
sophes, un pays où l'art n'est pas pittoresque, où les 
peintres mettent dans leurs productions plus d'idées que 
de dessin, et plus de dessin que de couleur, devait voir 
tôt ou tard la gravure briller d'un vif et durable éclat. 
Cette supériorité commence avec le Poussin, dont les ou- 
vrages prêtaient tant à la gravure, et qu'elle a reproduits 
d'une manière très-remarquable. Etienne Baudet, Guil- 
laume Château, les Stella, Jean Pesne surtout, sans 
égaler comme éclat de burin, comme science de l'outil, 
les interprètes de Rubens, ne leur sont pas inférieurs 
sous le rapport de la fidélité et du sentiment. 

Nous entrons alors dans le second âge de la gravure 
française. Les Poilly, Edelinck, Nanteuil, Masson, Van 
Schuppen, élève de Nanteuil, Pierre Drevet, élève de Mas- 
son, portent l'art à une hauteur dont le nom de Gérard 
Audran marque le point extrême. On ne se lasse pas 
d'admirer dans les portraits et les grands sujets traités 
par ces maîtres la correction du dessin, l'habile distribu- 
tion de la lumière, l'adresse avec laquelle le même 
instrument fait reconnaître l'éclat du métal, la fermeté 
des chairs, le scintillement de l'eau, la transparence de 
la dentelle, la douceur de l'hermine et le degré de ve- 
louté et de finesse d'une étoffe. A Le Brun revient une 
bonne part dans ce progrès. En possession de la direction 
de toutes les branches de l'art, il n'épargna pas les con- 
seils à Gérard Audran, et celui-ci les mit à profit avec 
tant d'intelligence, qu'en interprétant Le Brun il sut 
l'égaler, et rendre quelquefois même sa traduction supé- 
rieure à l'original. Les Batailles d'Alexandre, les pla- 
fonds de Versailles, presque toutes les pièces gravées 
pour le Cabinet du Iioi, se recommandent par la fermeté 
brillante de l'exécution et la largeur du style. 

A partir de Gérard Audran, le sceptre do la gravure 
appartient à la France. Ce sont d'abord les élèves de Gi - 
rard : Benoist et Jean Audran, Nicolas Dorigny, Charles 
et Louis Simoneau, Gaspard Duchange, Alexis Loir, Louis 
Desplaces, Nicolas-Henri Tardieu; viennent ensuite les 
élèves de Tardieu, Laurent Cars et Philippe Le Bas ; ceux 
de Le Bas, Alliamet, Cochin, Willc, et puis Bervic, 
l'élève de VVille; Bouchcr-Desnoycrs , l'élève de Bervic; 
Alexandre Tardieu, M. IIcnriqucl-Dupont, élèves de Des- 
noyers. Ainsi, de Gérard Audran jusqu'à nos jours, lis 
saines doctrines, par leur transmission, en maintenant 
la supériorité do la France, lui ont assuré le glorieux pa- 
tronage qu'elle continue h exercer auprès des Ecoles 
étrangères. On a recherché dans leur temps, et on re- 
cherche encore, les productions de Bernard Picard, de 
Larmcssin, de Dupuis, de Daullé, de Beauvarlet, de L< - 
prince, de Balechou, de Flipart, de Ficquct, de Saint- 
Aubin, etc., avec autant d'empressement quo relies des 
graveurs que nous avons précédemment nommés. Pra- 



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tiqué par ces maîtres habiles, l'art du xvm e siècle fut 
exprimé avec ses qualités séduisantes et ses défauts. La 
gravure arrive vers la fin du siècle à une véritable origi- 
nalité dans la vignette; l'artiste préfère souvent le burin 
au pinceau. Mais l'art, dans ce badinage, perd chaque 
jour sous le rapport de la force et du style. 

Avec le peintre David, il se relève enfin ; on entre dans 
une manière large et sévère. Toutefois, il ne faudrait pas 
attribuer à David une action directe sur la gravure; l'in- 
fluence fut tout à l'ait indirecte. L'art ramené à d'autres 
idées y ramena naturellement le goût et la pensée des 
graveurs. Bervic devint un admirateur passionné dts bas- 
reliefs du Parthénon. On pouvait lui reprocher, ainsi 
qu'à son maître 'U'ille, l'exagération du procédé, l'affec- 
tation de la science et de la dextérité de l'outil; une 
étude des graveurs du xvn e siècle, alors plus assidue que 
celle des maîtres dont ils avaient à interpréter l'œuvre. 
Leurs élèves, avec moins de talent quelquefois, ont fait 
preuve de plus de modération consciencieuse. MM. Tar- 
dieu, Boucher-Desnoyers, ont laissé un grand nombre de 
productions très-distinguées, et quelques-unes capables 
de supporter la comparaison avec les chefs-d'œuvre de 
l'art qui les avaient devancés. Nous avons encore aujour- 
d'hui de dignes héritiers de leurs doctrines, et la main 
mourante de Desnoyers a passé à M. Henriquel-Dupont 
ce sceptre de la gravure dont la France est en possession 
depuis deux cents ans. 

ÉCOLES ÉTRANGÈRES. 

École allemande. — Son caractère peut se résumer en 
deux mots : idéal et matérialisme. Le sentiment exquis 
de la beauté manque au vieux génie allemand. Albert 
Durer est la personnification la plus complète de l'art de 
son pays; toute l'école allemande procède de lui, parti- 
culièrement Aldegrever et Hans Scheuffalen. Bientôt 
l'école d'Allemagne fut absorbée par celle d'Italie, et ne 
compta plus, au xvi e siècle, que des imitateurs de Marc- 
Antoine Raimondi. De nos jours, l'École allemande s'est 
attachée à rendre la pureté des contours et la ligne, plus 
que l'effet pittoresque. On cite parmi ses graveurs les 
plus distingués Merz, Felsing, Steinla, Joseph et Fran- 
çois Zeller. Le dernier a obtenu la médaille d'or à l'Ex- 
position des beaux-arts, en 1859, pour une belle planche 
de .la Dispute du S^Sacrement, d'après Raphaël. 

Ecole anglaise. — Les graveurs ont commencé par 
marcher dans la voie de tout le monde, aux xvi c et 
xvn e siècles : Strange imita Laurent Cars; Vivarès et 
Woolet prennent la manière de Le Bas ; mais les uns et 
les autres surpassent leurs maîtres, et Woolet, dans le 
maniement de l'outil, a fait de vrais tours de force. Les 
Anglais ont, en général, perfectionné les procédés et pro- 
duit des œuvres remarquables, surtout dans la gravure 
en manière noire. Un de leurs perfectionnements, dû à 
Conseil, est l'alliance de la manière noire et de la taille 
douce. Néanmoins on compte aussi chez eux d'excellents 
burinistes, et Raynbach, entre autres, s'est fait une juste 
réputation par ses tailles-douces, d'après Wilkie, surtout 
le Colin- Maillard. L'École anglaise réussit beaucoup 
dans les gravures d'animaux, et tes planches de Landseer 
sont, en ce genre, des chefs-d'œuvre. Le grand style ne 
s'accorde pas avec la nature des Anglais; ils tombent 
alors dans le roide et le théâtral. 

Écoli italienne. — Les premiers graveurs italiens fu- 
rent des dessinateurs originaux, qui reproduisaient par 
le burin leurs propres conceptions, tels queBoticelli, An- 
dréa Mantegna , Pollajuolo ; ils le firent avec une correc- 
tion et une fermeté de dessin admirables. Mais à partir 
de Marc-Antoine Raimondi, l'école des graveurs sur mé- 
tal se consacre à populariser les œuvres des grands 
peintres, ce qui la mit dans une excellente condition de 
progrès. Raimondi, élève de Raphaël, a reproduit, sous 
sa direction, les dessins des cartons de son maître, et a 
contribué à les populariser. Il est demeuré chef d'école, 
et a laissé de nombreux élèves, Augustin de Venise, Marc 
de Ravenne, Vico de Parme, Buonasone de Bologne, les 
Ghisi, etc., remarquables par un dessin généralement 
correct, un burin précis, serré, mais sec. Ugo da Carpi 
parvint à donner trois et quatre tons à la gravure en 
camaïeu. Volpato, Raphaël Moïghcn, malgré leur répu- 
tation, furent des graveurs monotones, qui ne surent pas 
prendre le caractère de leurs modèles, et portèrent par- 
tout une manière brillante et molle, la même pour tra- 
duire le Corrége et le Poussin. Ils ont dû leurs succès à 
l'heureux choix des modèles d'après lesquels ils ont tra- 
vaillé. Les Muller, malgré leur origine germanique, ap- 



partiennent à l'École italienne ; la Vierge à la chaise de 
J. Godard Muller, et la Vierge de Sixte V de Guillaume 
Muller, sont des œuvres estimables. — - Aujourd'hui, 
l'École italienne suit les traditions de l'École française : 
elle en a la facilité et le brillant. Nous citerons, parmi 
ses graveurs les plus remarquables, M. Toschi, auteur de 
Y Entrée d'Henri IV à Paris, d'après Gérard; Mercuri , 
à qui l'on doit les Moissonneurs dans les marais Pan- 
tins, d'après Léopold Robert ; M. Calamatta, qui a gravé 
le Vœu de Louis XIII, d'après M. Ingres, etc. 

Ecole des Pays-Bas. — Le créateur de cette école est 
Lucas de Leyde. Il mit dans les estampes le clair-obscur 
et la couleur au moyen d'une distribution profondément 
sentie de la lumière. Les autres graveurs de cette école 
ont plus de métier que de goût et d'invention : Corneille 
Cort, interprète du Titien, manque de sentiment, et Jean 
Muller, Henri Goltzius et toute son école, ainsi que celle 
des Sadeler, se distinguent par la vigueur et la hardiesse 
du burin, bien plus que par un vrai sentiment de l'art. 
— Rubens a créé une véritable école de gravure : il 
forma lui-même des graveurs, les dirigea, leur apprit à- 
s'inspirer, avant tout, de l'œuvre qu'ils devaient repro- 
duire par leur burin, et à mettre de la couleur dans leur 
travail ; aussi, aucun œuvre n'a été mieux gravé que le 
sien. Ses élèves, Vosterman, Pierre Souteman, Pontius, 
Bolswert, ont été d'éminents graveurs, et jamais le burin 
n'a eu plus d'éclat, ni rencontré plus de ressources. — 
Cependant Rembrandt fut un homme à part; il illustra 
un procédé de gravure à l'eau-forte, qui lui est particu- 
lier, et où il est resté supérieur à tous ses imitateurs. 
Nul n'a mieux compris, ni mieux rendu les oppositions 
d'ombre et de lumière. Ses défauts sont la vulgarité jus- 
qu'au trivial, et l'absence absolue du sentiment de la 
beauté. Néanmoins, il est resté le plus grand coloriste de 
l'École flamande, qui, depuis lui, n'a pas produit un gra- 
veur digne de prendre rang parmi les maîtres. 

V. Humbert, Abrégé historique de l'origine et des pro- 
grès de la gravure et des estampes en bois et en taille- 
douce, Rerlin, 1 752, in-8° ; Fournier, Dissertation sur l'ori- 
gine et les progrès de l'art de graver en bois, Paris, 1758, 
in-8°; Abr. Bosse, Traité de la gravure à l'eau-forte et au 
burin, Paris, 1758; Traité de la gravure en bois par Pa- 
pillon, Paris, 1700, et par Jackson, Londres, 1839; Jansen, 
Essai sur l'origine de la gravure en bois et en taille- 
douce, Paris, 1808, 2 vol. in-8°; Deleschamps, Des mor- 
dants, des vernis et des planches dans l'art du graveur, 
ou Traité complet de la gravure, 1830, in-8°; Léon de 
Laborde, Histoire de la gravure en manière noire, 1839, 
in-8° ; J. Renouvier, Des types et des manières des maîtres 
graveurs, pour servir à l'histoire de la gravure, Mont- 
pellier, 1850, in-i°; Passavant, Le peintre-graveur, con- 
tenant l'histoire de la gravure sur bois, sur métal et au 
burin, jusque vers la fin du xvi e siècle, Leipzig, 1800, 
2 vol. in-8°; J. Renouvier, Histoife de l'origine et des 
progrès de la gravure dans les Pays-Bas et en Alle- 
magne jusqu'à la fin du xv e siècle, Bruxelles, 1800, in-8°; 
Enciclopedia metodica délie belle arli, par l'abbé Pierre 
Zani, Parme, 1819 (la première partie, donnant la table 
des noms propres, renferme 19 volumes in-8°; la se- 
conde, inachevée, présentant la liste des sujets) est en 
9 vol. in-8°; Kunstler Lexicon , par Nagler, Munich, 
1835, 22 vol. in-8°; le Peintre graveur, par Bartsch , 
Vienne, 1818, 21 vol. in-8°; le Supplément, par Veigel , 
1 vol. in-8°; le Dictionnaire des Graveurs, de Strutt, en 
anglais, Londres, 1785, 2 vol. in-4°; le Dictionnaire des 
monogrammes, par IJrulliot, 3 vol. in-4°, Munich; 1832- 
33-34; le Manuel des curieux et des amateurs de l'art, 
ou Notice des graveurs et de leurs principaux ouvrages, 
Zurich, 1797-1808, 9 vol. in-S°, par Huber et Rost, etc. ; 
le Peintre graveur français, par M. Robert Duménil, 
S vol. in-8°, 1835-1850; l'Histoire de la gravure fran- 
çaise, de M. Georges Duplessis, ouvrage couronné par 
l'Académie des beaux-arts, en 1801, 1 vol. in-8°, etc.; 
le Discours historique sur la gravure, d'Émcric David; 
les excellents articles sur l'Histoire de la gravure, pu- 
bliés par M. Henri Delaborde dans la Revue des Deux 
Mondes, sont précieux à consulter : conçus à un point 
de vue élevé, ils abondent en vues ingénieuses et pro- 
fondes. B. 

GRÉAL (Le Saint-). V. Graai.. 

GRECQUE , ornement d'Architecture. V. Frette. 

grecque (Église). V. Église grecque, dans notre Dic- 
tionnaire de Biographie et d'Histoire, page 898, col. 2. 

grecque (Langue), une des langues aryennes ou indo- 
européennes, la plus analytique de toutes celles du 
groupe méridional. Le régime des castes, auquel les 



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Aryens d'Asie furent soumis, ayant été inconnu dans la 
Grèce , on en peut conclure que les Aryens qui s'établi- 
rent dans ce pays n'y trouvèrent déjà installées ni races 
jaunes, ni races noires, comme cela avait eu lieu en Asie. 
Issu du fond védique, mais déjà modifié sur sa route, 
l'idiome qui devint plus tard le grec fut donc une langue 
populaire, la langue de tous, et se forma en quelque 
sorte démocratiquement par le travail commun de tout 
un peuple. Les antiques hymnes orphiques, autant qu'on 
en peut juger par les imitations alexandrines, ressem- 
blaient singulièrement aux hymnes du Véda, et remon- 
taient peut-être aussi haut dans le passé. Mais la période 
épique des aèdes nous montre une langue se formant 
librement dans la bouche même du peuple et de ses 
chanteurs. Cette formation de la langue grecque con- 
traste avec celle du sanscrit, qui fut l'œuvre des brah- 
manes, c.-à-d. de prêtres philosophes et grammairiens, 
plus occupés de saisir l'ensemble et les rapports des 
choses pour en tirer une théorie, que de les examiner 
en particulier et en détail pour les faire tourner ensuite 
à leurs usages. Il est résulté de ces circonstances si op- 
posées, que le sanscrit est devenu une langue synthé- 
tique et le grec une langue éminemment propre à l'ana- 
lyse; le sanscrit est fait pour la contemplation, et le grec 
pour l'action. Toutefois, encore voisin de son origine , 
le grec conserva les avantages des langues synthétiques 
dans sa grammaire, analogue à la grammaire sanscrite, 
et dans la facilité qu'il a de composer des mots ou de 
les dériver les uns des autres; il demeura donc tout à fait 
propre à la poésie, comme il l'était à la science et aux 
affaires. 

Les anciens Grecs ne nous ont rien appris sur l'origine 
de leur langue ; un préjugé invincible élevait dans leur 
esprit une barrière infranchissable entre eux et les au- 
tres peuples, qu'ils appelaient des Barbares, et ils n'eus- 
sent pas imaginé pouvoir trouver au delà des limites de 
la Grèce la racine d'un mot grec. Platon seul avoue qu'il 
faudrait recourir aux langues étrangères, pour découvrir 
les sources où ses compatriotes avaient puisé la leur ; 
mais aucun travail de ce genre ne fut tenté. Hérodote 
prétend que les Pélasges, habitants primitifs de la Grèce, 
parlaient un idiome spécial, éteint de son temps; mais 
on n'avait fait alors aucune étude comparative des lan- 
gues, de manière à reconnaître les radicaux sous leurs 
transformations diverses; et il n'est pas douteux aujour- 
d'hui que l'idiome des Hellènes provenait de la même 
source que celui des Pélasges, dont il se distingua seule- 
ment par un vocabulaire plus riche et un mécanisme 
plus parfait. — Le grec, avant d'arriver à l'état sous lequel 
nous le connaissons, a subi de grandes modifications. 
Dès les premiers temps de l'occupation hellénique , on 
distingua trois tribus principales , la tribu éolienne , la 
tribu dorienne, et la tribu ionienne : de là trois formes 
principales de la langue commune, c.-à-d. trois dialectes. 
Les différences qui séparaient ces dialectes furent sans 
doute peu tranchées d'abord, à cause des relations à peu 
près constantes des peuples grecs entre eux dans les pre- 
miers temps de leur histoire, relations attestées par les 
exploits légendaires de Thésée, d'Hercule et autres héros, 
ainsi que par l'expédition des Argonautes, la guerre de 
Thcbes, et surtout la guerre de Troie. Les révolutions 
qui suivirent les temps héroïques, les émigrations nom- 
breuses des peuples du xu e au x e siècle av. J.-C, ne 
permirent pas à la langue de prendre un caractère 
d'unité, et, à l'époque d'Homère, c.-à-d. vers la fin du 
x" siècle, elle ne présente pas encore une parfaite uni- 
formité : l'ionien, sans doute, domine dans ses poésies ; 
mais d'autres formes en assez grand nombre y sont mé- 
langées, les unes éoliennes, quelques autres doriennes , 
d'autres dont il est impossible maintenant d'assigner le 
caractère. Au siècle suivant, où fleurit Hésiode, la langue 
poétique, la seule usitée dans les œuvres littéraires, dif- 
fère peu de celle de l'Iliade et de l'Odyssée. Mais, du 
i\' au vi e siècle, on voit se dessiner nettement chacun 
des trois dialectes qui jusque-là n'avaient pas eu de 
forme bien arrêtée : l'ionien apparaît plus net dans Ar- 
chiloque, Callinus, Tyrtée, Mimncrme, Anacréon; le 
(Milieu semble se fixer avec Alcman; l'éolien est porté à 
sa perfection par Alcée, Sappho, Krinne. Enfin, au 
cle, l'idiome athénien, modification du dialecte 
ionique, se montre avec des caractères bien distincts 
dans lis poésies de Solon. Au v" siècle, l'éolion est en 
<' < adence comme langue littéraire, et, se fondant avec 
le dorien, donne naissance .'in dialecte éolo-dorien des 
poé ies (!•; Pindare, de manière toutefois que l'élément 
dorien domine; on voit se fixer la prose ionienne, dont 



les œuvres d'Hérodote et d'Hippocrate sont les plus il- 
lustres monuments, tandis que la prose et la poésie atti- 
ques sont portées à leur perfection, l'une par Antiphon, 
Andocide, Lysias et Thucydide, l'autre par les grands 
poètes dramatiques. La suprématie littéraire et intellec- 
tuelle conquise dans ce siècle par Athènes donne à sa 
langue, désormais fixée, une prépondérance marquée sur 
tous les dialectes, dont elle s'est assimilé quelques 
formes, surtout dans la poésie ; l'éolien semble dispa- 
raître définitivement de la littérature ; l'ionien homéri- 
que devient de plus en plus une langue savante, à 
l'usage des poètes, et qui n'est plus guère comprise que 
dans les écoles et par les gens instruits ; l'ionien cesse 
peu à peu de s'écrire après Démocrite et Ctésias ; la 
Grèce a enfin une langue littéraire uniforme, qui est 
celle de Lysias , de Xénophon, de Platon, d'Iscorate, et 
de Démosthône. Cette langue se répand dans tout l'Orient 
après les conquêtes d'Alexandre le Grand; mais cette 
diffusion même en altéra promptement la pureté; et 
l'influence toute-puissante de la Macédoine au m" siècle 
en Grèce, en Egypte et dans l'Asie occidentale, amena 
dans le dialecte attique des modifications sensibles, 
contre lesquelles on sut réagir à Athènes et dans les 
principales écoles des rhéteurs et des sophistes, mais qui 
furent irrévocables en Asie, à Alexandrie, et même dans 
certaines parties de la Grèce européenne, puisque nous 
voyons Polybe écrire dans une langue qui se rapproche 
beaucoup plus de l'alexandrin que de l'élégance et de la 
pureté attiques. L'alexandrin subsista jusqu'au vn e siècle 
de l'ère chrétienne sans subir de modifications bien re- 
marquables : à cette époque il est définitivement rem- 
placé par le byzantin, qui s'est formé dès le v e siècle 
après J.-C, et qui, dégénérant peu à peu, devait aboutir 
au romaïque ou grec moderne. V. Alexandrin, Attique, 
Dorien, Eolien, Ionien, Macédonien (Dialecte), Byzan- 
tine (Langue). 

Dans les plus anciens monuments de la langue grec- 
que (l'Iliade et l'Odyssée), on trouve déjà tous les ca- 
ractères essentiels qu'on lui voit conserver dans les temps 
postérieurs : une déclinaison et une conjugaison très- 
variées et très-riches; une syntaxe éminemment synthé- 
tique; l'usage très-fréquent des ellipses, des syllepses, 
des attractions, des anacoluthes ; l'usage habituel de l'in- 
version, dans la prose comme dans les vers. Considérée 
au point de vue littéraire, elle est poétique et pittoresque 
entre toutes les langues, en même temps que naïve et 
simple. Elle excelle à exprimer, à l'aide de ses nom- 
breuses particules, des nuances fines et délicates ; ce qui 
contribue à lui donner une précision que les autres lan- 
gues ne sauraient atteindre au même degré, et qui fait le 
désespoir des traducteurs. Sa syntaxe est d'une merveil- 
leuse flexibilité, image de la mobilité et de la puissance 
d'imagination des grands écrivains. 

L'étude de la langue grecque , très - répandue dans 
l'Orient, où elle se maintint jusqu'à la conquête otto- 
mane, s'introduisit à Rome au 11 e siècle avant l'ère chré- 
tienne , et ne tarda pas à y prendre un grand dévelop- 
pement : sous les empereurs surtout , elle fut populaire 
dans les classes aristocratiques, et il fut souvent de mode 
à la cour de parler grec. De Rome elle pénétra clans la 
Gaule Cisalpine, puis dans la Transalpine, où elle était 
parlée depuis longtemps sur la côte S.-E., par Marseille 
et ses colonies, puis enfin dans l'Espagne. Elle parait 
même avoir été cultivée à Carnage, puisque Annibal 
savait non-seulement la parler, mais l'écrire ; au temps 
de César et d'Auguste , le roi de Mauritanie Juba II com- 
posa en langue grecque une sorte d'Encyclopédie dont 
nous avons quelques fragments. L'invasion des Barbares 
du Nord porta à l'étude du grec un coup mortel dans 
toutes les contrées où la langue n'était pas celle des peu- 
ples; quelques écrits d'Aristote et de Galien, traduits en 
latin d'après des traductions arabes des vin* et i\ e siè- 
cles, furent, au moyen âge, les seuls débris connus, 
parmi nous, de cette littéra*»re, qui ne reparut dans 
l'Occident sous sa forme originale qu'à la fin du xv c siècle. 
Cultivée en France avec ardeur par les savants du xvi c , 
et enseignée au Collège Royal, elle pénétra dès cette 
époque dans les écoles de l'Université de Paris et des 
Jésuites; interrompue par les guerres religieuses, cette 
étude reprit quelque éclat au xvii r siècle. L'esprit nova- 
teur du xvin e affecta de la mépriser, sans s'inquiéter de 
connaître les originaux, et lui fit perdre sa faveur. Res- 
taurée sous le l' r Empire, lors de la constitution de 
l'Université actuelle, elle a continué d'occuper dans les 
Études secondaires et supérieures la place importante 
qu'elle mérite à côté du latin et du français. Mais nulle 



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part elle n'a été cultivée avec autant de patience et d'ar- 
deur qu'en Allemagne, où cependant le point de vue 
auquel on l'étudié est plutôt critique et philologique que 
vraiment littéraire. — Considérée par rapport à l'utilité 
pratique , l'étude de la langue grecque est dans tous les 
pays un secours précieux pour l'intelligence prompte et 
nette des nombreux termes de sciences, d'arts et d'in- 
dustrie qu'on en a tirés directement ou que l'on a com- 
posés à l'aide d'éléments et de radicaux isolés, que les 
Anciens n'ont pu songer à associer; aussi quelques-uns 
sont-ils combinés d'une manière plus conforme à l'eu- 
phonie telle que la réclament nos oreilles françaises, 
qu'aux véritables principes de la composition des mots 
grecs. Étudiée plus à fond, et à un point de vue plus 
élevé, la langue grecque nous révèle le secret merveilleux 
d'une alliance intime entre le naïf et le sublime (Ho- 
mère), entre le ton familier et la noblesse du style 
(Platon et Sophocle); elle nous montre une simplicité 
élégante unie au pathétique chez Euripide, la finesse gra- 
cieuse à une certaine nudité de style chez Xénophon, et, 
dans Démosthène, tout à la fois la gravité, la véhémence 
et le naturel. V. Atticisme. 

Prononciation du grec ancien. — La prononciation du 
grec ancien est à peu près inconnue; et celle qu'on a 
adoptée dans l'Occident, le Nord et le Midi de l'Europe, 
est arbitraire et barbare, chaque peuple prononçant le 
grec d'après les règles usitées pour sa propre langue. Au 
xv c siècle, les Grecs réfugiés de Constantinople avaient 
apporté en Italie, en Allemagne et en France la pronon- 
ciation usitée de leur temps; mais des savants ayant 
démontré que cette prononciation ne pouvait, dans un 
grand nombre de cas, s'appliquer à la langue de l'anti- 
quité, et ne concordait pas avec les observations éparses 
dans les critiques ou autres écrivains, avec l'orthographe 
de certaines inscriptions, ni avec celle que les Grecs 
avaient adoptée pour reproduire dans leur langue des 
mots de la langue latine, ni avec la manière dont les La- 
tins écrivaient certains mots grecs en caractères romains, 
elle fut peu à peu abandonnée, et l'on prit le parti de 
prononcer comme on fait aujourd'hui. Toutefois, on ne 
saurait nier que, tout altérée que doit être, chez les Grecs 
modernes, la prononciation de leurs ancêtres, sur beau- 
coup de points ils se rapprochent plus que nous de la 
vérité. Le débat entre les partisans de la prononciation 
byzantine,, représentés par Reu< hlin, et ceux de la pro- 
nonciation arbitraire,, représentés par Érasme, roulait 
principalement sur certaines voyelles et diphthongues : 
»!, u, i, st, ot, devaient-ils se prononcer uniformément 
comme i ? a\i se prononçait-il af ou av, eu efou ev? Telle 
est, en effet, la prononciation des Grecs modernes. 

Les consonnes présentent beaucoup moins de difficultés 
que les voyelles et les diphthongues ; et le système des 
partisans de la prononciation moderne est plus solide sur 
ce nouveau terrain. Ainsi, il est à peu près certain que 
B avait un son demi-aspiré approchant de notre v : aussi 
voit-on le mot latin servus écrit en grec cipêo;. Les 
lettres 0, 9, % ont dû être des signes d'aspiration forte, 
et sont à peu près exactement représentées par le th an- 
glais, notre f, et le ch allemand. 

Bibliographie. — Un certain nombre de Traités gram- 
maticaux de la langue grecque nous ont été laissés par 
les Anciens; on peut consulter : les Fragments d'Aristo- 
phane de Byzance, publiés par Naurk, Halle, 1848, in-8°; 
ceux de Philémon, édités par Osann, Berlin, 1821; le 
Traité d'Apollonius Dyscole, De constructione orationis 
(édit. de Bekker, Berlin, 1817), et celui De pronomine 
(ibid., 1813); la Grammaire de Théodose d'Alexandrie, 
éditée par Goettling, Leipz., 1822, in-8"; et les Gramma- 
tici grœci de G. Dindorf, Leipz., 1823, in-8'. Nous avons 
aussi des Lexiques par Hésychius, Suidas, Photius, et 
Zonaras; un Onomasticon de Pollux, et un autre d'Orion 
de Thèbcs. — Parmi les auteurs modernes de Gram- 
maires du grec ancien, nous mentionnerons : Constantin 
Lascaris, Grammaire grecque, en grec, Milan, 1476; Aide 
Manuce, Grammaticœ grœcœ institutiones, Venise, 1515, 
in-4°; Théodore Gaza, Introductivœ grammaticœ lib. IV, 
Paris, 1529; G. Budé, Commentarii linguœ grœcœ, Paris, 
1518, in-fol. ; J. Camerarius, Commentarii linguœ grœcœ, 
Bàle, 1551; W. Camden, Grammaticœ grœcœ institutio, 
Londres, 1591, in-8"; Lancelot, Nouvelle méthode pour 
apprendre la langue grecque, dite Grammaire grecque 
de Port-Iioi/al, Paris, 1055, in-8°; Weller, Grammatica 
grœca, Leipz., 1781 ; J.-F. Fischer, Animadversiones in 
Velleri grammaticam grœcam, Leipz., 1708-1801, 4 vol. 
in-8°; G. Hermann, De emendanda ratione gramma- 
ticœ grœcœ, Leipz., 1801, in-8°; Viger, De prœcipuis 



grœcœ linguœ idiotismis, 4 e ' édit., !834 ; Maittaire, Grœcœ 
linguœ dialecti, édit. de Sturz, Leipz., 1807; Ahrens, De 
dialectis grœcis, Gœttingue, 1843, 2 vol. ; J.-L. Burnouf, 
Méthode pour étudier la langue grecque, Paris, 1813, très- 
souvent réimprimée; Ph. Buttmann, Grammaire grec- 
que, en allem., édit. de Lobeck, Berlin, 1830-30, 2 vol.; 
Aug. Matthise, Grammaire grecque, trad. en françaispar 
Gail et Longueville, Paris, 1831-42, 4 vol. in-8"; Thiersch, 
Grammaire grecque, 1820; Kûhner, Grammaire grecque, 
1835; Rost, Grammaire grecque, en allem., Gœttingue, 
1841, etc. — Les principaux Dictionnaires grecs mo- 
dernes sont ceux de : II. Estienne, Thésaurus lingue? 
grœcœ, Paris, 1572, in-fol., réédité de nos jours chez 

F. Didot; J. Scapula, Lexicon grœco-latinum, 1580; 
Schrevelius, Lexicon manuale grœco-latinum, Leyde, 
1045, in-8°; Hederich, Lexicon manuale grœco-latinum 
et latino-grœcum, édit. de Pinzger et Passow, Leipz., 
1825-1827, 3 vol. in-8°; J. Planche, Dictionnaire grec- 
français , Paris, 1809, in- 8°, amélioré plus tard par 
Vendel-Heyl et Pillon; Alexandre, Dictionnaire fran- 
çais-grec et Dictionnaire grec- français, 2 vol. in-8". 
J.-G. Schneider, Rost, Passow, W. Pape, ont donné poul- 
ies Allemands des Dictionnaires grecs estimés. Benfey 
a publié un Dictionnaire des racines grecques, Ber- 
lin, 1839; Goettling a écrit sur l'accentuation grecque, 
Spitzner sur la prosodie, Leusch sur la métrique. — 
Quant à l'histoire de la langue, on consultera avec fruit : 

G. Burton, Historia linguœ grœcœ, Londres, 1057, in-8°; 
Ingewald Elingius, Historia linguœ grœcœ, Leipz., 1091 ; 
L. Reinhard, Historia grœcœ linguœ crilico-litteraria, 
ibid., 1728, in-8°; Harles, [ntroductioin historiam linguœ 
grœcœ, Altenbourg, 1778, 3 vol. in-8". P. 

grecque (Littérature). Les œuvres littéraires de l'an- 
cienne Grèce, lues dans l'ordre où elles ont été compo- 
sées, nous offrent un tableau complet et animé des 
doctrines religieuses et philosophiques, des conditions de 
la vie sociale et de la vie privée, des relations politiques 
des cités entre elles, de rhistoire, des arts, en un mot de 
tous les éléments de la civilisation d'un grand peuple, et 
cela pour une période qui ne comprend pas moins de 
dix siècles. En poursuivant cette étude jusque dans les 
siècles qui ont suivi l'introduction du christianisme 
en Occident, en voit la littérature grecque renaître au 
souffle de cette religion nouvelle, produire les grandes 
œuvres des Pères de l'Église d'Orient, et se continuer de 
siècle en siècle jusqu'à nos jours. 

Cn fait domine l'histoire de la littérature hellénique, 
et la distingue de toutes les littératures anciennes et mo- 
dernes, à l'exception de celle de l'Inde : c'est son origi- 
nalité. Les Grecs n'ont point eu de maîtres : si, dans les 
temps les plus anciens, ils ont eu des relations de pa- 
renté avec les races aryennes de l'Asie centrale, et s'ils 
ont apporté avec eux, dans leurs migrations vers l'ouest, 
les chants, la langue et les traditions de leurs aïeux, il 
n'en est pas moins certain que, une fois fixés sur le sol 
hellénique, ils s'y sont développés par eux-mêmes, ont 
tiré de leur propre fonds leurs œuvres de littérature et 
d'art, ont créé les genres, les ont développés et perfi <•- 
tionnés par un travail qui a été le leur et sous la seule 
inspiration de leur génie. L'originalité et la perfecte n 
leurs ouvrages cn tout genre a fait d'eux les précepteurs 
et les modèles des peuples qui sont venus plus tard. 
Ceux-ci n'ont donc pu, par la force des choses, que re- 
faire, dans des conditions et à des points de vue différent?, 
ce que les Grecs avaient fait avant eux : les efforts des 
écoles appelées romantiques n'ont pas introduit, dans la 
littérature, des genres nouveaux, des formes nouvelles; 
prenant, comme les écoles classiques, les formes que les 
Grecs avaient créées, les romantiques des différent! 
de l'Europe ont moins innové dans l'art d'écrire propre- 
ment dit que dans l'esprit môme auquel ils ont de 
leurs inspirations. On pourrait même dire que pie 
genres créés par les Grecs et portés par eux à une su- 
prême perfection ont été d'abord dénaturés par les Ro- 
mains, puis détournés de nouveau de leur origine et de 
leurs conditions essentielles par les peuples modernes 
qui les avaient reçus de l'Italie; de sorte que ces genres 
n'ont plus été représentés dans les temps modernes, et 
demeurent, au moins dans leurs formes complètes, l'apa- 
nage de la Grèce antique. Telle est, par exemple, l'ode 
pindarique; telles sont aussi, à bien des égards, I 
gédie et l'épopée. 

Les œuvres littéraires de la Grèce, et principalement 
la poésie, plus étroitement liée à l'art que la prose, ont 
toujours, pendant une période de huit ou dix siècles, 
emprunté à la religion ses traditions, ses figures et ses 

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GRE 



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GUE 



symboles. Il y a une alliance constante entre les lettres 
grecques et la mythologie. La première condition pour 
bien comprendre et sentir les œuvres du génie grec, c'est 
ci- É se pénétrer des croyances religieuses de ces anciens 
temps. Mais il ne sutiit pas ici de se dunner une teinture 
•iice mythologique, et de savoir que Jupiter est fils 
i! : Saturne; il est. indispensable de se rendre compte de 
la valeur de ces conceptions symboliques, et de saisir 
leur signification; car c'est toujours avec leur valeur 
représentative que les dieux et les déesses paraissent dans 
la poésie et dans l'art; les actions qu'ils y accomplissent, 
les attributs qu'ils y reçoivent, ou sont consacrés par la 
tradition religiei ;e, ou no sont inventés par le poète et 
1 artiste que conformément au symbole primitif et fonda- 
mental. Ainsi entendue, la portion mythologique des 
s littéraires de la Grèce s'anime d'une vie nouvelle, 
et tout l'art antique devient intelligible. Cette union 
d'une mythologie symbolique et des conceptions du génie 
individuel est si étroite en Grèce, et en même temps si 
nécessaire, que l'on peut dater la décadence de la litté- 
rature et des arts, dans cette contrée, du jour où les 
symboles, perdant leur signification et leur empire, ont 
cessé d'être respectés par les poètes et les sculpteurs. 
Jusque-là, en effet, dans chaque genre, le génie propre 
de chaque auteur s'appliquait moins à créer des types 
nouveaux qu'à perfectionner, à polir, à rendre plus claire 
et plus saisissable à tous l'œuvre créée par ses devan- 
ciers. Le mouvement général qui portait l'esprit grec vers 
la perfection en toutes choses se produisait donc de 
même dans chaque genre particulier : il s'agissait moins 
de faire du nouveau que de faire mieux. C'est: ce qui 
explique pourquoi la Grèce ancienne a rempli nos bi- 
bliothèques ^et nos musées des mêmes sujets mille fois 
répétés. Mais on doit observer que le fonds de la mytho- 
logie et de l'histoire héroïque est d'une abondance et 
d'une richesse exi et offre des sujets d'une variété 

infinie. Lorsque la perfection eut été atteinte dans chaque 
genre, c.-à-d. lorsque l'on eut fait dire au symbole tout 
ce qu'il contenait, les poètes et les artistes se trouvèrent 
forcés ou de copier exactement l'œuvre des derniers 
maîtres, ou de dénaturer les types pour faire du nou- 
veau. On prit ce dernier parti. Mais c'était là une rup- 
ture ouve) • c la tradition; c'était aussi une dé- 
Me de conceptions excellentes, que l'on 
ni, ne pouvant plus être perfectionnées, 
n'étaient modifiées qu'à leur détriment. On peut dater 
de l'époque d'Euripide, vers la fin du v r siècle et le com- 
mencement .lu n" av. J.-C, cette sorte de révolte contre 
le passé, i tentative d'introduire dans la poésie et 
les arts des formes nouvelles et un esprit nouveau. C'est 
donc pend, ,nt la période qui précède immédiatement ce 
■'■ ile il appartient lui-même en partie, 
• ■' -et 3,6 <n,u> ■;£ et depci'sction des 
œuvres du génie grec. C'est de ce temps qu'il faut dater 
:adence, lenti d'abord et presque insensible, mais 
qui ne ti se précipiter. La fantaisie s'intro- 
duit alors dans les conceptions de l'esprit individuel ; on 
s'affranchit , i de la tradition; les grands genres 
s'épuisent; l'ar-t et la poésie ne sont plus qu'un jeu, et 
leurs <e , :, , objets de luxe payés par les princes et 
par les 

L'or te au respeci de la tradition natio- 

nale, a fait qu'i o Grèce les genres littéraires se sont 
succédé les uns aux autres dans leur ordre naturel, et 
sont arrivés i et, pour ainsi dire, a. ternie. 

C'est la rature qui, en Occident, présente ce 

caract !sre. i, les peuples qui sont venus après ont 

eu i> >ur nu , t tous à la fois, ces ou . rages qui ne 

i G - que successivement i 

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à des ouvrages nés du cœur 

il es pour lui. 

Le II nnnes sont la première firme, qu'ait n vêtue la 

; que durant une période antérieure à l'his- 



toire, antérieure même aux temps héroïques, et dont il 
est impossible de fixer les limites. Les noms d'Orphée, 
de Musée, de Linus, sont parvenus jusqu'à nous, mais 
non leurs chants; encore ces noms sont-ils entourés de 
légendes fabuleuses, qui font de ces personnages des 
êtres presque mythologiques. Les poésies connues sous 
le nom d'Orphiques n'ont aucun caractère d'authenticité; 
ce sont des productions des derniers temps de la Grèce; 
la langue parlée au temps des Argonautes, dont Orphée 
était, le chantre sacré, ne ressemblait certainement que 
de fort loin à celle des poésies Orphiques. Quant au 
fond même de ces poésies, il n'est ni pélasgique, ni hel- 
lénique ; on y reconnaît de la manière la plus claire, à 
coté de traditions grecques conservées dans les sanc- 
tuaires, des idées et des noms empruntés à l'Orient et 
particulièrement à l'Inde; de sorte qu'il est à peu près 
hors de doute que les poésies Orphiques ont été compo- 
sées en Egypte, et probablement à Alexandrie, à l'époque 
où les croyances de l'Orient et les idées philosophiques 
et religieuses de la Grèce tentaient de se combiner et de 
s'unir. Ces poésies ne peuvent donc nous donner qu'une 
notion très-imparfaite et même fausse de ce que furent 
dans les plus anciens temps les chants sacrés connus 
sous le nom d'Hymnes. C'est d'ailleurs que peut nous 
venir sur ce point quelque lumière. En effet, les vieilles 
traditions helléniques, les légendes relati-.es à ces poètes 
primitifs les rattachent de très-près au centre asiatique 
d'où les populations grecques étaient venues; le nom 
même d'Orphée n'a rien de grec, ainsi que beaucoup 
d'autres du même temps, et il a, ainsi que plus d'une 
légende, son explication naturelle dans les poésies asia- 
tiques conservées par les peuples de l'Inde. Ces poésies, 
ces hymnes, nous en possédons de volumineux recueils 
connus sous le nom de Védas (V. ce mot). C'est donc 
dans les chants des Védas, et plus spécialement du 
Rig-Véda, qu'il faudrait chercher le type primitif et ori- 
ginal des hymnes Orphiques. Car le Vé.la n'appartient 
pas plus à l'Orient qu'à l'Occident ; il est la source com- 
mune des croyances religieuses, de la poésie, de la 
langue, en un mot de la civilisation de l'Inde et de la 
Perse, de la Grèce, de L'Italie, de la Germanie et des 
peuples du Nord appartenant à notre race. 11 est donc 
vraisemblable que les poésies Orphiques, la langue dans 
laquelle elles étaient composées, les circonstances de la 
vie publique ou privée où elles étaient chantées, se rap- 
prochaient beaucoup de l'état où nous les voyons dans le 
Rig-Véda. 

Les Épopées sont venues après les Hymnes. Les popu- 
lations helléniques étaient depuis longtemps fixées sur 
le sol de la Grèce, des îles et des rivages de l'Asie 
Mineure, lorsque les chants épiques parvinrent à la 
forme littéraire qu'ils ont dans Homère. C'était le temps 
de ces royautés féodales entre lesquelles le monde hel- 
lénique fut longtemps partagé. Chaque coin de terre, 
chaque colline dominant la plaine ou la mer, avait son 
prince héréditaire, à la fois général, administrateur, 
législateur et juge. Les aèdes (Y. ce mut) chantaient 
dans les festins de ces hommes puissants et riches, les 
uns attachés, comme Phémius dans YOdi/ssée, à la cour 
des princes, d'autres voyageant de ville en ville et chan- 
tant, la phorminx à la main, dans les assemblées des 
hommes et des femmes. Les sujets de ces chants inter- 
rompus étaient d'ordinaire empruntés aux légendes hé- 
roïques de la Grèce, aux exploits des guerriers de l'âge 
précédent , ou même aux expéditions contemporaines. 
La grande expédition de Troie, avec ses antécédents et 
ses lointaines conséquences, forma le cycle épique par 
excellence, et la source inépuisable d'où découla la 
grand' ■ temps homériques. Ce serait une er- 

re 'de réduire ces œuvres de la poésie is Grecs 

à ce qui nou renu sous le nom d'Homère : Ho- 

mère a été le i ad des aèdes; mais tout le monde 

alors, Achille lui-même, était chantre de récits héroï- 
ques, ei chacun contribuait pour sa part à l'immense 
développement que prit dans cette période le genre de 
ie. L'Iliade n'est qu'un épisode de la guerre de 
"Voie; ['Odyssée en est un autre emprunté au même 
cycle héroïque. Il est hors de doute que les autres évé- 
nements do cycle troyen aient été chantés en vers 
dans tout le monde grec, et que, si le recueil de ces 
cl nts avait pu se faire avant l'époque de Pisisti 
nous posséderions des épopées grecques rivalisant d'éten- 
due avec celles de l'Inde et les dépassant peut-être. — 
Les aèdes épiques n'avaient plus rien de commun avec 
les chantres de la période des Hymnes ; ceux-ci étaient 
des prêtres plus encore que des poètes, et leurs œuvres, 



GRE 



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GUE 






transmises dans les familles et dans les sanctuaires, ont 
composé la liturgie sacrée; rien de semblable pour Ho- 
mère. Les aèdes de son temps et lui-même n'ont au- 
cune autorité publique , et ne paraissent dans les céré- 
monies que comme simples particuliers ; leurs œuvres 
sont donc pour ainsi dire laïques, leur poésie est libre 
et sécularisée; leur génie seul donne toute leur valeur à 
leurs chants. On retenait, on redisait les meilleurs ; 
leur nombre allait grossissant, et à la fin, tous les évé- 
nements du grand cycle troyen se trouvant exprimés en 
vers dans la mémoire des hommes, il fut possible d'en 
rassembler les fragments épars et de composer de véri- 
tables épopées. Les Rapsodes sont venus presque en 
même temps que les aèdes ; mais il y en a eu longtemps 
après que la poésie épique se fut éteinte. C'est grâce à 
ces couseurs de chants que les œuvres épiques du temps 
d'Homère se sont conservées, puisqu'il est à peu près 
certain qu'à l'époque de ce grand poète .les Grecs ne con- 
naissaient pas l'éciiture. Les Diascévastes ou distribu- 
teurs, qui, au temps de Pisistrate, donnèrent de l'Iliade 
et de l'Odyssée une première édition complète, ne firent 
que placer dans leur ordre naturel les pièces détachées 
que leur fournirent les rapsodes. Cette apparition tar- 
dive des épopées sous une forme systématique a sou- 
levé dans l'antiquité deux questions sur lesquelles les 
modernes sont encore partagés : Homère a-t-il existé, ou 
ce nom n'est-il qu'un symbole, une personnification du 
génie épique? S'il a existé, est-il également l'auteur de 
l'Iliade et de l'Odyssée ? 11 n'y a aucune raison sérieuse 
de douter qu'il y ait eu un grand poëte du nom d'Ho- 
mère, comme il y a eu un Somund pour l'Edda, un Vâl- 
mîki pour le Râmâyana. Mais il est permis de croire 
qu'il n'avait pas composé les épopées homériques avec 
la forme qu'elles ont aujourd'hui, puisque cette forme 
leur fut donnée au temps de Pisistrate. On ne saurait 
f'appuyer sur l'unité de chacune d'elles, puisque les évé- 
nements eux-mêmes donnent l'unité à l'épopée, et que 
cette unité n'est qu'un cadre d'une grandeur indéfinie où 
l'on peut intercaler à volonté les épisodes. C'est ainsi 
qu'a été composé, on le sait, le Mahûbhârata. Enfin il 
• est permis de croire que l'Iliade et l'Odyssée ne sont 
l'œuvre ni d'un môme homme, ni d'un même temps, ni 
d'un même pays. — La langue des épopées homériques 
n'est pas la langue grecque usuelle , il n'y avait pas à 
cette époque une langue commune; chaque province ou 
plutôt chaque race avait son dialecte. Ceux des cotes 
d'Asie étaient mieux compris et plus perfectionnés que 
ceux du continent, à cause de leur contact journalier 
avec les peuples civilisés de l'Asie. C'est l'ionien qui do- 
mine dans Homère, principalement dans l'Iliade; mais 
ce dialecte est loin de s'y présenter avec la même pureté 
que dans Hérodote, qui vivait cinq siècles plus tard; d'où 
l'on peut conclure que les épopées sont l'œuvre d'un 
homme ou de plusieurs hommes ayant séjourné dans 
diverses parties de la Grèce et ne parlant plus rigoureu- 
sement leur langue maternelle. Cette diversité des lieux 
et peut-être des temps se remarque aussi dans la grande 
épopée indienne. 

Les épopées homériques, admirables comme œuvres 
littéraires, ont été le modèle primitif imité par les poètes 
épiques des temps postérieurs. Mais ce qui leur donne 
une supériorité incontestable, c'est qu'elles n'ont rien 
d'artificiel dans aucune de leurs parties, dans aucun 
récit, dans aucun tableau, et qu'elles sont l'œuvre de la 
nature dans toute sa spontanéité. Elles nous offrent de 
plus un tableau fidèle de la société hellénique du temps, 
avec ses croyances religieuses, ses symboles, sa vie pri- 
vée, ses souvenirs guerriers, ses courses aventureuses. 
Un puissant intérêt s'attache à leur lecture, parce que , 
outre cette curiosité continuellement éveillée en nous et 
à chaque instant satisfaite, elles nous offrent l'expression 
naïve et vraie des sentiments les plus variés de notre 
nature. Le nombre si grand des personnages et des situa- 
tions ne laisse endormi en nous aucun de nos instincts ; 
tous se développent et parlent à leur tour, et cela avec 
une convenance et un naturel qui n'ont jamais été sur- 
passés. 

C'est à cette même période épique qu'appartient Hé- 
siode, dont les œuvres ont un caractère de personnalité 
incontestable : sa Théogonie est une tentative hardie de 
systématiser les croyances religieuses de son temps ; 
mais il ne semble pas que cette œuvre ait eu les consé- 
quences que le poète semblait en attendre, car le prin- 
cipe opposé à celui qu'il admettait a prévalu dans presque 
toute la Grèce, et l'on a continué à regarder le monde 
comme issu d'un principe masculin et non d'un principe 



i femelle. Le fond d'idées contenu dans les deux poèmes 
d'Hésiode est peu favorable à la poésie, et explique suffi- 
samment leur brièveté. 

Un espace de temps considérable s'écoula entre l'époque 
homérique proprement dite et l'apparition des grands 
genres qui devaient succéder à l'Épopée. Une transition 
insensible s'opère durant cette période entre l'état féo- 
dal et la constitution des cités oligarchiques ou démo- 
cratiques. La poésie se développe dans des genres secon- 
daires sur toute la surface du monde grec. En même temps 
que l'on continue à chanter ces fragments épiques connus 
sous le nom d'Hymnes d'Homère et à célébrer sous cette 
môme forme les autres événements des temps héroïques, 
Retours des héros, Thébaïdes, Iléracléides, on voit naître 
l'antique Élégie, caractérisée par le vers de cinq pieds 
nommé élégos , et dans laquelle brillèrent Callinus et 
Tyrtée au vn e siècle av. J.-C. Vers le même temps flo- 
rissait aussi la poésie iambique, qui fut la satire des 
Grecs, et à laquelle Archiloque a attaché son nom. La 
poésie s'exerçait même dès lors et dans le siècle suivant 
sur des sujets purement moraux et philosophiques : Mim- 
nerme, Solon, Phocylide, Théognis sont demeurés célè- 
bres dans ce genre. Mais ce sont là des genres inférieurs, 
et qui le cèdent à l'ode et à la poésie dramatique. 

La poésie lyrique est tout entière dans l'Ode. C'est à 
Lesbos, île éolienne, que l'ode reçut au vn e siècle une 
forme définitive; elle est, comme les autres genres, une 
création du génie grec, et rien n'indique qu'elle ait été 
conçue à l'imitation des chants hébraïques, qui n'ont 
avec l'ode aucun point commun. L'ode est née en Grèce 
avec la musique, et a toujours eu avec elle une union in- 
dissoluble ; c'est de ce rapport étroit qu'est venu à ce 
genre le nom de poésie lyrique, et les Grecs sont le seul 
peuple littéraire qui ait cultivé la poésie lyrique dans 
toute sa pureté. L'ode grecque est caractérisée par l'ab- 
sence de vers ; la mesurey est remplacée par le rhythme, 
et par ce mot les Grecs entendaient ce que nous appe- 
lons un air. Il est aussi impossible de concevoir une ode 
grecque sans musique, qu'un opéra réduit aux paroles. 
La pensée lyrique se présentait à l'auteur sous la double 
forme d'une prose rhythméo et d'une mélodie. Telle est 
l'essence de l'ode grecque. L'ode ne fut constituée que 
par l'invention de l'heptacorde, qui, 'donnant toute la 
série des notes , permit d'exprimer tous les sentiments 
dans les modes musicaux qui leur étaient le mieux ap- 
propriés. Chaque dialecte eut ses poètes lyriques dans 
un temps où il n'y avait pas encore une langue com- 
mune; à chaque, dialecte correspondait naturellement un 
mode musical déterminé; le plus musical de tous était 
le dialecte dorien, comme le mode dorien est le plus 
poétique des modes. — Les lyriques éoliens se ratta- 
chent à Orphée par les traditions de l'école d'Antissa, et 
aux provinces de Phrygie et de Lydie par la nature des 
modes musicaux dont ils faisaient usage. Terpandre fut 
considéré par les Crées comme le père de la poésie 
lyrique; mais il appartient à peine à l'histoire. Alcéc de 
Mitylône mit la lyre au service de la politique dans un 
temps de discorde, et de la volupté dams l'île la plus 
dissolue des rivages d'Asie ; c'est à lui qu'appartient le 
rhythme alcaïque , si souvent imité par Horace. Sous la 
direction enthousiaste de Sapho, de Lesbos, l'école d'An- 
tissa se dédoubla en quelque sorte; Sapho institua des 
chœurs de ieunes filles, dont les chants lyriques eurent 
un écho dans toute la Grèce. — A cette époque le génie 
dorien ajoutait au lyrisme des rivages de l'Asie l'eu- 
rythmie et la sévérité des formes; Alcman à Sparte, 
Stésichore en Sicile , constituaient le chœur dithyram- 
bique, créé par Arion , et le complétaient par l'épode. — 
Les Ioniens donnèrent ensuite au fond même de l'ode ce 
qui lui manquait encore, une entière liberté d'allure. 
Cette race privilégiée produisait à la fois le joyeux et po- 
pulaire Anacréon, le savant et mélancolique Simonide. 
C'est l'époque des grandes théories musicales, nées sous 
l'influence de l'école pythagoricienne, et qui mirent entre 
les mains des poètes lyriques et dramatiques une puis- 
sance toute nouvelle. A ce siècle (520-400) appartient le 
plus grand lyrique de tous les temps, Pindare. L'ode 
triomphale , créée par Simonide , était chantée soit en 
séance après les Jeux, soit en marche, soit même avec 
danse dans la demeure des vainqueurs. Elle a un carac- 
tère essentiellement national et populaire ; elle peut être 
écrite dans tous les dialectes, et chantée sur tous les 
modes. Elle est héroïque et calme, elle ne procède pas 
de la passion; mais elle passe aisément des événements 
ordinaires aux réflexions sublimes. Elle est religieuse, 
comme l'occasion qui l'a lait naître : Pindare compose 



GRE 



99G 



GRE 



dans les mômes conditions que Phidias. En somme, l'ode 
triomphale, dans sa perfection pindarique, est un ensei- 
gnement moral appuyé sur les traditions, ayant pour 
motif une victoire aux grands Jeux de la Grèce, adressé 
aux hommes assemblés, et se fortiliant par le sentiment 
musical. 

La poésie dramatique parvint à sa perfection pres- 
que en môme temps que l'ode; la Tragédie vint la pre- 
mière; la Comédie se forma sur son modèle. C'est vers 
le temps de Pisistrate que le chant en l'honneur de Bac- 
chus, appelé Dithyrambe (V. ce mot), se transforma par 
degrés en tragédie, lorsque le poëte, qui récitait ou chan- 
tait les aventures du Dieu, admit un interlocuteur, et 
mit son récit en action. Peu à peu le dialogue se sé- 
para du chant, et ce dernier constitua le chœur (V. ce 
mot), lequel continua ses évolutions autour de l'autel. 
Thespis contribua plus que les autres poètes à cette trans- 
formation du chant bachique en tragédie; il n'admit 
qu'un seul personnage, qu'un seul acteur, lequel était 
toujours en scène pendant la représentation, et ne se re- 
posait que dans les moments remplis par les chants du 
chœur. Au temps d'Eschyle, on faisait encore des tra- 
gédies ayant cette extrême simplicité, offrant des chœurs 
très-développés, un dialogue assez court et une action 
presque nulle. Eschyle donna à la tragédie sa forme 
définitive, et nous avons de lui la plus grande œuvre 
dramatique qui existe, la trilogie nommée Orestie (V. ce 
mot). A cette époque Bacchus avait cessé d'être le 
personnage obligé de la tragédie ; les sujets étaient d'or- 
dinaire empruntés à l'histoire héroïque de la Grèce, sur- 
tout aux légendes troyennes et thébaines; mais Eschyle 
mettait aussi sur la scène des sujets purement mytho- 
logiques, cotnme son Prométhée, ou purement histo- 
riques et contemporains, comme ses Perses. Il n'y avait 
point d'entr'actes ; les chants du chœur en tenaient 
lieu. Tous les personnages portaient le masque et le 
cothurne, le premier, parce que les conditions et l'esprit 
de l'art grec n'eussent pas permis qu'un acteur avec sa 
figure représentât Jupiter, Minerve ou Agamemnon ; le 
second , parce que, le masque étant admis , il fallait 
rétablir les proportions du corps de l'acteur en relevant 
sa taille. Ces deux parties essentielles du costume tra- 
gique étaient, du- reste, favorables à l'effet général dans 
les immenses théâtres de la Grèce. Le chœur tragique 
ne put parvenir à sa perfection qu'au temps d'Eschyle, 
lorsque tous les modes musicaux eurent été réunis dans 
une vaste synthèse, et que les poètes lyriques eurent conçu 
cet admirable ensemble mélodique connu sous le nom de 
strophe, antistrophe et épode. — La tragédie grecque 
n'a jamais eu plus de puissance et d'audace que dans 
Eschyle. Sophocle y ajouta cette justesse des proportions, 
cette grâce et cette sensibilité exquise, cette action con- 
tinue et progressive qui, sans nuire à la force et à la 
simplicité, ont l'ait de ses tragédies des modèles pour la 
postérité. L'art à cette époque atteignait en toutes choses 
à sa perfection ; tout ce qu'il y avait de rude dans les 
œuvres des précédentes générations disparaissait. C'était 
ce siècle, ou, pour mieux dire, cette période de Périclès, 
où la civilisation hellénique avait encore toutes les vertus 
du passé, sans avoir les vices et les défauts des temps 
postérieurs. Pindare, Sophocle, Phidias, Périclès lui- 
même, Hérodote, puis Thucydide et un grand nombre 
d'hommes d'un génie supérieur ont formé dans les arts 
et les lettres à la fois un ensemble qui ne se présente 
aussi complet à aucune autre époque de l'histoire. — 
Euripide n'est point un auteur de décadence , il est 
presque contemporain de Sophocle; mais, concevant 
l'art d'une autre manière, il y introduisit des usages 
nouveaux qui contribuèrent a l'altérer et à le perdre. La 
tradition n'est plus respectée au môme degré; les dieux 
et les héros sont amoindris, pour ôtre rendus plus hu- 
mains; ta dignité du langage n'est plus observée comme 
dans Eschyle et Sophocle; on s'adresse moins à l'intelli- 
gence du spectateur qu'à ses passions; on cherche le 
tragique et le pathétique, au lieu de ce calme et de cette 
majesté que les personnages conservaient, jusque dans 
leurs violences. Nul auteur tragique ne remue plus pro- 
fondément le cœur humain qu'Euripide; c'est lui surtout 
qui servait de mode! i à notre Racine, qui a. traduit du 
grec quelques-unes de ses scènes les plus émouvantes. 
La tragédie devient de plus en plus humaine; mais le 
niveau de l'art s'abaisse à chaque pas qu'elle fait en ce 
sens. — Nous ne citons ici que les plus grands écri- 
vains. Mais l'histoire nous a conservé les noms de beau- 

i d'autres, et. nous montre que, dans la tra ' i 
comme dans les autres parties de la littérature, le i lie 



grec a été d'une extrême fécondité. On fit des tragédies 
longtemps après Euripide, et l'on en faisait encore lorsque 
la Grèce, devenue province romaine, n'était plus que 
l'ombre d'elle-même. Mais la sophistique se mêla de plus 
en plus à la tragédie ; les sentiments et les idées, trop 
subtilement analysés, nuisirent à l'action ; les grandes 
pensées disparurent avec la foi religieuse et politique, et 
avec les bonnes mœurs; on peut dire qu'au temps 
d'Alexandre la bonne tragédie était morte et ne devait 
pas renaître. 

La comédie grecque naquit aussi dans les fêtes de 
Bacchus, mais de cette-partie de la fête que l'on appelait 
comos , et que caractérisaient les ris, les chants joyeux 
et l'ivresse. 11 n'y avait donc aucune tendance possible à 
unir la comédie et la tragédie , et à composer ces œuvres 
mixtes que les modernes appellent drames. Née presque 
en môme temps que la tragédie , la comédie grecque ne 
tarda pas à prendre un caractère politique, et à devenir 
une satire personnelle des hommes du jour. Telle fut 
certainement la comédie entre les mains de Cratinos et 
d'Eupolis, qui, avec Aristophane, sont les poètes de l'an- 
cienne comédie athénienne. Une licence extrême la ca- 
ractérise, non-seulement dans la critique des actions et 
des mœurs des particuliers, mais dans l'invention des 
personnages et des situations; une fantaisie sans limite, 
que les romantiques modernes et les auteurs d'opéras et 
de pièces à illusion n'ont pas égalée, anime les pièces 
d'Aristophane ; c'est là que s'étale dans toute sa gaieté 
licencieuse la vie exubérante des peuples du Midi. Mais 
les poètes prirent parti dans les événements politiques, 
et le grand nombre des spectateurs auxquels ils s'adres- 
saient leur donnant une influence démesurée, le gou- 
vernement d'Athènes supprima, en l'année 40i, la para- 
base ( V. ce mot), discours direct du poëte aux spectateurs, 
et défendit qu'aucune personne vivante fût mise sur la 
scène. Ce décret des trente tyrans ne lut jamais rap- 
porté. Sous l'influence de ces conditions nouvelles et de 
la philosophie socratique qui se développait alors, la co- 
médie chercha quelque temps une voie nouvelle , et 
devint à sa renaissance une critique générale des mœurs 
et des travers de l'humanité ou de la société du temps. 
Telle fut déjà la comédie moyenne d'Antiphane et d'Alexis, 
dans ses incertitudes; telle fut certainement la nouvelle 
comédie, qui, à la fin du iv e et au commencement du 
m" siècle, jeta, avec Ménandre et Philémon, le plus vif 
éclat. Les siècles postérieurs, soit à Rome, soit chez les 
modernes, imitèrent, non Aristophane, qui est à peine 
imitable, mais les poètes de la comédie nouvelle, grands 
peintres de mœurs et de caractères, sachant l'aire naître 
une action et une intrigue des sentiments et des situa- 
tions initiales des personnages. 

La prose grecque, avant Alexandre, comprend surtout 
l'histoire, l'éloquence et la philosophie. L'Histoire, 
comme la poésie , naquit sur les rivages de l'Asie Mi- 
neure : Cadmos, Hératée, sont de Milet ; Hellanicos est 
de Mitylènc, Hérodote d'Halicarnasse; c'est ce dernier 
qui donna le premier une forme littéraire à l'histoire, et 
qui créa le genre. Il lui donna la forme d'une épopée, 
prenant pour sujet dominant la grande lutte de la Grèce 
et de la Perse qui dépassa de beaucoup la guerre de 
Troie, et amenant les histoires particulières des peuples 
de Grèce et d'Asie jusqu'au moment où ils se trouvent 
partagés entre les deux camps. Cette forme donnée a 
l'histoire est moins humaine, moins politique que la 
forme chronologique; mais elle est certainement plus 
grandiose et plus littéraire; elle fait d'un livre d'histoire 
une véritable œuvre d'art; celle d'Hérodote est, du reste, 
sous l'invocation des neuf Muses, et elle fut. présent Se 
aux Grecs dans le grand concours des arts et de la poésie, 
aux jeux Olympiques. Cette forme, était parfaitement 
appropriée aux événements qu'elle revêtait, lesquels 
n'ont rien de politique et sont les péripéties d'une lutte 
internationale, d'une guerre des deux mondes. L'his- 
toire grecque se présente tout d'abord avec le caractère 
de véracité qui la distingue des œuvres d'imagination; 
les accusations longtemps portées contre la bonne foi 
d'Hérodote tombent tour à tour devani les découvertes 
modernes. — Les faits qui suivirent la guerre médique 
sont d'une nature politique; la guerre du Péloponèse a 
ce caractère, puisqu'il s'agissait, là d'un conflit entre 
deux constitutions, l'oligarchie de Sparte et la démo- 
cratie d'Athène. L'histoire qui la raconte est une his- 
toire politique; les récits de Thucydide ne sont plus 
groupés sous une forme poétique; ils se développent sui- 
vant l'ordre -les années et des faits. - mme un draine 
où les acteurs sont des hommes réels, et où les scènes 



GUE 



997 



GRE 



procèdent des caractères de chacun d eux et dos condi- 
tions générales où ils sont placés. L'œuvre de Thucydide 
n'a été égalée par aucun historien des temps postérieurs; 
car jamais des formes oligarchiques et démocratiques 
aussi pures n'ont été aux prises, et n'ont trouvé un 
homme qui ait su les approfondir et en exposer la lutte 
avec autant de génie que Thucydide. Cet auteur marque 
le point de perfection de l'histoire chez les Grecs. — 
Xénophon, qui le continue, est loin de l'égaler : l'his- 
toire entre ses mains est ou une simple narration, à la 
vérité fort intéressante, ou des mémoires, ou des récits 
mêlés de fantaisie et destinés à soutenir un système de 
philosophie politique. — Nous n'avons aucun des ou- 
vrages historiques composés dans le iv c siècle, et qui 
faisaient suite à Thucydide et à Xénophon. L'histoire du 
genre ne peut être faite pour cette période que par con- 
jecture : Ctésias, Théopompe, Éphore ne nous sont con- 
nus que par des citations et des témoignages ; l'esprit 
de l'histoire se perd durant ce siècle, la'fantaisie se mêle 
à la réalité. Il faut descendre jusqu'à Polybe. Mais ici 
l'histoire change de caractère et de matière. Rome a con- 
quis une grande partie de l'ancien monde ; c'est à dé- 
mêler les causes et les procédés de cet agrandissement 
que l'histoire s'applique; elle devient donc plus générale 
et en quelque façon plus philosophique et plus instruc- 
tive pour les races futures : la vérité a repris tous ses 
droits ; elle exige de l'écrivain le savoir, la pratique des 
affaires, la clarté des déductions, la justesse des juge- 
ments et leur impartialité. Polybe est demeuré dans ce 
genre le modèle des historiens modernes ; mais il est 
moins politique que Thucydide. — H y a une grande 
décadence de ce genre de Polybe à Denys d'IIalicarnasse. 
et à Diodore de Sicile. A cette époque les Grecs étaient 
répandus sur toute la surface du monde romain. — Plu- 
tarque, au 1 er siècle de notre ère, écrivait en grec dans un 
genre qu'il semble avoir créé , la biographie. Les Vies 
des hommes illustres sont en histoire ce qu'en peinture 
est le genre du portrait; c'est l'histoire réduite à ses plus 
petites proportions. Il n'y a point d'art dans les Vies de 
Plutarque; l'histoire mérite à peine sous cette forme de 
compter dans la littérature; elle est à la portée des moins 
habiles; c'est l'extrême décadence du genre inauguré par 
Hérodote. Cependant l'on continua toujours à écrire l'his- 
toire en langue grecque sous l'Empire romain et à Con- 
stantinople; et c'est, de toutes les formes littéraires, celle 
qui a montré le plus de persistance. 

L'Éloquence grecque a deux grandes époques, Périclès 
et Démosthène. C'est de tous les genres littéraires celui 
qui appartient le plus évidemment aux temps histori- 
ques; en Grèce elle est née avec eux , elle a grandi avec 
l'art oratoire; elle s'est montrée essentiellement poli- 
tique ou judiciaire; les Grecs n'ont point connu l'élo- 
quence sacrée, parce qu'il n'y avait pas en Grèce d'ensei- 
gnement religieux ni de chaires. L'éloquence grecque 
est liée avec la démocratie, et c'est dans Athènes que 
l'une et l'autre atteignent tout leur développement. 
L'unité monarchique de Philippe et d'Alexandre met fin 
à l'éloquence. — Thémistocle peut être regardé comme 
le premier orateur qui ait paru en Grèce; en lui se per- 
sonnifia l'esprit athénien; après la guerre médique, il fut 
déclaré que, par l'art de la parole, il avait sauvé la na- 
tion. Perfectionnée rapidement pendant ce siècle, l'élo- 
quence parvient à sa plus haute expression dans la per- 
sonne de Périclès, dont la parole gouverna Athènes 
pendant quarante ans. C'est l'éloquence sans passion , 
sans gestes, sans action apparente, forte d'idées, maî- 
tresse d'elle-même, impersonnelle, sans artifices , belle 
et calme comme une statue de Phidias. Deux fléaux 
changent alors l'esprit public, la peste qui démoralise 
la ville, la guerre dorienne qui n'avait plus le génie de 
Périclès pour la diriger. La démagogie est maîtresse de 
la place publique; elle est armée de tous les moyens 
fournis par la sophistique et la rhétorique ; Cléon, Alci- 
hiade du côté des démocrates, Antiphon à la ville, Phry- 
nichos à l'armée du coté de l'oligarchie, soulèvent des 
tempêtes et détournent l'éloquence de son but légitime ; 
c'est le règne de la terreur et de la violence. La victoire 
de Lysandre et l'établissement des Trente et des har- 
mostes rendirent silencieuses toutes les tribunes en 
Grèce. Quand on fut sorti de cet état violent, on vit 
naître l'éloquence de cabinet : Lysias, qui la représente, 
fut un orateur judiciaire; mais comme il n'y avait dans 
Athènes ni avocats, ni ministère public, il ne parut 
qu'une fois au tribunal, et tous ses discours ont été 
composés pour d'autres personnes et prononcés par i 
elles. C'est le plus pur atticisme qui s'y fait remarquer; 



les règles de la rhétorique y sont scrupuleusement sui- 
vies. — Le professeur lsocrate n'a jamais prononcé un 
discours; il a écrit pour d'autres, comme Lysias; il a 
aussi composé des plaidoyers pour des personnages hé- 
roïques ou pour des causes imaginaires. Cependant il 
était regardé comme le plus grand orateur de son temps ; 
il est donc évident pour nous qu'à cette époque élo- 
quence et rhétorique étaient confondues. Les trois grandes 
œuvres oratoires d'Isocrate ne sont pas des discours et 
n'auraient pu être prononcées; ce sont des brochures ou 
pamphlets politiques. — La grande éloquence se ranima 
sur les questions du temps : la plus importante , celle 
que les guerres médiques avaient soulevée, qu'avaient 
élaborée les Dix-mille et Agésilas , était la question de 
Perse ou d'Orient. Elle se compliqua, vers le milieu du 
iv e siècle , de la question du Nord ou de Macédoine. Les 
projets de Philippe partagèrent les orateurs en deux 
camps : d'une part lsocrate, Eubule, Eschine, usant, d'ha- 
bileté et de sophismes ; de l'autre Lycurgue, Hypôride, 
Hégésippe, Démosthène, s'appuyant sur le sentiment de 
l'indépendance nationale et luttant contre Philippe avec 
une éloquence qui croissait comme le danger. La dé- 
faite de Chéronée et le triomphe de la Macédoine mirent 
fin à l'éloquence grecque, à la démocratie et à l'indé- 
pendance. 

La Philosophie produisit le dernier venu des genres lit- 
téraires de la Grèce. Elle parla d'abord en vers, au temps 
où, se confondant avec les sciences particulières, elle 
cherchait elle-même sa voie. Mais l'enseignement socra- 
tique changea ses habitudes, et lui fit adopter la prose 
comme sa langue naturelle; toutefois, avant Socrate, 
les derniers philosophes des anciennes écoles, Heraclite, 
Anaxagore, avaient composé des traités en prose, dont il 
reste des fragments. A cette même époque écrivait Hip- 
pocrate, que l'on peut nommer le philosophe de la mé- 
decine, et qui fit dans cet art une réforme analogue à 
celle de Socrate dans la philosophie. De l'école de Socrate 
sortit toute une phalange d'écrivains philosophes, dont 
les plus illustres ont été Xénophon et Platon. La vie 
aventureuse du premier ne lui donna pas le loisir de se 
livrer tout entier à la composition d'ouvrages purement 
philosophiques; cependant plusieurs de ses écrits en ce 
genre sont demeurés célèbres, et offrent cette clarté de 
style et cet agrément dans la forme qui sont le caractère 
de cette école. Platon, l'un des plus féconds écrivains de 
la Grèce, adopta, pour exposer ses idées philosophiques, 
la forme du dialogue, empruntée au théâtre, et mit en 
scène dans ses écrits les hommes les plus distingués de 
son temps. Il n'y a pas moins d'art dans la composition 
de ces dialogues que dans les comédies du temps. Quelque 
grave que soit le sujet, il y a un charme infini dans ces 
ouvrages , et ce charme vient uniquement de la forme 
dont l'art grec, qui vit tout entier dans Platon, a su les 
revêtir. Les dialogues de Platon ont servi de modèles à 
un grand nombre d'écrivains philosophes, soit à Piome, 
soit chez les modernes; mais nul d'entre eux n'a pu les 
égaler ; car cette forme du dialogue n'est admissible qu'à 
la condition que les interlocuteurs ne soient pas des per- 
sonnages abstraits, et qu'ils aient autant de réalité que 
ceux de la scène. — L'œuvre de Platon est d'une diver- 
sité infinie; celle d'Aristotc, son disciple et son rival, 
l'est également. Mais les écrits d'Aristote se présentent 
sous la forme de traités, sous la forme didactique, la- 
quelle est beaucoup moins littéraire que celle du dia- 
logue. Si le style des œuvres d'Aristote était bien celui 
de la littérature philosophique de son temps, la chute 
que ce genre aurait faite ne serait pas moins profonde 
que rapide ; mais on a lieu de croire que ce philosophe 
avait rédigé fort peu d'écrits , et que ceux qui nous sont 
venus sous son nom n'étaient que des notes du profes- 
seur et peut-être même de ses élèves. — Son successeur 
l'ut Théophraste , plus célèbre comme botaniste que 
comme philosophe ; il est difficile de juger de la valeur de 
ses écrits d'après les Caractères qui nous restent de lui; 
car ce ne sont que des fragments épars d'un grand ou- 
vrage perdu ; il y a dans ces morceaux plus de verve que 
d'art; ils ont eu le mérite d'être le point de départ de 
La Bruyère. — A partir de cette époque les (Voies phi- 
losophiques ont subordonné la théorie à la pratique, et 
ont produit un assez grand nombre de traités de morale, 
presque entièrement perdus. Épicure, Zenon, Cléanthe 
ont été les modèles imités par les philosophes latins. 
Après eux la Grèce n'a pas cessé de produire des écrits 
philosophiques; mais, après le règne d'Alexandre, un 
esprit nouveau se mêle à toutes scs_ productions ; c'est 
l'esprit oriental. ( V. Alexandrie — École d'. ) 



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Il nous reste à dire quelques mots d'un genre secon- 
daire qui a jeté en Grèce un certain éclat. La littérature 
sicilienne a produit l'Idylle, dont les formes, dans Théo- 
crite même qui en est le créateur, sont d'une variété 
très-grande. Quoique venue dans un temps de déca- 
dence et lorsque les idées de l'Orient transformaient 
déjà les lettres grecques, l'idylle, dans Théocrite, aie 
charme et la grâce d'un tableau de genre, d'un vase bien 
ciselé, ou d'un bas-relief de petites dimensions, mais d'un 
travail fini. Bion et Moschos, ses successeurs, n'ont rira 
ajouté aux qualités du genre, et le petit recueil de Théo- 
crite, bien supérieur aux Eglogues de Virgile, demeure 
encore le modèle de la poésie pastorale et bucolique. 

Le génie grec était, alors dispersé dans tout le monde 
antique ; il avait ses centres partout, principalement à 
Alexandrie. Là se donnaient rendez-vous toutes les idées, 
toutes les doctrines, toutes les religions, toutes les lan- 
gues. La critique et l'érudition naquirent dans cette ville, 
où les Ptolémées s'en firent les protecteurs et les propa- 
gateurs. Le Musée, inspiré par Démétrius de Phalère à 
Ptolémée Soter, vers l'an 300, réunit des savants et des 
professeurs de tout ordre. La flatterie inspira à des poètes 
des œuvres de nulle valeur, comme les anagrammes à 
Lycophron, les apothéoses de princes vivants à Calli- 
maque. Le poëme des Argonautiques, qui est une œuvre 
d'érudition, et non une épopée, donne la mesure de ce 
qui se produisait alors en poésie. 

Il faut franchir le commencement de l'ère chrétienne 
pour trouver encore de véritables écrivains grecs. Mais 
dès lors un monde nouveau commence à naître : c'est 
Rome avec sa puissante organisation , c'est l'Inde et la 
Perse avec leur panthéisme symbolique, c'est la Judée, 
la Phénicie et l'Egypte, et bientôt c'est le christianisme, 
qui, luttant avec les idées grecques proprement dites, 
ou leur donnant par le mélange une nouvelle fécondité, 
suscitent dans un monde décrépit des tentatives litté- 
raires animées d'un esprit nouveau. V. Byzantine. 

V. Fabiïcius, Bibliotheca grœca, seu notitia scripto- 
rum veferum grœcorum, 1705-28, 14 vol. in-'i", ouvrage 
ré Sdité, mais sans avoir été achevé, par Harless, Ham- 
bourg, 1790-1809, 13 vol. in-8°; Schœll , Histoire de la 
littérature grerque profane, Paris, 1813-1825, 8 vol. 
in-8°; G.-O. Muller, Histoire de la littérature grecque 
jusqu'au siècle d'Alexandre, en allem., Breslau, 1841, 
2 vol. in-8°; Bernhardy, Esquisse de la littérature 
grecque, en allem., Halle, 1838-1845, 2 vol. in-8°; Bode, 
Histoire de la poésie grecque, en allem., Leipzig, 1838- 
1810, 5 vol. in-8°; A. Pierron, Histoire de la littérature 
grerque, 1850, in-12; Munk, Histoire critique île la 
langue et de la littérature 'le l'ancienne Grèce, en an- 
glais, Londres, [850; C.-O. Millier, G.-G. Lewis et D r Do- 
naldson, Histoire de la littérature de l'ancienne Grèce, 
en anglais, 1858, 8 vol. in-S°. Em. B. 

grecque (Philosophie). La philosophie grecque com- 
mence environ 000 ans av. J.-C, et finit dans le vi e siècle 
de notre ère. Antérieurement on avait eu les Sentences 
des Gnomiqucs, mais sans aucun caractère spéculatif. 
Dans son développement de 1200 ans, la philosophie 
grecque se divise en trois grandes périodes : 1° depuis 
Thaïes jusqu'à Socrate; 2° depuis Socrate jusqu'à l'école 
d'Alexandrie; 3° la philosophie néoplatonicienne. La pre- 
mière période s'ouvre avec les écoles Ionienne et Italique. 
Les Ioniens ont pour chef Thaïes de Milet; après lui on 
cite Anaximandre, Anaximène, et d'autres moins célè- 
bres. Le principal caractère de cette école est d'avoir 
conçu le premier principe uniquement comme matériel , 
sans tenir aucun compte des choses incorporelles, et de 
n'avoir pas déterminé le principe du mouvement. I\e 
s'attachant qu'aux phénomènes, elle n'admettait que 
l'évidence donnée par les sens, et, conduisait au fatalisme 
( V. Ionienne École). Anaxagore se, distingue des phi- 
losophes précédents en ce qu'il introduit l'intelligence 
comme principe d'ordre, sans toutefois ôter à l'école son 
caractère sensualiste. L'école italique, au contraire, au 
lieu de s'arrêter aux phénomènes, ne considère que leurs 
rapports ; de là son double caractère mathématique et 
astronomique. Aussi fut-elle entièrement spiritualiste. 
Pour elle, les nombres étaient les principes des choses, 
c.-à-d. des causes. H est probable, car il ne reste rien 
des" premiers philosophes de l'école, qu'en disant, que le 
monde, s'était formé à l'imitation des nombres, les Pytha- 
i i 'us voulaient dire que tout est sorti de la substance 
primitive connue les nombres naissent de l'unité en 

s'ajoutant sans cesse à elle-même. Di Stant l'unité, la 

perfection consiste à s'en rapprocher; aussi l'âme est un 
nombre, elle est immortelle et soumise à la métempsy- 



cose. L'école d'Italie est do beaucoup supérieure à celle 
d'Ionie par sa manière d'expliquer le système du monde 
(elle admettait que le soleil est fixe au milieu des pla- 
nètes), et par sa morale, qui suppose une sanction après 
cette vie(K. Pythagoricienne — Ecole). Elle eut pour fon- 
dateur Pythagore; les plus renommés après lui furent 
Empédocle, qui, le premier, admit plusieurs éléments; 
Épicharmc ; Archytas de Tarente, célèbre comme mathé- 
maticien. Cette école trouva son dernier développement 
dans celle d'Élée; en effet, Xénophane, et surtout Par- 
ménide et Zenon d'Élée, en vinrent à nier toute réalité 
matérielle, toute variété, et à ne plus admettre que l'unité 
absolue [V. Éléatique — École). Cet excès, opposé à 
celui des Ioniens qui n'admettaient que la pluralité, 
donna naissance à une secte qui fut celle des Sophistes 
( V. ce mot). Ceux-ci, prenant les systèmes, démêlant 
avec sagacité leurs côtés négatifs et leurs endroits faibles, 
les opposant l'un à l'autre, arrivèrent par la confusion et 
la contradiction à une sorte de négation universelle. Une 
des conséquences de ce procédé était de porter atteinte à 
la morale; la philosophie était menacée dans son avenir, 
il lui fallait un sauveur; ce fut Socrate. 

Avec lui commence la deuxième période. Il détourna 
les esprits des hypothèses physiques et astronomiques, 
matérialistes et idéalistes de l'âge précédent. 11 assigna 
pour point de départ à la philosophie la connaissance de 
soi-même; de là le caractère essentiellement, moral et. 
humain de sa doctrine. Il fut le premier moraliste, en ce 
sens que, le premier, il enseigna une moralité qui con- 
siste à faire son devoir pour le devoir. Enfin il donna 
une méthode à la philosophie, et prépara ainsi son bril- 
lant avenir. On vit naître après lui plusieurs écoles : 
celle de Mégare, qui se borna à déterminer le bien en 
général , et à montrer que le fini ne pouvait être le vrai; 
celle de Cyrène, qui se rattache à I'épicuréisme , et celle 
des Cyniques, qui alla se fondre dans celle du Portique 
(V. Mégarienne, CyrénaïQUE, Cyniqde). Mais les véri- 
tables écoles socratiques furent celles de Platon et d'Aris- 
tote. Platon, fondateur de l'Académie, embrassa à la 
fois la dialectique, la physique et. la morale, en s'atta- 
chant surtout aux données de la raison. Les notions par- 
ticulières ne sont pour lui qu'un point, de départ d'où il 
s'élève, par la dialectique, jusqu'aux idées en elles-mêmes, 
types éternels dont la réalité en ce monde n'est qu'une 
infidèle image. Ces idées ont leur raison d'être en Dieu, 
en sorte que Platon considère la philosophie comme la 
connaissance des choses quant à leur notion essentielle, 
c.-à-d. quant à leur véritable existence en Dieu , comme 
dans l'objet infini et universel des conceptions de la 
raison. Au contraire, les notions que nous avons (les 
choses d'après la perception sensible et les simples phé- 
nomènes de l'expérience sont des notions trompeuses. 
Cette théorie, appuyée sur la réminiscence (V. ce mot), 
supposait une vie antérieure où l'àme avait vu de plus 
près ces exemplaires en Dieu. Comme pour Socrate, Dici; 
est une Providence, organisateur et roi du monde; mais 
Platon ne va pas jusqu'à l'unité absolue des Ëléates. S'il 
est moins hardi sous ce rapport, il est plus moral ; il in- 
troduit, dans la philosophie grecque des idées qui ont l'ait 
dire à S' Augustin : « Si Platon et ses amis revenaient, au 
monde, ils n'auraient à changer que bien peu de chose à 
leur doctrine pour être chrétiens » (V. Platonicienne — 
École). Platon n'est pas idéaliste; mais se; successeurs 
immédiats Speusippe, Xénocrate. Polémon, Cratès et 
Crantor conduisent. l'Académie à l'idéalisme et au pytha- 
gorisme. Après eux, Arcésilas, développant les germes de 
scepticisme cachés dans la doctrine platonicienne, fonda 
la Moyenne Académie, dont le principe était que la vé- 
rité ne doit être considérée que comme une simple con- 
viction personnelle, une vraisemblance, en sorte que 
l'homme est pour ainsi dire c indamné à ne rien savoir. 
Carnéade, en mitigeant un peu cette proposition, pré- 
tendit qu'il n'y a aucun critérium de la vérité; la pensée, 
modifiant l'objet, ne le laisse pas arriver jusqu'à nous 
tel qu'il est. Carnéade fut le chef de la Nouvelle Aca- 
démie. On en compte une quatrième, sous la conduite 
de Clitomaque, qui proclama hautement, l'impuissance de 
rien comprendre. Bientôt après, sous Philon et Antio- 
chus, elle revint au dogmatisme [V. Académie). 

Avec Platon, la philosophie grecque avait fait d'im- 
menses progrès, surtout au point de vue moral ; il en fut 
de même avec le fondateur du Lycée, sous le rapport 
scientifique. Si Aristote est. un grand métaphysicien, il 
est, aussi un grand physicien; avec lui l'esprit, humain 
trouve el formule les lois du raisonnement doductif. Il 
en est de môme de la poétique do l'éloquence et de la 



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politique. Avec lui la philosophie devient réellement la 
science des causes et des premiers principes. L'idée qu'il 
s'est faite de la philosophie suffit pour montrer qu'il 
n'est pas sensualiste. Elle est surtout la science de l'es- 
sence, la connaissance du but ou de la fin, et ce but, 
c'est le meilleur en chaque chose ; mais pour lui ce même 
but est quelque chose de réel , de concret, par opposition 
à l'idée de Platon. Dieu est la cause, le principe, mais il 
n'est pas Providence. Du reste, Aristote paraît ne s'oc- 
cuper que de choses particulières et ne traiter de Dieu ou 
de l'absolu qu'à son tour, tout en reconnaissant qu'il est 
ce qu'il y a de meilleur (V. Péripatéticienne — École). 
Aristote n'est pas sensualiste; mais son' Dieu sans Provi- 
dence, l'âme dont la personnalité ne survit pas au corps, 
la préférence qu'il donne au particulier et au contingent, 
devaient conduire au sensualisme; c'est ce qu'on vit chez 
ses disciples Théophraste, Dicéarque, Aristoxène, Straton 
surnommé le Physicien. Avec eux, comme avec les des- 
cendants de Platon , les grands systèmes dégénèrent et 
font place à l'Épciuréismc et au Stoïcisme {V. ces mais;, 
environ 300 ans av. J.-C. Le premier, avec la physique 
atomistique de Démocrite et ÎTÉpicure, et sa morale- de 
l'intérêt et du plaisir, conduisait à l'athéisme en méta- 
physique et à l'égoïsme en morale. Le second , avec sa 
morale rigide, fut l'expression de l'héroïsme moral du 
caractère socratique ; il subordonna l'intérêt au devoir ; 
mais, en commandant à l'homme de vivre selon la na- 
ture, il méconnut les droits de la sensibilité. Ces deux 
écoles, environ un siècle avant notre ère, introduisent la 
philosophie grecque à Rome ; Cicéron y représenta l'Aca- 
démie, Lucrèce l'Épicuréisme, et Sénèque le Portique ; à 
Rome, la philosophie fut classique comme la littérature. 
Quand la philosophie semble s'éloigner de la Grèce, 
c'est à Alexandrie qu'il faut la suivre. Mais, avant qu'elle 
s'y montrât ave.' un nouveau caractère, le scepticisme 
apparaît comme un résultat du conflit des systèmes an- 
térieurs. Déjà il s'était annoncé avec Pyrrhon (3i0 av. 
J.-C), mais c'était trop tût. Le vrai scepticisme s'établit 
avec toute sa puissance dans la personne d'OEnésidème, 
qui en fit un système régulier, en lui donnant des prin- 
cipes et une méthode. Par là il mit en question toute 
croyance et toute réalité. Ce système fut continué par 
Agrippa et Sextus Empiricus. Le procédé général de 
l'école consistait à opposer les idées sensibles aux con- 
ceptions de' la raison, pour arriver au doute par la contra- 
diction. De là cette formule qui résume tout le scepticisme 
pratique de l'antiquité: « Pas plus l'un que l'autre, oùSsv 
[xâ).),ov. » 

Tel était, deux siècles après J.-C, l'état de la philoso- 
phie grecque. Alexandrie avait succédé à Athènes; elle 
était devenue le foyer des sciences et des lettres. Les dif- 
férents systèmes de philosophie s'y rencontrèrent et de- 
vinrent une cause de scepticisme ; mais ce dernier sys- 
tème ne pouvait pas satisfaire l'esprit humain; de là na- 
quit l'école d'Alexandrie ; son premier caractère fut 
l'éclectisme, ou plutôt le syncrétisme. Elle voulut en 
effet tenter la conciliation entre les différents systèmes, 
et surtout entre Platon et Aristote; mais, grâce à l'in- 
fluence de l'Orient et des idées religieuses qui occupaient 
alors les esprits, un second caractère vint dominer le 
premier, ce fut le mysticisme. Expliquer la nature di- 
vine et la manière dont elle se manifeste, s'élever par 
l'extase au-dessus des données de la raison, tel était 
l'objet principal de la nouvelle école, qu'on appela aussi 
Néoplatonicienne. Avec Plotin et Porphyre elle reste 
dans les limites d'un mysticisme qui n'a rien d'extrava- 
gant ; mais avec Jamblique et ceux qui viennent après 
lui, elle tombe du mysticisme dans la théurgie, elle pra- 
tique l'évocation, elle fait des miracles. Avant de perdre 
le droit de parler au nom du paganisme, la philosophie 
grecque revint aux lieux où elle avait longiemps brillé, 
et jeta un vif et dernier éclat à Athènes dans la personne 
de Proclus. Bientôt les portes de l'école furent fermées 
par un édit de Justinien, en 529 (V. Alexandrie — 
École d'). 

Cette philosophie, qui se développa dans un si long 
espace de temps, survécut à la nationalité grecque, sur- 
tout les doctrines de Platon et d'Aristote, qui se mon- 
trèrent dans la civilisation arabe, et qui exercèrent une 
influence incontestable et souvent, utile sur la civilisation 
moderne. Outre les historiens de la philosophie, Brucker, 
Tiedemann , Stanley, Tennemann, Degérando, Ritter, 
V. Recherches sur les opinions, la théologie et la philo- 
sophie des plus anciens peuples, et surtout des Cn'<-s, 
jusqu'au temps d'Aristote (allem.), in-8°, Elbing, 1785; 
Andcrson, La philosophie de l'ancienne Grèce (angl.), 



in-8°, Londres, 1791 ; Sacchi , Storia délia fdosofia qrera, 
4 vol. in-8", Pavie, 1818-1820. R. 

grecque (Religion). L'étude de la religion des anciens 
Grecs présente de graves difficultés, et les savants n'ont 
pu se mettre d'accord sur les questions qu'elle soulève. 
La Grèce n'eut jamais de livre sacré, de symbole, de sa- 
cerdoce organisé pour la conservation des dogmes : les 
poètes et les artistes furent les véritables théologiens, et, 
la notion des divinités étant à peu près livrée à la concep- 
tion arbitraire de chacun, la religion n'eut jamais de 
traits précis et arrêtés. Pourtant Hésiode, dans sa Théo- 
gonie, a systématisé les principales idées éparses dans la 
Grèce, et établi un ordre chronologique dans la succession 
des dieux. 

Les dieux et les déesses, qu'on adorait en nombre 
presque infini, ne seraient, d'après une opinion repré- 
sentée déjà dans l'antiquité par Évhémère, que des êtres 
humains déifiés après leur mort à cause de leurs exploits 
ou de leurs vertus, et il ne faudrait voir dans les mythes 
que des faits historiques altérés par l'ignorance populaire 
et embellis par la fantaisie des poètes. D'autres mytho- 
logues, et c'est le plus grand nombre, regardent les dieux 
de la Grèce comme la personnification des éléments, des 
agents physiques, et croient découvrir sous le voile de la 
Fable l'expression figurée du rôle que les phénomènes 
naturels jouent dans l'univers. Divisas quant aux idées 
dont les divinités grecques étaient l'expression, les sa- 
vants le sont également sur la question de l'origine ou de 
la provenance de ces divinités : naquirent-elles sur le sol 
de la Grèce, ou n'ont-elles été que des transformations de 
divinités apportées soit de l'Asie occidentale, soit de. 
l'Egypte? L'impossibilité de distinguer les traditions po- 
sitives d'avec 1rs créations de l'imagination poétique, les 
contradictions fréquentes qui existent entre les mythes, 
les modifications que ces mythes ont dû subir suivait 
les temps et les lieux, tout concourt à jeter de l'obscurité 
sur cette matière. 

Un fait incontestable, c'est que les divinités grecques 
peuvent se ramener à deux classes: 1° celles qui, d'ori- 
gine pélasgique , et suivant toute vraisemblance, appor- 
tées de l'Asie, furent reconnues et honorées dans toute la 
Grèce; '2° celles qui naquirent des idées et des croyances 
particulières à telle ou telle peuplade, et dont le culte, 
primitivement propre à certains cantons, se répandit de 
proche en proche dans les autres, par suite des rapports 
fréquents qui existèrent entre les habitants de la Grèce ; 
cela explique la variété qu'on rencontre dans les carac- 
tères des diverses divinités, dont on confondit souvent 
les attributs, et dans les cérémonies célébrées en leur 
honneur. 

Les plus anciens habitants de la Grèce, les Pelasses, 
que l'ethnologie rattache à la race indo-européenne, 
et qui vinrent d'Asie en Europe à une époque très- 
reculée , eurent un certain nombre de grandes divi- 
nités, qui se. placèrent plus tard à la tête du panthé n 
hellénique, Zeus (Jupiter), Hèra (Junon), Ares Mars), 
Vesta 'ou Restia, Hermès (Mercure), Patins ou Athéné 
(Minerve). Le culte de Zeus conserva longtemps son im- 
portance à Dodone en Épire. Celui d'Hermès fut surtout 
en vigueur chez les Arcadiens. En Crète et à Samothrace, 
la religion demeura dans un rapport étroit avec celles de 
l'Asie occidentale, de la Phénicie, de la Syrie. Hérodote 
prétend que les Pélasges ne donnaient d'abord aucun 
nom à leurs divinités ; des colonies égyptiennes leur 
auraient apporté les dieux qu'ils adorèrent plus tard et 
et qu'ils transmirent aux Hellènes. Mais aucun fait po- 
sitif n'établit qu'il y ait eu , dans ces temps reculés, des 
relations entre l'Egypte et la Grèce; les noms des dieux 
pélasgiques n'existent pas dans le panthéon égyptien , et 
les ressemblances d'attributs qu'on pourrait trouver entre 
ces dieux et certaines divinités égyptiennes s'expliquent 
par l'identité du principe sur lequel reposaient les an- 
tiques religions, la personnification des forces de la na- 
ture. Le berceau des divinités pélasgiques doit plutôt être 
placé dans l'Asie occidentale, ou du moins quelques-uns 
des mythes dont se composait leur histoire auront été 
empruntés aux dieux de ce pays. 

Aux éléments pélasgiques de la religion grecque s'ajou- 
tèrent deux autres ordres de divinités. D'abord, des co- 
lonies venues de Phénicie, de Syrie, de l'hrygie, etc., 
apportèrent directement leurs dieux, qui se mêlèrent peu 
à peu à ceux des anciens habitants de la Grèce. Ensuite, 
la religion se développa de bonne heure conformément 
au génie particulier de chaque contrée et de chaque 
tribu hellénique : des cultes et des rites locaux se for- 
mèrent en Thessalie, en Béotic, à Samos, à Rhodes, etc., 



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et c'est là principalement qu'il faut chercher les origines 
du polythéisme grec. 

Le culte des liéros acheva d'imprimer à ce polythéisme 
une physionomie distincte. Sous ce nom de liéros on com- 
prit les individus nés d'un dieu et d'une mortelle, comme 
Hercule, ou d'un mortel et d'une déesse, comme Achille, 
et tous les personnages des temps fabuleux, chefs de 
races ou de migrations, fondateurs de villes, protecteurs 
de cités et de familles, vainqueurs de bêtes féroces, bien- 
faiteurs de leurs semblables. Des mythologues ont vu à 
tort dans quelques-uns de ces héros, tels qu'Hercule, 
Persée, Jason, etc., des divinités de l'Orient défigurées 
par le génie grec : si l'on a transporté sur leur tête cer- 
tains mythes relatifs à des dieux asiatiques, ces emprunts 
furent tardifs. 

L'anthropomorphisme {V. ce mol) a été enfin un des 
caractères essentiels du polythéisme. Les Grecs finirent 
par déifier tous leurs penchants, bons ou mauvais; en 
sorte qu'en adorant leurs dieux, ils adorèrent leur propre 
humanité. Les appétits grossiers, l'amour des combats, la 
vengeance, eurent, dans l'Olympe, des représentants 
aussi bien que la justice et la piété, les simulacres 
mêmes des dieux furent faits à l'image de l'homme, et 
les artistes cherchèrent à leur donner l'idéale perfection 
du corps humain. Dès le temps d'Homère, les dieux ne 
se distinguaient des hommes que par des organes plus 
parfaits, une plus haute stature, une voix plus puis- 
sante; une nourriture divine éternisait leur vigueur et 
leur jeunesse ; ils avaient en outre la faculté de revêtir 
à leur gré toutes les formes imaginables, depuis le corps 
subtil et impalpable des météores jusqu'à celui des ani- 
maux. 

C'est du vu 1- et du vi e siècle avant l'ère chrétienne que 
date l'importation des dogmes étrangers, qui a dénaturé 
le polythéisme hellénique. Les relations avec l'Asie de- 
vinrent fréquentes; les écoles pythagoricienne et platoni- 
cienne essayèrent tour à tour d'assimiler entre eux les 
dieux honorés chez les différents peuples, afin de réunir 
les éléments vraiment religieux qui existaient dans ces 
cultes divers; le peuple grec attribua les noms de ses di- 
vinités aux divinités étrangères qui avaient avec elles 
quelque ressemblance, et mi* sur le compte de ses propres 
dieux les fables dont les dieux étrangers étaient l'objet. 
Ce syncrétisme atteignit ses derniers développements à 
l'époque de l'école d'Alexandrie, qui voulut opérer une 
fusion complète entre les religions de l'Asie, de l'Egypte 
et de la Grèce. Alors aussi on prétendit donner aux 
mythes païens un sens et une portée qu'ils n'avaient cer- 
tainement pas; on fit de ces mythes autant d'expressions 
figurées des phénomènes naturels, des révolutions astro- 
nomiques. Le polythéisme fut ainsi totalement dénaturé, 
et celui' qui le jugerait d'après les derniers écrivains 
grecs s'en ferait l'idée la plus fausse. Au temps des 
Alexandrins, le polythéisme n'avait plus de rapport avec 
la religion d'Homère, d'Hésiode et de l'indare; les fables 
anciennes n'étaient plus que des allégories; les rites 
seuis étaient conservés, parce qu'ils constituaient' géné- 
ralement pour le peuple toute la religion, et que les phi- 
losophes cherchaient à s'appuyer sur la tradition pour 
dissimuler la nouveauté de leurs idées; la religion n'était 
plus qu'un attachement routinier et inintelligent à des 
cérémonies ridicules ou surannées. 

Au reste, en défigurant le polythéisme, la philosophie 
en épura la doctrine. Le culte de divinités conçues comme 
de simples et imparfaites créatures, l'emploi do simu- 
. lacres qui faisaient confondre l'être adoré et le signe 
sensible destiné à réveiller son souvenir, engendraient la 
superstition, et, chez le peuple du moins, le polythéisme 
dégénérait en idolâtrie. Aucun dogme précis, aucune 
liturgie réglée par un corps sacerdotal, aucun enseigne- 
ment moral, ne réprimaient les dérèglements auxquels 
donnaient, lieu, par exemple, les fêtes de Vénus, d'Ado- 
nis, de Bacchus; les Mystères eux-mêmes, institués sans 
doute pour l'instruction des initiés, dégénéraient en cé- 
rémonies licencieuses, dont le secret ne faisait qu'as- 
surer l'impunité. En un mot, le polythéisme avait, des 
excitations pour tous les penchants vicieux ; il livrait 
l'homme à toutes ses passions. La philosophie essaya de 
corriger les croyances dépravantes par un enseignement 
capable de soustraire l'homme à haïr joug; elle repré- 
senta comme des fables les actions criminelles ou obscènes 
que l'on mettail sur le compte des dieux, ou leur donna 
des interprétations qui en faisaient disparaître l'immora- 
lité et l'indécence. 

V. Wœlcker, Sur la mythologie des peuples [appliques, 
en allem., Giessen., 1824, in-lBj I'réd. Crcuzcr, Symbo- 



lique des religions de l'antiquité, trad. en français par 
M. Guigniaut; O. Millier, Prolégomènes d'une Mythologie 
scientifique, en allem., 1825; Lobeck, Aglaophamus, sivn 
de theologiœ mysticœ Grœcorum causis, Kœnigsberg, 
1829, 2 vol. in-~8°; Ph. Buttmann, Le Mythologue, ou 
[tecueil d'études sur les croyances des Anciens, en allem., 
Berlin, 1829, 2 vol. in-8°; Bœttiger, Idées sur la Mytho- 
logie de l'Art, en allemand, Dresde, 1836, 2 vol. in-8° ; 
E. Jacobi , Dictionnaire de la mythologie grecque et ro- 
maine, en allem., Leipzig, 1847, 2 vol. in-8°; Alfred 
Maury, Histoire des religions de la Grèce antique, 1857 et 
suiv-, 3 vol. in-8°. 

c.nF.c.QtE (Architecture). De tous les arts du dessin 
pratiqués et perfectionnés par les Grecs, l'architecture a 
été le plus idéal, c.-à-d. celui qui s'est le plus détaché 
des conditions de la matière et des passions qu'elle sug- 
gère. Née de l'utile, elle s'en est bientôt détachée; opé- 
rant avec le bois et la pierre, elle les a peu à peu cachés, 
au point de les faire disparaître aux yeux du spectateur 
pour ne lui présenter que des formes pures et immaté- 
rielles. Dans la période de sa décadence, cet art n'a 
jamais fait reparaître la matière dont il s'était affranchi, 
et c'est plutôt par l'abus de la forme qu'il s'est éloigné 
de sa propre perfection. 

C'est une opinion exagérée et exclusive de faire dériver 
toute l'architecture des Grecs de primitives constructions 
en bois, et de l'opposer par ce côté seul à, celle des Égyp- 
tiens, qui n'ont pas, eux non plus, emprunté leurs mo- 
dèles uniquement à d'antiques maisons en pierres. La 
voûte telle que les Grecs l'ont pratiquée, à une époque 
fort ancienne, ne dérive nullement d'un échafaudage rie 
bois, non plus que les murs des villes, dont les formes 
les plus antiques existent encore et ne supposent que la 
pierre. Toutefois, les plus beaux édifices de la Grèce, ses 
temples, ses théâtres, ses portiques, ses odéons présentent 
des formes évidemment issues de la maison de bois, de 
même qu'en Egypte les édifices d'un genre analogue ne 
supposent l'emploi de cette matière que dans quelques- 
ires de leurs parties accessoires. 

De bonne heure l'architecture, dont les conceptions 
sont géométriques, s'annexa deux arts qui lui sont natu- 
rellement étrangers, mais qui peuvent ajouter beaucoup 
à l'effet idéal des édifices, la sculpture et la peinture. 
Mais, jusque dans les derniers temps, les sculpteurs et 
les peintres subordonnèrent leur conception et leur tra- 
vail à l'œuvre de l'architecte; et les ouvrages d'un goût 
médiocre que produisit l'âge de la décadence conservèrent 
ainsi leur unité et leur ensemble. Ce principe se retrouve 
appliqué avec rigueur dans l'art grec tout entier, qui sut 
toujours subordonner la partie décorative d'une œuvre à 
l'œuvre elle-même. 

Les plus anciens monuments que la Grèce nous ait 
laissés se rapportent à l'art de la guerre : ce sont des 
murs pour enecindre des villes ou fermer des isthmes 
et des défilés; ils sont connus sous le nom de murs cy- 
clopéens. Ces constructions sont l'œuvre des Pélasges, la 
plus ancienne migration asiatique dont l'histoire grecque 
fasse mention. L'Arcadic et l'Épire, moins mêlées que 
d'autres provinces aux guerres ultérieures, en conservent 
de grands exemples; mais le sol de la Grèce, dans toutes 
ses parties, est couvert de ruines pélasgiques ; l'Asie Mi- 
neure en renferme un grand nombre; l'Italie, la Sicile, 
le Sud de la France, les îles de la Méditerranée en offrent 
asse Z pour que l'on puisse constater le grand développe- 
ment de la race pélasgique autour de cette mer, sur les 
rivages du Nord. Les murs cyclopôens sont formés de 
blocs do pierre énormes, entassés les uns au-dessus des 
autres, sans ordre apparent, sans liaison. Les plus an- 
ciens ne portent aucune trace de travail humain; les 
angles des pierres y ont leurs formes naturelles et pri- 
mitives; ces formes seules, en s'adaptant grossièrement 
les unes dans les autres, ont déterminé la place que les 
constructeurs leur ont donnée. Tels sont les murs de Ti- 
rynthe en Argolidc, le mur qui fermait l'isthme de Co- 
rinthe, etc. Plus tard, les architectes pélasges firent 
tailler avec soin les angles de ces pierres colossales, de 
manière qu'elles ne laissassent point do vide dans leurs 
jointures; c'est ce que l'on nomme des constructions po- 
lygonales. Tels étaient les murs cyclopéens deMycènes. 11 
ne semble pas, du reste, que ces deux manières de con- 
struire se soient positivement succédé l'une ;\ l'autre; 
lorsque l'on taillait les blocs dans certaines parties du 
monde pélasgique, on bâtissait encore en pierres brutes 
dans certaines autres. Mais doit-on aussi attribuer aux 
Pélasges, à cet âge primitif de l'architecture antique, les 
constructions où les pierres sont carrées et disposées en 



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assises? Nous ne le pensons pas; et cest de cette con- 
struction régulière que nous datons l'architecture hellé- 
nique. La majeure partie des ruines de Mycènes appar- 
tient à cet âge, où Ton trouve déjà les portes en trapèze 
et la sculpture unie à l'art de bâtir (Porte des Lions). La 
période des temps héroïques est la première en ce genre; 
elle a laissé de très-beaux monuments dont plusieurs 
subsistent encore; le Trésor des Atrides , appelé aussi 
Tombeau d'Agamemnon, à Mycènes, est le mieux con- 
servé de tous. Cet édifice souterrain est formé d'assises 
circulaires superposées et de plus en plus étroites; de 
sorte qu'il a la l'orme d'une voûte, mais sans clef; c'est 
l'encorbellement proprement dit. A cette époque se rap- 
portent les descriptions architectoniques données par 
Homère; le sol occupé jadis par les Grecs en offre encore 
de nombreux débris. 

On ne peut fixer la date de l'apparition des ordres dans 
le monde grec; on peut dire seulement qu'ils se sont 
succédé, et que le plus ancien est Vordre dorique. Le 
temple dorique est manifestement conçu à l'image de la 
maison de bois, dont il reproduit toutes les parties dans 
leurs moindres détails. Le vaô;, en effet, est la maison de 
la divinité, dont la statue y est conservée, et qu'elle- 
même vient quelquefois habiter en personne; le peuple 
n'y pénètre pas; les serviteurs du dieu seuls y sont ad- 
mis. Les premiers temples doriques ont encore la lour- 
deur des anciens temps : colonnes courtes et massives, 
souvent monolithes, chapiteaux saillants, énormes ar- 
chitraves. Mais les éléments essentiels de l'architecture 
hellénique s'y trouvent déjà : simplicité des rapports 
entre les parties, nombre restreint des membres, grandes 
lignes plus ou moins infléchies autour d'un axe vertical 
ou dans le sens de la courbure de la terre, portes hautes 
en trapèze, colonnades détachées des murs, longues per- 
spectives adoucies, cannelures larges et en petit nombre, 
peinture plate sur toutes les parties de l'édifice, orne- 
ments courants, sculptures aux frontons, aux métopes, et 
en frises continues au haut des murs, caissons profonds 
et ornés sous les colonnades et à l'intérieur du temple. 
A cet âge appartiennent le temple de Némésis à Rham- 
nonte et celui de Corinthe; celui de Junon à Olympie 
était de la même époque, mais il est détruit. 

L'ordre ionique parut à une époque qu'il est impossible 
de iixer, mais qui est certainement antérieure à l'année 
580 av. J.-C. Les colonnes à bases, avec volutes au cha- 
piteau, le distinguent de l'ordre dorique; mais cette pre- 
mière différence, unie à la légèreté du fût, en entraîne 
d'autres dans toutes les parties de l'édifice. L'élégance 
ornée caractérise cet ordre, moins essentiellement grec 
que le précédent, et qui ne prit un grand développement 
quo dans les temps postérieurs. Nous voyons toutefois que, 
dans les édifices fort anciens, l'ordre ionique était em- 
ployé à l'intérieur, même avec de grandes dimensions. 
Le temple de Diane à Éphèsc était entièrement ionique, 
et ne date cependant que du commencement du vi c siècle ; 
l'art de tailler la pierre et la science des formes étaient 
donc déjà fort avancés à cette époque (V. Grecque — 
Sculpture). — La seconde moitié, du VI e siècle et la pre- 
mière du v e ont été marquées par un progrès rapide de 
tous les arts, des lettres, et en général de la civilisation 
hellénique. Toutes les formes architecturales se perfec- 
tionnent, deviennent plus élégantes, plus gracieuses; le 
fond reste le même et constitue la tradition, mais la lour- 
deur disparaît sans que la force diminue; l'harmonie, 
l'eurythmie, sont l'objet d'études savantes, soutenues 
par un goût de plus en plus épuré. Quand on mesure la 
distance qui sépare les édifices de Sélinonte, d'Agrigente, 
d'Égine, de Pœstuin et d'Assos, des commencements du 
siècle de Périclès, on comprend le chemin parcouru par 
les architectes et les sculpteurs durant cette période. 
C'est de ce temps que semblent dater les colonnades in- 
térieures, soit simples, soit superposées, et la grande 
ouverture centrale des temples hypèthres. Toute la Grèce 
est couverte de ruines appartenant à cette période. Les 
édifices étaient de pierre; mais cette matière disparaissait 
sous un stuc jaune d'une finesse et d'un éclat incompa- 
rables. C'est alors que la matière disparaît entièrement à 
l'œil, et ne laisse plus au spectateur que l'impression des 
formes les plus splendides et les plus harmonieuses. Les 
édifices sacrés, le plus souvent élevés au sommet des 
collines, se détachaient au soleil sur le fond lumineux du 
ciel bleu, et présentaient vraiment aux fidèles l'image de 
la demeure des dieux. C'est durant cette période aussi 
que commencèrent à s'élever des édifices utiles, comme 
_ les canaux et les aqueducs. Les théâtres sont de la pé- 
' riode suivante. — L'invasion des Perses causa dans la 



Grèce une sorte de révolution, qui se fit sentir aussi bien 
dans les arts que dans la politique; la dévastation des 
cités détruisit un grand nombre d'édifices religieux ou 
militaires d'une date souvent assez récente et qu'il fallut 
relever. Le développement politique et maritime d'Athènes 
fit affluer dans cette ville les richesses du monde grec, et 
lui permirent de sortir de ses cendres avec une magnifi- 
cence inconnue aux temps postérieurs. L'art était alors 
clans toute sa force et touchait à sa maturité. On refit en 
marbre, avec une perfection à peine croyable pour nous, 
les édifices de pierre dévastés. Les temples, les théâtres, 
les Odéons, les Propylées, les portiques ont' été construits 
dans toute leur beauté noble, grandiose et élégante, avec 
toutes les ressources des arts accessoires, à partir de 
l'administration de Cimon, et jusqu'à la prise d'Athènes 
par Lysandre en 401. Les quarante années de l'adminis- 
tration de Périclès ont vu l'architecture s'élever à son 
idéal le plus parfait. De Cimon date le temple de Thésée 
à Athènes, ouvrage d'une rare élégance. Mais un homme 
d'un génie supérieur, Phidias, imprima à toutes les 
oeuvres architecturales de ce temps un caractère de 
beauté qui n'a point été égalé depuis : la force sans 
lourdeur, l'élégance sans affectation, l'idéal soutenu par 
une incroyable science de la statique et des proportions. 
Les lignes droites ont entièrement disparu ; il n'y a plus, 
dans ces édifices qui semblent carrés, aucune surface ho- 
rizontale ou verticale sur laquelle une ligne droite puisse 
s'appliquer; tout est courbe, du pavé au faîte; les murs, 
les colonnes, sont inclinés avec une science infinie; 
l'effet visuel est calculé dans ses plus petits détails. La 
solidité n'a jamais été ménagée avec autant d'art que dans 
les œuvres de ce temps. Sous la direction de Phidias, 1c- 
tinos éleva le Parthénon,Mnésiclès les Propylées. Toutes 
les constructions de ce temps nous montrent l'art de 
bâtir dans sa perfection : grands blocs de marbre égaux 
ou symétriques, reproduisant pour leur part les courbes 
et les inclinaisons dans lesquelles ils sont compris; nul 
ciment pour les joindre ; surfaces polies s'adaptant au 
point de devenir indiscernables; nul glissement possible, 
les courbes et les pentes étant combinées en vue de la 
solidarité des parties et de l'unité compacte du tout. Ces 
beaux temples de marbre blanc n'en étaient pas moins 
couverts du stuc orangé traditionnel ; car, pour être le 
plus parfait des matériaux, le marbre n'en est pas moins 
une matière, que l'art tout idéal des Grecs devait s'atta- 
cher à faire disparaître. La sculpture, dont Phidias est à 
cette époque le plus illustre représentant, apporta son 
concours à la décoration des temples : les frises du Par- 
thénon sont les plus grandes œuvres de sculpture que 
nous ait laissées l'antiquité; mais elles étaient de beau- 
coup surpassées par la statue même de la déesse, toute 
d'ivoire et d'or, œuvre de Phidias. Sous l'impulsion don- 
née par cet artiste et par Périclès, la Grèce se couvrit 
d'ouvrages d'architecture d'un caractère grandiose et 
d'une richesse tout idéale. On n'éleva pas seulement 
des temples, mais aussi des théâtres de pierre contenant 
jusqu'à 150,000 spectateurs, des portiques ou galeries 
couvertes ornées de colonnes et de peintures, des salles 
de musique, des hippodromes à gradins, divers ouvrages 
d'utilité publique. 

La guerre du Péloponèse, le règne de l'oligarchie, la 
prise d'Athènes par Lysandre, la tyrannie des Trente, 
ruinèrent une ville dont la peste avait déjà démoralisé 
les habitants. L'esprit public se détourna de l'intérêt de 
l'État vers les jouissances individuelles. L'architecture se 
mit, ainsi que les autres arts, au service des particuliers, 
et leur éleva des maisons qui rivalisaient avec les temples 
des dieux. On construisit fort peu d'édifices publics de- 
puis 404 jusqu'à la bataille de Chéronée; mais les villes 
étalèrent un luxe inconnu aux temps antérieurs; non- 
seulement on abattit les maisons anciennes pour en 
élever de nouvelles, mais les rues devinrent plus larges 
et plus régulières. Le Pirée fut rebâti de la sorte, ainsi 
que Sybaris ou Thurii et d'autres cités, soit en Grèce, 
soit dans les colonies. 

La bataille de Chéronée introduisit dans le monde 
grec l'esprit macédonien, positif et pratique, et n'envisa- 
geant l'art et la littérature que comme ornements d'un 
règne ou moyens de gouvernement. Mais l'extension de la 
civilisation hellénique vers l'Orient à la suite d'Alexandre 
le Grand, et la fondation des royaumes grecs de l'Asie et 
de l'Egypte, ouvrirent un champ immense à l'activité des 
artistes. Des édifices grecs, temples, palais, villes en- 
tières, furent élevés par des architectes venus pour la 
plupart d'Athènes, ou du moins inspirés par l'art athé- 
uien. La réaction de l'Orient sur cet art fut à peine sen- 



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sible; car le goût de la magnificence existait, comme le 
constate Démosthène, avant même la bataille de Chéronée. 

Mais les richesses de l'Asie, l'abondance et la variété des 
matériaux, le travail peu coûteux de masses populaires ha- 
bituées à une obéissance passive, mirent entre les mains 
des princes et des artistes des moyens d'une puissance 
jusque-là inconnue. On doit ajouter aussi que le progrès 
rapide des sciences, sous l'influence de l'esprit nouveau, 
créa des méthodes et des instruments perfectionnés pour 
élever rapidement et à moins de frais d'immenses édi- 
fices. Les Séleucides, les rois de Pergame, les Ptolémées, 
rivalisèrent de zèle et de magnificence; mais les exigences 
personnelles de maîtres enivrés par leur opulence n'exer- 
cèrent pas toujours une influence favorable sur l'art des 
architectes; on sacrifia beaucoup aux commodités d'une 
vie pleine de mollesse. C'est sous ces influences combi- 
nées que s'éleva de toutes pièces la ville d'Alexandrie, 
dessinée et construite par Dinocrate, et qui fut un mo- 
dèle pour les temps postérieurs. Antioche ne le céda en 
rien à Alexandrie pour la régularité de son plan et la 
splendeur des habitations particulières. A cet extérieur 
magnifique répondait une décoration intérieure pleine de 
goût et d'élégance, en même temps que de richesse et 
d'éclat. Toutefois, cette profusion venait en grande partie 
d'une passion souvent désordonnée pour le luxe et les 
plaisirs, et d'une ostentation plus favorable aux archi- 
tectes qu'à l'architecture : car les grands hommes qui 
avaient élevé le Parthénon et décoré les Propylées ne re- 
cevaient qu'une rétribution minime pour leur travail; 
ceux, au contraire, qui travaillaient à satisfaire le goût 
des princes et des particuliers s'enrichissaient ; mais le 
caractère idéal de leurs œuvres s'abaissant avec le but à 
atteindre, ils ont élevé en majeure partie des édifices 
sans nom. — C'est pendant cette période que se développa 
dans toute sa richesse Vordre corinthien, moins élégant, 
mais plus somptueux que l'ionique. C'est lui qui fut 
adopté de préférence dans les siècles qui suivirent. 

La conquête de la Grèce par les Romains et la soumis- 
sion de l'Asie et de l'Afrique concentrèrent dans Rome 
la puissance politique et les trésors de ces riches contrées; 
sous cette autorité nouvelle, les arts de la Grèce conti- 
nuèrent à régner exclusivement. L'originalité puissante 
de l'architecture hellénique avait soumis l'esprit macédo- 
nien, résisté aux influences dissolvantes de l'Asie, dressé 
des cités grecques en Egypte à côté de villes bâties sur 
un tout autre modèle; elle soumit encore l'esprit romain, 
en se mettant à son service. C'est donc encore son his- 
toire qui se continue jusqu'à la fin de l'Empire, où elle 
devient l'architecture byzantine. L'utile, soit dans la vie 
privée, soit dans la vie pubbque, domine l'architecture 
au temps des Romains; mais ce principe est appliqué 
d'une manière grandiose et qui ne souffre rien de mes- 
quin ; quoique l'art de bâtir n'ait jamais produit sous les 
empereurs rien de comparable au Parthénon, cependant 
les constructeurs grecs employés par eux ont laissé des 
édifices très-solides et parfois d'un grand caractère. L'ar- 
cade avait à peine paru dans les édifices grecs des temps 
antérieurs; elle prend une importance majeure dans cette 
dernière période; elle a pour conséquence naturelle la 
voûte et le dôme, et pour complément les piliers rempla- 
çant les colonnes. L'addition de colonnes, soit détachées, 
soit engagées, à l'extérieur de ces édifices, produisit un 
mélange de formes dont le goût du temps de Périclès 
n'eût p;is été satisfait : mais ce mélange provenait du be- 
soin de rendre plus légères en apparence les formes 
lourdes d'arcades portées sur d'énormes piliers. C'est ce 
même besoin qui fit naitre le chapiteau composite, mé- 
lange phis riche encore que le corinthien, mais d'une 
composition toujours difficile et rarement heureuse. Les 
grandes dimensions des édifices, composés de plusieurs 
étages, suggérèrent l'idée de placer les ordres les uns au- 
dessus des autres, en commençant par le plus simple; 
mais à l'ordre dorique, qui n'a point de base, fut substitué 
le toscan, plus en harmonie avec le genre des nouvelles 
construction^. Tels sont les membres principaux auxquels 
se reconnaissent les ouvrages nés sous l'influence du 
génie romain. On en éleva dans tout l'Empire, depuis 
l'époque de la conquête, et principalement sous Auguste 
secondé par Agrippa, sous les Flaviens et sous les Anto- 
nins. Ees constructions romaines, que les Grecs d'autre- 
fois avaient, à peine pratiquées ou même entièrement 
ignorées, sont surtout les thermes, les aqueducs, les arcs 
de triomphe, les amphithéâtres, les basiliques. La gran- 
deur de ces constructions n'eût pas permis d'y appliquer 
l'art infini du Parthénon; il fallut donc recourir à des 
moyens plus économiques : de là l'usage universel alors 



de la brique ou des petites pierres carrées à l'extérieur 
des murs comme revêtement, et du mortier jeté à l'inté- 
rieur avec des débris de toute forme et se prenant en une 
masse unique et presque indestructible; de là aussi l'em- 
ploi de pierres de taille dont l'extérieur n'est que dégrossi. 
— Quant à la valeur architecturale des constructions de 
l'Empire, elle est en général très-petite : les membres, 
empruntés aux ordres grecs, ne servent plus qu'à dissi- 
muler la lourdeur des formes réelles des édifices; ces 
membres, on les modifie, on les accouple, on les engage, 
on les superpose, ou bien on s'en sert comme de points 
d'attache à des ornements étrangers, de manière qu'ils 
perdent entièrement leur signification et leur valeur ar- 
chitectonique. Par cet abus qui prodigue la variété sous 
tant de formes, on tombe réellement dans une déplo- 
rable uniformité. C'est par ce mélange arbitraire de toutes 
les conceptions antiques que finit l'architecture grecque. 
Elle avait commencé par des formes herculéennes; sous 
Périclès, elle avait atteint son point de maturité, forte, 
gracieuse, naturelle, idéale; elle périssait sous le poids 
de la richesse, du bien-être et du luxe, accablée par ses 
ornements. 

V. J.-D. Leroy, Les ruines des phis beaux monuments 
de la Grèce, Paris, 1753 et 1770, in-fol. ; Hugues dit 
d'Hanrarville, Recherches sur les arts de la Grèce, Lon- 
dres, 1785, 3 vol. in-8' ; Stieglitz, L'Archit teture des An- 
ciens, en allem., Leipzig, 1790, in-8°; le même, Archéo- 
logie de l'architecture des Grecs et des Romains, Weimar, 
1801, .'1 vol. in-8°; Meincrs, Histoire des arts de laGrèce, 
Paris, 1798, 5 vol. in-8° ; Winckclmann , Histoire de 
l'art dans l'antiquité , Paris, 1802, 3 vol. in-4°; J. Stuart 
et N. Revett, Antiquités d'Athènes, ouvrage traduit de 
l'anglais par Feuillet, Paris, 1808-1822, 4 vol. in-fol. ; 
Lebrun, Théorie de l'architecture grecque et romaine, 
Paris, 1807, in-fol.; J.-G. Legrand, Monuments de la 
Grèce, Paris, 1808, in-fol.; Aikin, Essai sur l'ordre do- 
rique, en anglais, Londres, 1810, in-fol. ; Hûbsch , Sur 
l'architecture grecque , en allem., 2 e édit., Heidelberg, 
1824, in-i° ; Rosenthal, Sur l'origine et le sens des formes 
architectoniques des Grecs, en allem., Berlin, 1830, in-4°; 
Botticher, L'Architecture des Hellènes, en allem., Pots- 
dam, 1842-52, 3 vol. in-4° et atlas in-fol.; Forchhammor, 
Sur les murs eyelopeens de la Grèce, en allem., Kiel , 
1847; Brunn, Histoire des artistes grecs , en allem., 
Brunswick, 1856-59, 2 vol. in-8°; Leake, La Topographie 
d'Athènes, avec des remarques sur ses antiquités, en an- 
glais, Londres, 1821 et 1841, 2 vol. in-8»; Papworth, 
Essai sur l'architecture grecque, en anglais (en tête de 
son édition des OEuvres de l'architecte W. Chambers), 
Londres, 1820, in-4°; E. Dodwcll, Vues et descriptions 
des constructions pélasgiques ou cyclop ■■mes en Grèce 
et en Italie, en anglais, Londres, 1834, in-fol.; Expé- 
dition scientifique en Morèe, ordonnée pur le gouverne- 
ment français, Paris, 1835, 3 vol. in-fol.; De Clarac, 
Manuel de l'histoire de l'art chez les Anciens, 18 47, 2 vol. 
in-12; Penrose, Recherche des principes de. l'architecture 
athénienne, en anglais, Londres, 1851, in-fol. Eh. B. 

grecque (Peinture). Les œuvres des peintres grecs 
sont perdues : il ne nous reste, pour en faire l'histoire, 
que les jugements des Anciens, les traditions et les pein- 
tures d'époques relativement modernes et d'artistes se- 
condaires retrouvées dans les villes du Vésuve. Mais cet 
ensemble de documents est considérable. 11 est dillicile de 
fixer une date aux commencements de la peinture ; car 
cet art se borna longtemps à colorier les statues, les bas- 
reliefs et les temples, et à fournir des sujets de broderies 
aux femmes de la Grèce et de l'Asie Mineure. Les tradi- 
tions la font naître à Corinthe et à Sicyone, villes :1e po- 
tiers qui employaient des coloristes pour orner les vases 
de dessins en teintes plates : nous avons quelques-uns 
de ces anciens vases. On ne voit pas qu'avant la guerre 
médique, la peinture se soit, comme art, rendue indé- 
pendante de la sculpture, de l'architecture et de la céra- 
mique. Mais cette guerre contribua à donner aux Grecs 
la conscience de leur génie, et donna un élan singulier à 
tous les arts. Cependant la peinture conserva longtemps 
encore et peut-être toujours l'habitude de modeler ses 
conceptions d'après celles de la sculpture, et de disposer 
les personnages comme dans des bas-reliefs. Le. dessin la 
préoccupa plus que la couleur, et celle-ci ne parvint à 
toute sa perfection qu'au temps d'Alexandre. Jusque-là 
les figures sont en petit nombre, séparées les mies des 
autres de façon à ne pas se couvrir mutuellement ; le co- 
loris est clair, transparent, peu modelé, les raccourcis 
évités comme dans les bas-reliefs, la perspective presque 
nulle. — La peinture lit un grand pas vers l'indépendance 



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lorsque, se détachant des temples et des vases, elle com- 
posa librement sur des tables de bois ou sur des surfaces 
étendues préparées exprès. Polygnote , qui vivait au 
temps de Cimon et sous Périclès, trouva l'art de peindre 
presque dans l'enfance, et en fit un rival de l'art de Phi- 
dias. On ne peut douter que les peintures dont il orna le 
temple de Thésée et plus tard les temples de Delphes, de 
Platée, et la Pinacothèque d'Athènes, n'aient éfé de 
simples ornements courants ou des tableaux de chevalet. 
Mais ce grand peintre avait décoré les murs de la Lesché 
à Gnide et du Pœcile à Athènes : dans le premier il avait 
représenté la prise de Troie, le départ des Grecs, et l'évo- 
cation des morts par Ulysse; dans l'autre, la lutte des 
Grecs et des Perses. A l'exécution de ces derniers ou- 
vrages travaillèrent aussi Micon et Panœnus. Dans le 
même portique étaient encore représentés plusieurs su- 
jets de l'histoire d'Athènes. On voit donc qu'à l'époque 
de Périclès et même de Thémistocle on pratiquait déjà la 
peinture historique sur de grandes dimensions; et cela, 
non-seulement avec une grande pureté de dessin, qui n'a 
rien de surprenant dans le pays des sculpteurs et des ar- 
chitectes, mais avec un coloris approprié aux person- 
nages, et une expression en harmonie avec les caractères 
et les situations. 

Si la sculpture contribua à la perfection du dessin, 
l'art des décorations scéniques contribua à celle de la 
perspective, c.-à-d. surtout à la distribution des ombres 
et de la lumière. Apollodore fit en cela une véritable ré- 
volution, dont profita largement Zeuxis. C'est donc d'Apol- 
lodore que l'on doit dater la seconde période de la pein- 
ture ; car c'est plus encore par l'art des ombres que par 
celui du coloris ou môme du dessin, que l'on donne à un 
tableau cotte magie qui produit l'illusion et charme l'es- 
prit. — Les descriptions que les auteurs anciens nous 
ont laissées des tableaux de ce temps (v e siècle) mon- 
trent que la peinture était, quant à l'expression, dans 
une voie tout autre que la sculpture : celle-ci , dans le 
grand art de Phidias et de Polyclète, évitait de repré- 
senter les passions et de tourmenter les traits du visage; 
au contraire, les plus grands peintres d'alors, Zeuxis, 
Parrhasius , Timanthe, recherchaient ce que les mo- 
dernes appellent l'expression, ressource dont la plastique 
n'a pas besoin. Ce n'est donc pas seulement la majesté 
divine de. Jupiter et la grâce féminine d'Hélène, rendues 
par une expression générale, que l'on recherchait en 
peinture; c'était ou la gradation de la douleur paternelle 
dans Agamemnon, ou cette variété des qualités et des 
défauts du peuple même, que l'on s'étudiait à exprimer 
par la disposition habile des traits du visage, du geste, de 
la pose et des draperies. 

Sur la fin de ce siècle, les peintres grecs formaient des 
écoles rivales : celle d'Ionie, dont Zeuxis et Parrhasius 
étaient les chefs; l'école de Sicyone, sous Pamphyle ; 
l'école hellénique ou altique, qui finissait alors et ne 
pouvait plus rivaliser avec la science nouvelle. De toutes 
ces écoles, celle de Sicyone, venue la dernière, fut celle 
qui porta le, plus loin l'art de peindre; elle s'étend sur 
tout le siècle suivant, et produit des hommes d'un génie 
et d'une habileté supérieure. Leur premier maître fut 
Pamphyle, qui enseigna dans Sicyone pendant de lon- 
gues années ; il commençait son enseignement par les 
mathématiques, c.-à-d. par le dessin linéaire, la per- 
spective et la projection des ombres; le raccourci était 
un objet d'étude tout particulier; la pureté du dessin la 
plus sévère était exigée ; le coloris venait ensuite : rendre 
les caractères et les passions ne pouvait être enseigné 
dans l'école que d'une manière générale; mais on sait 
avec quelle justesse l'art de l'expression , soit générale, 
soit même individuelle et locale, fut pratiqué dans l'école 
de Sicyone. Pausias, Euphranor, Echion, Mélanthius, 
Nicias, Théon de Samos, Aristide de Thèbes, appartien- 
nent à cette époque, sans compter une foule d'autres ar- 
tistes renommés dont l'histoire a gardé les noms. Mais 
deux surtout se distinguent dans ce iv e siècle, Protogènes 
et Apelle. Celui-ci, élève de Pamphyle, fut considéré 
par les Anciens comme le plus grand peintre de l'anti- 
quité; il serait juste peut-être de distinguer dans ces 
éloges la part qui revient de droit à l'art de peindre, et 
celle qui se rapporte au choix même des sujets et au 
caractère idéal des œuvres. II est incontestable que l'art 
était plus parfait et avait plus de ressources au temps 
d'Apelle que dans le siècle précédent; qu'Apelle tira des 
effets excellents de ces moyens, et porta plus loin que ses 
prédécesseurs la grâce des lignes, du dessin, du coloris, 
de la composition, l'éclat de la jeunesse, le charme sen- 
suel, la vérité de l'expression et de la représentation. 



Mais, dans la liste de ses œuvres, on voit dominer, comme 
dans tout l'art de cette période, les formes adoucies, les 
figures de femmes, les héros et les dieux dont la jeunesse 
a quelque chose de féminin et de sensuel : la Vénus Ana- 
dyomène fut le chef-d'œuvre de ce grand peintre. Proto- 
gènes se forma lui-même et sans maître, no s'inspirant 
que de la nature; mais il est évident qu'il était sous 
l'influence directe, non-seulement des idée^ du temps, 
mais encore des écoles dominantes et particulièrement 
d'Apelle dont il était l'ami; car il ne faisait aucun con- 
traste avec lui et peignait dans le même genre. — C'est 
aussi pendant cette période du iv e siècle que se déve- 
loppa la représentation individuelle des personnes ou le 
portrait. Le V e siècle n'en faisait pas, ou du moins ne 
s'attachait pas à la ressemblance matérielle ; l'école de 
Sicyone, au contraire, conçut le portrait à la façon des 
modernes, c.-à-d. comme la reproduction du caractère 
physique et moral de la personne. Apelle excella dans 
ce genre. — Quant à ces tableaux de la nature que 
nous appelons paysages, il ne semble pas que les Grecs 
les aient, à aucune époque, conçus à notre manière: 
si parfois la mer, les montagnes , les champs furent 
mis par eux en peinture, le paysage ne fut qu'un fond 
de tableau où le sujet principal était une action hu- 
maine ou une scène de mythologie, ou un détail em- 
prunté à la vie des animaux. Mais il ne paraît pas 
qu'avant le siècle d'Auguste on ait jamais représenté un 
paysage pour lui-même et par amour pour le site; il n'y 
avait pas même en grec de mot pour désigner ce genre 
de peinture. 

Vencauslique, c.-à-d. la couleur broyée et mêlée à la 
cire, et appliquée à chaud sur le substratum, sorte d'en- 
duit poli, puis recouverte d'une couche de cire transpa- 
rente^ fondue avec le cauterium, en manière de vernis : 
telle fut la façon ordinaire de peindre de toute l'antiquité 
gréco-romaine; mais l'application de la couleur sur une 
surface murale encore mouillée, c.-à-d. la fresque , fut 
également pratiquée par les Anciens. Toutefois la véri- 
table peinture, suivant les Grecs, fut la peinture de che- 
valet à l'encaustique. 

La période qui suivit Alexandre le Grand est marquée 
par une diffusion générale de l'art de peindre, en Asie, 
en Egypte, en Italie. La construction des grandes villes 
de l'Orient, composées de palais et de maisons somp- 
tueuses, employa un nombre étonnant d'artistes. Mais la 
satisfaction du goût et du caprice individuel des riches 
pour lesquels ils travaillaient fit déchoir rapidement la 
perfection matérielle et morale de leurs œuvres. Cette 
période ne peut opposer aucun nom aux grands peintres 
de la période précédente : les scènes amusantes, ou vive- 
ment éclairées, les dieux représentés par leur coté co- 
mique, souvent des images d'une grossière sensualité, 
tels sont les sujets ordinairement traités dans ces temps 
de décadence politique et morale. Les décorations inté- 
rieures des maisons prennent une importance majeure 
dans la peinture : les arabesques, les encadrements de 
panneaux sur le fond desquels se détache ou une scène, 
ou un personnage ou un animal ; les tableaux de genre 
empruntés à la vie domestique et peints sur les murs des 
appartements; les guirlandes de fleurs aux plafonds; les 
perspectives architecturales prolongeant à l'œil les cham- 
bres et les galeries; tel est l'emploi ordinaire de l'art de 
peindre. C'est durant cette période que naquit la mo- 
saïque, appliquée d'abord à terre sur le sol, puis verti- 
calement contre les murs, où elle rivalisa avec la pein- 
ture même dans la représentation des sujets les plus 
complexes et les plus passionnés. On peut rapporter à 
cette époque la grande mosaïque de Pompéi, connue sous 
le nom de Bataille d'Arbelles. 

La conquête des pays grecs par Rome fit passer en 
Italie beaucoup de peintures de chevalet des meilleures 
écoles. La vue des cités luxueuses de l'Asie et de l'Egypte 
poussa les Romains dans la même voie qu'elles, et dès 
lors les peintres grecs travaillèrent pour leurs maîtres et 
se soumirent à leurs exigences. Les sujets les plus tra- 
giques de l'histoire héroïque et les portraits, voilà pour la 
peinture de chevalet; la décoration des maisons et des 
villas suivant le goût du temps, voilà pour le plus grand 
nombre des artistes. La peinture murale reçut donc un 
nouveau développement durant la période impériale; 
cette scénographie intérieure donna naissance à la véri- 
table peinture de paysage, dont la création remonte à Lu- 
dius, sous le règne d'Octave; toutefois le paysage était 
plutôt emprunté à la campagne, telle que les Romains 
l'avaient faite, qu'à la nature libre des fleuves, des mon- 
tagnes et de la mer : des villas, des jardins, animés par 



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des scènes d'une gaieté comique, tels étaient les sujets de 
Ludius. 

Otte longue période de l'Empire est marquée par une 
décadence de plus en plus rapide de la peinture : pas un 
nom, pas un ouvrage qui mérite d'être signalé, à moins 
que l'on ne cite, sous Adrien , /Etion et son tableau de 
Jioxnne et Alexandre. Mais du jour où les esclaves furent 
chargés de peindre pour leurs maîtres et que l'art fut 
tombé dans ce discrédit , on peut dire que la peinture 
avait cessé d'être. Réfugiée dans l'empire d'Orient et re- 
cueillie par les chrétiens ainsi que la mosaïque, elle y 
devint la peinture byzantine, d'où la peinture moderne 
est sortie. 

V. Junius, De picturâ veterum, Rotterdam, 1G74, 
in-fol.; Durand, Histoire de la peinture ancienne, Lon- 
dres, 1725 (c'est une traduction du 3.~> e liv. de Pline); 
Grande, Essai sur la peinture des Grecs, en allem., 
Dresde, 1811, in-8" ; C.-A. Bœttiger, Essai sur l'archéo- 
logie de la peintîire, principalement chez les Grecs, 
Dresde, 1811, 2 vol. in-8° ; Raoul Rochette, Peintures 
antiques inédites, Paris, 1830, in-i"; Letronne, Lettres 
d'un antiquaire à un artiste sur l'emploi de la peinture 
historique murale, 1835, et un Appendice, 1837, in-8°; 
O. Mûller, Manuel d'archéologie, traduit en français, Pa- 
ris, 1842, 3 vol. in-18; De Clarac, M anuel de l'histoire de 
l'art chez les Anciens, 1847, 2 vol. in-12. Em. B. 

grecque (Sculpture). La vie intellectuelle exprimée au 
dehors par des formes sensibles, et cela dans sa généralité 
et sa simplicité la plus grande , tel est le caractère do- 
minant de la sculpture grecque ; il s'est montré dès les 
origines de cet art, et il s'est maintenu jusqu'à la fin. La 
sculpture s'est trouvée engagée dans cette voie, non-seu- 
lement par la- nature même du génie hellénique à la fois 
rélléchi et plein d'expansion , mais aussi par la poésie 
qui elle-même chantait sous l'inspiration des croyances 
religieuses. En effet, la religion des anciens Grecs avait 
l'avantage d'offrir à l'imagination des symboles en nombre 
presque infini, et d'une signification assez précise pour 
être représentés aux yeux dans toute leur diversité. Toute 
l'antiquité s'accorde à dire que les Grecs n'eurent long- 
temps d'autres statues que celles des dieux. Ces statues 
étaient des idoles, mot qui signifie image, représentation 
figurée; on les conservait, soit dans des constructions 
sacrées qui étaient la demeure des dieux (vaô;), soit dans 
des enceintes (temenos) circonscrites et inaccessibles an 
vulgaire. Les dieux, conçus comme des puissances ayant 
chacune son domaine parmi les phénomènes naturels, 
reçurent des attributs en rapport avec ces phénomènes 
eux-mêmes : ainsi Jupiter, dieu qui préside aux mé- 
téores, eut le foudre et l'aigle, oiseau des airs ; Neptune 
eut le trident, c.-à-d. le harpon, arme des navigateurs; 
Apollon, dieu qui a son trône dans le soleil, eut l'arc et la 
flèche, symbole des rayons pénétrants du jour. Ces attri- 
buts essentiels passèrent des sanctuaires dans les ateliers 
des sculpteurs, avec leur valeur significative. A mesure 
que l'art de tailler la pierre et le bois ou de modeler 
l'argile se perfectionna, les formes des dieux et de leurs 
attributs acquirent plus de netteté et de précision. Les 
corps divins ne durent plus sembler faits sur un modèle 
unique; il fallut que, par les proportions de leurs mem- 
bres, par leurs gestes, par l'action où on les représentait, 
ils exprimassent la nature même des phénomènes dont 
ils étaient les régulateurs. En effet le symbole n'est autre 
chose que la représentation, sous une forme sensible, 
d'idées abstraites qui n'ont en soi rien de matériel ni de 
figuré. La symbolique contient donc l'explication de la 
statuaire antique, laquelle reste sais elle, une énigme in- 
déchiffrable; la première condition pour comprendre et 
sentir les œuvres de la sculpture des Grecs, c'est d'ap- 
profondir leur mythologie. Ainsi entendue dans son vrai 
sens, la plastique ancienne est l'art spiritualiste par ex- 
cellence, puisque, loin de donner aux passions nées de la 
matière une expression qui émeut l'âme de sentiments 
bas, elle écarte d'abord ces sentiments eux-mêmes, et ne 
se sert des formes corporelles que pour exprimer et 
rendre saisissables au vulgaire les conceptions les plus 
immatérielles de l'esprit. Telle est aussi la cause et l'ori- 
gine do ce caractère dominant des œuvres antiques, le 
calme du visage , la sérénité d'âme des personnages 
divins. 

Toutefois, après le grand siècle de Périclès, lorsque la 
majesté des dieux eut été rendue dans sou expression la 
plus sublime, et que l'esprit public, devenu plus philo- 
sophique et moins croyant, eut commencé à faire avec 
Socrate un retour sur lui-même, les sculpteurs intro- 
duisirent peu à peu la passion dans les conceptions de 



la plastique, et accrurent ce que |es modernes appellent 
l'expression [ta pathè); comme les sujets donnés par 
la religion étaient trop symboliques pour comporter la 
variété et la violence des passions humaines, ils en vin- 
rent à représenter celles-ci directement, et à reproduire 
non-seulement des sujets humains, mais encore des per- 
sonnes réelles et vivantes. L'usage des portraits-statues 
et des bustes se répandit promptement au temps des rois 
macédoniens, et devint universel sous la domination ro- 
maine. Les Anciens excellèrent dans ce genre, comme ils 
avaient excellé dans la sculpture symbolique; mais, 
quelle qu'ait été leur habileté à rendre la ressemblance 
des personnes, même idéalisées, on doit reconnaître que 
l'usage d'élever des statues à tout venant marque un 
abaissement de l'art antique. 

L'art du sculpteur comprenait dans l'antiquité, non- 
seulement la statuaire proprement dite, dont les matières 
ordinaires étaient le bois, la pierre, et, bientôt après, ies 
métaux, mais encore le bas-relief, qui tient le milieu 
entre la statuaire et la peinture , la Utreutique ou l'art de 
ciseler et de repousser les métaux , la céramique même, 
dans une certaine mesure, et enfin l'art d'orner les con- 
structions de formes en relief empruntées soit à la géo- 
métrie, soit à la végétation, soit même au règne animal. 
Les modernes ont suivi en cela les usages des Grecs, et 
cultivent d'après les mêmes principes ces difféi entes 
branches de l'art du sculpteur. 

On peut diviser en cinq périodes l'histoire de la sculp- 
ture chez les Grecs : les temps primitifs ou la sculpture 
hiératique, la période des guerres médiques, le siècle 
de Périclès, la période macédonienne, et la période ro- 
maine. 

l n Période. — Les servantes d'or de Vulcain et le bou- 
clier d'Achille, dans Homère, ne peuvent être considérés 
comme faisant partie de l'histoire de la sculpture, et 
prouvent tout au plus que les Grecs de cette époque 
avaient déjà des notions de la plastique. 11 n'en est pas 
de même des lions de Mycènes, le plus ancien ouvrage 
de sculpture qui nous soit venu de ces temps héroïques, 
conception symbolique analogue sans doute aux tètes de 
gorgone et aux images de dragon décrites par les anciens 
auteurs; ce sont là des sculptures adhérentes ou bas- 
reliefs. Mais ce qui caractérise la plus ancienne statuaire, 
c'est l'usage, très-général alors, des ?6ava ou statues en 
bois des divinités. C'étaient de véritables idoles, conser- 
vées, soit, dans des temples, soit dans des grottes, comme 
le Palladium de Troie et la Cérès de Phigalie ; ces idoles 
étaient souvent monstrueuses, parce que l'art, ne distin- 
guant pas encore les doctrines vraiment symboliques 
d'avec celles qui doivent rester à l'état de mystères, 
faute de pouvoir être représentées aux yeux, chargeait ces 
statues de formes bizarrement assemblées et multipliées. 
Ces idoles de bois étaient de toute grandeur, depuis la 
taille humaine jusqu'à celle d'une simple poupée; elles 
demeurèrent , comme objets de vénération , longtemps 
après que l'art, dégagé des entraves du culte, eut donné 
des mêmes divinités des images plus belles, et. en réalité 
plus justes. La roideur, l'immobilité, les jambes réunies 
comme celles des statues égyptiennes, les yeux à peine 
modelés ou d'une fixité singulière, l'adhérence des mains 
et des bras, tels étaient les traits ordinaires de ces anti- 
ques ébauches, auxquelles on rendait dans les sanctuaires 
les mêmes soins qu'à des personnes vivantes, soins qui 
du reste furent rendus dans la suite aux grandes œuvres 
des sculpteurs, conservées dans les plus beaux temples 
et aux époques les moins crédules. La famille Cretoise de 
Dédale, établie en Attiquc, celle de Smilis à Epine, furent 
de véritables écoles, où la sculpture, acquérant plus de 
liberté, fut enfin un art. Dédale ouvrit les veux des sta- 
tues, détacha du corps les bras et les jambes, ce qui lit 
dire qu'il les anima. Sicyone et l'île de Rhodes furent 
aussi des centres où se perfectionnèrent dès cette époque 
les représentations symboliques des dieux. En outre, sur 
la fin de cette période hiératique, parait l'art de repré- 
senter en métal battu, c'est-à-dire repoussé au marteau, 
non-seulement des scènes mythologiques do petites di- 
mensions, mais des divinités de. la taille, d'un homme. 
Les potiers modelaient en petit des sujets analogues, et. 
l'on trouve souvent encore dans l'Attique des terres cuites 
de ces anciens temps. 

//' ; Période.-*- Le développement de la poésie, qui 
d'épique devient lyrique et dramatique, c'est-à-dire plus 
humaine et plus passionnée ; les relations de plus en plus 
suivies des Grecs avec l'Asie riche et civilisée; le perfec- 
tionnement des métiers et surtout du travail des métaux 
dont les outils sont fabriqués; en un mot le progrès de 



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l'esprit public en toutes choses : telles sont les causes de 
l'activité féconde déployée dans la sculpture au temps des 
guerres médiques. Cette période de plus d'un siècle (de 
570 à 450 environ ) n'est pas encore celle de la perfec- 
tion; mais elle est marquée par un effort puissant du 
génie grec pour échapper aux formes hiératiques, et, 
sans perdre la tradition, atteindre le naturel et l'expres- 
sion de la vie dans sa plénitude et sa liberté. L'art en 
même temps se vulgarise, et passionne non-seulement 
des individus ou des familles d'artistes, mais des cités et 
des peuples entiers ; les États consacrent à des œuvres 
d'architecture et de sculpture une partie notable de leurs 
revenus. La plastique, sous toutes ses formes, sort des 
sanctuaires, et devient partie intégrante de la vie pu- 
blique et privée. En même temps le style, encore tout 
archaïque au commencement de cette période, devient 
de plus en plus naturel en se sécularisant; l'usage des 
jeux (agônes) et des luttes athlétiques, devenu général, 
offre aux yeux des sculpteurs les formes du corps humain 
dans ce qu'elles ont de plus dégagé et de plus mobile; 
les pompes sacrées, les théories, les chœurs d'hommes 
et de femmes, les montrent dans l'eurythmie et la dé- 
cence la plus complète : de sorte qu'à la fin de cette pé- 
riode, la roideur antique, la dureté du dessin, la lourdeur 
des proportions, le manque de rhythme dans les gestes 
et de caractère (èthos) dans les figures, ont en grande 
partie disparu. — Il nous reste un assez grand nombre 
d'ouvrages de cette période, peu de statues, beaucoup de 
bas-reliefs et de terres cuites. En effet, l'usage du bois 
disparaît dans le milieu du vi e siècle; l'or et les matières 
précieuses sont employés pour les statues isolées des 
dieux, et en préparent la spoliation et la destruction ; les 
bas-reliefs des temples, par leur position élevée, et les 
terres cuites, par leur peu de valeur matérielle, échappent 
mieux au ravage. Dipœnus et Scyllis de l'école de Dé- 
dale, Gitiadas de Lacédémone, Canachus de Sicyone, 
toreuticien et fondeur, Agéladas d'Argos, fondeur, Critias 
d'Athènes, Onatas d'Égine : tels sont les noms les plus 
célèbres de cette période, où l'art se répand dans toutes 
les parties de la Grèce. L'emploi de la pierre et bientôt 
du marbre, qui font ressortir par leur couleur môme la 
pureté des lignes, contribue au perfectionnement du bas- 
relief; celui-ci est alors pratiqué en grand et dans tout 
le monde hellénique, depuis la Sicile jusqu'en Asie Mi- 
neure ; on en décore des autels, des bases de statues, et 
surtout des temples, qui le reçoivent sur quatre de leurs 
parties extérieures, le fronton, les métopes, la frise, et 
les acrotères. Voici les principaux ouvrages qui nous 
restent de cette période : les bas-reliefs de Sélinonte et 
ceux d'Assos, la Vesta Giustiniani aux draperies presque 
cannelées, ïautel des douze dieux^au. Louvre), ouvrage 
plein d'élégance, les sculptures d'Égine, œuvre considé- 
rable conservée dans la Glyptothèque de Munich. 

Ut Période. — La prépondérance d'Athènes, devenue 
le centre du monde grec par son génie démocratique, se 
fait sentir dans les arts depuis le commencement de 
cette période. On avait placé vers la fin le point culmi- 
nant de l'art chez les Grecs; une plus juste appréciation 
des œuvres antiques l'a fait descendre au commence- 
ment; aujourd'hui, c'est aux temps qui ont immédiate- 
ment précédé la guerre du Péloponnèse que l'on attribue 
les plus beaux ouvrages de la sculpture grecque. Les 
formes hiératiques ont entièrement disparu, pour faire 
place au naturel le plus libre et le plus vrai; mais la 
sensualité n'est pour rien encore dans les conceptions 
des sculpteurs; le nu est traité avec un sentiment idéal 
qui exclut toute passion, toute idée charnelle : le calme 
dans la dignité, la modération dans la puissance, la sa- 
gesse avec la raison supérieure, caractérisent ces person- 
nages divins de l'époque de Périclès, uniquement occupés 
de leurs fonctions surnaturelles, et n'épousant les pas- 
sions humaines que dans une mesure compatible avec 
leur majesté. A aucune époque de l'histoire, la sculpture 
n'a atteint à une aussi grande hauteur idéale. — Mais la 
guerre du Péloponnèse, accompagnée de fléaux, de revers 
et de crimes, porta un coup à l'esprit public et le fit dé- 
choir : on songea davantage à jouir de la vie; et les 
sculpteurs, dont les moyens pratiques se perfectionnaient 
chaque jour, furent entraînés vers des sujets où les pas- 
sions humaines et la sensualité pussent trouver place 
l,Voy., sur cette transformation de l'esprit public les ar- 
ticles, Littérature et Architecture grecques). On cessa de 
représenter les divinités d'un caractère tout à fait mâle, 
d'un âge mûr ou d'une nature impassible, et l'on choisit 
de préférence celles dont les formes juvéniles avaient 
quelque chose de féminin, comme Bacchus, Apollon, 



l'Amour; il en fut de même des déesses, et tandis que 
Minerve est le grand modèle de l'époque de Périclès, 
celui des années postérieures est Vénus. La grâce et le 
charme des formes féminines, parfois même avec un 
certain mélange de sensualité, remplacent vers le milieu 
de cette période la puissance idéale, la beauté sévère et 
toute spirituelle du grand art antérieur. — La première 
époque nous offre les noms de Phidias et de Polyclôte, 
qui représentent, le premier l'école athénienne, le se- 
cond l'école de Sicyone et d'Argos. Autour de ces grands 
noms se groupent ceux de Polygnote, peintre et sculp- 
teur, de Myron, élève d'Agôladas, de Callimaque, toreu- 
ticien et fondeur, du grand Alcamènes, élève et rival de 
Phidias, d'Agoracrite, de Socrate le philosophe, et d'une 
foule d'artistes de renom que nous ne pouvons citer ici. 
Les grandes œuvres de cette époque si féconde, œuvres 
dont une partie nous est parvenue, sont : la Pallas du 
Parthénon, grande statue d'or et d'ivoire par Phidias; le 
Jupiter d'Olympie, où toute la majesté du dieu était 
rendue; la grande Pallas promachos de la citadelle 
d'Athènes; V Aphrodite des jardins, par Alcamènes; le 
Doryphore de Polyclète, devenu le canon des propor- 
tions du corps humain ; sa Junon d'Argos, son Amazone; 
la vache de Myron; et ces innombrables sculptures qui 
ornèrent les temples grecs relevés à cette époque, et dont 
nous possédons de si beaux débris dans les reliefs du 
Parthénon, de Phigalie, et dans les caryatides de lÉrech- 
theion d'Athènes. — La seconde époque est celle de Ly- 
sippe et de Praxitèle. Il n'y a pas de transition entre la 
manière de Phidias et la leur : le contraste est frappant ; 
ils créent un ordre de beauté toute nouvelle, et font dire 
au marbre tout ce que la forme humaine peut avoir 
d'élégance, de grâce, d'harmonie, de souplesse et de 
charme voluptueux. Scopas de Paros entra le premier 
dans cette voie, où il fut suivi par toute la nouvelle gé- 
nération d'artistes: Polyclès, Léocharès, Euphranor le 
peintre, Praxitèle, Timothée, Lysippe, Silanion , etc. 
Leurs œuvres furent estimées à une incroyable valeur, 
qui s'accrut encore dans les siècles suivants. Voici les 
plus célèbres : l' Apollon cilharèdede Scopas, son groupe 
d'Achille, sa Vénus populaire, à Élis; les Niobides, que 
nous possédons encore et qui sont l'œuvre ou de Scopas 
ou de Praxitèle ; de ce dernier, le Satyre periboètos, que 
nous possédons peut-être sous le nom de Faune, l'Amour 
de Thespies consacré par Phryné, la Vénus de Cnide 
dont celle de Médicis semble être une imitation impar- 
faite; le Sauroctone du Louvre; l'Hercule Farnèse, imité 
de Lysippe par Glaucon ; la statue d'Alexandre par Ly- 
sippe, dont une copie (la tête seule) existe au Louvre. 

IV e Période. — La période macédonienne est marquée 
par un développement du génie grec dans les pays con- 
quis par Alexandre le Grand, et par une réaction de ces 
pays eux-mêmes sur le génie grec. La construction de 
villes entières en Asie et en Egypte par des artistes grecs 
augmenta le nombre de ces derniers, en même temps que 
les richesses de l'Orient, dont les conquérants avaient le 
maniement et dirigeaient l'emploi, mettaient aux mains 
des sculpteurs, des architectes et des peintres, des res- 
sources presque infinies. L'influence de l'Orient sur la 
sculpture grecque se remarque surtout dans le goût de 
la magnificence et des proportions grandioses; mais en 
même temps que le goût des beaux-arts se répand chez 
les particuliers, les besoins du luxe et d'une vie sensuelle 
font pénétrer la sculpture jusque dans les appartements 
■privés, et l'on voit se produire alors, à côté des œuvres 
colossales faites pour le public, une multitude innom- 
brable de petits ouvrages de sculpture, soit de marbre, 
soit de métal, soit de plâtre moulé, qui transforment les 
maisons en musées. Les autres arts fournissent aussi 
leur contingent à ces décorations intérieures, faites du 
reste avec un goût exquis et une grande élégance. Il est 
bien remarquable que, dans cet immense développement 
que reçoit le génie artiste de la Grèce, il n'y a pour ainsi 
dire aucun nom qui ait surnagé et que l'on puisse rap- 
procher des grands noms des temps antérieurs. Cepen- 
dant l'étude de la nature physique et morale de l'homme 
était poussée beaucoup plus loin, et avait atteint ce degré 
d'analyse que la sculpture ne peut pas dépasser sans 
devenir une dissection anatomique ou un traité de psy- 
chologie: mais ces connaissances scientifiques, par l'excès 
môme de leur précision , nuisaient à l'inspiration et 
étouffaient l'idée de l'ensemble; de plus elles mettaient 
la sculpture à la portée de tout le monde, et faisaient que 
les artistes semblaient tous égaleaicnt habiles. L'art, 
durant cette période, gagne donc en étendue ce qu'il 
perd en inspiration : il s'est vulgarisé, mais en mémo 



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1006 



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temps il est devenu plus vulgaire; ses œuvres sont moins 
recherchées pour leur beauté idéale que comme des or- 
nements de luxe; et ce besoin du luxe, auquel la sculp- 
ture répond alors pour sa part, n'est pas moins recon- 
naissable dans les ouvrages publics que dans ceux que 
commandent les riches particuliers. — L'étude analytique 
des formes et des passions conduisit l'art vers l'expres- 
sion de l'individuel, où la tendance de la période anté- 
rieure le conduisait naturellement. Les rois macédoniens, 
les grands personnages, les riches particuliers, les 
hommes célèbres, commencèrent à voir leurs traits re- 
présentés en marbre ou en bronze; et pour laisser encore 
à ces figures privées d'idéal quelque chose qui semblât 
les relever au-dessus de la nature individuelle, on repré- 
senta fréquemment ces hommes du jour revêtus d'orne- 
ments et d'attributs divins appropriés à leur caractère. — 
Quelques ouvrages existants permettent d'étudier l'art de 
cette époque dans ce qu'il a fait de meilleur : citons le 
Laocoon, comme expression détaillée d'un sentiment 
complexe et multiple merveilleusement étudié; le Gladia- 
teur d'Agasias (au Louvre), comme étude admirable des 
formes anatomiques ; le taureau Farnèse, reconnu infé- 
rieur à son ancienne renommée; le Colosse de Rhodes, 
oeuvre de Charès, élève de Lysippe. 

V e Période. — Les principaux centres de sculpture 
avaient été en Asie pendant la période macédonienne : 
Rhodes, Pergame, Éphèse, riches cités, avaient vu fleurir 
des écoles demeurées célèbres. La conquête romaine eut 
pour suite le pillage de la Grèce et de l'Asie, qui virent 
transporter à Rome leurs plus beaux ouvrages de sculp- 
ture. Cette nouvelle capitale devint comme un musée où 
se trouvèrent réunies des œuvres de toutes les époques 
et de toutes les écoles; les artistes grecs y furent attirés, 
et par ces^modèles nombreux, et par les travaux que 
les riches patriciens de l'école des Scipions leur firent 
exécuter. Les villes élégantes de l'Asie Mineure et de 
l'Egypte devinrent les modèles sur lesquels se formait, la 
nouvelle cité romaine; et de plus, les habitudes agricoles 
des Romains et les progrès de la grande propriété peu- 
plèrent Ses campagnes de villas somptueuses, qu'il fallut 
orner des dépouilles du monde grec et des œuvres d'ar- 
tistes contemporains; les villes municipales d'Italie ne 
tardèrent pas à imiter la grande ville; et ainsi le monde 
des artistes grecs érnigra pour ainsi dire tout entier dans 
cette nouvelle patrie. Mais il fallut travailler vite, et se 
conformer souvent aux exigences de maîtres dont le génie 
n'a jamais eu la linesse et la délicatesse exquises du génie 
des Hellènes. La cinquième période est donc celle de la 
décadence : plus d'inspiration pour des artistes travail- 
lant par ordre; plus d'élévation d:ins les idées; le luxe et 
la mollesse, l'amour des plaisirs et l'ostentation, se sont 
mis à la place des grandes pensées religieuses ou des tra- 
ditions de gloire nationale qui avaient inspiré les siècles 
de liberté. Il est digne de remarque cependant que les 
moyens matériels dont la sculpture disposait se perfection- 
naient chaque jour : le grand colosse de Néron, statue 
d'airain fondue par Zénodore, n'avait pas moins de 3o met. 
de haut, et dépassait le colosse de Rhodes. L'art de repré- 
senter les personnes vivantes se répand de plus en plus 
et devient véritablement l'art de la période romaine, sait 
qu'on les revote d'ornements divins comme dans la pé- 
riode macédonienne, soit qu'on les reproduise au natu- 
rel. Cette même tendance, désormais invincible, se 
retrouve dans la reproduction sculpturale des scènes his- 
toriques, où tout est fait d'après nature et sans idéal : tels- 
sont les Iris-reliefs des arcs de triomphe à Rome. Le 
nombre des portraits, soit en pied, soit en buste, qui nous 
i du temps des Empereurs, est considérable : ils 
remplissent tous les musées de l'Europe ; les femmes y sont 
en grand nombre, représentées avec leur costume et leur 
coiffure originale, rarement disgracieuse. — Quant aux 
sculptures des édifices publics, elles sont généralement 
lourdes et négligées, souvent grossières et presque bar- 
bares; cette remarque s'applique également aux orne- 
ments sculptés des temples et des autres édifices romains, 
dont la laideur est choquante si l'on vient à les comparer 
aux ornements analogues des édilices grecs. — L'époque 
de Trajan et d'Adrien produisit plusieurs œuvres pour Ies- 
quelles la critique peut faire quelques réserves; nous cite- 
rons la colonne Trajane, la statue de Nerva au Vatican, 
celle 'le Marc-Aurèle aujourd'hui sur la place du Capitule, 
iimables. Mais les efforts des Antonins ne pu- 
rent relever un art marchant vers sa décadence, et qui, 
après avoir perdu l'inspiration et l'idéal, avait fini par 
oublier le naturel, la grâce des formes, et jusqu'à la jus- 
tesse des proportions. Le dessin devenait incorrect et de 



convention. Après l'invasion des idées panthéistiques de 
l'Orient dénaturées et amoindries, les ligures des dieux 
se transforment pour s'accommoder à un idéal indécis, à 
une conception mystique et nécessairement informe. Les 
premières œuvres chrétiennes sont sèches et maigres, et 
d'ailleurs appartiennent plus souvent à la peinture qu'à 
la sculpture. Les invasions des Barbares portent le der- 
nier coup à un art qui n'avait pas duré moins de qua- 
torze siècles. V. H. Meyer, Histoire des arts plastiques 
chez les Grecs et les Romains, en allem., Dresde, 1824-36, 
3 vol. in-8°; Thiersch, Sur les époques des arts plas- 
tiqués chez les Grecs, en allem., Munich, 2" édit., 1829, 
in-8" ; liirt, Histoire des arts plastiques chez les Anciens, 
en allem., Berlin, 1833, in-8°. Em. B. 

grecqi'k (Musique). Le système musical des Grecs 
s'est développé peu à peu depuis les temps les plus 
anciens de leur histoire héroïque jusqu'au v c siècle av. 
J.-C, époque où, sous l'influence directe de l'École py- 
thagoricienne, il se présenta dans son ensemble et avec 
tous ses moyens. Les instruments se sont aussi perfec- 
tionnés par degrés : depuis la simple flûte de Pan et 
l'instrument fait d'une écaille de tortue jusqu'à la ma- 
gadis à vingt, cordes, il y a une série de changements 
dans la théorie et dans la pratique musicales; et ces chan- 
gements accompagnent le développement, parallèle de la 
poésie lyrique jusqu'au jour où l'instrumentation s'est 
séparée du chant, et a produit dans les Odéons et les 
concours musicaux des œuvres plus compliquées. Comme 
le système musical des Anciens diffère notablement du 
nôtre, nous allons l'exposer en nous plaçant au point de 
vue des Grecs eux-mêmes. 

Les sons forment une série continue de l'aigu au grave; 
on l'obtient en faisant glisser le doigt sur une corde 
tendue et vibrante; dans cette série l'on ne distingue 
aucune note particulière. Mais, en arrêtant le doigt à 
certaines places et en supprimant le glissement intermé- 
diaire, on obtient des sons distincts ou notes. Des lois 
mathématiques président à la distribution des intervalles 
de ces notes et en règlent la longueur. L'oreille observe 
dès lors que les sons s'appellent les uns les autres et for- 
ment des consonnances mélodiques. Toutefois, ces con- 
sonnanecs peuvent être établies sur une partie, quelconque 
de la corde, c.-à-d. de la série indistincte des sons. On 
peut prendre pour point de départ de la série conson- 
nante soit la note aiguë, soit la grave ; on lui donne alors 
le nom de note du ton (tôvo;, tension de la corde) : les 
Grecs prenaient pour note du ton la note la plus aiguë de 
la série, et solfiaient en descendant. 

Il n'existe dans la série consonnante que quatre notes 
fixes, formant trois intervalles : ce sont celles (pie nous 
nommons la première, la seconde, la quinte et. l'octave. 
Mais l'octave n'est que la répétition de la première, suit 
à l'aigu, soit au grave; de sorte que, si l'on continue dans 
ces deux sens à faire résonner ces notes fondamentales 
dans toute la portée de l'oreille humaine, on obtient tou- 
jours cette même série se répétant elle-même. Les An- 
ciens ont nommé ton l'intervalle qui sépare la première 
de la seconde; de la seconde à la cinquième, et de la 
cinquième à l'octave, il y a deux intervalles de quarte. 
Le ton, partagé en deux, forme des demi-tons; les demi- 
tons, partagés en deux, forment des quarts de ton, 
quand les cordes sont entre elles comme 80 et 81, la 
différence est appelée commet; et le comma exprime 
le. différence du demi-ton majeur et du demi-ton mineur. 
Les intervalles de quarte, dans la série fondamentale, 
peuvent être divisés par des notes dont, la place n'a rien 
de fixe par elle-même, et les intervalles plus petits qui 
en résultent peuvent offrir des demi-tons, des tiers de 
ton, des quarts de ton, ou des espaces exprimés par 
d'autres fractions. Tel est le point de départ do la mu- 
sique antique et l'origine des écoles musicales chez les 
Grecs. 

L'intervalle de quarte est commun à toutes les mu- 
siques humaines, parce qu'il exprime un rapport numé- 
rique très-simple et qu'il fait partie des consonnances 
fondamentales. Les musiciens gréco-asiatiques de Phrygie, 
do Lydie, etc., ont observé de bonne heure que les mêmes 
séries consonnantes ou mélodiques se reproduisent sur 
l'échelle des sons, offrant la même combinaison de tons 
et de demi-tons : do ré mi fa — sol la si do; ou bien 
ré mi fa sol — la si do ré; ou encore mi fa sol la — si 
do ré mi, etc. Telle est l'origine du létracorde ou série de 
quatre notes, qui est le fondement de toute, la théorie 
musicale des Anciens. Ces tétracordes, comparés entre 
eux, par exemple celui de do avec celui de ré ou de mi. 
diffèrent uniquement par la place du demi-ton, qui est 



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en effet à l'aigu, au milieu ou au grave. Pendant plusieurs 
siècles, les plus anciens Grecs ne connurent que le té- 
tracorde, et composèrent leurs chants dans quelqu'une 
de ces courtes séries mélodiques. Mais on finit par s'aper- 
cevoir qu'en mettant à la suite l'un de l'autre deux té- 
traedrdes semblables, les deux notes extrêmes sont à 
l'octave l'une de l'autre, et qu'un ton sépare ces deux 
téiracordes l'un de l'autre. Toutefois, ce ton complémen- 
taire peut se trouver soit au milieu de l'octave, comme 
ci-dessus, soit au grave, comme dans la double série si- 
mi, mi-la, soit à l'aigu, comme la série la-ré, ré-sol. De 
toute manière l'octave étant ainsi complétée, l'instru- 
ment peut rendre toute la série musicale par une simple 
répétition des notes de l'octave, et faire entendre ainsi 
toute la gamme. Réunir deux tétracordes semblables, 
avec leur ton complémentaire, s'appela : mettre sept 
cordes à la lyre. 

Les modes (en grec armonia) étaient primitivement de 
simples tétracordes, que l'invention de l'octave transforma 
en vrais pentacordes. Le mode est déterminé par la place du 
demi-ton dans le tétracorde, et il se solfie en descendant; 
l'air ou mélodie doit toujours finir sur la note extrême 
du mode, soit à l'aigu, soit au grave. Les modes primitifs 
étaient le dorien (mi ré do si la), le phrygien [ré do si la 
sol), et le lydien {do si la sol fa). Ils eurent trois modes 
subordonnés, complétant l'octave à l'aigu : Yhypodorien 
(la sol fa mi ré), Yhypophrygien (sol fa mi ré do), et 
Yhypolydien (fa mi ré do si). Enfin un septième mode 
appelé mixol ydien reposait sur le si grave de l'hypory- 
dien, et produisait si la sol fa mi. On doit observer que 
ce système, le seul complet dont l'histoire fasse mention, 
permettait de faire reposer une mélodie sur une noie 
quelconque de la gamme, et produisait des airs essen- 
tiellement différents entre eux et d'une grande expres- 
sion. Le plain-chant, qui, n'ayant ni rhythme ni mesure, 
n'est pas proprement de la musique, tire encore de 
beaux effets de ces débris de la musique grecque dont il 
est composé. 

Nous avons dit qu'il n'y a de fixe parmi les notes que 
la 1", la 2 e , la 5 e et l'octave; les autres peuvent être 
abaissées de quantités variables à volonté, sans que la 
mélodie soit troublée. Quand les intervalles obtenus sont 
tous des tons et des demi-tons, l'octave est appelée dia- 
tonique, et, par une légère variation, l'on obtient le dia- 
tonique mou, dur ou moyen. Mais si la quantité dont les 
notes variables sont abaissées dépasse 1/3 de ton, le genre 
est changé: si, par exemple, on arrive à des intervalles 
de 1/2 ton à coté d'autres qui soient de 1 ton 1/2, c'est 
le genre chromatique. Voici, comme modèle, le mode do- 
rien et hypodorien chromatisé : mi, ré b, do, si, la, sol b, 
fa, mi, ré. Ce qui donne de la couleur à cette gamme, 
laquelle n'admet aucune autre note que celles-là, c'est 
que l'accord sur une note y est à volonté majeur ou mi- 
neur. Chaque mode a son genre chromatique. — Le 
genre enharmonique, entièrement perdu pour nous, fut 
ajouté aux deux autres par Olympe le Vieux. Composé 
par la même méthode que le chromatique, il n'admet 
que des intervalles de 2 tons, 1 ton et 1/4 de ton. Voici 
le dorien enharmonique, en descendant : la, fa, fa 1/4, 
mi, do, do 1/4, si, la. Que l'on tente avec le violon 
d'exécuter cette simple gamme, on verra qu'elle agit de la 
façon la plus puissante sur la sensibilité, laissant loin der- 
rière elle les modes diatoniques ou chromatiques les plus 
émouvants. Platon proscrivait le genre enharmonique. 

Il y aurait de belles et curieuses recherches à faire sur 
l'exécution musicale chez les Anciens, sur leurs instru- 
ments (Aristote seul en nomme 33 à vent), sur les chœurs 
tragiques et comiques, sur le chant de la scène, sur les 
odes, sur les Odéons ou Conservatoires, sur les concerts 
privés et les grands concours de musique de l'antiquité. 
Tous ces sujets sont à peine effleurés par la critique mo- 
derne. V. Burette, Ac. des Insc, XVII; Vincent, Notice 
sur divers man use. grecs, etc., 1847 ; Tiron, Études sur 
la musique grecque, le plain-chant et la tonalité mo- 
derne, Paris, 1806. Em. C. 

GRECS MODERNES (Langue des). Cette langue, qu'on 
appela aussi romaïque parce que Jes Turcs du xv e siècle 
considérèrent comme romaine toute la population de 
l'empire grec qui était étrangère à leur race, dérive du 
grec ancien. Celui des antiques dialectes avec lequel elle 
a le plus de rapport, c'est l'ionien, ou plutôt l'attique. On 
la parle dans le royaume de Grèce, en Albanie, eu Thes- 
salie, en Roumélie, dans une partie de l'Anatolie, dans 
les îles de l'Archipel, h Chypre, à Candie, et dans les îles 
Ioniennes. Quelques cantons de l'intérieur de la Grèce, 
le pavs de Mégarc, les îles les moins fréquentées de l'Ar- 



chipel, sont les lieux où elle a conservé le plus de pureté : 
dans les provinces septentrionales, elle est mélangée 
d'albanais; des éléments italiens s'y sont introduits dans 
les îles Ioniennes, à Athènes et en Morée. Il y a telles 
localités écartées où l'on a conservé des mots, des locu- 
tions, des phrases de l'ancien grec, dont on ne trouve 
plus trace dans les villes, telles expressions qui appar- 
tiennent au temps d'Homère, et qui ont disparu des 
auteurs postérieurs; tantôt les mots de la langue clas- 
sique ont subi, dans le grec moderne, des contractions, 
des suppressions de désinence, qui les défigurent; tantôt 
les mots, en gardant plus ou moins fidèlement la forme 
primitive, ont changé de signification. En ce qui concerne 
la grammaire, le grec moderne se distingue du grec an- 
cien par les particularités suivantes : le nombre duel 
n'existe pas; le datif a disparu de la déclinaison, et est 
remplacé par le génitif ou par une préposition qui régit 
l'accusatif; le premier nom de nombre sert d'article indé- 
fini : les degrés de comparaison se forment à l'aide de 
particules, et plusieurs temps du verbe au moyen d'auxi- 
liaires; le verbe avoir (îxu>) sert, comme dans les langues 
néolatines, à la formation des temps du passé, et le 
verbe vouloir (ÔiXco), joint à une forme dérivée de l'an- 
cien infinitif, sert à composer, comme en allemand et en 
anglais, le futur et le conditionnel; l'infinitif, devenu 
hors d'usage, est remplacé par une périphrase dans 
laquelle le verbe se met au subjonctif; la voix moyenne 
a été supprimée ; enfin la construction est beaucoup moins 
transpositive. Le grec moderne a des dialectes, dont la 
plupart ne sont que des patois produits par une pronon- 
ciation altérée et par des idiotismes venus de l'étranger. 
On distingue surtout le romaïque propre, avec les sous- 
dialectes de Constantinople ou des Fanariotes,de Saloniki, 
de Janina, d'Atlfènes et d'Hydra; et Yéolo-dorien, com- 
prenant le mainote (à Sparte), le candiote et le cypriote. 
V. Martin Crusius, Turco-Grœcia, Baie, 1584; J.-M. Lan- 
gius, Philologia barbaro-grœca, Nuremberg, 1708, in-4°; 
Ananias d'Antiparos, Grammatica grœca vulgaris, Ve- 
nise, 1784, in-4°; Athanase Christopoulos, Grammaire 
grecque moderne, en grec, Vienne, 1805; Jules David, 
Méthode pour étudier la langue grecque moderne, Paris, 
1821, in-8°, et Parallèle des langues grecques ancienne 
et moderne, en grec, Paris, 1820, in-8°; G. Kutuffa, Corn- 
pendio di grammatica délia lingua greca moderna, Li- 
vourne, 182j, in-8°; Lùdemann, Grammaire du grec 
moderne, en allemand, Leipzig, 1820;Minoidc Minas, 
Théorie de la Grammaire de la langue grecque, Paris, 
1827, in-8°; Michel Schinas, Grammaire élémentaire du 
grec moderne, Paris, 1829, in-8"; Theocharopoulos, 
Grammaire grecque universelle, Paris, 1830, in-8°; — 
J. Meursius, Glossarium grœco-barbarum, Leyde, 1614, 
in-4°; Ducange, Glossarium ad scriptores mediœ et in- 
fimes grœcitatis, Lyon, 1088, 2 vol. in-fol.; Zalyk, Dic- 
tionnaire français -grec moderne, Paris, 1809, in-8°; 
Dehèque, Dictionnaire grec moderne français, Paris, 
1825, in-16; Coumas, Dictionnaire grec moderne, en 
grec, Vienne, 1820, in-4°; Daviers, Dictionnaire français 
et grec vulgaire, Paris, 1830; Scarlatès de Byzance, 
Lexique grec moderne, Athènes, 1857 ; — Mullach, Gram- 
maire de la langue vulgaire des Grecs dans son évolution 
historique, en allem., Berlin, 1850. 

Gi\Ecs modernes (Littérature des). Les plus anciens mo- 
numents de la littérature grecque moderne sont, au 
xi e siècle, une Chronique de Siméon Séthos, qui fut pro- 
tovestiaire à la cour d'Alexis 1 er Comnône, et, au xn e , les 
poésies de Théodore Prodromos. Il faut descendre en- 
suite jusqu'au xvi e siècle, où l'on trouve les œuvres de 
grammaire de Chrysoloras et de Lascaris, et les Annales 
universelles do Dosithée. Au xvn 1 ' appartiennent YEroto- 
crite, roman de chevalerie de Vincent Cornaro, et VÊro- 
phile, tragédie de Georges Chortatzi. Pendant le xvm', les 
Grecs ont fait de nombreux emprunts aux littératures 
étrangères : de cette époque datent les traductions de 
V Histoire ancienne de Rollin et du Télémaque de Féne- 
lon. Eugène Bulgaris, archevêque de Kherson, traduit les 
Géorgiques et Y Enéide de Virgile. Parmi les auteurs d'ou- 
vrages originaux, on doit citer : Mélétios, archevêque 
d'Athènes, qui recueillit les légendes de l'Archipel; Pho- 
tinos, dont on a une Histoire de la Thrace et de la Tran- 
sylvanie; le moine Grégoire de Dodone, qui a publié la 
Biographie des patriarches de Jérusalem. 

Un mouvement littéraire assez important s'est déclaré 
au xix e siècle; sans parler d'un grand nombre de livres 
de morale et d'éducation traduits de l'italien, du français, 
de l'anglais, et de l'allemand, il faut mentionner les trai- 
tés de rhétorique et de philosophie d'OEkonomos et de 



r.RE 



1008 



GUE 



Vambas, les ouvrages théologiques de Theoclitos Parmaki- 
dis, les écrits politiques de Minas, de Polysoidès, d; Palœ- 
logos et de Spyridion Vallettas, les travaux philologiques 
de Coray, de Neophytos Dukas, de Darbaris, d'Asopios, de 
Vanvas, de Zenobios Pop. Dans le genre historique Per- 
raebos a donné une Histoire de Souli (1815) et des Mé- 
moires sur la guerre de l'indépendance de 1820 (1830); 
Philippidis, une Histoire de la Roumanie, 181C ; Risos Né- 
roulos, une Histoire de la Grèce moderne, 1828 ; A. Sout- 
zos, une Histoire de la révolution grecque, 1829; Sour- 
mélis, une Histoire d'Athènes à l'époque de la guerre de 
l'indépendance, 1834; K.-D. Schinas, une Histoire des 
anciens peuples, 1845; Risos Rangavis, des Antiquités 
helléniques, 1842, etc. — La Grèce moderne possède une 
poésie populaire, dans laquelle on remarque surtout les 
chants des Klephtes et ceux qui se rattachent à la guerre 
de l'indépendance; des recueils en ont été publiés en 
français par Fauriel (1825, 2 vol.) et par le comte de 
Marcellus (1860, in- 12). Mais elle a aussi une poésie sa- 
vante qui s'est essayée dans plusieurs genres. Rigas, Kal- 
vos, Salomos, Angelica Pâli, Karatchoutschas, ont com- 
posé des hymnes de guerre et de liberté. Les deux Soutzos 
et Orphanidis ont cultivé la satire. Christopoulos s'est 
exercé dans l'ode anacréontique; Risos Néroulos, Pikko- 
los, Zampelios, les deux Soutzos, dans le genre drama- 
tique. Panagos Soutzos est aussi auteur d'un poëme 
épique et didactique, le Messie, et Alexandre Soutzos 
d'un poëme fort estimé, le Vagabond. Rangavis a chanté, 
dans le Séducteur des peuples, le' moine monténégrin 
Stéphanos , l'un des faux Pierre III qui parurent sous 
la czarine Catherine II. Zalakostas a publié en 1851 un 
poëme sur le siège de Missolonghi, et, en 1853, un poëme 
intitulé Armaloles et Klephtes. 

GRÉEMENT ( du vieux mot gréer, "pour agréer, qui 
signifiait approprier), totalité des voiles, des poulies et 
des cordages propres au service des vergues et des mats 
d'un navire. 

GREENVVICH (Hôpital de), magnifique établissement 
fondé en 1696, à la place où était un palais des rois d'An- 
gleterre, pour recevoir les marins invalides. 11 peut loger 
4,000 personnes. L'aspect en est surtout majestueux 
quand on y arrive par la Tamise, sur les bords de laquelle 
est un grand square où s'élève la statue de George II 
par Rysbruck. L'hospice se compose de cinq corps de 
bâtiments: 1° celui dit du roi Charles, surmonté d'un 
dôme avec belvédère , œuvre de Christophe Wren , et 
contenant la bibliothèque affectée à l'usage des pension- 
naires; 2° celui du la reine Anne; 3° celui du roi Guil- 
laume; 4° celui de la reine Marie, où se trouve la cha- 
pelle; 5" V Asile ou École. Au point de vue de l'art, la 
chapelle est fort intéressante : les statues de la Foi, de 
l'Espérance, de la Charité, et de la Modestie, en ornent le 
vestibule; le portail richement sculpté, les portes d'aca- 
jou massif, la décoration intérieure, composent un en- 
semble qui n'a pas d'égal en Angleterre; sur l'autel est 
un très-beau tabieau de West, représentant S' Paul 
échappé du naufrage. On remarque aussi la Galerie na- 
vale, formée en 1823 ; elle comprend : 1° un vestibule, 
où sont les statues de Nelson, de Duncan, de S 1 Vincent, 
et de Howe, plusieurs peintures de Turner et de Louther- 
bourg, un portiait de Van Tromp; 2" une grande salle 
ornée de portraits d'amiraux anglais qui étaient autre- 
fois à Windsor et à Hampton-Court, et d'autres peintures 
de marine; 3" une autre salle renfermant des objets cu- 
rieux, des modèles de vaisseaux, etc. 

GREFFE (du grec graphéin, écrire), dépôt où sont 
classés et conservés les registres et les actes des parties, 
pour qu'on puisse y recourir lorsqu'on veut en avoir des 
expéditions. C'est là aussi que s'acquittent les droits de 
justice et le3 amendes. Dans les greffes des tribunaux de 
\" instance sont également déposés les doubles des re- 
gistres de l'état civil de chaque arrondissement. 

GREFFIER ( du grec grapheus , écrivain), fonction- 
naire établi près des Cours et tribunaux pour écrire les 
arrêts, sentences , jugements et autres actes prononcés 
ou dictés par hts juges, en garder les minutes, et en déli- 
vrer des expéditions 5. qui il appartient. Les greffiers des 
justices de paix et des tribunaux de l rc instance et do 
commerce doivent être âgés de 25 ans au moins; ceux 
di's Cours impériales, de 27 ans. On demande qu'ils 
soient licenciés en Droit et aient suivi le barreau pen- 
dant 2 ans. Une justice de paix n'a d'ordinaire qu'un gref- 
fier; les tribunaux de l ro instance et de commerce ont 
un ou plusieurs greffiers-adjoints; le nombre île ces 
niers est plus considérable dans les Cours impériales, 
où le premier des greHiers a le titre de greffier en chef. 



Ce fonctionnaire est assujetti à un cautionnement, dont 
le chiffre varie en raison de la population et du ressort 
du tribunal. Il est soumis à la surveillance du président 
et du ministère public. Outre un traitement fixe, qui est 
médiocre, il touche, pour les rôles d'expéditions qu'il dé- 
livre, un droit qui, dans certaines localités, rend" son 
poste très-lucratif. Le traitement fixe des greffiers est de 
600 à 800 fr. pour les justices de paix, de 600 à 1,200 fr. 
pour les tribunaux de police (6,000 fr. à Paris), de 800 
à 1,800 fr. pour les tribunaux de commerce, de 1,000 à 
2,400 fr. pour les tribunaux de l rc instance (6,000 fr. à 
Paris), de 2,000 à 4,000 fr. pour les Cours impériales 
(8,000 fr. à Paris). Les droits de greffe sont fixés par les 
tarifs du 16 février 1807 et du 18 juin 1811, par ordon- 
nance du 9 octobre 1825, par arrêt du 8 avril 1848, et par 
décret du 24 mai 1854. Le greffier de la Cour de cassa- 
tion a un traitement fixe de 40,000 fr., sur lequel il paye 
4 commis et les fournitures du greffe. Les greffiers ont la 
qualité de membres des Cours ou tribunaux auxquels ils 
sont attachés, et prennent rang après les officiers du mi- 
nistère public. La loi du 28 avril 1816 les autorise à pré- 
senter leurs successeurs. Ils ne peuvent être parents ni 
alliés, jusqu'au degré d'oncle ou de neveu inclusivement, 
d'un membre de la Cour ou du Tribunal, et des dispenses 
ne sont accordées que dans les tribunaux composés de 
8 juges au moins (Loi du 20 avril 1810). Leurs fonctions 
sont incompatibles avec toute autre fonction publique sa- 
lariée et avec tout office. La où il n'y a pas de commis- 
saires-priseurs, les greffiers des justices de paix peuvent 
procéder aux ventes publiques de meubles, et aussi des 
récoltes pendant par racines. V. Greffier , dans notre 
Dictionnaire de Biographie et d'Histoire. 

GRÉGORIEN (Chant). Le chant grégorien, nommé 
aussi plain-chant ou chant romain, est le chant ecclé- 
siastique en usage dans presque toutes les églises de l'Oc- 
cident. Il fut réglé à la fin du vi e siècle par le pape 
S 1 Grégoire !e Grand, qui, aux quatre modes authen- 
tiques (V. ce mot) établis par S' Ambroise, et formant 
la base du chant ambrosien (V. ce mot), ajouta les quatre 
modes plagaux {V. ce mot). Le chant grégorien a subi 
plusieurs modifications dans le cours de son existence : 
la plus importante et la plus autorisée a eu lieu au 
xvi e siècle, à la suite du concile de Trente et par l'ordre 
du pape Grégoire XIII. Il existe un grand nombre d'édi- 
tions du chant grégorien, et, .quoiqu'elles aient un fonds 
commun, elles offrent entre elles de notables différences 
(V. Plain-Ciiant). V. Nivers, Dissertation sur le chant 
grégorien, Paris, 1683, in-8° ; Th. Nisard, Études sur la 
restauration du chant grégorien, Paris, 1855, in-8". F. C 

grégorien iRit), rit réglé par le pape S 1 Grégoire le 
Grand. Le pape Gélase avait réuni, dans un Sacramen- 
taire qui porte son nom, les prières conservées par la 
tradition ; S' Grégoire les mit dans un meilleur ordre, 
précisa les cérémonies du culte, et composa ainsi un nou- 
veau Sacramentaire. Il fit, d'ailleurs, peu de change- 
ments dans la liturgie, abrégeant surtout celle de Gélase. 

GRÊGUES. V. Braies. 

GRÈL1ER, nom qu'on donnait jadis à une sorte de 
trompe de chasse. 

GRÉMIAL (du latin gremium, giron), linge ou mor- 
ceau d'étoffe que l'on place sur les genoux de l'éveque 
officiant, lorsqu'il est assis, pour garantir la chasuble. 

GRENADE ^ Cathédrale de). Cet édifice, commencé en 
1529 sur les plans de Diego de Siloô, et inauguré en 
1560, mesure 119 met. de longueur sur 70 de largeur. Sa 
façade à trois portes est ornée de statues et de bas-reliefs. 
Il est distribué en cinq nefs, soutenues par d'énormes 
piliers en colonnes groupées. Les nefs latérales sont gar- 
nies de chapelles, dont les retables et les peintures ont 
généralement beaucoup de valeur. La Grande chapelle, 
qui occupe la largeur de trois nefs (32 met.), est une. des 
œuvns les plus somptueuses de l'Espagne : ornée de ma- 
gnifiques peintures par Alonzo Cano et ses élèves, éclairée 
par de beaux vitraux où l'on a représenté la Passion , 
elle est recouverte, d'une coupole jadis peinte en bleu et 
semée d'étoiles d'or, et dont la clef est à 47 met. au- 
dessus du sol. La Chapelle royale contient deux très- 
beaux mausolées, qui recouvrent, l'un les restes de Fer- 
dinand le Catholique et de sa femme, l'autre ceux de 
Jeanne la Folle et de son mari Philippe le Beau. La tour 
de la cathédrale de Grenade a 56 met. d'élévation : do- 
rique au I er étage, ionique au 2", corinthienne au 3'', 
elle devait avoir un i-'' étage toscan. 

GRENADE (l'ALH AMBRA de). V. AlHAMBRA. 

grenade, projectile. V. notre Dictionnaire de Biogra- 
phie et d'Histoire. 



GRÉ 



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GRI 



GRENADIERS , soldats d'élite qui forment une com- 
pagnie dans chaque bataillon d'infanterie de ligne. Us 
sont choisis par le colonel , sur la présentation des chefs 
de bataillon , parmi les hommes de haute taille, ayant au 
moins six mois de service (une J>elle conduite à la 
guerre dispense de cette condition), et réunissant les 
qualités qui font le bon militaire. Ils ont une solde plus 
forte que celle des fusiliers, sont exempts des corvées qui 
roulent sur le régiment ou le bataillon, partagent avec les 
voltigeurs la garde du drapeau, et portent le sabre, les 
épaulettes rouges, et une grenade brodée sur l'uniforme. 
Jadis ils avaient le bonnet à poil , qui est toujours en 
usage pour les grenadiers de la garde impériale. V. Gre- 
NAMEns, dans notre Dictionnaire de Biographie et d'Hist. 

GRENAT, pierre précieuse, de couleur vineuse, qu'on 
emploie dans la bijouterie. Le symbolisme chrétien en a 
fait un des emblèmes de la charité. 

GRENELLE (Puits de). V. notre Dictionnaire de Bio- 
graphie et d'Histoire. 

grenelle (Fontaine de). V. Fontaine, page 901. 

GRÈNETIS, bordure de petits grains qui entoure le 
type d'une médaille. 

GRENIER (du latin granarium, dérivé de granum, 
grain) , magasin où l'on conserve les grains battus, no- 
tamment les céréales. Il est bon que, dans une ferme, le 
grenier soit à proximité des granges ou de la machine à 
battre, et, pour éviter l'incendie, dans un bâtiment isolé. 
On ne doit le placer ni au rez-de-chaussée, car la pre- 
mière condition d'un bon grenier est d'être parfaitement 
sec, ni au-dessus des étables et des écuries, d'où s'exhale 
un air chaud et humide, nuisible à la conservation du 
grain. L'emplacement le plus convenable est au-dessus 
des hangars et des remises, ou dans le corps de logis du 
cultivateur. Un grenier n'a pas besoin d'avoir plus de 
2 à 3 met. de hauteur, parce que le blé entassé sur une 
trop grande épaisseur tend à s'échauffer et que son poids 
sur le plancher est considérable; mais on peut super- 
poser plusieurs étages de greniers. Le toit doit être assez 
saillant, pour que l'intérieur du grenier soit mieux pro- 
tégé contre les eaux pluviales ; des ouvertures percées en 
petit nombre, au nord et au midi, établissent au besoin 
un courant qui renouvelle l'air intérieur, et on les tient 
exactement fermées à l'aide de volets, afin d'empêcher la 
chaleur d'y pénétrer. S'il y a plusieurs greniers super- 
posés, une ventilation énergique s'établit au moyen de 
'trappes ouvertes dans leurs planchers, et qui servent 
tout à la fois au montage ou à la descente des grains, et 
à la formation d'un courant d'air de bas en haut. Au- 
dessus d'une écurie ou d'une étable, le mieux est de car- 
reler le grenier; partout ailleurs un plancher en bois est 
préfi rable, pourvu qu'avant d'introduire les grains on 
l'ait nettoyé et brossé pour enlever la poussière et les 
insectes. Il est également profitable de blanchir chaque 
année les murs avec un lait de chaux, qui atteint les in- 
sectes dans les plus petites fissures ; à plus forte raison 
doit-on boucher tous les trous qui pourraient servir de 
gîte aux animaux rongeurs. 

grenier, en fermes de Marine, lit de pièces de bois ou 
de galets, préparé dans le fond de la cale d'un navire, à 
la hauteur d'un demi-mètre environ, pour recevoir des 
ballots, qui, sans cette précaution, seraient atteints par 
l'humidité. 

greniers d'abondance. V. notre Dictionnaire de Bio- 
graphie et d'Histoire. 

GRÈS , un des matériaux employés à différentes 
époques dans la construction, surtout pour les édifices 
considérables. Le temple de Jupiter Panhellénien à Égine 
était en grès jaune, et le tombeau de Midas en grès rouge. 
Les Égyptiens élevèrent en grès la majeure partie de 
leurs temples, et taillèrent leurs statues dans une pierre 
de grès très-fin. 

GRÈVE, bord de la mer ou des rivières que les basses 
eaux laissent à découvert en y abandonnant du gravier 
ou des galets. On donna longtemps à Paris le nom de 
grève à la portion du rivage de la Seine qui avoisine 
l'Hôtel de Ville, et c'est sur la Place de Grève que se 
firent les exécutions capitales jusqu'en 1830. Comme 
c'est là que les ouvriers en bâtiment se réunissent le 
matin, depuis un temps immémorial , pour se renseigner 
mutuellement sur les travaux en cours d'exécution et se 
faire enrôler par les entrepreneurs, comme ils y sont 
plus nombreux lorsqu'il y a des interruptions de travail, 
l'usage s'est établi d'appeler grève toute suspension de 
travail par suite de coalition. V. Coalition. 

GRÈVES, pièce d'armure. V. notre Dictionnaire de 
Biographie et d'Histoire. 



GRIBANE, petit navire de 50 à 00 tonneaux, en usage 
sur les côtes de la Manche. La gribane porte deux mâts 
très-courts et un beaupré ; lorsqu'il y a un hunier au 
grand mât, on met un mât de hune volant. 

GRIEFS , en latin gravamina , atteintes ou lésions 
graves contre lesquelles on réclame, soit en politique, 
soit devant la justice. 

GRIFFE, empreinte destinée à tenir lieu de signature, 
dont elle est le fac-similé, et instrument qui sert à la 
faire. Comme une griffe peut être facilement imitée, ou 
apposée par un autre que celui qui signe, il est interdit 
aux fonctionnaires publics d'en faire usage. La griffe des 
commerçants, mise sur effets de commerce rendus à 
leurs débiteurs, vaut libération, à moins que ces derniers 
ne soient convaincus de l'avoir appliquée eux-mêmes. 

GRIFFES, ornement d'architecture de toutes les épo- 
ques. A l'époque romano-byzantine, la base attique s'orne 
de griffes, de pattes ou de feuillages enroulés sur les 
angles du soubassement; c'est un de ses caractères par- 
ticuliers. On rencontre des griffes dans un grand nombre 
dé meubles antiques et modernes. 

GRIFFON, animal fabuleux, lion ailé à tête d'aigle, 
et qui se trouve dans l'ornementation des monuments à 
toutes les époques. On le voit aussi sur des médailles an- 
tiques. 

GR1GNOTIS, tailles de gravure courtes, vagues et 
tremblotécs , interrompues par des points de toutes les 
formes. Ils conviennent principalement pour les feuilles, 
les troncs d'arbres, les terrains, les vieilles murailles, 
les chaumières, les étoffas grossières et velues. 

GRIL, espèce de chantier établi à proximité d'un quai 
pour réparer les navires. Il consiste en une plate-forme 
composée de pièces de bois disposées en grillage. On y 
laisse échouer le bâtiment soumis à des réparations que 
l'on ne peut exécuter que pendant les basses mers. 

GRILLE , assemblage de pièces de bois ou de fer qui 
sert à fermer une enceinte. Les grilles en bois sont d'un 
grand usage; parfois très-riches, comme on en voit à 
l'intérieur de certaines églises, parfois très-simples, 
comme celles qui ferment les vergers et les enclos, elles 
ont suivi dans leur construction le goût des différentes 
époques, sans présenter des particularités aussi remar- 
quables que les grilles en fer. On a déployé dans celles-ci, 
surtout à partir du xv e siècle, lorsqu'elles étaient desti- 
nées à des intérieurs d'églises ou à des entrées de palais 
et de châteaux, un luxe inouï, qui en fait des chefs- 
d'œuvre de serrurerie. La place Royale à Paris était au- 
trefois entourée d'une fort belle grille, qui, sous Louis- 
Philippe, a été remplacée par une grille moderne sans 
caractère ; le Palais de Justice est justement renommé 
pour la grille de sa cour d'honneur. 

GRILLET , dans le Blason, grelot qui parait en quel- 
ques écus, et plus fréquemment aux jambes des oiseaux 
de proie. 

GRIMBELTNS, banquiers qui, au xvn e siècle, servaient 
d'intermédiaires entre les marchands de bestiaux et les 
bouchers. 

GRIME , emploi de théâtre. Se grimer, c'est donner 
à sa physionomie certaines modifications, à l'aide de 
moyens artificiels. Les grimes sont les vieillards ridicules 
ou comiques._ 

GRINGOLÉ , en termes de Blason , se dit des croix , 
sautoirs, meubles, dont les extrémités se terminent en 
têtes de serpent. 

GRIPHE , en grec griphos, énigme que, chez les An- 
ciens, les convives se proposaient mutuellement pendant 
le repas. Le mot signifie filet ou rets de pécheur, propre à 
prendre des poissons. 

GRIPSHOLM (Château de). V. notre Dictionnaire de 
Biographie et d'Histoire. 

GRISAILLES , peintures formées en quelque sorte 
d'une seule couleur blanche ou grise passant par tous les 
tons du blanc au noir; c'est une espèce de camaïeu {V. ce 
mot). On peut citer comme des modèles de grisailles les 
magnifiques imitations de bas-reliefs qui décorent la 
voûte de la grande salle de la Bourse à Paris, et dues 
à Meynier et Abel de Pujol. — On dit que des vitraux 
sont peints en grisaille, lorsqu'on ne s'est servi pour les 
sujets et ornements que de la seule teinte grise. Us appa- 
raissent dès le xni c siècle. Quelques-uns de ces vitraux 
ne sont composés que de lacis et d'ornements, parfois 
rehaussés de touches en couleur qui leur donnent une 
grande vivacité. Dans les hautes verrières des nefs et du 
haut chœur, les grands personnages se détachent sou- 
vent, comme à Reims, à Amiens et à Tournai, sur un 
fond en grisaille. Les églises de Bourges, de Rouen, do 

64 



GRO 



1010 



GRO 



Fribourg, etc., en présentent aussi des exemples. Au 
xiv e siècle, après la découverte du jaune d'argent, les 
peintres verriers exécutèrent entièrement des vitraux en 
grisaille et or. Au xv e et à l'époque de la Renaissance, 
avec le perfectionnement de l'art du dessin, surgissent 
des vitraux à grands sujets entièrement en grisaille : 
bien que la facture en soit souvent admirable, on doit re- 
connaître qu'ils sont naturellement froids ; les grisailles 
ofTrent un bel aspect pour les ornements, lorsqu'elles sont 
légèrement rehaussées de couleurs. E. L. 

GRIS-GIUS. V. ce mot dans notre Dictionnaire de Bio- 
graphie et d'Histoire. 

GRIVOIS, nom qu'on donnait, au xvii e siècle, aux sol- 
dats pillards qui allaient partout maraudant et se gor- 
geant de butin , comme les grives qui s'enivrent de raisin 
dans les vignes. Par suite, on l'employa pour désigner 
tout homme d'humeur éveillée et hardie, souvent en dé- 
bauche. En passant dans la Littérature, le mot grivois 
s'est appliqué aux chansons joyeuses et avinées. 

grivois , nom donné sous Louis XIV à une sorte de 
tabatière, munie d'une râpe à tabac. 

GROAT, monnaie d'argent d'Angleterre, valant 4 penny 
(42 centimes ). 

GROËNLANDAIS (Idiome), lu mieux connu des idiomes 
cskimaux [V. ce mol). Il diffère assez notablement des 
autres, pour que les tribus qui habitent au S. du détroit 
de Davis et de la mer de Baftm ne le comprennent qu'avec 
difficulté : on en peut signaler, entre autres motifs, la 
présence d'une assez grande quantité de termes dérivés 
du norvégien et que les anciens colons Scandinaves y ont 
introduits. Le groënlandais manque des articulations d, 
f, h, a; et z ; on n'y rencontre jamais b, g, l et v comme 
initiales. Il est rare que, dans le corps des mots, deux 
consonnes soient placées de suite; mais l'emploi domi- 
nant des lettres t, k et r donne à la prononciation une 
grande dureté. Le groënlandais est une langue polysyn- 
thétique ou d'agglutination, où l'on trouve des composés 
d'une excessive longueur; toutefois, les règles fixes qui 
président à la formation des mots et à la syntaxe donnent 
de la clarté à cette langue, malgré son apparente compli- 
cation. Il n'y a pas de genre dans les noms; les cas se 
forment par des suffixes ou désinences. Ce sont, aussi des 
changements de désinence qui expriment les degrés de 
comparaison. On ne connaît que les cinq premiers noms 
de nombre ; au delà, et jusqu'à 20, on s'aide, pour comp- 
ter, des noms des doigts des pieds et des mains; puis, 
jusqu'à 100, on emploie le mot signifiant personne pour 
exprimer 20, et l'on dit, par exemple, trois personnes 
pour le nombre G0. La déclinaison et la conjugaison ont 
les trois nombres singulier, pluriel et duel. La conjugai- 
son, très-riche en modes, n'a que trois temps : le présent, 
qui sert à exprimer le présent et un temps passé depuis 
peu; le prétérit; et le futur, qui a deux formes pour lo 
futur indéfini et pour un futur peu éloigné. 11 y a une 
forme particulière pour la conjugaison négative. La voix 
passive des verbes ne diffère de l'actîve que par une légère 
addition à la racine. Les conjonctions s'attachent au ver] le, 
lès prépositions au nom, et les adverbes à l'adjectif, sous 
forme de désinences. Les moindres nuances d'une action 
s'expriment par des termes distincts : ainsi, l'idée ^e 
pêcher se traduit par autant de verbes différents qu'il y a 
de sortes de poissons. On dit que les femmes n'ont pas un 
vocabulaire identique à celui des hommes, phénomène qui 
a été remarqué aussi chez les Caraïbes et les Guaranis, (-t 
qu'on explique par la disparition d'une population màlo 
primitive, dont les femmes auraient été épargnées par de 
nouveaux venus. Balhi distingue dans le groënlandais 
trois dialectes , celui du Nord ou d'Upernavick, appelé 
hamouk ou kamouk; celui du milieu, parlé dans l'île de 
Disco et sur la cote occidentale; celui du Sud ou deJulia- 
neshaab. V. Bartholinus, De Groënlandorum linguâ 
(dans les Transactions de médecine et de philosophie de 
Copenhague), 107'); Egède, Dictionarium groënlandico- 
danico-latinum , Copenhague, 17. r >0, in-8°, et Gramma- 
tica groenlandico-danico-tatina, 1700, in-8°; Thorhal- 
lesen , Schéma verbi yrammatici , Copenhague, 1770; 
Othon Fabricius, Dictionnaire groënlandais, ibid., 1804, 
in-8° ; Kleinschmidt, Grammaire groBnlandaise, Berlin , 
1851. 

GBOLLE, ancien vase, en forme de flacon, avec une 
poignée. 

GROS, monnaie de France. V. notre. Dictionnaire de 
Biographie et d'Histoire. 

gros, monnaie allemande. Dans les Etats de la Confé- 
dération germanique, les bons gros (gule groschen) 
valent 12 pfmnige, et sont le 24* du tnaler, qui vaut 



4 fr. En Prusse, le gros d'argent (silbergroschen) ne 
vaut que le 30 e du t.haler prussien de 3 fr. 75 c. En Saxe, 
le nouveau gros (neugrosclien) vaut 10 pfennige. 

GROS FA. V. Fa. 

GROSSE, nom donné aux expéditions des actes nota- 
riés et des jugements qui sont prises sur l'original et dé- 
livrées en la forme exécutoire. C'est la forme exécutoire 
qui distingue la grosse de toute autre expédition, et elle 
donne le droit d'agir directement sans recourir aux tri- 
bunaux. Une grosse est ainsi appelée, parce qu'on la 
copie ordinairement d'une écriture large et grosse. Elle 
fait foi dans le cas où l'original viendrait à se perdre. Les 
notaires et les greffiers des tribunaux peuvent seuls dé- 
livrer des grosses : chacune des parties intéressées peut 
en obtenir une ; mais tout notaire ou greffier qui lui eu 
délivrerait une seconde, sans une ordonnance du prési- 
dent du tribunal, encourrait la destitution. Les grosses 
des contrats de mariage qui ont subi quelques change- 
ments par des contre -lettres ne peuvent être délivrées 
sans la mention de ces changements. 

grosse, en termes de Commerce, désigne un compte de 
12 douzaines d'objets; c'est comme qui dirait une grosse 
balle (ballot). 

grosse (Contrat à la). V. Prêt a la grosse. 

GROSSE1UE , nom sur lequel on comprend, en termes 
d'Orfèvrerie, la vaisselle de table et les' vases destinés 
aux églises. 

GROSSESSE (Déclaration de). En Droit, la veuve qui 
reste enceinte doit faire sa déclaration de grossesse, et il 
lui est donné un curateur au ventre pour prévenir toute 
supposition de part ( V. ce mot). — La femme condamnée 
à mort suspend l'exécution en déclarant une grossesse. 

GROSSO, ancienne monnaie de compte de Venise, va- 
lait 2 centimes 1/2. Le Grosselto en était la 12 e partie, 
tandis qu'en Dalmatie c'est aujourd'hui la 40 e partie d'un 
ducat, environ 9 centimes 1/2. 

GROtÈ, monnaie de Brème, valant 5 centimes. 

GROTESQUE, mot qui signifia originairement une de. 
ces figures de caprice, de fantaisie, que l'on nomma aussi 
arabesgues (V. ce mot). Du temps d'Auguste, le genre, 
dit arabesque par les modernes, était déjà en grande fa- 
veur à Rome dans la peinture décorative ; Vitruve le blâme 
on s'appuyant sur une froide logique, un rigide bon 
sens qui ne tient compte ni de l'ingénieux, ni du gra- 
cieux dont brillent habituellement les bonnes composi- 
tions de ce genre. Au xvi c siècle, les ruines souterraines de 
quelques monuments antiques, notamment des Thermes 
de Titus, à Rome, offrirent beaucoup de fragments de ces 
capricieuses compositions ; les Italiens les nommèrent 
grotesques, de grolta, « grotte, » mot par lequel ils dé- 
signent tout lieu souterrain. — Après les gens de goût, 
c.-à-d. les Anciens, vinrent les exagërateurs : outrant 
une idée qui était déjà un abus, mais que les inventeurs 
se faisaient pardonner à force d'élégance, d'imagination 
fine, spirituelle, et de correction, ils tombèrent dans le 
vulgaire, firent de la caricature, et gâtèrent la chose et le 
mot. Sous leur lourd crayon et leur imagination triviale, 
les grotesques devinrent des figures grimaçantes, où tout 
est tourné en défauts, antipodes du gracieux et de l'élé- 
gant, autant que du sérieux et du correct, enfin où l'art 
véritable du dessin n'entre plus pour rien. A l'époque de 
la Renaissance, des graveurs s'attachèrent à produire des 
scènes imaginaires comiques ou hideuses, ne cherchant 
dans la nature humaine que des types défectueux, dont 
ils exagéraient encore les défauts. Les artistes du moyen 
âge cultivèrent ce genre avec prédilection ; ils en firent 
abus dans la sculpture décorative, en attachant aux 
églises les figures les plus monstrueuses, et sculptant, sur 
les boiseries d'intérieur de ces monuments, sur des stalles 
de chœur, les scènes les plus scandaleuses et les person- 
nages les plus propres à appeler la dérision. C. D— y. 

GROUCII, monnaie d'argent d'Egypte, valant 30 cen- 
times. 

GROUP, en termes de factage et de. messagerie, sac 
plein de numéraire et cacheté, qui doit être transporté 
d'un endroit à un autre. 

GROUPE, en termes de Beaux-Arts, ensemble de 
figures réunies dans une action commune et disposées de 
manière que l'œil peut les embrasser d'un seul coup. 
L'art de grouper les personnages fut. porté à son degré le 
plus élevé dans l'antiquité, mais disparut, avec la civili- 
sation romaine, et ne, fut nullement compris pondant le 
moyen âge. Alors on rangea les personnages à la file, on 
leur donna des poses forcées et qui pouvaient prêter à 
rire, même dans les sujets les plus graves. Les peintres 
de la Renaissance, abandonnant la routine, mirent dans 



GUA 



1011 



GUE 



leurs groupes de personnages le jeu de la nature et l'ex- 
pression réelle de l'action. Ce progrès, préparé par les 
peintres du xv e siècle, fut surtout réalisé par Michel- 
Ange, qui , en mettant au jour son fameux carton de la 
guerre de Pise, montra aux artistes la voie véritable, il 
n'est pas possible de donner des règles pour l'art de 
grouper; les modèles qu'offre la nature sont en nombre 
infini, et c'est à l'artiste de suivre son inspiration en 
cherchant toujours les combinaisons les plus naturelles 
et les plus parlantes. Mengs, en voulant établir des règles 
basées sur le nombre impair, s'est perdu dans des rai- 
sonnements diffus et inutiles. Pour la sculpture, l'anti- 
quité nous a laissé des groupes très-heureux, le Laocoon, 
le Taureau Farnèse, les Dioscures, les Lutteurs de Flo- 
rence, etc. E. L. 

groupe, en italien grupetto, assemblage de trois ou 
quatre petites notes de musique, dont la valeur se prend 
en avant de la note qui en est affectée, et qui s'exécutent 
avec rapidité. 

GRUE (La), danse des Anciens, instituée, dit-on, par 
Thésée, en mémoire de sa délivrance par Ariane, et qu'il 
exécuta avec les jeunes Athéniens tirés du Labyrinthe. 
Xelui qui menait cette danse faisait et défaisait le cercle, 
pour simuler les tours et détours du Labyrinthe, et les 
autres danseurs le suivaient, à l'imitation des grues qui 
en suivent toujours une quand elles volent en troupe. 

GRUERIE. V. ce mot dans notre Dictionnaire de Bio- 
graphie et d'Histoire. 

GRYLLES, nom que les Anciens donnaient aux objets 
d'art représentant des sujets grotesques. V. Caricature, 
dans le Supplément. 

GRYMPE, voile des femmes au ix e siècle. 

GRYPHE. V. Gmphe. 

GUACAS ou HLACAS, lieux consacrés à la sépulture 
chez les anciens Péruviens. 

GUADALAJARA (Palais de), palais des ducs de l'In- 
fantado, dans la Nouvelle-Castille. C'est un monument 
de transition entre le style architectural du moyen âge 
et celui de la Renaissance. La construction en fut com- 
mencée en 14G1 par le marquis Hurtado de Mendoza. La 
façade principale, d'un développement considérable, est 
semée de pointes de diamant qui marquent la jonction 
des pierres, percée de fenêtres de diverses dimensions, 
et couronnée d'une galerie saillante à mâchicoulis. Un 
grand écusson aux armes de la famille, tenu par deux 
Satyres, est au-dessus de la porte, qu'encadrent deux 
tourelles. Cette porte, ainsi que dans toutes les maisons 
de l'aristocratie espagnole antérieures au xvm e siècle, 
ne se trouve pas au milieu de la façade, parce que, dit- 
on, le droit d'avoir la porte au milieu du manoir était 
jadis un privilège de la souveraineté en Espagne. La dis- 
tribution intérieure du monument a subi, depuis l'ori- 
gine, toutes sortes de modifications qui ont mélangé les 
styles. La cour est entourée de deux galeries superposées, 
soutenues, sur chaque coté, par six colonnes : les co- 
lonnes de la galerie inférieure sont rondes, en pierre, et 
d'ordre dorique, et supportent des espèces d'arcs mo- 
resques dont les tympans sont garnis de lions sculptés ; 
celles de la galerie supérieure sont torses, et les tym- 
pans ornés de griffons; on retrouve à l'entablement le 
style grec le plus pur. Dans les appartements, on admire 
les soubassements en azuléjos ( V. ce mot), les plafonds 
à caissons décorés de peintures, les cheminées vastes et 
richement sculptées. La Salle des races, ainsi appelée à 
cause de ses peintures qui représentaient les armoiries 
de la plupart des familles nobles d'Espagne, a été cé- 
lèbre par la magnificence de ses dorures, qui la firent 
nommer un brasier d'or; on la laisse dans un complet 
abandon. 

GUANCHES (Idiome des). On ne possède qu'un mil- 
lier de mots environ de l'idiome des Guanches ou indi- 
gènes de l'archipel des Canaries. Insuffisants pour servir 
de base à une étude approfondie de cet idiome, ils per- 
mettent néanmoins de le rattacher au berbère (V. ce 
mot). Cette filiation, indiquée dès le commencement du 
xv e siècle par les chapelains qui firent partie de l'expédi- 
tion de Bôthencourt aux Canaries, ne résulte pas seule- 
ment de l'absence des copulatives qu'on signale chez les 
Guanches et les Berbères, ni de leur prononciation égale- 
ment dure et gutturale, mais aussi de la nature des mots. 
V. Sabin-Berthelot, Mémoires sur les Guanches (dans les 
tomes 1 et 2 des Mémoires de la Société ethnologique de 
Paris); Da Costa de- Macedo, Remarques ethnographiques 
sur la langue originale des îles Canaries (dans le Journal 
de la Société de géographie de Londres, 1841 ). 

GUARANIS (Idiomes), idiomes parlés par les Guaranis 



du Brésil (V. ce mot). Les principaux sont le tupi et le 
guarani propre. Ils diffèrent, selon Balbi, de toutes les 
langues de l'Amérique. On y remarque une multitude de 
particules, qui souvent n'ont pas de signification pnr 
elles-mêmes, mais qui, en se groupant, forment des 
termes d'un sens précis. Le guarani manque des con- 
sonnes /"et l; il substitue a cette dernière, dans les noms 
étrangers, la lettre r. L'aspiration de Yh y est fréquente, 
mais très-adoucie; il a trois articulations correspondant 
au ch allemand, à notre gutturo-nasale gn, et à notre l 
mouillée. La déclinaison n'a qu'une seule forme ; le gé- 
nitif et l'accusatif lui manquent : le pluriel s'indique par 
le sens de la phrase, ou à l'aide d'un mot à part dési- 
gnant la pluralité. Les quatre premiers noms de nombre 
seuls existent en guarani ; pour les autres, les Guaranis 
se servent aujourd'hui des termes espagnols. Il n'y a pas 
de verbe substantif. Les verbes ordinaires se conjuguent 
au moyen de préfixes indiquant les personnes, les temps 
et les modes. Un nom peut devenir verbe par l'adjonction 
du pronom personnel. On dit que, comme dans le ca- 
raïbe et le grocnlandais, le vocabulaire des femmes n'est 
pas identique avec celui des hommes. V. Ruiz de Mon- 
toya, Tesoro de la lingua guarani, Madrid, 1639, in-4°; 
Bandini , Arle de la lingua guarani, avec notes de Res- 
tivo, 1724, in-4°. 

GUARIVE (Dialecte). V. Caraïbe (Langue). 

GUARRAZAR (Couronnes de), couronnes d'or trou- 
vées en 1858 à Guarrazar, dans la province de Tolède, et 
achetées au prix de 100,000 fr. par le gouvernement, 
français, qui les a placées au musée de Cluny. Elles sont 
au nombre de huit, enrichies de pierreries, garnies de 
chaînes d'or destinées à les suspendre, et ornées de pen- 
deloques à l'intérieur et à la circonférence. De grandes 
lettres d'or suspendues à la plus importante de ces cou- 
ronnes forment le nom de ileccesvinthus , roi des Wisi- 
goths d'Espagne à la fin du vn e siècle; l'inscription d'une 
croix pendante au milieu d'une autre couronne porte !e 
nom de Sonnica, qui est peut-être celui de la femme du 
même prince, et nous apprend que cette couronne fur 
offerte à la Vierge de Sorbaces. Les couronnes de Guar- 
razar furent probablement enfouies lors de l'invasion des 
Arabes, et elles se sont conservées intactes, grâce à l'ex- 
trême sécheresse du sol. B. 

GUDAK, violon à trois cordes des Russes. 

GUÉDRONS. ) V. notre Dictionnaire de Biographie 

GUÉRILLAS, j et d'Histoire. 

GUÉGARIA ou GUÈGUE (Dialecte). V. Albanais. 

GUÉRITE, petite loge ordinairement en bois, quelque- 
fois en maçonnerie, servant d'abri aux militaires en fac- 
tion. Dans les édifices du moyen âge, on construisait les 
guérites à toute hauteur et souvent en saillie; après la 
découverte de la poudre à canon, on fut obligé d'y re- 
noncer, parce qu'elles servaient de point de mire aux 
boulets, qui les démolissaient en peu de temps. Les gué- 
rites sont maintenant établies dans les murailles épaisses, 
en façon de niche architecturale. 

GUERRE , lutte de deux peuples ou États qui tendent 
à se limiter, à se subordonner.ou à se détruire. Tantôt 
elle a pour but la conquête, tantôt elle est un moyen de 
contrainte pour obtenir l'exécution d'une promesse ou le 
redressement d'un grief. Elle décide les différends des 
princes plus souvent que ceux des nations. La guerre est 
défensive, lorsqu'elle est résistance à l'attaque ; offensive, 
lorsqu'elle est invasion sur le territoire ennemi. La guerre 
qui se poursuit entre deux armées manœuvrant l'une 
contre l'autre est qualifiée de guerre de campagne, par 
opposition à la guerre de siège. Une guerre qui a pour but 
la réalisation d'une idée est une guerre de principe . 
celle qui n'est que la satisfaction d'une passion est une 
guerre d'intérêt : ces deux caractères sont rarement sé- 
parés, parce qu'on invoque toujours une idée, un prin- 
cipe, pour excuser l'emploi de la violence. Les guerres 
essentiellement politiques sont préférables aux guerres 
religieuses et aux guerres nationales, parce qu'elles sont 
en général plus courtes et moins acharnées; elles sur- 
vivent peu à la pensée politique qui leur a donné nais- 
sance. On a beaucoup discuté sur la justice ou l'injustice 
de la guerre: en fait, il est presque toujours impossible 
de démêler de quel côté se trouve le bon droit, à sup- 
poser qu'il existe dans l'un des deux; certaines conve- 
nances, l'orgueil blessé, de mauvaises raisons plaidées 
avec plus ou moins d'art , déterminent souvent les hosti- 
lités. Il n'y a qu'un seul cas où la guerre se justifie aux 
yeux de la raison et de la justice : c'est celui où un peuple 
défend son territoire, ses lois, ses croyances. Plus d'uny 
fois la guerre a été un moyen de civilisation, et peut-être 



GUE 



1012 



GUI 



était-elle dans les lois de la Providence : tout dépend de 
savoir si le peuple envahissant était plus civilisé que le 
peuple envahi , et si la conquête eut pour but et réelle- 
ment pour effet la civilisation. Les causes qui donnent 
naissance aux guerres entre États peuvent aussi produire 
la guerre entre les membres d'une même société poli- 
tique : c'est alors une guerre civile ; là encore, celui-là 
seul a raison qui défend contre une oppression violente 
sa vie, sa famille, sa liberté, ses croyances, les produits de 
son travail. 

guerre (Art de la). V. Militaire (Art). 

guerre (Conseil de), tribunal chargé de juger les dé- 
lits et crimes des militaires. La loi du 13 brumaire an v 
(8 nov. 1795) en a créé un par corps d'armée ou divi- 
sion militaire de l'intérieur. Il se compose d'un colonel, 
président; d'un officier supérieur, de deux capitaines, 
d'un lieutenant, d'un sous-lieutenant, et d'un sous-offi- 
cier, juges ; d'un rapporteur, en même temps juge d'in- 
struction ; et d'un commissaire impérial faisant les fonc- 
tions du ministère public. Ces deux derniers magistrats 
s jnt pris parmi les chefs de bataillon ou d'escadron, ou 
les capitaines et les adjoints de l re et de 2 e classe de l'In- 
1 nuance militaire : ils ont des substituts du grade de ca- 
pitaine ou de lieutenant. Les greffiers sont adjudants 
d'administration ou officiers d'administration ; les com- 
mis-greffiers sont adjudants sous -officiers. Les débats 
sont publics. Trois suffrages favorables entraînent l'ab- 
solution; il en faut cinq contraires pour appliquer une 
peine. Le jugement est rendu sans désemparer; il est 
c -cécutoire 24 heures après que la lecture en a été don- 
î ée au condamné, s'il n'y a pas eu pourvoi en révision ; 
et , s'il y a eu pourvoi suivi de confirmation , dans les 
2i heures du renvoi des pièces au Conseil. Les délits 
commis par des militaires éloignés de leurs drapeaux 
SDnt jugés par les tribunaux ordinaires, tandis que les 
individus à la suite de l'armée sont soumis aux Con- 
s ils de guerre. Dans les places assiégées, le commandant 
choisit les membres du Conseil de guerre, dont les pou- 
voirs finissent avec l'état de siège, et duquel tous les 
citoyens sont justiciables. Une loi du 18 vendémiaire 
an vi a établi dans chaque division militaire un Conseil 
de révision (V. ce mot), et un second Conseil de guerre 
< hargé de connaître des jugements que celui-ci a réfor- 
més. — Dans la Marine, il y a deux espèces de Conseils 
de guerre : les uns, siégeant à bord des bâtiments de 
1 État, ont pour justiciables tous les individus embar- 
qués; les autres, placés dans les chefs-lieux des préfec- 
tares maritimes, étendent leur compétence à tous les 
clficiers ou assimilés, ainsi qu'aux individus embarqués, 
' rsque leur bâtiment est dans l'enceinte de l'arsenal, 
et jugent les faits de perte ou de prise de bâtiments 
de l'Etat. — On appelle encore Conseil de guerre, 
soit à l'armée, soit dans une place de guerre, une réu- 
nion d'officiers tenue pour donner un avis sur le parti 
à prendre dans quelques cas difficiles. V. Militaire 
(Justice). „ 

guerre (Décime de), imposition extraordinaire d'un 
décime par franc en sus des droits d'enregistrement, de 
timbre, d'hypothèque, de greffe, de voitures publiques, de 
garantie sur les matières d'or et d'argent, de douane, etc., 
ainsi que sur les amendes et condamnations pécuniaires. 
Cette imposition, établie pour une année par la loi du 
C prairial an vil (25 mai 1799), à titre de subvention <îc 
e, s'est maintenue d'année en année jusqu'à présent, 
i y a môme eu quelquefois le double décime de guerre. 

guerre (Déclaration de). Chez les Romains, la décla- 
r ion de guerre s'appelait clarigatio, parce que c'était 
une_ publication à haute voix (clarû voce), faite par les 
Fécials, personnages sacerdotaux qui jetaient en outre 
une javeline sur le territoire du peuple déclaré ennemi. 
Jusqu'au milieu du \vn e siècle, on conserva cet usage de 
faire déclarer la guerre par des hérauts d'armes : au 
moyen âge, le héraut envoyé au chef ennemi jetait à ses 
pieds un gantelei en signe de défi ; ou bien, il sonnait du 
cor sur la ligne de démarcation des parties belligérantes, 
et lisait à haute voix le cartel ; ou encore il l'affichait sur 
quelque arbre voisin de la frontière. Aujourd'hui on pro- 
clame l'état de guerre par des manifestes rendus publics 
et qu'on se notifie de part et d'autre; on rappelle les am- 
Lassadeurs, chargés d'affaires et consuls, qui, avant de 
prendre leurs passe-ports, déposent les intérêts de leurs 
commettants entre les mains des agents de quelque na- 
I n amie ; on rappelle ceux des sujets qui sont au service 
militaire ou civil de l'ennemi, et même ceux qui se 
trouvent sans fonctions sur son territoire; on interdit 
toute relation de commerce. 



guerre (Dépôt de la). V. Dkpôt de la guerre, dan? 
notre Dictionnaire de Biographie et d'Histoire. 

guerre (Ministère de la). V. Ministère de la guerre, 
dans-nôtre Dictionnaire de Biographie et d'Histoire. 

guerre (Petite), simulacre de guerre dans lequel des 
corps de troupes manœuvrent et feignent de combattre 
les uns contre les autres, en tirant seulement à poudre. 

guerres (Commissaires des), officiers qui avaient autre- 
fois pour attributions de veiller aux besoins des troupes, 
de pourvoir aux vivres et aux approvisionnements de 
toute sorte. Les sénéchaux et les baillis remplissaient ces 
fonctions dans les limites de leurs bailliages, lorsqu'en 
1355 on créa un corps d'administrateurs militaires sous 
le titre de conducteurs des gens de guerre: on en compta 
12 pour toute l'armée. Une ordonnance de 1373 autorisa 
les connétables, les maréchaux, les maîtres des arbalé- 
triers, à nommer, pour les gens qui étaient sous leurs 
ordres, des commis ou commissaires des guerres. Cet 
essai d'administration militaire fut abandonné au com- 
mencement du régne de Charles VIL Les commissaires 
des guerres furent rétablis en 1514, sous la dépendance 
du ministre de la guerre, et une ordonnance de 1553 leur 
accorda le droit de siéger au parlement ; on leur donnai 
pour chef, en 1614, un commissaire général, qui fut 
remplacé en 1035 par des commissaires ordonnateurs. 
Leur solde avait été fixée à 480 livres en 1514 : un arrêt 
du Conseil , de l'année 1693, donna à ceux qui avaient 
payé 50,000 liv. pour la finance de leur charge, 2,200 liv. 
de gages et 3,000 liv. d'appointements; à ceux qui avaient 
payé 40,000 liv., 1,600 liv. de gages et 3,000 liv. d'ap- 
pointements ; à ceux qui n'avaient financé que 30,000 liv., 
1,320 liv. de gages, sans appointements. Pendant le mi- 
nistère du comte de Saint-Germain, il y eut 18 commis- 
saires ordonnateurs, assimilés aux colonels, avec 6,000 liv. 
de solde; 16 commissaires principaux, 20 commissaires 
de l re classe, 96 de 2 e , tous assimilés aux capitaines, avec 
5,000, 4,000 et 3,000 liv. de solde. F.n 1788, la finance 
fut portée à 55,000 liv. Un décret du 20 sept. 1791 établit 
une organisation nouvelle, qui dura jusqu'au 29 janv. 
1800, époque où les fonctions attribuées jusque-là aux 
commissaires des guerres furent partagées entre deux 
sortes de fonctionnaires, les inspecteurs aux revues et 
les commissaires des guerres. Ces derniers comprirent 
35 commissaires ordonnateurs, 120 commissaires de 
l re classe, 120 de 2 e , et 35 adjoints; supprimés par or- 
donnance du 29 juillet 1817, ils furent remplacés par le 
corps de l'Intendance militaire. B. 

GUET. V. ce mot dans notre Dictionnaire de Biogra- 
phie et d'Histoire. 

GUET-APENS (c.-à-d. guet appensé, prémédité), ac- 
tion d'attendre un individu pour lui donner la mort ou 
exercer sur lui quelques violences. Le guet-apens dénote 
la préméditation , et est une circonstance aggravante du 
crime ou délit auquel il s'applique. 

GUÊTRE, pièce de cuir ou d'étoffe qui couvre tout ou 
partie de la jambe et le dessus du pied, et qui se boutonne 
ou se boucle sur le côté. Les Anciens connurent les 
guêtres sous le nom de tibialia. Dans l'armée française, 
les guêtres furent, à partir du premier Empire, une pièce 
importante du vêtement : l'infanterie de ligne et les dra- 
gons à pied les portaient montantes au-dessus du genou ; 
celles de l'infanterie légère n'allaient qu'à mi-jambe, et 
étaient coupées en cœur sur le devant , avec un gland 
et une houppe de couleur. En 1810, les guêtres de l'in- 
fanterie de ligne descendirent au-dessous du genou. Au- 
jourd'hui l'infanterie française porte des guêtres de cuir 
pendant l'hiver, et de toile grise pendant l'été. 

GllETTIi, nom qu'on donnait quelquefois à la tour la 
plus élevée d'un château, parce qu'elle servait à faire le 
guet. 

GUEULE, mot employé comme synonymo de Cymaise 
(V. ce mot). 

GUEULES ^e l'arabe gui , rose), en termes de Bla- 
son, désigne la couleur rouge. C'était la plus honorable ; 
elle n'était portée que par les princes ou ceux auxquels 
la permission en avait été octroyée, et exprimait la jus- 
tice, l'amour de Dieu, la vaillance, la magnanimité. 
L'émail de gueules est figuré par des hachures verticales 
sur le fond de l'écu. 

GUI ou BOME, grande vergue en arc-houtant qui sert 
à étendre la partie inférieure de la brigantine. Le gui 
tient par un bout au mât d'artimon, sur lequel il tourne 
comme sur un centre ; par l'autre, il' sort d'un quart de 
sa longueur en dehors du bâtiment. Placé très-près du 
pont, il y cause un encombrement regrettable. 

GUI DE BOURGOGNE, chanson de geste qui appartient 



GUI 



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GUI 



au cycle des romans carlovingiens (V. ce mot), et qui, à 
en juger par la langue et par certains détails de mœurs et 
de costume, dut être composée à la fin du xn e siècle ou 
au commencement du xiu c . Le sujet se rapporte à la con- 
quête fabuleuse de l'Espagne par Charlemagne. Il y a déjà 
27 ans que la guerre est commencée, lorsque de jeunes 
chevaliers, dont les pères servent sous l'empereur, dé- 
. cernent la royauté à l'un d'entre eux, Gui de Bourgogne, 
personnage qui n'a rien de commun avec celui que les lé- 
• gendes font figurer parmi les paladins de Charlemagne 
t et que l'on trouve dans la chanson de Fierabras (V. ce 
mot). Gui, au lieu de gouverner paisiblement la France, 
enjoint à ses compagnons, après avoir reçu leur serment 
de foi et d'hommage, de le suivre en Espagne, où, 
après de brillants exploits, il va se soumettre à Charle- 
magne, et l'aide à prendre la ville de Luiserne, vaine- 
ment assiégée depuis sept ans. — Le Trouvère qui a écrit 
Gui de Bourgogne est inconnu; il possède sur ses con- 
temporains une supériorité évidente dans les scènes dia- 
loguées. Son poëme n'a été conservé que dans deux 
manuscrits du xm c siècle : l'un, conservé au Musée bri- 
tannique de Londres, a fait partie de la bibliothèque Har- 
léienne ; l'autre, qui est le meilleur, provenant du mo- 
nastère de Marmoutiers, et conservé à la bibliothèque de 
Tours, est celui qu'ont publié MM. Guessard et Michelam 
dans la collection des Anciens poètes de la France, Paris, 
1859, in-16. B. 

GUI DE NANTEUIL, chanson de geste qui se rat- 
tache au cycle des romans carlovingiens (V. ce mot). Gui 
de Nanteuil est fils de Garnier de Nanteuil et d'Aye d'Avi- 
gnon; il a pour aïeul Doon de Nanteuil, le second des 
douze fils de Doon de Mayence. S'étant rendu à une cour 
plénière tenue par Charlemagne, il reçoit de ce prince la 
faveur de porter l'oriflamme. La famille de Ganelon en 
est jalouse : Hervieu de Lyon, fils du fameux traître Ma- 
caire et neveu de Ganelon, qui a récemment fait à l'em- 
pereur un riche présent pour obtenir la main de la belle 
Églantine de Gascogne, accuse Gui d'un meurtre. Celui-ci 
demande le combat, et Hervieu n'échappe à la mort que 
par une lâche intervention des siens. Pendant la mêlée, 
Gui a frappé le jeune Hardré, l'une des espérances de la 
famille de Ganelon : poursuivi jusque sous les murs de 
Nanteuil par Charlemagne et Hervieu, il voit arriver à 
son aide une armée de 100,000 hommes, sous les ordres 
de Ganor, le second époux d'Aye. La victoire n'est plus 
un instant douteuse; Hervieu périt sous les coups de son 
rival , et l'empereur, couvert de honte et de ridicule , est 
réduit à demander la paix. Églantine épouse Gui de Nan- 
teuil. — Ce roman, de 3,000 vers environ, fait suite 
immédiatement à celui d'Aye (V. ce mot); il est l'œuvre 
d'un trouvère inconnu, et semble avoir été composé à la 
fin du xn e siècle. On n'en connaît aujourd'hui que deux 
manuscrits: l'un, appartenant à la bibliothèque de la 
Faculté de Médecine de Montpellier; l'autre, en fran- 
çais fortement italianisé, conservé dans la bibliothèque 
de S'-Marc, à Venise. Ils ont servi pour la publication 
du Gui de Nanteuil de P. Meyer, lequel fait partie de la 
collection des Anciens poètes de la France, Paris, 1861, 
in-16. B. 

GUIBEBT D'ANDRENAS, 9 e branche de la chanson de 
Guillaume au court nez. Aimeri de Narbonne, chargé de 
gloire et d'années, n'a plus qu'un fils à pourvoir. Il lui 
donne la cité d'Andrenas, en Espagne, qu'il possédera 
quand il en aura chassé les mécréants. Il part à la tête 
de tous ses parents et amis pour mettre le siège devant 
Andrenas. Cette ville est livrée par la belle Gaiète ou Au- 
galète, qui reçoit le baptême et épouse Guibert. — Cette 
chanson existe à la Bibliothèque impériale de Paris dans 
un seul manuscrit du xrv e siècle. V. Histoire littéraire 
de la France, tome XXII. H. D. 

GUIBRE, en termes de Marine, synonyme $ éperon 
{V. ce mot). 

GUICHET, petite porte de service pratiquée dans une 
grande, pour éviter rembarras ou l'inconvénient d'ou- 
vrir les grands battants. On en voit aux portes des pri- 
sons, des châteaux, des édifices publics. A Paris, on donne 
le nom de guichets du Louvre aux arcades de ce monu- 
ment sous lesquelles passent les voitures et les piétons. On 
appelle aussi guichets de petites ouvertures pratiquées 
dans les fenêtres ou les portes, comme aux prisons et aux 
couvents, pour pouvoir parler du dedans au dehors sans 
être obligé d'ouvrir la porte. De là est venu le nom 
de guichetiers donné aux geôliers de prison. — En Hy- 
draulique, les guichets sont de petites portes pratiquées 
dans les grandes portes d'écluses ; elles servent à laisser 
passer l'eau en quantité moindre et avec moins de vio- 



lence ; on les manœuvre au moyen de crics et de roues 
dentées fixées sur ïa tète des grandes vannes. 

GUIDE (La), en termes de Musique, partie qui entre 
la première dans une fugue, et annonce le sujet. 

guide, nom que prennent les sous-officiers sur lesquels, 
dans les évolutions, les hommes d'une troupe doivent 
régler leurs alignements et leurs mouvements. 
• GUIDE-ACCORD. V. au Supplément. 

GUIDES, un des régiments de cavalerie de la garde 
impériale en France. Un décret du 10 mai 1852 leur a 
donné pour uniforme un dolman et une veste de drsp 
vert, avec brandebourgs de laine jaune, un pantalon ga- 
rance, un colback avec flamme garance et aigrette en 
crins blancs. V. Guides, dans notre Dictionnaire de Bio- 
graphie et d'Histoire. 

GUIDON, mot qui, après avoir désigné une espèce 
particulière d'étendard ( V. notre Dictionnaire de Biogra- 
phie et d' Histoire), ne s'applique plus, dans l'armée de 
terre, qu'à un petit drapeau carré dont le manche peut 
entrer dans le canon du fusil , et qui sert aux aligne- 
ments. Dans la Marine, le guidon , plus court et plus 
large que la flamme ( V. ce mot ), est employé pour les 
signaux. — Dans le Plain-chant, on nomme guidon un 
petit signe qu'on place au bout de chaque portée, pour 
indiquer la place qu'occupe la l re note de la portée 
suivante. 

GUIGUE. V. Gig. 

GU1LDER. V. Guld. 

GUILDHALL, c.-à-d. en anglais Salle de la corpora- 
tion, nom donné à l'Hôtel de Ville de Londres. Ce mo- 
nument, construit en 1411, brûlé presque entièrement 
en 1009, et aussitôt réédifié, n'a eu sa façade terminée 
qu'en 1789. A l'entrée se trouvent les deux célèbres sta- 
tues de Gog et de Magog. La grande salle, qui a 51 met. 
de longueur sur 16 m ,33 de largeur et 18 m ,66 d'élévation, 
peut contenir de 6 à 7,000 personnes : c'est là qu'ont lieu 
les élections parlementaires et municipales, les réunions 
autorisées par le corps des aldermen, les repas, fêtes et 
bals donnés par la ville de Londres. 

GUILLAUME , monnaie d'or de Hollande , valant 
20 fr. 70 c. 

Guillaume ( Les Enfances), 4 e branche de la chanson 
de Guillaume au court nez. Aimeri de Narbonne envoie 
son fils à la cour de l'empereur Charles. Le jeune homme 
rencontre en chemin une troupe de Sarrasins; il les met 
en déroute , et fait savoir à la belle Orable, fille du roi 
d'Orange, qu'il prétend l'épouser un jour. Il arrive à 
S '-Denis pour le couronnement de l'empereur, et y montre 
tant de bravoure et d'adresse, que Charles l'arme cheva- 
lier. La vie de Guillaume est ensuite remplie par une 
longue série d'exploits, tels que le Couronnement du roi 
Louis, le Charroi de Nismes, la Prise d'Orange, la Ba- 
taille d'Aleschans. Enfin Guillaume, devenu vieux, songe 
à son salut éternel, et alors commence son Moniage, qui 
est la 13 e branche de la chanson. Il construit le monas- 
tère de Gellone, non loin d'Aniane. Chassé bientôt par 
les moines d'Aniane, qui redoutaient sa force et sa vio- 
lence, il construit dans une forêt aux environs de Mont- 
pellier la fameuse cellule de S'-Guilhem-du-Désert. Enfin 
il est appelé par l'empereur pour défendre Paris assiégé 
par les Infidèles. Reçu d'abord dans la maison de Ber- 
nard du Fossé ( maison devenue historique et qui est en- 
core mentionnée comme telle au xv e siècle), il délivre 
Paris en tuant le géant Isoré. L'endroit où eut lieu le 
combat s'appelle encore Tombe Isoire; c'est la principale 
entrée des catacombes au delà de l'anc. barrière d'Arcueil. 
Guillaume retourne dans son ermitage, où son dernier 
exploit est une lutte corps à corps avec le Diable. Il meurt 
en odeur de sainteté. — Ce Guillaume n'est point un per- 
sonnage imaginaire. Charlemagne l'avait nommé gouver- 
neur de Toulouse, et, à ce titre, il soutint de longues 
guerres contre les Gascons, qui prétendaient conserver 
leur indépendance. La tradition, en se transmettant d'âge 
en âge, se transforma et s'agrandit ; Guillaume devint Je 
vainqueur des Sarrasins, le conquérant de l'Italie ; on lui 
attribua les exploits des Normands. Quant à la sainteté 
de sa vie monastique, elle est attestée par un témoin 
oculaire, le moine Ardon , qui écrivit en 822 la vie de 
S 1 Benoît. Les Enfances Guillaume sont conservées à la 
Bibliothèque impériale de Paris dans quatre manuscrits ; 
le Moniage se trouve aussi dans quatre manuscrits in- 
complets, dont un appartient à la bibliothèque de l'Ar- 
senal. V. Histoire littéraire de la France, t. XXII. H. D. 

Guillaume au court nez, grande chanson de geste sur 
les exploits d' Aimeri de Narbonne, de ses enfants > 
tits-enfants. Cette chanson prend le nom du plus célèbre 



GUI 



ion 



GUI 



des enfants d'Aimeri, Guillaume au court nez, autrement 
dit Guillaume d'Orange, Guillaume Fierebrace, S'-Guil- 
laume de Gellone. Elle se compose d'environ 120,000 
vers, et on la divise en 18 branches, savoir : 

I. Garin de Montglane; XI. Les Enfances Vivien; 

II. Gérard de Viane; Xll. La chevalerie Vivien 

III. Aimeri de Narbonne; et la bataille d'Ales- 

IV. Les Enfances Guil- chans; 

laume; XIII. Le moiniage Guil- 

V. Le Couronnement du laume; 

roi Louis; XIV. Rainouart; 

VI. Le Charroi de Nismes; XV. La bataille de Loqui- 
VII. La prise d'Orange; fer; 

VIII. Beuve de Comarchis ; XVI. Le moiniage Rai- 
IX. Guibert d'Andernas; nouart; 

X. La mort d'Aimeri de XVII. Renier; 

Narbonne; XVIII. Foulque de Candie. 

V. les articles consacrés à ces divers romans. H. D. 

GUILLEMETS, signe typographique qui se place avant 
et après une citation. Il est ainsi figuré : « ». L'usage 
s'en introduisit pour la première fois dans l'imprimerie 
en 15-iG, et l'on croit qu'un certain Guillemet en fut l'in- 
venteur. 

GUILLOCIIIS, ornement en forme de réseau ou de 

lignes ondulées, dont on embellit les pièces d'orfèvrerie. 

Il se pratique au moyen d'une machine appelée tour à 

guillocher. — En Sculpture, guillochis est synonyme de 

lue et do bâtons rompus. 

GUILLOTINE, instrument de décapitation usité surtout 
en France. C'est un pesant couteau d'acier, à tranchant 
oblique, suspendu entre deux poteaux, abaissé ou relevé 
par le simple jeu d'une corde, et qui tombe sur le cou 
du condamné garrotté horizontalement sur une planche. 
La guillotine est ainsi appelée d'un médecin nommé Guil- 
lotin, député à l'Assemblée constituante de 1789; non 
qu'il en soit l'inventeur, mais parce qu'il l'indiqua comme 
moyen uniforme d'infliger la mort, sans distinction de 
noblesse ou de roture, et comme le procédé le plus 
prompt, le plus sûr et le plus doux; Antoine Louis, se- 
crétaire de l'Académie de Médecine, et le mécanicien 
Schmidt, venaient de la perfectionner. Elle porta quelque 
temps le nom de la grosse Louison, la petite Louison ou 
Loaisette, par allusion au docteur Louis. Des machines 
analogues existaient antérieurement : Jean d'Auton (His- 
toire de Louis XII) mentionne en 1507 la mannaja em- 
ployée à Gènes; Robertson parle d'un instrument appelé 
maiden en Ecosse ■ pour le supplice des nobles. D'an- 
ciennes gravures allemandes de Pentz, de H. Aldegrevcr 
et de Lucas Cranach offrent l'image de pareils instru- 
ments de supplice, ainsi que l'ouvrage publié en 155.') 
par Achille Bocchi sous le titre de Symbolicœ quœsliones 
île universo génère. On voit dans les Mémoires de Puy- 
s 'gur que le maréchal de Montmorency fut décapité* à 
Toulouse, en 1032, au moyen d'une doloire glissant entre 
deux poutres. Avant la Révolution, on jouait à Paris, sur 
le théâtre d'Audinot, une pantomime des Quatre fils 
.'.'! non, où l'un des personnages était exécuté de cette 
façon. V. Dubois, Recherches historiques et physiolo- 
sur la guillotine, Paris, 1843, et un article de la 
R tvue britannique, décembre 1840. B. 

GUIM15ABDE, instrument ou plutôt appareil vibratoire 
en fer, très-commun en Allemagne et dans les Pays-Bas. 
De forme à peu près ovale, comme l'anse ou poignée des 
anciens tire-bouchons, il offre a.u milieu une languette de 
même métal , élastique, scellée par un bout au haut du 
corps de l'instrument, et dont l'autre bout est recourbé 
pour que le doigt puisse aisément l'accrocher. On ap- 
plique la guimbarde contre les dents, et on l'y assujettit 
par la pression des lèvres. Pour en jouer, on agite la lan- 
guette avec le doigt; en vibrant elle produit un son, qui 
resterait monotone si ses intonations n'étaient modifiées 
par l'él a ai et le rétrécissement des lèvres. Les 

enfants font de la guimbarde un jouet plutôt qu'un in- 
strument; mais il s'est trouvé des artistes qui en ont tiré 
d prodigieux effets, entre autres Koch, Eulenstein, Ku- 
nert, DeichmuTler, Scheibler, au point de se faire ad- 
mirer dam les concerts. Ci - artistes, pour exécuter des 
aux compliqués et passer dans divers tons, se ser- 
vaient ment de plusieurs guimbardes, et les 
us interrompre le cours de la phrase mu- 
eibler avait façonné, sous le nom <i'.l«ra,un 
in trumi i composé de douze guimbardes, pour lequel il 
éi tvil uni Méthode. B. 

GUIM1 nd chariot à 2 ou 4 roues, servant au 

ioÀ.Jes marchandises, ou dos récoltes des champs. 



guimbarde (Jeu de). V. Mariée (Jeu de la). 

GUIMPE (de l'allemand wimpel, voile), morceau de 
toile qui couvre le cou et la poitrine des religieuses, et 
qui quelquefois encadre aussi le visage. Le vieux verbe 
guimper signifiait se faire religieuse. Les femmes du 
monde portent aussi des collerettes en forme de guimpe. 

GUINDER , en termes de Marine , hisser sur les bas- 
mâts les mâts de perroquet et de cacatois. On nomme 
guindant la plus grande hauteur à laquelle on puisse" 
élever une voile; guindal , une machine à hisser les far- 
deaux qu'on doit embarquer sur les navires; guimleau, 
un treuil à axe horizontal qui sert à retenir les câbles et 
à lever les ancres. 

GUINÉE, monnaie. V. notre Dictionnaire de Biogra- 
phie et d'Histoire. 

GUINGUETTE (du vieux mot guivguet , petit vin ; dé- 
rivé lui-môme de guinguet, petit, mince, étroit), cabaret 
hors de la ville, par delà les barrières, où le peuple va 
boire et danser. — On dormait autrefois le même nom 
à une voiture découverte à deux roues, qui fut ensuite 
appelée Phaéton. 

GUIRLANDE DE JULIE (La), recueil de madrigaux', 
que le duc de Montausier fit composer par les beaux 
esprits du temps, et dont il composa une partie, en l'hon- 
neur de M lle Julie-Lucine d'Angennes de Rambouillet, 
dont il était épris depuis 10 ans. C'est un volume manu- 
scrit sur vélin, de 90 feuillets in-folio; 29 contiennent 
chacun une Heur peinte en miniature, et les autres un ou 
plusieurs madrigaux, au nombre total de G2, se rappor- 
tant à chaque fleur. Après trois feuillets de garde, on 
trouve le faux-titre, composé d'une guirlande de fleurs au 
milieu de laquelle on lit : La Guirlande de Julie. Après 
trois autres feuillets blancs, on rencontre encore une mi- 
niature représentant, au milieu d'un nuage, Zéphyr 
tenant une rose à la main droite, et, de la gauche, une 
guirlande de 29 fleurs qu'il souflle légèrement sur la 
terre. Le volume, relié en maroquin rouge, avec des J. L. 
enlacés (Julie-Lucine), fut envoyé, en 1641, à M Ue de 
Rambouillet, le jour de sa fête, comme un bouquet plus 
délicat et plus durable que celui de véritables fleurs. 

Les beaux-esprits qui assistèrent Montausier dans sa 
galanterie furent : Antoine Arnauld, Arnauld d'Andilly, 
Arnauld de Briotte marquis de Pomponne, Chapelain, 
Colletet, Conrart, Corbeville, Desmarets de Saint-Sorlin, 
l'abbé Habert, le capitaine Habert, Mallevillc, Martin, 
Monmort, Racan, Scudéry, et Tallcmant des Réaux. Il 
n'y a pas de bien grands poètes dans cette espèce de 
pléiade, et l'ouvrage s'en ressent : c'est de l'esprit alam- 
biqué et vulgaire, fade et froid, tourné dans des vers ex- 
trêmement médiocres. Les deux madrigaux les plus passa- 
bles sont le quatrain suivant de Desmarets sur la violette 

Modeste en ma couleur, modeste en mon séjour, 
Franche d'ambition, je me cache sous l'herbe; 
Mais si sur votre front je puis me voir un jour, 
La plus humble des fleurs sera la plus superbe. 

et trois stances de Tallemant des Réaux sur le lis 

Devant vous je perds la victoire 
Que ma blancheur me fit donner, 
Et ne prétends plus d'autre gloire 
Que celle de vous couronner. 

Le ciel, pur un bonheur insigne, 
Fit choix de moi seul autrefois, 
Comme de la tleur la plus digne 
Pour faire présent à nos rois. 

Mais si j'obtenais ma requête, 

Mon sort serait plus glorieux , 

D'être monté sur votre tête 

Que d'être descendu des deux. 

Montausier composa 10 pièces dans la Guirlande de sa 
chère Julie : mais s'il fut inspiré par l'amour, il ne le fut 
guère par Apollon. L'écriture seule de ce recueil , en belle 
ronde, de la main de Jarry, noteur de la chapelle du roi, 
est irréprochable; les miniatures, peintes p;ir Robertet, 
artiste célèbre alors, ne valent guère mieux que la poét îe. 
Néanmoins, ce cadeau si galant excita une admiration gé- 
nérale; il avança un peu les affaires de Montausier, qui, 
quatre ans après, obtint enfin la main de Julie. — La du- 
chesse conserva toujours précieusement ce livre; lors- 
qu'elle mourut, en 1071, le duc le recueillit. Après 
Montausier, la Guirlande passa à la duchesse de Crussol 
d'Uzès et à ses héritiers, puis au duc de La Vallière; un 
Anglais l'acheta 14,510 livres; en dernier lieu, elle appar- 
tenait à M ra * de Chàtillon. Dne copie du textes été im- 
primée, Paris, 1784, petit in-8°, et 1818, in-18. C. D— y. 

GUISARME, lance dont le fer avait la l'orme d'une 



GUL 



1015 



GUZ 



hache à deux tranchants, ou hache qui portait un dard au 
sommet, de sa douille. 

GUITARE (du grec kithara), instrument de musique 
à cordes. Le corps en est formé de deux tables parallèles, 
l'une en sapin, l'autre en érable ou en acajou, assemblées 
par une éclisse de 8 à 10 centimètres de hauteur. Il 
offre deux dépressions latérales, comme le violon , avec 
cette différence qu'il n'y a point d'angles, tout étant 
arrondi. Le manche, divisé par des touches sur lesquelles 
on pose les doigts de la main gauche, et placées de façon 
à correspondre à autant de demi-tons, est terminé par un 
sillet , et garni de chevilles qui servent à monter ou à des- 
cendre les cordes de l'instrument, fixées par l'autre ex- 
trémité sur un chevalet fort bas. Il n'y eut d'abord que 
4 cordes, puis 5; en 1773, Vanhek, de l'Académie royale 
de musique de Paris, imagina des guitares à 12 cordes. 
Aujourd'hui on en met six. De ces cordes, les trois 
plus graves, dites bourdons, sont en soie revêtue de lai- 
ton, et les trois autres en boyau. On les accorde par 
quartes justes en montant, excepté la 4 e et la 5 e , entre 
lesquelles il n'y a qu'une tierce majeure : on obtient 
ainsi , du grave à l'aigu, les notes wu, la, ré, sol, si, mi. 
La musique cour guitare s'écrit en clef de sol; mais les 
sons donnent l'octave basse des notes qui les repré- 
sentent. On les produit en pinçant les cordes avec la main 
droite. Au milieu de la table supérieure est pratiquée 
une rosace ou rosette, grand trou circulaire au moyen 
duquel les sons vont retentir dans la caisse, d'où ils sor- 
tent amplifiés. La guitare est un instrument de peu de 
ressources ; les sons en sont voilés et les arpèges mono- 
tones. Elle ne peut guère servir qu'à accompagner la voix. 
En outre, il n'est* pas facile de jouer sur tous les tons : 
aussi a-t-on souvent recours à un petit mécanisme qui , 
s'adaptanr au manche, hausse tout le système d'un ton et 
demi , ou à la scordatura (désaccordage), qui n'élève les 
sons que d'un demi-ton. — La guitare a existé dès les 
temps anciens : on en trouve la figure sur les monuments 
de l'Egypte. Les Arabes rapportèrent en Espagne, où elle 
n'a pas cessé d'être en vogue. En France, elle fut connue 
depuis le xi e siècle sous le nom de guiterne. Dans notre 
siècle, Sor, Aguado, Huerta, Meissonnier, Carcassi, Ca- 
rulli , ont été assez habiles sur la guitare pour en faire 
un instrument de concert; ils ont laissé des Méthodes. 
— En 1823, Staufer, luthier de Vienne, inventa une 
guitare d'amour, plus grande que les guitares ordinaires, 
avec fond bombé, et montée de 7 cordes. Les sons aigus 
ont de la ressemblance avec ceux du hautbois, et les sons 
graves avec ceux du corps de basset. Un autre Allemand 
a imaginé à Londres la guitare à piano : le doigté pour la 
main gauche est le môme que dans la guitare ordinaire ; 
mais la main droite joue sur un clavier à six touches 
adapté à la partie droite et inférieure de la table d'har- 
monie, et qui fait sortir du trou de résonnance autant de 
petits marteaux pour frapper les cordes. B. 

GUITERNE. y. Guitare. 

GUIVRE. V. Givre. 

GUIVRÉ. V. Tore. 

GUIZANDO (Taureaux de). V. Espagne (Architec- 
ture en ). 

GULDEiX ou GUILDER, monnaie d'Allemagne, dont la 
valeur n'est pas partout la même : le guld de Manheim 
vaut 2 fr. 85 c. Dans le Brunswick, on distingue le guld 
de 1764 (2 fr. 89 c), le guld commun (2 fr. 59 c), et 
le guld de 1705 (2 fr. 89 c). Toutes ces monnaies sont 
d'argent. Dans la Hesse-Durmstadt , le guld n'est qu'une 
monnaie de compte, qui vaut 2 fr. 10 c. Le guld d'or de 
Hanovre vaut 8 fr. 70 c. 

GULLIVER (Les Voyages de), célèbre ouvrage de Swift, 
publié en 1726. Il est divisé en quatre parties, dont on 
lit principalement les deux premières : ce sont les voyages 
clans l'empire de Lilliput et dans le royaume de Brobdin- 
gnag. L'auteur disait dans une lettre qu'il adressait à 
Pope, un an avant l'impression de son livre : « Le principal 
but que je me propose dans tous mes travaux est de vexer 
le monde plutôt que de le divertir... Voilà la grande base 
de misanthropie sur laquelle j'ai élevé tout l'édifice de 
mes Voyages. » C'est, en effet, la faiblesse, la vanité de 
ses semblables que Swift a voulu faire ressortir dans une 
fiction aussi ingénieuse que hardie; en conduisant su •- 
cessivement son héros chez un peuple de pygmées et 
chez un peuple do géants, il le place dans des situations 
et des embarras où la misère humaine apparaît sous le 
jour le plus ridicule, et il fait jaillir de cette combinaison 
une foule de contrastes inattendus et de comiques effets. 
« Le voyage à Lilliput, a dit Walter Scott, est une allu- 
sion à la cour et à la politique de l'Angleterre; sir Robert 



Walpole est peint dans le caractère du premier ministre 
Flimnap. Les factions des tories et des whigs sont dési- 
gnées par les factions des talons hauts et des talons 
plats ; les petits boutiens et les gros boutiens sont les pa- 
pistes et les protestants. Le prince de Galles, qui traitait 
également bien les whigs et les tories, est peint dans le 
personnage de l'héritier présomptif, qui porte un talon 
haut et un talon plat. Bléfuscu est la France, où Ormond 
et Bolingbroke avaient été obligés de se réfugier. Dans le 
voyage àBrobdingnag, la satire est d'une application plus 
générale : c'est un jugement des actions et des senti- 
ments des hommes porté par des êtres d'une force im- 
mense, et en même temps d'un caractère froid, réfléchi 
et philosophique. Les mêmes idées reviennent nécessai- 
rement; mais, comme elles sont renversées dans le rôle 
que joue le narrateur, c'est plutôt un développement 
qu'une répétition. On ne saurait trop louer l'art infini 
avec lequel les actions humaines sont partagées entre ces 
deux races d'êtres imaginaires pour rendre la satire plus 
mordante; à Lilliput, les intrigues et les tracasseries po- 
litiques, qui sont les principales occupations des gens de 
cour en Europe, transportées dans une cour de petites 
créatures de six pouces de haut, deviennent un objet de 
ridicule, tandis que la légèreté des femmes et les folies 
des courtisans, que l'auteur met sur le compte des per- 
sonnages de la cour de Brobdingnag, deviennent mons- 
trueuses et repoussantes chez une nation d'une stature 
effrayante. » Les deux dernières parties des Voyages de 
Gulliver offrent plus de désordre et de négligence que les 
premières ; les fictions y sont encore plus hardies, mais 
moins heureuses. Toutefois, c'est la même verve sati- 
rique. Dans le voyage à Laputa, Swift tourne en ridicule 
les géomètres, les astronomes, les philosophes contempla- 
tifs, les amateurs des sciences abstraites, et les faiseurs 
de projets. S'il évoque, à propos de l'île des Magiciens, 
les ombres de plusieurs personnages illustres de l'anti- 
quité, c'est encore pour faire des révélations malignes et 
des saillies de scepticisme historique. Chez les Houyhnms, 
il pousse le sarcasme jusqu'à la violence, et le dédain des 
bienséances jusqu'au cynisme, pour satisfaire sa haine 
contre la société et contre l'humanité. En somme, les 
Voyages de Gulliver, écrits d'ailleurs avec, un naturel 
parfait, avec une simplicité de langage inimitable, avec 
une fécondité d'imagination qui les fait lire par les en- 
fants comme de véritables contes de fées, sont pour les 
hommes faits une triste et amère ironie. Les tableaux de 
Swift découragent et ne corrigent pas : ce n'est point aux 
vices et aux travers, mais à la nature même de l'homme 
qu'il fait le procès, et l'homme trouve en lui un accusa- 
teur passionné. Sa philosophie est encore plus chagrine, 
plus désolante que celle de La Rochefoucauld, en qui , 
disait-il , il reconnaissait son caractère tout entier; et l'on 
ne peut s'étonner que Voltaire, qui le rencontra souvent 
dans la société de Pope et de Bolingbroke, ait. professé 
pour lui une grande admiration, car ils avaient tous 
deux la même insouciance en morale, le même mélange 
de malice et de gaieté, le même art d'exprimer avec bon- 
homie les idées les plus fines et les plus piquantes. B. 

GUSLI , instrument de musique russe. C'est une sorte 
de harpe horizontale, montée de cordes en métal. 

GUTTURALES, lettres qui se prononcent du gosier (en 
latin guttur) : telles sont, en français, les consonnes 
g dur, c dur, k, q (gale, cale, kilo, quand). Plusieurs 
grammairiens appellent ces consonnes palatales. En grec, 
les gutturales y, •/., •/, sont quelquefois aussi appelées pa- 
latales. En allemand, on compte comme gutturales c, g, 
ch, x. En espagnol , x et j ont un son guttural tout par- 
ticulier. P. 

GUTTUS, petit vase de libations pour les sacrifices, 
chez les anciens Romains. Il ne laissait couler la liqueur 
que goutte à eoutte. 

GUYOT (Bible). V. Bible. 

GUZERATE ou GOUDJERATE (Dialecte), dialecte in- 
dien, parlé non-seu!ementdans la presqu'île de Guzerate, 
mais dans plusieurs provinces arrosées par la Nerbuddha, 
parmi les Parsis attachés à la religion de Zoroastre. Il 
est fort voisin de l'hindoustani (F. Indiennes — Langues); 
c'est la même simplicité de déclinaison et de conjugai- 
son; les règles delà syntaxe sont, à peu près identiques 
aussi dans les deux idiomes. Le guzerate a été assez for- 
tement modifié par l'invasion musulmane. Son écriture 
se distingue par l'absence de la barre horizontale qui, 
dans d'autres écritures de l'Inde, réunit la partie supé- 
rieure des caractères. V. Drummond, Illustrations o; 
the grammatical paris of the Guserattee, Maltraita and 
Englishlanguages, Bombay, 1808. 



r.YM 



1016 



GYN 



GUZLA, instrument de musique des Illyriens. C'est 
une sorte de violon très-simple, puisqu'il n'y a qu'une 
seule corde de crins tressés. On en joue avec un archet. 

GYMNASE. V. ce mot dans notre Dictionnaire de Bio- 
graphie et d'Histoire. 

gymnase dramatique, l'un des théâtres de Paris, ouvert 
en 18 - 20, sur le boulevard Bonne-Nouvelle. Il ne devait 
être qu'une espèce de succursale du Conservatoire, un 
théâtre d'essai, où des élèves se seraient exercés dans des 
fragments de pièces, tout au plus dans des comédies en 
un acte. Mais, grâce à la protection de la duchesse de 
Berry, en l'honneur de laquelle il prit le nom de Théâtre 
de Madame, il étendit ses attributions, et ce fut pour lui 
que Scribe composa bon nombre de ses plus ingénieux 
ouvrages. Après la Révolution de 1830, il reprit son nom 
de Gymnase. Les pièces de Scribe, de Mélesville, de 



Bayard, de Dumanoir, lui donnèrent une vogue durable, 
que sut entretenir le talent d'acteurs tels que Perlet , 
Gontier, Bouffé, Ferville, Numa, M"" Allan, Léontine 
Fay (Volnys), Jenny Vertpré, Rose Chéri, etc. Le Gym- 
nase a obtenu le droit de représenter des comédies de 
genre en 3 actes, et même en 5 actes, moyennant une 
autorisation spéciale. 

GYMNASE MILITAIRE. 
GYMNASE MUSICAL. 

GYMNASIARQUE. 

GYMNASTE. 

GYMNASTIQUE. 

GYMNIQUES (Jeux). 

GYMNOPÉDIE. 

GYMNOSOPHISTES. 

GYNÉCÉE. 



. ces mots dans notre Dic- 
tionnaire de Biographie et 
d'Histoire. 



H 



ii 



HAB 



II, 8° lettre de l'alphabet latin et des alphabets qui en 
dérivent. Sa forme vient de celle de Véta grec (H, rj), ca- 
ractère qui remplaça Y esprit rude comme signe d'aspira- 
tion. Les Latins n'employèrent pas toujours la lettre H 
dans tous lcsMnots où on la voit aujourd'hui, et Cicé- 
ron se plaint qu'on l'ait introduite : toutefois, comme le 
latin n'avait pas de signes simples équivalents du <p et 
du y des Grecs, il fut avantageux de se servir île l'H com- 
binée avec le P et le C pour la transcription de ces carac- 
tères. On y trouve môme l'H employée pour le y {halo, 
de/aXàco; hortus, de yJjpTOi). — En français, on distingue 
Vh muette et l'A aspirée. Cependant il n'y a véritable- 
ment pas d'A aspirée : auteur et hauteur se prononcent 
de même. La seule valeur que présente, au commence- 
mont d'un mot, l'H dite aspirée, est celle du tréma : son 
effet est d'empêcher la liaison de la consonne finale du 
mot précédent avec la voyelle qui suit l'H (les hasards), 
ou l'élision de certaines voyelles qui aurait lieu autre- 
ment (le haut, la haine). Quant à la manière de recon- 
naître les deux espèces d'H, l'abbé d'Olivet dit que l'H 
doit s'aspirer dans les mots d'origine non latine (la 
hanche, le hasard ) ; que, pour les mots qui ont une éty- 
mologie latine, l'H s'aspire quand le primitif latin s'écrit 
sans H (le haut, dérivé d'allus; il hurle, dérivé d'ulu- 
lare), et ne s'aspire pas quand le primitif s'écrit avec 
une II (l'homme, l'histoire, dérivés de homo, historia). 
Ce ne sont pas là des règles absolues : ainsi, héros et hé- 
roïsme, formés d'un même radical, ont, le premier Vh 
aspirée, et le second l'A muette. Les Anglais et les Alle- 
mands aspirent 1 II au commencement des mots bien plus 
fortement que les Français; les premiers ont des mots 
qui commencent par une H muette, les seconds n'ont ce 
genre de lettre qu'au milieu des mots. En allemand, l'H 
placée après une voyelle et devant une consonne (ehre, 
Uni, wohl) ne s'aspire pas, mais indique qu'il faut allon- 
ger le son de la voyelle qui la précède. Dans l'ancienne 
orthographe des idiomes germaniques, l'H placée au com- 
mencement des mots devant une consonne (Hlodwig, Hlo- 
ther) indiquait une articulation gutturale. Dans le pas- 
sage du latin au germain, Il a quelquefois remplacé le x 
grec ou le c latin (hnrn, de xépa; ou de cornu; hlinian, 
de xaivu ou de rlino, je penche). — En espagnol, II ne se 
prononce que devant les diphthongues ie et ue (hierro, 
fer; huevo, œuf). Il n'y a pas d'H aspirée en italien. — 
La lettre II manque dans les alphabets lithuanien et 
russe; mais, dans certaines expressions tirées du vieux 
slavon, les Russes donnent la valeur de l'H â leur G ou 
gamma. Au contraire, en wende et en bohème, l'H ini- 
;iale se prononce comme G. 

Il y a eu souvent, dans le passage d'une langue à une 
autre, permutation de l'F et, de l'H : ainsi, les Latins ont 
écrit quelquefois forrewn pour horreum (grenier); les 
Espagnols onl fait henoàu latin [ennui, harina de farina, 
hablar de fabulari, etc. 

L'H ei ;rc ,| ; ,ns la composition de plusieurs lettres 
loul li ilphabets modernes. En français, on trouve: 

le groupe CH, dont il a été parlé ailleurs (V. C); le 



groupe PH, qui a ie son de l'F, et qui remplace soit le 
phi (y) des Grecs, comme dans physique, philosophe, soit 
le plie des Hébreux, comme dans séraphin: le groupe 
RH, représentant l'esprit rude qui affectait l'initiale 
rho (p) en grec, comme dans rhume, rhéteur; le groupe 
TH, qui équivaut au thêta (0, 8) des Grecs, et qui ne 
se prononce que comme T, dans tMâtre, thermes, 
thyrse, etc., ce qui explique pourquoi on a surprime l'H 
dans certains mots du même genre, comme trône, trésor. 
— En anglais, le groupe TH représente deux articula- 
tions, celle du Ihéla grec (dans think), et celle du zêta 
(dans that, this, etc.). 

Comme abréviation sur les monuments antiques, II a 
signifié homo, hœres, hora, héros. Hercules, Hadrianus, 
Hispania, Hostilius, hâve (vieille forme du mot ave), 
hic, honor, habrt, etc.; HS (pour LLS, libra libra semis) 
voulait dire sestertius, HL Aoc loco, HE Aoc est, HA hu- 
jus anni, HOS hoslis ou hospes. Sur d'anciennes mon- 
naies de France, H était la marque de La Rochelle. Nous 
écrivons S. H. pour Sa Hautesse. 

Dans la numération des Grecs, H désigna primitive- 
ment le nombre 100, comme esprit rude du mot chaton 
(cent) ; plus tard, ce fut seulement 8, à cause du rang 
que Véta occupa dans l'alphabet. — Chez les Romains, 
l'H valut 200; surmontée d'un trait horizontal, elle va- 
lait 200,000. 

Dans la notation musicale des Allemands, H repré- 
sente le si naturel. B. 

HABEAS CORPUS. V. notre Dictionnaire de Biogra- 
phie et d'Histoire. 

HABILLEMENT. V. Costume. 

HABIT, mot qui, dans son acception générale, signifie 
un vêtement quelconque. En un sens spécial, comme 
quand on dit prendre l'habit, c'est le costume ecclésias- 
tique ou monacal. Vhabit habillé ou frac est ce vêtement 
d'homme qui couvre les bras et le buste, a un collet ra- 
battu, est ouvert par devant, et se termine derrière par 
des pans ou basques plus ou moins amples : fait en drap 
noir, il est le costume civil do cérémonie. Il ne date que 
du xviii c siècle. Vhabit à la française, dont il dérive, 
parut au temps de Louis XIV : il avait alors le collet droit 
(ce qui a été conservé), les basques assez larges pour 
qu'on les repliât en arrière, et des parements détachés de 
la manche, tandis que l'on se contente aujourd'hui de 
les figurer; on le faisait en drap, en velours, en soie, en 
bouracan, etc. C'est cet habit que l'on porte encore 
comme costume de cour, et dont la forme a été conser- 
vée pour le costume (les fonctionnaires <i \ ils, qui a, de 
plus, ainsi que les habits de l'ancienne noblesse, une 
broderie plus ou moins riche de soie, d'argent ou d'or au 
collet, aux parements et aux basques. On fait en draps 
de couleur; ou en étoffe plus légère, des habits dits de 
chasse, de campagne, etc. L'habit militaire à basques a 
été remplacé, vers 18110, par la tunique dans toute 
l'infanterie de ligne, et de nos jours, en 1858 par une 
veste à basqnines; il subsiste encore chez les gren idiers 
et les voltigeurs de la garde impériale, dans les armes 



HAC 



1017 



HAC 



du génie et do l'artillerie, dans les corps des sapeurs- 
pompiers et des sergents de ville. B. 

HABITACLE, caisse ou armoire destinée à renfermer la 
boussole dans un navire. L'habitacle se trouve au milieu 
du gaillard d'arrière, près de la barre du gouvernail, à 
la vue du timonier; une lumière l'éclairé la nuit. Les 
planches en sont assemblées à chevilles et sans clous, 
pour qu'aucune pièce de fer n'agisse mal à propos sur 
l'aiguille aimantée. 

HABITATIONS. V. Maisons. 

HABITUDE (du latin habere, posséder), pouvoir que 
nous avons de reproduire, sans réflexion et sans le vou- 
loir, certains faits que nous avons produits plusieurs fois. 
L'habitude supprime l'effort; elle est affranchie de toute, 
gêne; de là son nom. Ce que l'instinct nous a fait faire 
primitivement, nous le faisons ensuite par habitude, et 
cette loi s'étend aux actes qui ont été d'abord volontaires; 
la réitération les rend habituels, et développe en nous la 
môme facilité et la même inclination : elle devient une 
seconde nature. Soit que l'habitude succède à l'instinct ou 
à la volonté, elle produit les effets les plus remarquables. 
Au point de vue physique, elle facilite nos mouvements, 
donne de l'adresse à la main, de la justesse au coup d'oeil, 
et nous aide à exprimer nos pensées par le geste, les sons 
et l'écriture. Elle agit de même sur nos facultés : un de 
ses premiers effets est de diminuer notre sensibilité phy- 
sique, car une foule de sensations dont nous n'avons plus 
conscience ont d'abord été pour nous une source de 
plaisir ou de douleur; il en est d'autres, au contraire, qui 
exigent le concours de la volonté et de l'intelligence, et 
que l'habitude rend plus vives, plus délicates, telles que 
les sensations de l'ouïe, de la vue et du tact. L'intelli- 
gence ne doit pas moins à l'habitude ; ses facultés et ses 
opérations saunent à un exercice suivi. Ainsi , quelle fa- 
cilité ne donne-t-elle pas pour reproduire la pensée au 
moyen de tant de signes conventionnels? C'est au point 
de vue moral et sur la volonté que l'habitude a le plus 
d'importance. L'éducation, qui développe dans l'homme 
les facultés physiques, intellectuelles et morales en vue 
de la pratique du bien, n'est que l'ensemble et le résul- 
tat des habitudes qu'il a contractées dans sa jeunesse et 
même dans son enfance. Bonnes et vertueuses, elles 
relèvent à ses yeux et dans l'estime des autres; mau- 
vaises et vicieuses, elles le dégradent et l'avilissent, et 
prennent sur lui un empire que sa volonté est souvent 
impuissante à détruire. Les effets de l'habitude se mon- 
trent aussi chez les animaux, dont plusieurs sont suscep- 
tibles d'une espèce d'étlucation. On remarque même 
quelque chose de semblable dans certaines plantes, qui 
s'acclimatent et s'habituent à un nouveau sol; mais on ne 
voit rien d'analogue dans la matière inorganique. Cette 
considération conduit à penser que la force de l'habitude 
n'a rien de matériel. V. Reid, Essais sur les facultés ac- 
tives, Essai 3, ch. m; Dugald-Stevvart, Philosophie de 
l'esprit humain, t. I er , ch. n; Maine de Biran, Influence 
de l'habitude sur la faculté dépenser, in-8", Paris, an xi; 
De l'habitude, thèse de M. Ravaisson, in-8°, Paris, 1838; 
Hahn, De consuetudine, Leyde, 1701, in-4°; Wetzel, De 
consuetudine circa rerum non naturalium usu, Bâle, 
1730, in-4°; Jung, De consuetudinis ef/ïcaciâ generali in 
actibus vitalibus, Halle, 1705, in-4°; Jungnickel, De Con- 
suetudine altéra natura, in-4°, Wittemberg , 1787; de 
Cardaillac, Études de philosophie, section 3, ch. iv et v; 
Dutrochet, Théorie de l'habitude, Paris, 1810, in-8°. R. 

HABORN-SIP, sorte de fifre ou chalumeau, excessive- 
ment criard, aux sons duquel on danse dans quelques 
districts de la Hongrie. Autrefois, il servait à appeler les 
montagnards à une levée en masse, et, comme le prince 
Ragot/.ki l'employa en faisant campagne, on le nomme 
fifre de Ragotzki. 

HACHE, instrument de fer tranchant, muni d'un 
manche, et servant à divers usages militaires ou domes- 
tiques. Dans l'antiquité, la bipenne ou hache à deux têtes, 
dont l'une était tranchante et l'autre aiguë, ou qui étaient 
toutes deux tranchantes, est déjà citée par Homère, qui 
la nomme axinè. Quoiqu'elle semble appartenir plutôt aux 
peuples du Nord, on la voit quelquefois dans la main des 
héros grecs. Sur le fronton du temple d"OIympie, sculpté 
par Alcamènes, on voyait, dit Pausaniàs, Thésée com- 
battant avec une hache les ravisseurs de la femme de 
Piriti.ous. Suivant Plutarque, les Amazones se servaient 
de la hache avant le temps d'Hercule; celle avec laquelle 
ce héros tua Hippolyte fut donnée à Omphale, et, après 
avoir passé de ses successeurs aux rois de Carie, fut dé- 
posée dans un temple de Jupiter Labradien ( du carien 
labras, hache). On voit la bipenne sur des médailles de 



Mylassa en Carie, de Thyatira en Lydie, sur un autel de 
Jupiter conservé parmi les marbres d'Oxford , et sur 
quelques médailles égyptiennes. Plusieurs figures de la 
mythologie étrusque sont aussi caractérisées par cette 
arme. Les Romains se servirent de haches pour les sa- 
crifices, les combats sur mer et les travaux de charpente ; 
ils en avaient placé aux faisceaux des licteurs. 

On donne le nom de haches celtiques à des instruments 
en silex et en bronze qui ont servi aux premiers habi- 
tants de l'Occident, et dont l'emploi a dû être très-varié. 
On a trouvé des haches de silex au pied des monuments 
druidiques , quelquefois mêlées à des ossements à demi 
brûlés ; dans les tumulus, sous la tête des guerriers ou à 
leurs pieds; d'autres fois, au milieu de débris sanglants 
des sacrifices. En certains endroits, qui ont pu être des 
centres de fabrication, il s'en est rencontré un assez grand 
nombre dont les unes étaient achevées, et les autres à dif- 
férents degrés de travail. Le nord et le centre de l'Europe 
en ont fourni une quantité considérable , qui ornent les 
collections publiques et privées, et qui présentent plu- 
sieurs types. Dans les unes, le tranchant taillé régulière- 
ment suit une ligne arrondie qui se termine par derrière 
en une pointe aiguë; les autres sont à deux tranchants, 
mais d'une forme souvent irrôgulière et moins gracieuse; 
d'autres sont à tranchant d'un côté et à pointe mousse 
de l'autre. Les haches en bronze, sans être aussi multi- 
pliées que celles en silex, sont cependant nombreuses, 
et se trouvent aux mêmes endroits. On a découvert en 
Allemagne, en France et en Angleterre, d'anciennes fon- 
deries de ces instruments, des moules en argile et en 
bronze, des scories, des débris de fonte et de cuivre. En 
18*21, les restes d'un établissement de ce genre ont été 
retrouvés dans le département de la Manche par M. de 
Gerville. 

La hache fut une des armes principales des Francs; 
c'est ce qui lui fit donner le nom de francisque par 
Grégoire de Tours. Les peuples du moyen âge, la modi- 
fiant légèrement, en firent la hache d'armes, dont les 
musées conservent un grand nombre de spécimens. Tantôt 
cette hache avait deux tranchants opposés dos à dos, 
tantôt un tranchant d'un côté et une sorte de marteau 
de l'autre. La hache des compagnies d'ordonnance do 
Charles VII n'avait pas de marteau, mais la douille du 
fer se prolongeait en pointe aiguë au delà du tranchant. 
Il y eut enfin des haches dont le marteau fut remplacé par 
un dard ou par un croissant à deux pointes. Les maré- 
chaux de France accotaient leur écusson d'une hache 
d'armes, comme insigne de leur dignité. 

Lorsque la poudre à canon fut inventée, on essaya de 
faire des haches munies de pistolets, mais on réussit 
peu : le Musée d'artillerie de Paris en possède quelques- 
unes. Sous Louis XIV, les grenadiers portèrent la hache; 
mais quand on leur fit abandonner la grenade pour le 
fusil, on ne laissa la hache qu'à quelques hommes par 
compagnie ; ce fut là l'origine des sapeurs, dont la mis- 
sion est de briser à coups de hache tout obstacle qui 
arrêterait les soldats. Les cavaliers et les soldats du génie 
portent aujourd'hui de petites haches qui leur servent à 
dresser le campement. Les marins ont la hache d'abor- 
dage, qui porte, à l'opposite du tranchant, une forte 
pointe de fer, destinée à pénétrer dans les bordages du 
navire ennemi et à faciliter l'abordage. 

HACHÉES (Moulures), nom donné quelquefois aux 
Dents de scie ( V. ce mot). 

HACHEREAU, petite hache d'armes, courte, légère et 
sans marteau. 

HACHURES, lignes parallèles ou croisées qui forment, 
dans un dessin ou dans une gravure, soit un fond, soit des 
ombres nuancées. Les peintres verriers ont fréquemment 
employé les hachures à angles droits pour les fonds ou les 
ornements; elles furent remplacées au xv e siècle par des 
fleurs et des fleurons, puis vinrent les teintes fondues. 
Cependant, au xvu e siècle, quelques peintres à la main 
hardie reprirent les hachures pour les ombres, et ob- 
tinrent ainsi des effets très-heureux et très-énergiques. 
— Dans la science héraldique, les hachures sont des 
lignes conventionnelles dont le sens indique une cou- 
leur : on marque l'azur par des lignes horizontales, le 
gueules ou rouge par des verticales, le sable ou noir par 
des hachures croisées à angle droit, le sinople ou vert 
par des diagonales de droite à gauche, et le violet ou le 
pourpre par des diagonales de gauche à droite. Ce pro- 
cédé commode pour expliquer le Blason ne date que du 
xvn e siècle 

HACQUI:'bUTE, HACjUEBUTE ou HAQUEBUSE, vieilles 
formes du mot arquebuse au xiv c siècle. 



II AL 



1018 



II A M 



HADRIANÉES. V. Adrianées. 

FLEMATIIXON, matière vitreuse d'un beau rouge foncé, 
opaque, plus nuancée que le verre, susceptible d'un très- 
grand poli, et dont les Anciens se servaient pour mo- 
saïques, vases d'apparat, etc. On la rencontre souvent à 
Pompéi. 

HAGIOGRAPHE (du grec hagios, saint, et graphéin, 
écrire), qualification donnée primitivement aux auteurs 
de l'Ancien Testament autres que Moïse et les Prophètes, 
j)uis aux biographes et légendaires qui ont écrit sur la 
vie et les actions des Saints. V Hagiographie est la science 
des écrits de ce genre. 

HAGIOSïDÈRE (du grec hagios, saint, et sidèros, fer), 
fer sacré, large de quatre doigts environ et long de seize, 
attaché par le milieu à une corde à l'aide de laquelle on 
le tient suspendu, et sur lequel on frappe avec un mar- 
teau. Cet instrument remplace les cloches, interdites 
chez les Grecs soumis aux Turcs. Lorsqu'on porte le 
viatique à un malade, le clerc ou l'employé qui marche 
devant le prêtre frappe trois fois de temps à autre sur un 
hagiosidère. 

HAHA, ouverture pratiquée dans un mur de jardin 
ou de parc, afin de laisser la vue libre, et qui est dé- 
fendue par un fossé extérieur. 

HAICANE ou HAICIENNE (Langue). V. Aumkme:\ne 
(Langue). , 

HAIE, clôture naturelle ou artificielle des jardins, des 
champs, des vignes, etc. On distingue la haie vive, faite 
d'arbres ou arbustes, ordinairement épineux, et la haie 
■morte, formée de pieux ou de planches. Toute haie sépa- 
rant deux propriétés closes, ou dont aucune ne l'est, est 
réputée mitoyenne; les arbres qui se trouvent dans la 
baie sont également mitoyens. Les haies vives, ou les 
arbres de bisse tige pouvant servir à les former, ne 
doivent pas être plantées à une distance moindre d'un 
demi-mètre de la ligne séparative des deux héritages; si 
les branches se développent trop, le propriétaire voisin 
peut contraindre à les couper. Quiconque détruit une 
haie, en tout ou en partie, est puni d'un emprisonnement 
d'un mois à un an, et d'une amende égale au quart des 
restitutions et dommages-intérêts. 

HATK, pièce d'étoffe de laine, blanche, que les Arabes 
portent drapée autour du corps et attachée sur la tête par 
quelques tours d'un cordon de laine brune. Les femme*, 
quand elles sortent, s'en enveloppent complètement, ne 
laissant apercevoir que leurs yeux. 

HAINE, passion qui naît à la suite d'un mal dont la 
cause nous irrite parce que nous y voyons de l'inten- 
tion. Il y a, par suite, un état de réaction qui va jusqu'à 
la répulsion contre la cause qui nous blesse. La haine 
devient alors une colère réfléchie et méditée qui prend 
plusieurs formes, telles que la colère et la vengeance. 
Aussi, ce qui la l'ait naitre en nous ne sort pas de l'ordre 
physique, mais de l'ordre moral. Le crime, l'orgueil, 
l'oppression, peuvent nous inspirer de la haine, et, dans 
tous les cas de même nature, elle est légitime, mais à la 
condition de ne tomber que sur le vice ou le crime, et 
non sur les personnes. Dans ce dernier cas, c'est la plaie 
la plus funeste à l'homme. La haine enracinée dans le 
cœur devient une source d'iniquités; c'est elle qui fit de 
Caïn l'assassin de son frère. R. 

HA1RE. V. Cilice, dans notre Dictionnaire de Biogra- 
phie et d'Histoire. 

ETALAGE (Chemin de), espace de 7 m ,79 de large que 
les propriétaires sont obligés de laisser libre, sur la rive 
des cours d'eau qui a le plus de profondeur, pour le pas- 
sage des chevaux qui traînent les navires, sans que tou- 
tefois le terrain cesse de leur appartenir. On ne peut ni 
bâtir, ni planter, ni 1onir clôture plus près que 9 m ,75, 
sous peine 'le confiscation, île réparation, et d'une amende 
de. f )00fr. L'obligation résulte d'une ordonnance de 1669, 
d'un arrêt du Conseil en date du 24 juin 1777, et des 
ast. 526 et 650 du Code Napoléon. 

HALECRET, sorti' de cuirasse, V. notre Dictionnaire 
île Biographie et d'Histoire. % 

IIALEll, en termes de. Marine, tirer et roidir un cor- 
doge pour amener horizontalement une manœuvre, un 
nffit, tin fardeau, une chaloupe, etc. On nomme, hule- 
bord un petit cordage employé à haler dans un bâtiment 
tout objet extérieur; haie-bas, une petite manœuvre qui 
sert à amener les voiles, pavillons et guidons; hale-breu, 
un petit cordage i|'ii passe dans une poulie et sert a 

élever les voiles; haie-dedans, un cordage à l'aide du- 
quel un haie en dedans certaines voiles. 
HALIEUTIQUES (du grec halieutikè, pêche), nom 

donné, liiez les anciens Grecs, aux ouvrages didactiques 



sur la pêche. Nous avons sur ce sujet un poëme d'Op- 
pien, et quelques fragments d'un autre d'Ovide. 

HALLALI, fanfare sonnée par la trompe de chasse pour 
rassembler les chasseurs au moment où le cerf aux abois 
va devenir la curée des chiens. Cette fanfare, dont l'au- 
teur est inconnu, a été placée par Philidor dans la chasse 
de Tom Jones, par Méhul à la fin de son ouverture du 
Jeune Henri, et par Haydn dans la chasse de son oratorio 
des Saisons. 

HALLEBARDE. V. notre Dict. de Biogr. et d'Histoire 

HALLECRET. V. Cuirasse. 

HALLES (de l'allemand hall, salle), édifices où l'on 
concentre et expose, pour la vente en gros à certains 
jours, les vivres, comestibles et autres objets de consom- 
mation usuelle. Ces établissements d'utilité publique 
exigent une architecture simple, une ventilation facile 
et permanente , des couvertures qui protègent les mar- 
chandises contre les grandes chaleurs et les grands froids, 
des abords et des dégagements vastes, la libre disposi- 
tion d'eaux abondantes. 

HALLES DE PARIS. F. notre Dictionnaire de Biogra- 
phie et d'Histoire. 

HALL1ER ou TRÉMAIL, filet perpendiculaire qu'on 
emploie pour la chasse aux perdrix, aux cailles, aux fai- 
sans et aux canards. 

HALLUCINATION. Il y a des cas où l'âme, sans être 
excitée par le monde extérieur, croit éprouver des sen- 
sations, où elle croit voir, entendre, toucher des objets 
qui n'existent pas réellement; l'hallucination est cette 
sensation fausse, qui donne à l'esprit l'idée d'un corps 
agissant actuellement sur les organes, quoique ce corps 
n'existe pas. 11 y a cependant cette différence entre V hallu- 
ciné et le fou, que le premier peut avoir conscience de son 
état et faire effort pour en sortir ; il se possède encore, il 
accuse ses organes de mensonge, à l'exception de certains 
cas, tels que l'extase (F. ce mot); le fou, au contraire, 
a perdu tout empire sur lui-même. L'halluciné est dans 
l'erreur (hallucinari, se tromper), mais il est en même 
temps sur le chemin de la folie; plus il cède à l'halluci- 
nation, plus il approche du moment où il perdra sa raison 
et sa volonté. Il y a certaines hallucinations qui semblent 
être des intermédiaires entre la vision et l'hallucination 
du maniaque; elles ne se produisent que peu de fois, et 
disparaissent ensuite pour toujours, sans doute avec le 
trouble passager du cerveau qui les avait produites. 
L'hallucination accompagne souvent la folie, l'ivresse, le 
délire fébrile, et particulièrement l'extase; ses causes 
sont ordinairement celles qui mènent à la folie, mais il 
faut citer en particulier une imagination maladive, qui 
conduit à la perception imaginaire des phénomènes sen- 
sibles. V. Rrière de Boismont, Traité des hallucinations, 
184oetl852. H. 

HALTÈRES, masses de pierre ou de plomb, destinées, 
chez les Anciens, à développer la force musculaire dans 
les exercices du gymnase. On les tenait dans chaque 
main en sautant, courant, dansant, etc. 

HAMAC, lit suspendu dont font, usage la plupart des 
tribus aborigènes de l'Amérique. Il est formé d'un mor- 
ceau d'étoffe de coton, long de 3 met., large, de 2, de 
chaque côté duquel pendent des cordelettes qui servent 
à le suspendre à des tiges de bambou. Les femmes riches 
des colonies européennes voyagent étendues dans leurs 
hamacs, que portent deux ou quatre nègres. Dans les na- 
vires, on suspend des hamacs aux plafonds des entre- 
ponts pour le coucher des matelots : on évite ainsi le 
ément du roulis. Les Anglais garnissent le fond des 
hamacs d'un rectangle de bois, pour que la personne 
couchée conserve la position horizontale. Les Anciens 
connaissaient l'usage' du hamac, qu'ils appelaient ledits 
pensilis, « lil suspendu. » 

HAMACA (EL), anthologie arabe, ainsi appelée parce 
le 1 er chapitre comprend des vers sur le courage guer- 
rier {ham/iça). Elle fut faite par Ahou-Tammam-Habib- 
Ibn-Ans, le Tayyte, poôte célèbre, vers l'an 835 de notre 
ère, et, commentée parTabrizi. Abou-Tanimàm a distribué 
son choix de morceaux on dix chapitres, dont le 1 er tient 
plus de la moitié de l'ouvrage, et traite des faits valeu- 
reux et des mœurs guerrières des Arabes antérieurs à 
Mahomet; les autres comprennent des élégies, des sen- 
tences morales, des vers amoureux, des satires, des 
-lions, des récits de vovaees, des facéties, etc. Le 

llainâça est une source précieuse pour l'étude do la 
langue et de l'état social des Arabes avant l'Islam. Le 
texte, accompagné d'un commentaire de Tabrizi, d'une 
traduction latine et de notes, a été publié par M. î'roy- 
tag, à Bonn, 1828-51. Nous avons donné des extraits du 



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Hamâça dans le Journal Asiatique (avril 1855). G. D. 

HAMÉ1DES, en termes de Blason, pièces qui repré- 
sentent trois chantiers de cave, appelés hames en fla- 
mand. 

HAMPE, manche de pinceau; — tige ou manche d'une 
arme quelconque, d'un drapeau, etc. 

HAMPTON-COURT, une des résidences royales d'An- 
gleterre, dans le comté de Middlesex. On y arrive après 
avoir traversé la Tamise sur un beau pont. Le palais fut 
construit par le cardinal Wolsey, qui en fit don plus tard 
à Henri VIII. Elisabeth y créa le premier jardin bota- 
nique qu'ait eu l'Angleterre. 11 servit quelque temps de 
prison à Charles I er , et Guillaume III agrandit les jardins. 
Les app»rtements contiennent une galerie de tableaux, 
où l'on voit, à côté d'un grand nombre de toiles insigni- 
fiantes, les célèbres cartons de Raphaël (V. Cartons) et 
quelques bons ouvrages de Mantegna. On remarque à 
Hampton-Court une treille plantée en 1708 : son unique 
cep a près de 80 centimètres de tour à- 1 met. du sol ; elle 
a 35 met. de longueur, et produit jusqu'à 2,500 grappes, 
dont le raisin est réservé pour la table royale. 

HANAP. V. ce mot dans notre Dictionnaire de Biogra- 
phie et d'Histoire. 

HANCHE, en termes de Marine, partie de l'arrière d'un 
bâtiment qui est entre la poupe et les haubans du grand 
mât. 

HANDICAP, mot anglais adopté dans les courses, et 
qui indique la charge proportionnelle et variable donnée 
aux jockeys, et par suite aux chevaux, suivant la force 
présumée de chaque animal. 

HANGAR (du celtique han, maison, et gard, garde), 
emplacement couvert, mais non clôturé sur tous les 
Dans une l'orme, on y met provisoirement à l'abri 
les foins, les pailles , les gerbes même ; on y remise 
aussi les chariots, brouettes et charrues, les vieux fûts, 
les paniers, les équipages de parc, etc. Dans les ports et 
arsenaux, on conserve sous des hangars des bois«de con- 
struction, les mâts, les ancres, etc. 

HAN-L1N, c.-à-d. en chinois forêt de pinceaux, Acadé- 
mie politique et littéraire fondée à" Pékin, au vn e siècle 
de notre ère, par l'empereur Hiouan-Tsong. Son nom 
vient des pinceaux qui, en Chine, servent à écrire. Ses 
membres ne publient que des ouvrages collectifs, qui 
sont imprimés par le gouvernement, et distribués aux bi- 
bliothèques des villes et aux principaux fonctionnaires. 

HANNAQUE (Dialecte). V. Bohème. 

HANOUARDS, nom qu'on donnait autrefois aux por- 
teurs de sel et de poisson de mer. Ils étaient attachés aux 
greniers à sel, et avaient le privilège de porter les corps 
des rois défunts. 

HAKS, espèces d'auberges à l'usage des Français qui 
trafiquaient autrefois dans le Levant. 

HANSE. j V. ces mots dans notre Dictionnaire 

HANSWURST. I de Biographie et d'Histoire. 

HAOUSSA (Idiome), idiome parlé dans le Soudan. Sa 
construction directe le rapproche des idiomes du bassin 
du Niger et du Nil, et son système vocal rappelle la 
langue des Tibbous, race intermédiaire entre les Nègres 
et les Touaregs. D'un autre côté, le haoussa, par sa ten- 
dance au monosyllabisme, offre de l'analogie avec les 
idiomes de la Guinée. 

HAQUEBUTE. V. Hacquebute. 

HAQUENÉE (du latin equina, dérivé d'equus, cheval), 
nom donné, pendant le moyen âge, à tout cheval d'allure 
douce, facile à monter, et allant ordinairement à l'amble. 
C'était la mpnture des dames et des ecclésiastiques. La 
haquenée du gobelet était le cheval qui portait le couvert 
et le dîner des rois de France dans leurs petits voyages. 
Jusqu'au xvin' siècle, l'ambassadeur du roi de Naples à 
Rome offrit tous les ans au pape, à la veille de la S'- 
Pierre, une haquenée blanche, en signe de vassalité. 

HAQUET, sorte de charrette, longue, étroite et sans 
ridelles, composée de deux pièces de bois liées horizon- 
talement par des barreaux, et à qui une articulation 
placée près des brancards permet de faire bascule. Les 
fardeaux qu'on y dépose sont retenus par deux cordes pa- 
rallèles, enroulées à la tète de la charrette par le moyen 
d'un moulinet. On attribue l'invention du baquet à Pascal. 

HARANGUE, allocution, discours qu'on adresse à une 
assemblée, à des troupes, ou qu'un écrivain, soit poëte, 
soit historien, met dans la bouche de ses personnages. 
Homère a prêté à ses héros d'admirables harangues. Les 
habitudes oratoires de la vie publique chez les Grecs et 
les Romains expliquent la présence des harangues qui se 
mêlent fréquemment au récit dans les historiens de l'an- 
tiquité : Lucien a même donné des règles sur la manière 



de les écrire. Parmi les modernes, Vossius, La Mothe 
Le Vayer, le P. Lemoyne, Laharpe, Marmontel, Mably, 
Vertot, ont regardé les harangues comme utiles et d'un 
heureux effet dans l'histoire, tandis que le P. Rapin et 
Dalembert les repoussent. Il y a quelque chose d'étrange 
à faire parler des personnages qui ont gardé le silence, 
à rapporter des discours tenus en secret et dont toute ré- 
vélation était impossible ; en pareil cas, l'historien ne fait 
évidemment que mettre en scène ses propres pensées, 
son esprit et son éloquence. On ne saurait douter que les 
historiens de l'antiquité même aient presque toujours 
supposé le fond ou façonné la forme de leurs harangues, 
et placé des morceaux oratoires là où il n'y en eut pas : 
plus du cinquième du livre de Thucydide est en dis- 
cours; quatre auteurs ont mis dans la bouche de Véturie 
parlant à Coriolan quatre discours dissemblables ; les 
tables de bronze retrouvées en 1520 à Lyon portent les 
propres paroles que l'empereur Claude prononça dans le 
Sénat romain au sujet d'une demande des Gaulois, et 
elles sont tout autres que celles qu'on lit dans Tacite. 
Toutefois, ce serait aller trop loin que de condamner 
absolument les harangues dans l'histoire : car elles don- 
nent de la variété et du «mouvement à la narration, et 
suppléent à son insuffisance. Ce qu'on est en droit 
d'exiger, c'est que l'écrivain n'introduise pas de discours 
hors de propos, quand il n'en fut pas prononcé, et dans 
la bouche d'un personnage qui n'a point parlé : ainsi, 
Mézerai a blessé toutes les convenances de l'histoire en 
mettant une harangue dans la bouche de Jeanne Darc 
au moment de son supplice. Quant aux discours qui ont 
été réellement prononcés, mais dont on n'a pas conservé 
le texte, l'historien doit se borner à ce qu'il sait positi- 
vement sur l'idée générale, le caractère et le but de ces 
discours : on trouve un exemple contemporain de re- 
constitution do ce genre dans certaines parties de l'His- 
toire de Napoléon et de la grande armée en 4812 de 
Ph. de Ségur, et dans l'Histoire des Girondins de M. de 
Lamartine. — Aujourd'hui on ne donne plus guère le 
nom de harangues qu'à des compliments adressés de 
vive voix par les autorités aux souverains et aux princes. 
HARAS (du latin hara, étable), établissement où l'on 
élève et entretient des étalons et des juments pour pro- 
pager et améliorer la race. On distingue les haras sau- 
vages, vastes espaces où les chevaux vivent en liberté, 
comme en Russie, en Arabie et en Amérique ; les haras 
domestiques ou privés, accessoires aux domaines ruraux ; 
les haras parqués, pâturages enclos et gardés, ainsi qu'il 
y en a beaucoup en Allemagne, en Hongrie, en Italie et en 
Espagne. Depuis Louis XIII, tous les gouvernements en 
France ont attaché la plus grande importance au perfec- 
tionnement des races chevalines, et spécialement de celles 
qui servent à la remonte de la cavalerie. Q'est de ce règne 
que date le premier essai fait pour fonder des haras aux 
frais de l'État, mais cet essai ne fut pas heureux. En 16(35, 
Colbert établit une organisation des haras qui reposait sur 
le concours de l'industrie privée, encouragée et soutenue 
par l'État. Malgré les avantages économiques de ce sys- 
tème administratif,' l'Assemblée constituante le supprima. 
Si le mode d'encouragement avait été maintenu tel qu'il 
existait avant 1789, on aurait fait des économies consi- 
dérables; en môme temps, les chevaux français se se- 
raient au moins conservés avec les qualités qu'ils avaient 
pour la guerre, et les anciennes espèces légères n'auraient 
pas été dégradées ou détruites par l'influence malheu- 
reuse des croisements, qui n'ont pas donné les résultats 
qu'on en espérait. Cette ancienne organisation des haras 
n'était pas onéreuse pour l'État, et elle offrait de grandes 
ressources à l'armée comme au commerce. L'État, en 
effet, n'avait pas à sa charge, comme aujourd'hui, de 
nombreux établissements d'étalons avec tout le person- 
nel indispensable; l'industrie privée entretenait la plus 
grande partie des types reproducteurs, moyennant quel- 
ques privilèges ou des primes qui s'élevaient environ à 
300 fr. par tête de cheval, tandis qu'avec le système ac- 
tuel l'entretien de chaque étalon ne coûte pas moins de 
1,000 à 1,200 fr. à l'État. Cette faible prime suffisait aux 
agriculteurs pour élever des étalons auxquels on dut ces 
races françaises qui avaient une grande réputation et qui 
offrirent tant de ressources aux armées de la République 
et de l'Empire pendant les luttes que ces deux gouverne- 
ments eurent à soutenir contre l'Europe coalisée. Les 
haras de Pompadour et du Pin, établis sous Louis XV, 
supprimés en 1790, furent reconstitués par Napoléon T'- 
en 1800; Louis XVIII en ajouta un 3 e , celui de Rosières 
(Meurthc). Louis-Philippe en créa deux à S l -Cloud et à 
Meudon, où l'on conservait surtout les étalons de race 



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arabe; ils ont été désorganisés après 18Ï8. Un décret du 
21 juin 1852 n'a conservé qu'un seul haras, celui de 
Pompadour, et 24 dépôts d'étalons, à Abbeville, Angers, 
Arles, Aurillac, Blois, Braisne, Charlcville, Cluny, Jusscy, 
Lamballe, Langonnct, Le Pin, Libourne, Montier-cn-Der, 
Napoléon-Vendée, Pau, Rliodez, Rosières, Saint-Lô, Saint- 
Maixent, Saintes, Strasbourg, Tarbes et Villeneuve-sur- 
Lot. Après avoir été placé dans les attributions du mi- 
nistre du commerce, le service des haras a été constitué 
en direction générale dans le ministère d'État par décret 
du 19 décembre 1800. Un administrateur centralise, sous 
les ordres du directeur général, les détails du personnel 
de l'administration et du matériel du service. Le person- 
nel du service actif comprend 8 inspecteurs généraux, 
20 directeurs de dépôts d'étalons, 20 sous-directeurs 
agents comptables, 10 surveillants, 26 vétérinaires, des 
brigadiers et des palefreniers en nombre proportionné 
aux besoins du service. Le directeur a 10,000 fr. de trai- 
tement, les inspecteurs généraux 8,000, les directeurs de 
dépôt de 3,500 à 5,000, les agents comptables de 2,000 à 
2,000. les vétérinaires de 1,000 à 2,000. Il y a, auprès du 
ministre d'État, un Conseil supérieur des haras, compre- 
nant, indépendamment du directeur général et de l'ad- 
ministrateur, 10 membres choisis par le ministre parmi 
les sénateurs, les députés au Corps législatif, les membres 
du Conseil d'État, les officiers généraux de l'armée, et les 
personnes versées dans lés matières hippiques; et un Co- 
mité consultatif des haras, formé des inspecteurs géné- 
raux, sous la présidence du directeur général. B. 

HARASSE, bouclier de près de 2 met. de hauteur, dont 
se servaient autrefois les vilains ou roturiers dans le 
combat judiciaire. Il couvrait tout le corps, et avait deux 
trous pratiqués à la hauteur des yeux. Comme il était 
très-lourd, on a tiré de son nom le mot harassé, qui se 
dit d'un homme accablé de fatigue. 

HARDI, monnaie de billon frappée en Guienne par les 
Anglais au xiv e et au xv e siècle. Elle valait le quart du 
sou, c.-à-d. trois deniers. Le type des Hardis représente 
un buste de face, couronné, et armé du sceptre et de 
l'épée ; au revers est une croix, avec diverses figures et 
inscriptions. Louis XI, Charles VIII et Louis XII firent 
frapper aussi des Hardis ; au temps de François I er , on les 
confondit avec les liards. 

HAREM. V. ce mot dans notre Dictionnaire de Biogra- 
phie et d'Histoire. 

HARENGERS, corporation des marchands de harengs, 
formée dès le xn e siècle. Un règlement de Louis IX, en 
1254, distingua les Poissonniers, qui vendaient le pois- 
son frais, et les Harengers, qui ne conservaient que la 
vente du poisson saur et salé. 

HARIVANÇA, poème indien, en langue sanscrite, dont 
le titre veut dire généalogie de Ha/ri, c.-à-d. de Vishnu. 
C'est, sous une forme épique, une compilation très-dé- 
veloppée de récits antérieurs, racontés soit par écrit, soit 
dans la tradition populaire de l'Inde, et relatifs à ce dieu, 
incarné dans Krishna. A ce titre, il a pour pendant et 
pour complément naturel les Purânas (V. ce mot), prin- 
cipalement dans les parties de ces légendes qui se rap- 
portent à Vishnu. Mais, pour qui étudie et compare ces lé- 
gendes sous les formes diverses où la poésie indienne nous 
les présente, le Harivança est antérieur aux Purânas, 
et a même été connu de leurs auteurs. D'un autre côté, 
une comparaison analogue place le Harivança après le 
Mahdbhârala, auquel on le rattache ordinairement. Si 
l'on poursuit les recherches au delà de la grande épopée, 
on arrive au Râmâyana, qui présente sous leur forme la 
plus antique les légendes de Vishnu. Enfin, le Gita-Gô- 
vinda(V. ce mot) semble être d'une date plus récente en- 
core que les Purânas, et se rapprocher des temps moder- 
nes. L'intérêt du Harivança consiste surtout en ce qu'il 
marque une des étapes où s'est arrêté le culte de Vishnu : 
il n'y a dans le Ih'miâijana aucune tendance marquée vers 
ce culte en particulier; cette tendance est sensible dans 
le MahâbhArata; le [larivança appartient à la secte de 
Vishnu d'une façon évidente , mais sans s'arrêter néan- 
moins d'une manière exclusive à quelqu'une de ses iiy 
carnations; les Purânas viennent immédiatement après; 
et enfin le chant lyrique du Gita-Gôvinda célèbre exclu- 
sivement Krishna et Radhà sa maîtresse, en donnant à 
leurs aventures cette valeur mystique et, symbolique qui 
caractérise une époque avancée de l'histoire. Le Hari- 
vança a été traduit en français par M. Langlois, 1835, 
2 vol. in-4°. Em. 15. 

HARMAMAXA, voiture ou litière des Anciens, couverte 
par-dessus, fermée par des rideaux sur les côtés, et ser- 
vant spécialement à transporter les femmes et les enfants. 



HARMATIQUE. V. Nome. 

HARMONICA, instrument de musique, auquel on a 
donné différentes formes. C'était d'abord un assemblage 
de verres inégalement remplis d'eau, accordés par demi- 
tons, et placés dans une caisse longue d'un mètre : après 
avoir humecté le bord de ces verres avec une éponge 
mouillée, on trempait les doigts dans l'eau, et, en les 
passant légèrement sur les bords des verres, il résultait 
de ce frottement certains sons. Un Irlandais, nommé 
Puckeridge, est regardé comme l'inventeur de cet instru- 
ment. En 1700, le célèbre Franklin modifia l'harmonica : 
il fit fixer de petites coupes de verre, contenant de l'eau 
et accordées par demi -tons comme précédemment, sur 
un axe commun, que faisait tourner horizontalement une 
roue mise en mouvement par une corde attachée au pied 
du joueur : la manière d'en tirer des sons n'était pas 
changée; seulement la main droite donnait la mélodie, 
et la gauche l'accompagnement. M 11 " Davies firent en- 
tendre cet instrument à Paris en 1765. L'abbé Mazucchi 
imagina en 1776 d'employer, au lieu des doigts, un archet 
enduit de poix, de térébenthine, de cire ou de savon. Les 
harmonicas à clavier de Rœllig et de Klein furent ima- 
ginés pour éviter le contact des doigts et du verre, ré- 
sultat obtenu au moyen de touches garnies et disposées en 
conséquence. Une Méthode d'harmonica fut publiée par 
Millier, Leipzig, 1788. Le clavicylindre {V. ce mot) de 
Chladni est une espèce d'harmonica. Les sons des in- 
struments de ce genre sont doux et purs, mais agissent 
avec énergie sur le système nerveux. Ce fut pour remé- 
dier à cet inconvénient que Rœllig, à Vienne, imagina 
l'harmonica à clavecin, dans lequel, à l'harmonica ordi- 
naire, était joint un clavier qui produisait, au moyen 
d'un levier, les sons par des tuyaux. — L'harmonica de 
Lcnormand, dont on voit des imitations grossières entre 
les mains des enfants, se compose de lames de verre 
d'inégale longueur, formant des séries diatoniques, et re- 
tenues entre des fils qui leur laissent toute liberté de vi- 
bration : on les frappe avec un petit marteau de liège. B. 

harmonica, jeu très- doux qu'on place ordinairement 
au 3 e clavier dans les orgues d'Allemagne, et qui est des- 
tiné à produire des effets d'écho. 11 est, en général, fait 
avec du bois de chêne ou d'érable. 

harmonica A conDES, nom donné par Stcin, organiste 
d'Augsbourg, en 1788, à un instrument de musique qui 
offrait la combinaison d'un piano et d'une épinette, ac- 
cordés à l'unisson, et qu'on pouvait jouer ensemble ou 
séparément. 

HARMONICON, harmonica perfectionné par G.-C. Mul- 
lcr, directeur de musique à Brème, qui y avait ajouté 
trois registres de flûte et un de hautbois. 

HARMONICORDE, instrument de musique inventé par 
Kauffmann, à Dresde. C'était un piano à queue, et per- 
pendiculaire, accompagné d'un mécanisme que le pied 
mettait en mouvement, et dont le son était semblable à 
celui d'un harmonica. 

HARMONIE, heureux accord des parties d'un tout. 
Ainsi, l'Harmonie de l'univers résulte de ce divin esprit 
d'ordre qui a mis toutes les œuvres de la création à la 
place précise qui convient à chacune d'elles, et les a en- 
chaînées les unes aux autres par des lois immuables. 
Bernardin de Saint-Pierre a décrit les Harmonies de la 
nature, c.-à-d. les rapports extérieurs des êtres entre 
eux. Pour les philosophes de l'antiquité, le mot harmo- 
nie, appliqué à l'ordre général du monde, rappelait une 
idée île musique, et, réciproquement, la musique s'ex- 
pliquait pour eux par des lois numériques, empruntées 
aux rapports des corps célestes. Ils appelaient harmonie 
céleste ou harmonie des sphères une sorte de musique 
qu'ils supposaient produite par les mouvements des iîla- 
nètes et des étoiles, et par les impressions de ces corps 
célestes les uns sur les autres; différents sons devaient 
résulter de la diversité des mouvements. Dans les Arts du 
dessin, la symétrie des proportions, la perfection des 
formes, le rapprochement habile des ombres et de la lu- 
mière, l'accord entre les couleurs, la fusion des teinte^, 
le ton général et les contrastes, l'unité d'action, de mou- 
vement, de sentiment, produisent l'harmonie. B. 

HARMONii:, terme de Musique. On dit qu'une voix est 
harmonieuse, que des sons sont harmonieux, lorsque 
l'émission, le timbre et la succession des sons ont quel- 
que chose qui flatte l'oreille. Mais, indépendamment de 
cette acception générale et vulgaire, le mot Harmonie a 
deux sens spéciaux en musique; il désigne : 1° un corps 
d'instruments à vent, ou la niasse de ces instruments qui 
entre dans la composition d'un orchestre; 2" la science 
des accords. Cette science, dont le but est l'accompagne- 



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HAR 



ment de la mélodie (V. ce mot), comprend deux parties, 
la théorie des accords isolés ( V. Accord), et la théorie de 
la succession et de l'enchaînement des accords. -L'harmo- 
nie entière, dans un ton donné, se réduit à l'emploi suc- 
cessif de deux accords, l'accord parfait sur la tonique et 
l'accord de dominante, soit dans leur état naturel, soit 
modifiés par le renversement, la substitution, les altéra- 
tions, V anticipation, le retard, et aussi par les notes de 
passage, les pédales et les progressions, et à l'observation, 
pour les accords dissonants, de là préparation et de la reso- 
lution (F. ces mots). Pour changer de ton, on a recours à 
la modulation {V. cemot). L'emploi des trois mouvements 
direct, contraire, et oblique, et celui du contre-point 
(V. ce mot), font aussi partie de l'harmonie. On appelle 
Harmonie appliquée l'art d'assortir telle ou telle variété 
d'accords à un morceau d'une couleur particulière; on y 
fait rentrer, outre la détermination des styles, l'art de 
Y accompagnement et celui de l'instrumentation {V. ces 
mots). L'harmonie est dite directe quand la base est fon- 
damentale, et que les parties supérieures conservent 
l'ordre direct entre elles et avec cette basse ; renversée 
quand le son fondamental est dans quelqu'une des par- 
ties supérieures, et qu'un autre son de l'accord est trans- 
porté à la basse au-dessous des autres; figurée lorsqu'on 
fait passer plusieurs notes sous un accord. 

L'habitude d'entendre des accords dès notre enfance 
nous fait do l'harmonie un besoin dans la musique. Mais 
il est des peuples , comme les Turcs, les Arabes et les 
Chinois, qui, même de nos jours, ne sont pas initiés à 
l'harmonie telle que nous .l'entendons, et à qui les effets 
de notre musique en accords sont importuns, bien qu'ils 
reposent sur des phénomènes acoustiques naturels. Il 
n'est donc pas incroyable que les Grecs et les Romains, 
malgré le développement de leur civilisation, n'aient point 
connu l'harmonie, et se soient bornés aux unissons et aux 
octaves. Bien qu'on ait beaucoup écrit pour établir le 
contraire (Gafforio, Zarlino, Doni, Meibomius, Isaac Vos- 
sius, l'abbé Fraguier), on ne trouve dans les Traités à 
musique d'Aristoxène, d'Aristide Quintilien, d'Alypius, 
de Ptolémée, de Boëce, aucune expression équivalente de 
notre mot harmonie, et les consonnances de quarte, de 
quinte et d'octave, dont il est fait mention, n'étaient pas 
employées simultanément, mais par successions mélo- 
diques. Les fragments peu nombreux que l'on a con- 
servés de l'ancienne musique grecque n'offrent aucun 
vestige d'accord. Enfin la forme des lyres et des ci- 
thares, le petit nombre de leurs cordes, qui ne pouvaient 
être modifiées comme sur nos instruments à manche, don- 
nent beaucoup de probabilité à l'opinion de ceux qui ne 
croient pas à l'existence de l'harmonie dans la musique 
des Anciens, entre autres, Glaréanus, Artusi, Mersenne, 
Kircher, Burette, Martini, Marpurg, Forkel, etc. — Les 
l res notions de l'harmonie se trouvent au moyen âge, dans 
un écrivain du vn e siècle, Isidore de Séville, et elles ont 
été sans doute le résultat de l'introduction de l'orgue, sur 
lequel on a expérimenté la simultanéité des sons; mais 
l'harmonie resta dans la barbarie jusque vers le milieu 
du xiv c (V. Diaphonie, Déchant). Des musiciens italiens 
commencèrent à lui donner des formes plus douces : tels 
furent Francesco Landino, dit Cieco (l'aveugle) ou Fran- 
cesco degli organi (à cause de son habileté sur l'orgue), 
Jacopo de Bologne, Nicolo del Proposto et plusieurs 
autres. Les plus anciens écrivains qui traitèrent de l'har- 
monie furent Ilucbald de Saint-Amand (x« siècle), Gui 
d'Arezzo et Francon de Cologne (xi e ), Marchetto de Pa- 
doue et Jean de Mûris (xin e ). L'harmonie se perfec- 
tionna ensuite, grâce aux talents de deux musiciens 
français, Guillaume Dufay et Gil'es Binchois, et d'un 
Anglais, John Dunstaple, qui vivaient dans la première 
moitié du xv e siècle. Leurs élèves, Jean Tinctor, Gafo- 
rio, etc., ajoutèrent à leurs découvertes, et, depuis lors, 
l'harmonie s'est continuellement enrichie d'effets nou- 
veaux. Jusqu'à la fin du xvi e siècle, on ne fit usage 
que d'accords consonnants et de quelques prolongations 
qui produisaient des dissonances préparées -. vers 1590, 
le Vénitien Claude Monteverde employa, le premier, les 
accords dissonants naturels et les substitutions. Au com- 
mencement du siècle suivant, Louis Viadana, maître 
de chapelle de la cathédrale de Mantoue, -imagina, dit- 
on, de représenter l'harmonie par des chiffres placés 
au-dessus des notes de la basse (V. Basse chiffrée). En 
1699, le géomètre français Sauveur, reprenant une expé- 
rience du P. Mersenne sur la résonnance d'une corde 
métallique, distingua le son fondamental, donné par 
les vibrations de la totalité de la corde, et les sons dé- 
rivés (octave de la quinte du son fondamental et double 



octave de sa tierce), provenant de vibrations partielles. 
S'emparant de ce résultat, Rameau chercha les bases 
de la science des accords dans les lois de l'acoustique, 
et fit connaître, en 1722, son système de la basse fon- 
damentale (V. ce mot), qui eut une vogue prodigieuse; 
mais il ne pouvait rendre compte de l'accord parfait mi- 
neur que par des hypothèses. Du moins, c'était la pre- 
mière fois qu'on mettait un ordre rigoureux dans les 
phénomènes harmoniques, et Rameau avait été aussi le 
premier à apercevoir le mécanisme du renversement des 
accords. Vers le même temps, le violoniste italien Tartini 
proposait un autre système, également fondé sur une 
expérience de résonnance. II avait observé que deux sons 
aigus qu'on faisait entendre à la tierce faisaient réson- 
ner au grave un 3 e son, également à la tierce du son 
inférieur, ce qui donnait encore l'accord parfait. Mais 
la théorie obscure qu'il établit, et qui fut vantée par 
J.-J. Rousseau, n'eut jamais de succès. Les systèmes 
d'harmonie étaient devenus une mode au xvm e siècle : la 
France vit éclore ceux de Serre, d'Estève, de Baillière, de 
Jamard, de l'abbé Roussier, aujourd'hui justement ou- 
bliés; en Allemagne, Kirnberger découvrit, en 1773, la 
théorie des prolongations, que Catel reproduisit plus tard 
chez nous avec plus de simplicité et de clarté. De nos 
jours, M. Fétis a expliqué le mécanisme de la substitu- 
tion, et la combinaison de cette substitution avec les pro- 
longations et les altérations. 

V. Catel, Traité d'harmonie, 1802, in-4°; Choron, 
Principes de composition des écoles d'Italie, 1809, 3 vol. 
in-fol.; Berton, Traité d'harmonie, 1815; Reicha, Traité 
complet et raisonné d'harmonie , Paris, 1819, in-fol.; 
Perne, Cours élémentaire d'harmonie et d'accompagne- 
ment, 1822, 2 vol. in-fol.; Selvaggi, Trattato d'armonia, 
Naples, 1823, in-8°; Fétis, Méthode élémentaire et abré- 
gée d'harmonie et d'accompagnement, Paris, 1823, in-4° ; 
Dourlen, Principes d'harmonie, 1824; Jelensperger , 
l'Harmonie au commencement du xix e siècle, 1830; 
J.-G. Werner, Essai d'une méthode facile et claire d'har- 
monie, en allem., Leipzig, 1832, 2 vol. in-4°; Dauvillicrs, 
Traité de composition élémentaire des accords, 1834; 
Gérard, Traité méthodique d'harmonie, 1834; Choron et 
Adrien de Lafage, Manuel complet de musique, 1830-38, 
G vol. in-18; De Coussemaker, Histoire de l'harmonie au 
moyen âge, 1852, in-4°. B. 

harmonie (Table d'). V. Haïjpe, Piano. 

harmonie du sti'le, combinaison de sons qui plaisent 
à l'oreille, soit par leur accord entre eux, soit par leur 
rapport avec les idées et les sentiments qu'ils expriment. 
De là deux sortes d'harmonie, ["harmonie mécanique et 
l'harmonie imitative. Toutes deux ont une grande im- 
portance : selon Cicéron , c'est l'harmonie qui distingue 
l'orateur habile du parleur ignorant et vulgaire, et 
l'oreille, suivant l'expression de Quintilien, est « le che- 
min du cœur. » 

V Harmonie mécanique, qui consiste dans l'accord des 
sons que l'on emploie, est, à proprement parler, l'eupho- 
nie ou la mélodie du style. Elle résulte : 1° du choix des 
■mots, dans lesquels il faut chercher, autant que possible, 
un heureux mélange de voyelles et de consonnes, de 
brèves et de longues ; 2° de l'arrangement des mots, où 
l'on doit éviter Thiatus (V. ce mot), la répétition des 
mômes consonnances, toute série de mots d'égale dimen- 
sion, toute accumulation de monosyllabes ou de mots 
d'une longueur démesurée, les assemblages où dominent 
les consonnes fortes et les syllabes rudes, etc. ; 3° de la 
construction des phrases, auxquelles on s'attache à 
donner du nombre et de la période ( V. ces mots). 

L'harmonie imitative est un artifice de style qui con- 
siste à peindre les choses par les sons des mots ou par 
l'habile arrangement de la phrase, qui tantôt est douce 
et coulante, tantôt rude et saccadée, tantôt sourde et 
tantôt sonore, tantôt se précipite alerte et rapide, tantôt 
se déroule avec lenteur ou se développe majestueuse- 
ment, selon la nature des idées et des sentiments expri- 
més. Ainsi, Boileau (Sat. 3, le Repas ridicule) nous fait 
entendre le bruit d'une assiette lancée à la tète de quel- 
qu'un, et qui revient après avoir manqué son but : 

L'autre esquive le coup, et l'assiette volant 
S'eu va frapper le mur et revient en roulant. 

La Fontaine nous met sous les yeux l'inquiétude d'un 
avare : 

11 entassait toujours; 

Il passait les nuits et les jours 
A compter, calculer, supputer sans relâche, 
Calculant, supputant, comptant comme à la tâche. 
La Fontaine. XII, 3, du, Thésauriseur cl du Sinijc. 



HAR 1022 

Il ne pouvait pas mieux peindre Eorée, qui, dit-il : 

Se gorge de vapeurs, s'enfle comme un ballon, 
Fait un vacarme de demon, 

Siffle, souffle, tempête 

La Fontaine, Phébus et Borée, vi, 3. 

Racine fait dire à Oreste en proie aux Furies {Andro- 
maque, V, 5) : 

Four qui sont ces serpents qui sifflent sur vos tCtcs? 

Il peint un monstre en ces mots [Phèdre, V, G) : 

Indomptable taureau, dragon impétueux, 
Sa croupe se recourbe en replis tortueux. 

La prose peut recourir, comme la poésie*, à l'harmonie 
imitative, afin de peindre les objets par les sons. Ainsi, 
Chateaubriand a dit : « Le rauque son de la trompette du 
Tartare appelle les habitants des ombres éternelles; les 
noires cavernes en sont ébranlées, et le bruit, d'abîme 
en abîme, roule et retombe. » 

L'harmonie imitative ne doit jamais être cherchée pour 
elle-même ni sentir l'effort; et, chez les écrivains de pre- 
mier ordre, elle jaillit toujours de l'inspiration; il en est 
de cette qualité comme de la justesse de l'expression, 
qui, chez eux, suit toujours la justesse de la pensée. 

harmonie préétablie, système à l'aide duquel Leibniz 
prétendait expliquer l'action de l'âme sur le corps et du 
corps sur l'âme. En réalité, il n'admettait pas l'influence 
réciproque des deux substances l'une sur l'autre : car 
il imaginait que le Créateur, en les réunissant dans 
l'homme, avait établi entre elles une harmonie parfaite, 
de telle façon que, bien que chacune se développât sui- 
vant des lois propres, les modifications qifelfe éprouvait 
correspondaient exactement à des modifications éprou- 
vées par l'autre; telles seraient deux horloges bien ré- 
glées, qui marqueraient toujours les mêmes heures, 
quoique obéissant à des mécanismes distincts. 

HARMONIES DES ÉVANGILES, titre d'ouvrages des- 
tinés à montrer l'accord des doctrines et des faits dans 
les livres des quatre Évangélistes. Les plus anciens de 
ces ouvrages sont attribués à Tatien et' à Théophile d'An- 
tioche. Eusèbe dressa ensuite un tableau synoptique des 
Évangiles. Nous avons de S' Augustin un livre De con- 
sensu Evangelislarum. Pierre Lombard, S' Thomas 
d'Aquin et Gerson au moyen âge, Osiander, Jean Ruisson, 
Calvin, Paulus et Clausen chez les modernes, se sont 
aussi occupés de la concordance ( V. ce mut) des Évangiles. 

HARMONIFLUTE. V. au Supplément. 

HARMON1PHON, instrument à vent et à clavier, long 
de m ,42 sur n \12 de large et 0"\8 de haut, qui s'in- 
suffle au moyen d'un tube élastique, et qui produit si- 
multanément plusieurs sons, analogues à ceux du haut- 
bois. II a été inventé en 1837 par M. Paris, de Dijon. 

HARMONIQUE (Division). 7. Arithmétique. 

HARMONIQUES (Sons) ou sons (lûtes, sons tirés de 
certains instruments à cordes, tels que le violon et le 
violoncelle, par un mouvement particulier de l'archet, 
qu'on approche davantage du chevalet, et en posant lé- 
gèrement le doigt sur la corde. Ils diffèrent des sons du 
jeu ordinaire par le timbre, qui est beaucoup plus doux, 
et par le ton. On attribue l'invention des sons harmo- 
niques à un élève de Tartini, Domenico Ferrari, de Cré- 
mone, au milieu du xviu'' siècle. — On donne encore le 
nom d'harmoniques aux sons concomitants ou accessoires 
qui, par le principe de la résonnance, accompagnent un 
son quelconque. Toutes les aliquotes d'une corde sonore 
en donnent les harmoniques. 

HARMONIUM. V. Orgue expressif. 

HARPAGON, machine de guerre. 7. notre Dictionnaire 
<J.e. Biographie et d'Histoire. 

IIARPALYCE. V. Chanson. 

HARPASTUM. V. Balle (Jeux do), dans notre Diction- 
naire de Biographie et d'Histoire. 

HARPE, instrument de musique de grande dimension 
et de forme triangulaire, monté de cordes de boyau et de 
cordes de soie filées en laiton, disposées verticalement, et 
qu'on pince avec les deux mains pour en tirer des sons. 
La harpe se compose de trois pièces principales a im- 
blées en triangle, la console, la colonne, et le corps 
sonore; les deux dernières sont réunies dans leur partie 
inférieure par une quatrième pièce, lacuvetle, qui forme 
la base de l'instrument. Le corps sonore est une caisse 



HAR 



convexe en érable, plus large à la base qu'au sommet, et 
recouverte d'une table d'harmonie, planche de sapin sur 
laquelle sbnt fixés les boutons qui servent à attacher les 
cordes. La console, partie supérieure de l'instrument, est 
une bande légèrement courbée en forme d's, et garnie de 
chevilles à l'aide desquelles on monte les cordes fixées 
sur la table d'harmonie. La colonne est le montant qui 
sert à l'assemblage des deux pièces précédentes. La mu- 
sique de harpe s'écrit à deux parties comme celle do 
piano : on emploie la clef de sol pour la l 1 ' 1 ' partie, et 
la clef de fa 4 e ligne pour la 2 e . — La harpe fut connue 
des Anciens ; mais elle a 'dû s'éloigner notablement des 
proportions modernes, s'il est vrai que ce soit avec une 
harpe que David 'dansa devant l'Arche ( V. Kinnor). La 
harpe est figurée souvent sur les monuments de l'an- 
cienne Egypte, et l'on en voit une de ce pays au Musée 
égyptien de Paris. Les harpes égyptiennes n'avaient pas 
de console, et étaient en forme d'arc; on en jouait dans 
les processions tout en marchant, le bois de l'instrument 
posé sur l'épaule et les cordes tournées vers le ciel. L'in- 
strument triangulaire que les Grecs appelaient irigone, et 
que quelques auteurs croient être le même que la sam- 
buque, correspond à la harpe moderne. Les Romains ne 
paraissent guère en avoir fait usage, car on n'en a trouvé 
qu'une seule figure dans les peintures d'Herculanum. Les 
peuples du Nord, Scandinaves, Celtes, et Germains, firent 
grand usage de la harpe. On la trouve mentionnée pour 
la première fois, avec son nom actuel, dans une pièce de 
vers de l'évêqueFortunat au vi e siècle. Au moyen âge, elle 
fut l'instrument des troubadours et des ménestrels. On sait 
que le nombre des cordes varia alors de à 25. Le plus 
souvent la harpe n'avait pas de colonne de soutien sur le 
devant; le triangle était ouvert. Comme les cordes étaient 
accordées selon l'ordre naturel de la gamme diatonique, 
elles ne pouvaient donner les dièses et les bémols, et 
toute modulation était interdite. Les habitants du pays de 
Galles ont une harpe à triple rang de cordes : les deux 
rangs extérieurs sont montés à l'unisson, le rang inté- 
rieur est celui des notes diésées ou bémolisées. Cette 
disposition offre de grandes difficultés pour l'exécution. 
En Irlande on inventa la harpe double (à 2 rangs de 
cordes), afin d'augmenter la force du son. Luc-Antoine 
Eustache, gentilhomme napolitain et chambellan du pape 
Pic V, imagina, pour obtenir tous les demi-tons de 
l'échelle, de mettre à la harpe 78 cordes disposées sur 
3 rangs : le 1 er comprenait quatre octaves, le 2 e faisait les 
demi-tons, le troisième était à l'octave du premier. Les 
difficultés de f exécution firent abandonner cet instrument 
compliqué. Vers 1(100, un Tyrolien ajouta sur la con- 
sole dans l'instrument simple, des crochets ou sabots qui, 
correspondant aux cordes et mus avec la main, accrois- 
saient la tension, et donnaient ainsi le demi-ton supé- 
rieur. Mais, tandis qu'une main de l'instrumentiste se 
portait aux crochets, il n'en restait qu'une pour pincer 
les cordes ; en 1720, Hochbrucker, luthier de Donawerth, 
remédia à cet inconvénient par l'invention de la. pédale, 
mécanisme qui, pressé par le pied de l'exécutant, et pas- 
sant au milieu dé la colonne, met les crochets en mou- 
vement. Ce mécanisme, qu'on a attribué à tort à Jean- 
Paul Vctter , d'Anspach, fut perfectionné à Paris par 
Nadcrmann, depuis lequel il y a 7 pédales, une pour 
chaque note de la gamme , quatre à droite et trois a 
gauche de la cuvette. En cet état, la harpe est dite à 
simple mouvement : elle est montée de 13 cordes, ac- 
cordées en mi bémol, et comprend 6 octaves. Si le mor- 
ceau est dans un autre ton, l'exécutant dispose ses 
pédales d'avance. En 1782, Cousincau inventa le méca- 
nisme à béquilles, qui, avec un double rang de pé- 
dales, faisait produire à la même corde le dièse et le 
bémol à volonté. En 1787, Sébastien Érard imagina de 
remplacer les crochets par des fourchettes à double bas- 
cule, qui pincent les cordes au lieu de les tirer hors de 
la ligne perpendiculaire. Chaque corde peut alors re- 
cevoir trois intonations, le bémol, le bécarre, et le dièse; 
les pédales, toujours au nombre de 7, peuvent se mou- 
voir de deux manières, et se fixer â volonté dans des crans 
pratiqués à la cuvette. La harpe d'Érard, dite à double 
mouvement, et dans laquelle chaque pédale fait une 
double fonction pour élever à la volonté chaque corde 
d'un demi-ton ou d'un ton, date de 1811, et est accordée 
en si naturel; elle est presque seule employée aujour- 
d'hui, lîothe, de Berlin, a disposé dans sa harpe chro- 
matique, inventée en 1787, et reproduite en 1804- par 
l 'franger, toutes les cordes par demi-tons (12 pour une 
gamme), en donnant aux cordes additionnelles une cou- 
leur qui les distingue ; mais l'instrument est devenu trop 



HAS 



1023 



II AU 



grand, les cordes sont trop nombreuses et trop serrées , 
et le doigté n'est plus le même. — La harpe , fort en fa- 
. veur à la fin du xvm e siècle et au commencement du xrx 1 ', 
est de nos jours, presque abandonnée. Cet abandon a 
commencé à la suite des perfectionnements de méca- 
nisme, qui ont rendu l'instrument plus difficile a jouer. 
On l'accorde, comme le piano, par tempérament (V. ce 
■mot). Entre les doigts d'un habile exécutant, elle rend 
des sons purs et doux ; mais il est difficile d'éviter la 
monotonie, et d'arriver à quelque énergie dans l'expres- 
sion. M"' e Krumpholz, M. de Marin, Dizi, Baëcker, 
Bochsa, Pollet, et, de nos jours, Labarre et Godefroid ont 
été les harpistes les plus brillants. La harpe s'emploie 
quelquefois à l'orchestre, où elle produit d'heureux effets, 
en raison surtout de la différence de son timbre. B. 

HARPE A CLAVECIN. V. ClAVICITHERIUM. 

HARPE-ditale, petite harpe imaginée vers 1834 par le 
facteur Pfeiffer. C'est un instrument, non d'exécution, 
mais d'accompagnement. Le mécanisme- au moyen du- 
quel on élève chaque corde d'un demi-ton se meut par la 
pression du doigt, et non par celle du pied comme dans 
la harpe ordinaire. Les dimensions de la harpe-ditale la 
mettent à la portée des enfants. ' 

harpe éolienne, ou harpe météorologique, appareil mu- 
sical plus curieux qu'utile, destiné à produire des sons 
harmonieux par la seule action du vent. C'est une boite 
de sapin, de 1 mètre sur '20 à 30 centimètres, contenant 
une table d'harmonie, sur laquelle sont tendues des 
cordes en boyau. En exposant ces cordes à un courant 
d'air assez fort, elles résonnent d'une façon agréable, 
bien que la succession et la combinaison de leurs sons se 
fassent sans ordre et sans règle. On attribue l'invention 
de la harpe éolienneau P. Kircher. En 1785, l'abbé Gat- 
toni, à Come, construisit dans un jardin une harpe éo- 
iienne gigantesque : elle se composait de 15 fils de fer, 
longs de 100 met., tendus à l'aide de cylindres, dispo- 
sés dans la direction du Nord au Sud, et inclinés de 
manière à former un angle de 20 à 30 degrés avec l'hori- 
zon. Sous l'impulsion du vent, elle rendait des sons très- 
puissants. V. Anémocorde. 

harpe harmonico-forte, harpe inventée vers 1809 par 
Keyser. C'est une harpe ordinaire à laquelle on a ajouté 
34 cordes de laiton, accordées deux à deux, qui forment 
une espèce de contre-basse de 17 demi-tons, et qu'on fait 
résonner av.ee le pied par le moyen de 17 touches corres- 
pondant à autant de marteaux qui frappent les cordes. 

HARPES. V. Attente (Pierres d') et Herse. 

HARPIN, ancienne arme, qui se composait d'un croc 
adapté à un long manche. 

HARPO-LYKE, instrument de musique inventé à Be- 
sançon, en 1829, par un musicien appelé Salomon. Il a 
la forme d'une lyre antique, et est monté de 2 1 cordes 
réparties sur trois manches. Les cordes du manche du 
milieu sont les mêmes que celles de la guitare à cordes, 
et sont accordées de môme. L'ensemble de l'instrument 
a 4 octaves et demie. 

HARPON, large et solide fer de flèche fixé à l'extrémité 
d'un manche en bois de 2 met. de longueur, auquel tient 
une longue corde. Cet instrument sert à la pêche de la 
baleine et autres cétacés. L'animal frappé emporte le har- 
pon ; mais, quand il a succombé, la corde le ramène. 

HART (Supplice de la). V. notre Dictionnaire de Bio- 
graphie et d'Histoire. 

HASARD.- L'idée du hasard est la négation de toute 
cause et de toute loi dans la production des phénomènes 
et des êtres; c'était la négation du Destin chez les An- 
ciens, chez les modernes c'est celle de Dieu et de la Pro- 
vidence. Pris dans un sens positif, le hasard est donc une 
absurdité et un non-sens, puisque tout ce qui commence 
est nécessairement produit par une cause et selon cer- 
taines conditions. Il y eut cependant une école qui voulut 
élever l'idée du hasard au rang de système scientifique; 
ce fut celle d'Épicure. En expliquant l'univers et tous les 
êtres par le choc accidentel des atomes, Épicure livrait 
tout au hasard, et méconnaissait l'idée de loi. Ce gros- 
sier fatalisme était en contradiction avec les plus simples 
données de la raison; celui des Stoïciens reconnaissait 
tiu moins la nécessité d'un ordre éternel et immuable. Le 
hasard, s'il était quelque chose, ne serait qu'un principe 
de désordre; il suffit de promener ses regards sur la 
terre, de lever les yeux au ciel, pour y voir des marques 
constantes d'ordre et d'harmonie. Pour celui qui l'em- 
ploie, le mot hasard veut dire : je ne sais pas. L'igno- 
rant en cristallographie peut attribuer au hasard la 
formation des cristaux, Haiiy l'explique par une loi ma- 
thématique d'une grande simplicité. Le hasard perd de 



son empire à mesure que la science fait des progrès; la 
science ramène à l'idée de Dieu, en montrant l'ignorance et 
la folie de ceux qui prétendaient pouvoir s'en passer. R. 

HAST (Armes d'). | V. notre Dictionnaire de Biogra- 

HASTATS. j phie et d'Histoire. 

HASUR, instrument de musique. V. Ascior. 

HATTI-CHÉRYF. V. notre Dictionnaire de Biographie 
et d'Histoire. 

HAUBANS, gros cordages destinés à consolider la tète 
des mâts, qui pourraient se rompre par l'action directe 
des voiles ou par les -ébranlements du navire pendant les 
tempêtes. Des moufles permettent de les roidir à vo- 
lonté. Le nombre des haubans varie selon la force du 
bâtiment et la résistance des mâts. Plus les haubans sont 
attachés loin du pied des mâts, plus ils ont de force ; c'est 
pourquoi, lorsque vint l'usage de construire les navires 
à murailles rentrantes , on y adapta des arcs-boutants 
saillants ou des plates-formes saillantes, qui prirent le 
nom de porte-haubans et qui servent à attacher ces cor- 
dages. On a voulu remplacer les haubans en cordes par 
des fils de fer et des chaînes; mais cette innovation, 
qui substituait à un système élastique un système in- 
flexible, supprimant toute vibration et causant de fré- 
quentes ruptures, dut être abandonné. Toutefois une idée 
lui survécut : ce fut de se servir, pour le pied des hau- 
bans, de crémaillères en fer et de chaînes qui, au moyen 
d'un mécanisme, permettent de roidir à volonté les hau- 
bans, en laissant à leur partie supérieure leur élasticité ; 
en outre, leur pariie inférieure est à l'abri de l'incendie. 

HAUBKRGEON, cotte ou chemise de mailles, faite de 
petits anneaux de fer, et plus tard de lames articulées. 
C'était le haubert des écuyers, moins riche que celui des 
chevaliers. 

HAUBERT, \ V. notre Dictionnaire de Biograplde ce 

HAUNET. ( d'Histoire. 

HAUSSE. V. Baissi:. 

HAUSSE-COL. C'était autrefois la partie supérieure do 
la cuirasse de fer plein qui entourait le cou et recouvrait 
le gorgerin ; ou bien, quand le casque n'avait pas de gor- 
gerin, un col ou collet en fer dont on entourait la gorge. 
Aujourd'hui le hausse-col est un ornement de cuivre ou 
d'argent doré, en forme de croissant et bombé, que les 
officiers d'infanterie portent, lorsqu'ils sont de service ou 
en grande tenue, fixé au-dessous du cou sur le haut de 
la poitrine par deux cordonnets qui s'attachent aux bou- 
tons des épaulettes. 

HAUTBOIS, en italien oboe, instrument de musique à 
vent et à anche, ainsi nommé parce que, dans l'ancien 
système d'orchestration, sa partie était habituellement 
écrite plus haut que celles des violons, ou parce qu'il ser- 
vait à renforcer leurs sons aigus. Long de 0°\tj0 environ, 
et fait en cèdre, en ébène, en buis, ou en grenadille, il se 
compose de trois corps ou pièces, qui s'ajustent bout à 
bout, et qui forment un tube graduellement évasé, ter- 
miné par un petit pavillon en entonnoir. L'anche est for- 
mée de deux lames de roseau. Parfois on adapte au corps 
supérieur une pompe : ce sont deux tubes de cuivre rou- 
lant l'un sur l'autre et augmentant de 2 centimètres la 
longueur du tube. Le diapason du hautbois s'étend depuis 
l'ut grave du violon jusqu'au sol suraigu : en allongeant le 
tube, Brod l'a fait descendre jusqu'au la. Le hautbois a des 
sons champêtres et doux, avec plus d'accent et de variété 
que ceux de la flûte; malgré sa petitesse, il a beaucoup 
de puissance, et perce au milieu des masses les plus 
formidables. On l'emploie également bien pour les effets 
d'orchestre et pour les solos. La difficulté la plus consi- 
dérable de son jeu consiste dans l'acte de retenir le 
souffle pour adoucir le son, et pour éviter les couacs, qui 
ont lieu quand l'anche seule entre en vibration, sans 
faire sortir le son de l'instrument. Il y a aussi des pré- 
cautions à prendre lorsqu'on joue avec beaucoup de dou- 
ceur, parce que le hautbois peut octavier, c.-à-d. faire 
entendre l'octave aiguë du son qu'on veut produire. Dans 
un orchestre, le hautbois se divise en 1 er et 2 e ; il a pour 
alto le cor anglais et pour basse le basson (V. ces mois . 
La musique qu'il exécute est écrite sur la clef de sol, 11 
est le plus juste des instruments à vent. Quand on em- 
ploie le hautbois comme instrument de solo, les tons les 
plus favorables à son doigté sont ceux d'ut, de fa, de 
de la mineur, de ré mineur, et de mi mineur. Les traits 
rapides sont difficiles dans les tons où il y a beaucoup de 
dièses ou de bémols. 

Le hautbois était déjà en usage en France vers la fin 
du xv e siècle : mais alors c'était un instrument grossier, 
d'un son dur et rauque, et qui n'avait que 8 trous, sans 
clefs. Il dérivait sans doute de l'instrument rustique ap- 



HÀU 



1024 



HËB 



pelé hautbois de Poitou. Son étendue était d'une octave 
et d'une sixte, depuis ut jusqu'à la. On distinguait le 
premier et le second dessus de hautbois. La haute-contre 
de hautbois ou hautbois d'amour descendait une tierce 
mineure plus bas que le dessus, et renfermait l'échelle 
depuis la jusqu'à fa. La taille de hautbois sonnait une 
quinte plus bas que le dessus : sa longueur était de m ,85 
environ, et son étendue de fa (au-dessous du sol grave 
du violon) jusqu'à ut. La basse de hautbois, longue de 
5 pieds environ, était percée de onze trous, dont quatre 
se bouchaient avec des clefs, et se jouait avec un bocal 
en cuivre courbé, comme le basson ; le son le plus grave 
était le fa grave de la voix de basse. Le fagot et le cerve- 
las {V. ces mots) se rapportaient à la basse de hautbois. 
Le hautbois de forêt (en italien oboe piccolo), qui existe 
encore aujourd'hui, mais qu'on n'admet plus dans l'or- 
chestre, sonne l'octave aiguë du hautbois moderne. Le 
premier hautboïste habile que mentionne l'histoire de la 
musique est Filidori, de Sienne, fort applaudi à la cour 
de Louis XIII. Ce prince, entendant, quelques années 
après, le Français Danican sur le môme instrument, s'é- 
cria : « J'ai retrouvé un autre Philidor. » Telle est l'origine 
du nom de Philidor que prirent les Danican, musiciens 
distingués. Les Besozzi, originaires de Parme, perfection- 
nèrent la fabrication du hautbois, et se produisirent avec 
grand succès comme exécutants en Italie, en Allemagne et 
en France, sans rencontrer d'autre rival sérieux qu'un 
Allemand nommé Fischer. L'un d'eux, Jérôme Besozzi , 
qui entra au service de Louis XV en 17t>9, fonda une 
école, d'où sortirent Garnier, Michel, et Sallantin. A cette 
époque, un luthier de Paris, Délasse, fabriqua des haut- 
bois que l'on recherche encore aujourd'hui, malgré les 
additions de clefs que l'on a faites pour ajouter à la jus- 
tesse de l'instrument et dont le nombre s'est élevé jus- 
qu'à 1-4. De nos jours, Vogt, Brod, Gilles, Verroust aîné, 
Triebert , ont brillamment représenté l'école française 
de hautbois , et Sellner l'école allemande. L'Espagne a 
produit, de nos jours aussi, un hautboïste distingué, Soler, 
— Il existe des Méthodes pour le hautbois par Schickart , 
Amsterdam, 1730; par Vanderhagen et par Garnier, 
Paris, 1798 et 1800; par Sellner, Vienne, 1824; par Châ- 
lon, Paris, 182G; par Brod, ibid., 1828, etc. B. 

hautbois (Jeu de), un des jeux d'anche de l'orgue. C'est 
un jeu de forme conique, fait en étain fin, et qui sonne 
à l'unisson des dessus de trompette. Il se place au récit 
et au positif, et il en a toute l'étendue ; son harmonie est 
gracieuse, et imite assez bien l'instrument dont il porte 
le nom. ' F. C. 

HAUT-BORD. V. Bord. 

HAUT DE CASSE. V. Casse. 

HAUT-DE-CHAUSSES. V. Chausses, dans notre Dic- 
tionnaire de Biographie et d'Histoire. 

IIAUTECOMBE, ancienne abbaye de l'ordre de Citeaux, 
sur la rive occidentale du lac du Bourget, en Savoie. Elle 
fut fondée en 1125 par Amôdée III, comte de Savoie, pour 
servir de lieu de sépulture aux membres de sa famille. 
Fort maltraitée pendant la guerre de la succession d'Au- 
triche et à l'époque de la Révolution française, elle a été 
reconstruite en style gothique, en 1824, par ordre de 
Charles-Félix, roi de Sardaîgne; les tombes ont été au- 
tant que possible restaurées. 

HAUTE-CONTRE, la plus aiguë des voix d'homme, 
plus élevée que celle du ténor, et ainsi appelée par oppo- 
sition à la basse-contre ( V. Basse). Les voix de haute- 
contre, très-rares aujourd'hui, se trouvaient principale- 
ment dans le midi de la France, étaient cultivées dans les 
maîtrises des cathédrales, et exécutaient la partie d'a//o 
(V. ce mot). Cette partie est trop basse pour la voix de 
contralto, et trop élevée pour celle de ténor; aussi l'exé- 
cution de la musique écrite pour la haute-contre présente 
maintenant des difficultés presque insurmontables. 

haute-contre, ancien instrument de musique, variété 
de la viole (V. ce mot ). 

HALTE COUR DE JUSTICE, tribunal dont l'institution 
remonte à la Révolution françaises ( V. notre Diction- 
naire de Biographie ut d'Histoire, page 692, col. 2), et 
qui est chargé déjuger les crimes politiques et les atten- 
de l'État. Conservé par la Constitution 
de 1852, il a reçu quelques modifications par le sénatus- 
consulte organique du 13 juillet de la même année. Les 
juges, pris parmi les membres de la Cour de cassation, 
forment uni; (Chambre de mise en accusation et une 
Chambre de jugement, toutes deux composées de 5 juges 
et il'- 2 suppléants. Le jury se compose de 30 membres 
des Coi' léraux. La liante cour ne peut être saisie 

que par un décret de l'Empereur. 



HAUTE-LISSE. F. Lisse. 

HAUTE POLICE. V. Surveillance. 

HAUT-RELIEF. V. Bas-rei.ief. 

HAUTS-FONDS. V. Bas-fonds. 

HAVAGE. i V. ces mots dans notre Dictionnaire de 

HAVET. \ Biographie et d'Histoire. 

HAVRE (du celtique aber, ou de l'allemand hafen), norti 
qu'on donnait anciennement à tout port de mer, naturel 
ou creusé par les hommes, et qui ne s'applique plus qu'à 
certains ports situés à l'embouchure d'une rivière. Un 
havre naturel s'appelle crique. 

HAVRE-SAC, de l'allemand hafersack, sac à avoine, sac 
à provisions. Les soldats ont de tout temps porté avec 
eux une besace ou un sac, où étaient renfermés leurs vê- 
tements et leurs vivres. Jusqu'au temps de Turenne, ce 
sac fut appelé canapsa (de l'allemand knapp-sack), et se 
porta en gibecière sur le côté. Sous le ministre Choiseul, 
la peau garnie de poils remplaça la toile pour les sacs de 
l'infanterie. Le ministre Saint-Germain fit prendre, au 
lieu de la simple courroie, une bretelle double pour les 
porter. Gouvion Saint-Cyr autorisa , à l'instar des An- 
glais, le havre-sac en toile cirée, qui ne plut pas à l'ar- 
mée. La garde royale delà Restauration transforma, par 
une addition de planchettes, le sac en une espèce de 
petite malle quadrangulaire méplate, dont l'usage est 
resté général. 

HEAUME. V. ce mot dans notre Dictionnaire de Bio- 
graphie et d'Histoire. 

HEBDOMADIER (du grec hebdomas, semaine), nom 
donné, dans un couvent ou dans un chapitre de cha- 
noines, à celui qui est de semaine pour dire les oraisons 
de l'office et y présider. 

HÉBERGE. V. Mitoyenneté. 

HÉBRAÏQUE (Art). — I. Architecture. Il est à peu près 
impossible d'apprécier les caractères et les vicissitudes 
de l'art de bâtir chez les Hébreux, leurs monuments 
ayant été complètement détruits, et les détails que donne 
la Bible sur diverses constructions ne suffisant pas tou- 
jours pour s'en former une idée précise. L'Arche d'al- 
liance, le Tabernacle, le célèbre Temple de Salomon (V. 
ces mots), les divers palais élevés par ce prince, ne peu- 
vent être aujourd'hui connus que par les descriptions 
des livres saints. Certains écrivains ont pensé que la civi- 
lisation hébraïque ne fut qu'un pâle reflet de la civilisa- 
tion des Égyptiens, et qu'en matière de beaux-arts les 
Juifs se bornèrent à imiter leurs voisins. Il est cependant 
naturel de penser qu'ils communiquèrent à leurs édi- 
fices publics un caractère spécial, en rapport avec leurs 
croyances et avec leurs mœurs. A propos de la descrip- 
tion du Temple, Millin a exprimé l'opinion que la dispo- 
sition de l'ensemble , la construction pyramidale des 
murs, l'espèce de grande porte, qui précédait la façade 
antérieure, étaient imitées des Égyptiens, tandis que la 
toiture en bois et les lambris également en bois dont 
l'intérieur était entièrement revêtu rappelaient plutôt 
l'architecture phénicienne, ainsi que les colonnes en bois 
du palais d'été de Salomon ; que, dans les ornements, les 
Hébreux avaient montré le, même goût de la magnifi- 
cence qui caractérisait les Égyptiens et les Phéniciens. 
V. De Saulcy, Histoire de l'art judaïque , Paris, 1858, 
in-8". 

IL Sculpture. — On voit dans l'Écriture que la sculp- 
ture et la ciselure étaient cultivées très-anciennement par 
les Hébreux. Rachel emporte les petites idoles de son 
père Laban ; les Hébreux dans le désert fondent un Veau 
d'or; des chérubins, des vases, des candélabres en bronze, 
ouvrages de Bézéléel, décorent l'Arche d'alliance. Mais 
la loi de Moïse interdisait toute représentation de Dieu 
sous une image visible. 

III. Peinture. — Il n'y a de traces de la peinture que 
dans le livre d'Ezéchiel (vin, 10; xxm, 14), et encore 
ce livre a-t-il été écrit dans le pays des Chaldéens. 

IV. Musique. — La musique fut le seul 1 art cultivé 
avec quelque succès par les Hébreux; ils en faisaient 
même remonter l'origine avant le déluge, et attribuaient 
l'invention des instruments à un fils de Gain. Mais, bien 
qu'on ait écrit de nombreux ouvrages sur cette matière, 
elle est loin d'être élucidée. Les instruments, par exem- 
ple, dont il est fait mention dans la Bible, ne nous sont 
pas connus parfaitement : au nombre des instruments à 
cordes, on remarque le kirmor et le nébel, et, parmi les 
instruments à vent, Vougab {V. ces mots), sans parler 
des ilûtcs, des trompettes, des tambourins, des cym- 
bales, etc. Un des historiens de, la musique, Forkcl , a 
prétendu que toute la musique des Hébreux consista 
dans une espèce de récitatif monotone, analoguo aux 



HEB 



1025 



I1ÉB 



psalmodies des synagogues et des églises modernes : 
mais , outre que cette assertion est dénuée de preuves , 
on ne voit pas pourquoi la mélodie, qui est chose natu- 
relle, aurait été refusée à un peuple d'une civilisation 
assez avancée ; on ne comprendrait pas l'effet merveilleux 
de la musique sur Saûl en démence, et tout ce que la 
Bible rapporte des chants des prophètes. D'ailleurs, il est 
rapporté que David forma, pour rehausser la splendeur 
du culte, un corps de 4,000 Lévites musiciens, divisés 
en plusieurs chœurs, dont chacun avait un orchestre et 
un personnage dirigeant, chargé aussi de chanter ou de 
jouer les solos. Ajoutons, toutefois, que la simplicité des 
chants et des instruments chez tous les peuples de l'an- 
tiquité, et spécialement l'absence de toute écriture musi- 
cale chez les Hébreux, ne permettent pas de supposer 
rien d'analogue à ce que les modernes appellent l'har- 
monie. V. Ugolino, Thésaurus antiquitatum sacrarum, 
t. XXXII, où se trouvent une quarantaine de traités spé- 
ciaux sur la musique et les instruments des Hébreux ; 
Forkel, Histoire de la musique, chap. "m; Pfeiffer, Sur 
la musique des anciens Hébreux, en allem., 1779; Con- 
tant de la Molette, Essai sur la poésie et la musique des 
Hébreux, Paris, 1781 ; des Dissertations de Saalschûtz , 
Berlin, 1829, et de P.-J. Schneider, Bonn, 1834, etc. B. 

hébraïque (Langue), une des langues sémitiques {V. ce 
mot), celle qui est arrivée la première à son complet dé- 
veloppement, puisqu'elle possédait déjà une littérature 
lorsque les autres étaient encore dans l'enfance. Ce phé- 
nomène n'autorise pas cependant à la regarder, avec 
quelques hébraïsants , comme la langue mère univer- 
selle, ni comme la plus ancienne des langues, encore 
moins comme celle qui aurait été parlée dans le Paradis 
terrestre. L'hébreu tient le milieu entre les idiomes ara 
méens et l'arabe : s'il se rapproche des premiers par ses 
racines, il a plus d'analogie avec le second pour la ri- 
chesse des formes grammaticales ; les radicaux hébraï- 
ques se rapprochent davantage par leurs voyelles des 
radicaux araméens correspondants, mais ils sont plus ana- 
logues aux termes arabes par leurs consonnes. 

Selon la plupart des hébraïsants , les racines hébraï- 
ques se composent, en général, de trois lettres et de deux 
syllabes, et il n'y aurait qu'un petit nombre de mots 
monosylial iques trilittères et de mots bilittères. Si ce 
caractère polysyllabique des racines était réel, il serait 
une exception à la règle qu'on observe partout ailleurs : 
la difficulté de ramener aujourd'hui les mots hébreux à 
des radicaux monosyllabiques est l'indice que la langue, 
à l'état où nous la connaissons, s'était déjà éloignée de 
sa forme primitive. Le nombre des racines trilittères est 
de 2,000 environ ; celui des radicaux bilittères auxquels 
Neumann croyait pouvoir rigoureusement les réduire 
serait à peine de cinq cents. Rumelin, à l'aide de la trans- 
position et de la permutation des lettres, réduisit à quinze 
racines tous les mots hébreux. Il y a en hébreu deux 
genres, le masculin et le féminin, et trois nombres, le 
singulier, le pluriel et le duel : ce dernier ne s'emploie 
que pour désigner des objets qui sont doubles par leur 
nature. On reconnaît le genre, tantôt à la signification , 
tantôt à la désinence des mots. Dans chaque genre le 
pluriel se forme d'une manière particulière. Les substan- 
tifs ne se déclinent pas ; les cas sont indiqués par l'article 
sous forme de préfixe , et par des prépositions insépa- 
rables. Il n'y a ni augmentatifs, ni diminutifs : on sup- 
plée aux premiers par certaines locutions, telles que le 
saint des saints, le cantique des cantiques. Lorsque deux 
substantifs qui se suivent expriment un rapport de pos- 
session, c'est le mot régissant seul qui affecte une forme 
spéciale; il rejette, en outre, l'article préfixe : on a donné 
à cette construction le nom d'état construit. Ainsi, dans 
debar Elohim (parole de Dieu), c'est le mot dabar (pa- 
role) qui a subi une modification. Si les deux substantifs 
qui se trouvent à l'état construit n'expriment qu'une 
seule idée, l'article, s'il doit y en avoir un, se met devant 
le mot complémentaire ; ainsi l'on dit ange du Dieu pour 
l'ange de Dieu, hommes de la guerre pour les hommes de 
guerre. — A la place des adjectifs, qui sont en petit nombre, 
on emploie des substantifs, et les deux noms se mettent à 
l'état construit : homme de Dieu pour homme vertueux, 
fds déperdition pour homme perdu. L'hébreu ne possède 
pas d'adjectifs dérivés de substantifs, comme sont nos 
mots divin, humain, lerrestre. Le comparatif se forme au 
moyen de préfixes, et le superlatif absolu par la répétition 
du même mot : très-saint se dit saint, saint, saint. Tan- 
tôt les adjectifs déterminatifs et les pronoms sont séparés, 
tantôt ils se présentent sous la forme d'affixes et de suf- 
fixes : ils s'ajoutent comme suffixes aux substantifs, aux 



prépositions, et aux verbes employés au parfait, et comme 
préfixes au futur. — Les noms de nombre placés après le 
substantif se mettent au singulier; les noms placés aprè ; 
les dizaines à partir de la seconde rejettent la marque du 
pluriel. Il y a même des substantifs qui, exprimant une 
mesure, comme jour, homme, armée, restent invariable-, 
— Le verbe admet, aux 2 e et 3 e personnes, la distinction 
des genres. Il n'y a que deux temps : le prétérit, qui sert 
pour l'imparfait, le parfait, le plus-que-parfait et même 
le présent; et le futur, qui répond tantôt au futur simple, 
tantôt au futur antérieur, tantôt encore au présent. Par 
l'adjonction d'une lettre préfixe, le futur se convertit en 
prétérit; au moyen de certains retranchements et de cer- 
taines additions à la finale de ce temps, il acquiert la 
valeur du subjonctif, du conditionnel et de l'optatif. L'iir - 
pératif n'a que la 2 e personne. L'infinitif et le participe 
peuvent être considérés comme de véritables noms. Ce 
n'est ni par l'infinitif comme les Latins, ni par la l re per- 
sonne du présent comme les Grecs, que les Hébreux 
nomment un verbe, mais par la 3 e personne du prétéri*, 
dans laquelle ils voient la racine verbale à l'état le plus 
pur. L'hébreu n'a qu'une conjugaison : mais le verbe est 
susceptible de revêtir sept formes ou voix, qui modifie; t 
le sens primitif par l'idée de circonstances nouvelles, i 
expriment un sens passif, un sens causatif, un sens fré- 
quentatif, etc. A l'aide de ces verbes dérivés, la conju- 
gaison acquiert une certaine richesse. — Les adverbes ■ ; 
les prépositions, dont le nombre est fort restreint, peu- 
vent, dans certains cas, prendre les signes des genres, ei 
être traités comme de véritables noms. 

La plupart des règles de la syntaxe hébraïque sont 
conformes à celles des autres langues ; la construction est 
directe, et ne présente aucune difficulté. Seulement la 
confusion des temps des verbes, ie peu de distinction qui 
existe entre les manières do parler conditionnelles et Ii ■ 
manières absolues, entre les propositions secondaires • : 
les propositions principales, la facilité avec laquelle o i 
passe du singulier au pluriel, du masculin au féminin, 
ôtent au style la précision désirable. 

La Palestine avait trop peu d'étendue pour que plu - 
sieurs dialectes pussent s'y former. On sait seul cm e 
qu'il y avait, d'un lieu à l'autre, des différences de pro- 
nonciation : ainsi, les habitants du royaume d'Israël, 
notamment les Galiléens, altéraient les consonnes guttu- 
rales, et, dans la tribu d'Éphraim, on changeait l'ar- 
ticulation chuintante en sifflante. On peut distinguer 
dans l'histoire de la langue hébraïque deux périodes : 
la première, qu'on appelle l'âge d'or, s'étend depuis 
l'origine de la langue jusqu'à la captivité de Babylone : 
la seconde, ou âge d'argent, qui commence à la captivité 
et finit à l'époque des Macchabées, se distingue par'les 
nombreux emprunts que les écrivains font au dialecte 
chaldéen, auquel les Juifs, pendant leur séjour à Bab^ - 
lone, s'habituèrent avec d'autant plus de facilité qu'il 
avait une grande affinité avec la langue hébraïque. Ils 
continuèrent à le parler après leur retour, et, de la langue 
parlée, il passa insensiblement dans la langue écrite, où, 
vers l'avènement de J.-C, il avait à peu près remplacé 
l'ancien hébreu. Après la dynastie asmonéenne, la langue 
hébraïque pure devint une langue morte, et le dialecte 
hébreu-chaldéen ou syro-chaldéen fut seul employé. Pa- 
rallèlement à ce dialecte s'était développé, depuis le 
vu e siècle av. J.-C, l'idiome samaritain (V. ce mot). Un 
hébreu moderne, dit rabbinique. s'est formé depuis le 
x' siècle de l'ère chrétienne chez les Juifs de l'Espagne : 
tout en affectant de se rapprocher de l'ancien hébreu par 
sa structure générale, il conserva les formes chaldaïques, 
et, de plus, emprunta à l'arabe, au grec, au latin, et aux 
langues des pays où s'étaient réfugiés les restes du 
peuple de Dieu, un grand nombre d'expressions. Les 
Juifs modernes, surtout en Allemagne, ont conservé îe 
rabbinique comme langue scientifique: quant à Fanci a 
hébreu, qui est la langue liturgique, ils ne le compren- 
nent généralement guère mieux que les catholiques de 
tous pays ne comprennent le latin. 

Parmi les ouvrages très-nombreux qui ont été publiés 
sur la langue hébraïque, nous citerons : J. # Reuchlin, De 
rudimentis hebraicis libri III, Tu! incrae, 1506, in-fol. ; 
Buxtorf, Tliesaurus grammaticus linguœ sanctœ, Bàle, 
1609, in-8°; Bellarmin, Institutiones linguœ hebraïcœ, 
Rome, 1622,in-8°; Louis de Dieu, Grammatica linguam 
Ilebrœorum, Chaldœorum et Syrorum inter se collât, - 
rum, Leyde, 1628; Hottinger, Grammatica quatuor li •- 
guarum, hebraïca, chaldaïca, syriaca cl arabica, harmo- 
nica, Heidelbcrg, 1658; Guarin. Grammatica hch 
et chaldaïca, Paris, 1724, in-4"; Ma^clcf, Grammatha 

6b' 



II EB 



102G 



II ÉB 



h ibraïca, Paris, 1731, in-12; Schultens, Institutiones ad 
fundamenta linguœ hebrœœ , Leyde, 1737, in-4° ; Mi- 
chaëlis, Grammaire hébraïque, en allem., Halle, 1745; 
Schrœder, Institutiones ad fundamenta linguœ hebraïcœ 
rectè cognoscendœ , Groningue, 1706, in-8°; Robertson, 
Grammatica hebraica, 2 e édit., Edimbourg, 1783; WU- 
son, Éléments de la Grammaire hébraïque, en anglais, 
- édit., 1788; Vater, Grammaire hébraïque, en alle- 
mand, Leipzig, 1798, in-8°; Fabre d'Olivet, la Langue 
hébraïque restituée, Paris, 1810, in-4°; Gesenius, Gram- 
maire critique de la langue hébraïque, en allem., Leipzig, 
1817, in-8°; Volney, l Hébreu simplifié par la méthode 
alphabétique, Paris, 1820; Cohen, Cours de lecture hé- 
braïque, 1824, in-8°; Ewald, Grammaire critique de la 
langue hébraïque, en allem., Leipzig, 1827, in-8"; Glaire, 
Principes de grammaire hébraïque et chaldaïque, Paris, 
1832, in-8°; Sarchi, Grammaire hébraïque raisonnée, 
Paris, 1844, in-8°; Latouche, Etudes hébraïques, Paris, 
1836, 3 vol. in-8° ; E. Slaughter et J. Michaelis , Gram- 
matica hebraica, édition donnée par V. Castellini, 
1><j1, in-8°; — Pagninus, Thésaurus linguce sunclœ , 
Lyon, 1577, in-fol.; Forster, Dictionarium hebraicnm , 
Bàle, 1557, in-fol.; Buxtorf, Lcxicon hebraïcum et chal- 
daïcum, Baie, 1631, in-8", et Lexicon chaldaïcum , thal- 
mudicum et rabbinicum, 1039, in-8"; J. Cocceji, Lexicon 
hebraïcum, 1 009 ; G. Robertson, Thesauruslinguœ sanctœ, 
Londres, 1080, in-4°; Thomassin, Glossarium universale 
hebraïcum, Paris, 1097, in-fol.; Bouget, Lexicon he- 
braïcum et chaldaico-biblicum , Rome, 1737, in-fol.; 
Guarin, Lexicon hebraïcum et chaldaico-biblicum, Paris, 
1740,2 vol. in-i 1 ; J. Simonis, Lexicon manuale hebrœwu 
et chaldœum, Hall, 1752, in-8"; Michaelis, Supplementa 
ad lexica hebraica, Gœttingue, 1702, 6 vol. in-4°;Din- 
dorf, Novum lexicon linguœ hebraïco-chaldaïcœ, Leipzig, 
1802, 2 vol. in-8"; Gesenius, Tliesaurus philologicus el 
criticus linguœ hebraïcœ, Leipzig, 1829, in-4° ; Glaire, 
Lexicon manuale hebraïcum et chaldaïcum, Paris, 1830, 
in-8°; Latouche, Dictionnaire hébraïque raisonné, Ren- 
nes, 1845; — Postel, De originibus scu de hebraïcœ lin- 
guce antiquitate, Paris, 1538, in-4°; Bertram, Parallèle 
la langue hébraïque et de la langue araméenne, en 
latin, Genève, 1574, in-8°; Loescher, Décousis linguœ 
iiebrœœ, Francfort, 1700, in-4°; Hauptmann, Historia 
linptiœ hebrœœ, Leipzig, 1750, in-8"; Clemm, Histoire 
critique de la langue hébraïque, en allem., Heidelberg, 
1754, in-8°; Hezcl, Histoire de la langue et de la litté- 
rature hébraïques, en allemand, Halle, 1770; Gesenius, 
Histoire de la langue et de la littérature hébraïques, en 
allem., Leipzig, 1815; Blogg, Histoire de la langue et de 
la littérature hébraïques, en allemand, Hanovre, 1820, 
in-4°. , H. 

hébraïque (Écriture). Les Hébreux ont eu deux formes 
d'écriture, l'une dite carrée ou chaldéenne, et l'autre 
bris'ée ou samaritaine. Les hébraïsants ne sont pas d'ac- 
cord sur la question de savoir quelle est la plus ancienne; 
quelques-uns supposent qu'elles existèrent simultané- 
ment dans tous les temps, et furent employées, la pre- 
mière pour la transcription des livres saints et les usages 
religieux, la seconde pour les usages profanes, la corres- 
pondance et les affaires. La qualification do chaldéen 
donnée au caractère carré' semble indiquer son origine 
étrangère; il aura été importé en Palestine au retour do 
la captivité de Babylone. D'un autre coté, l'identité pres- 
que complète de l'alphabet samaritain avec le phénicien 
est une forte présomption de son antiquité. Il y a encore 
une écriture ronde ou rabbinique; elle est comparative- 
ment toute moderne. — Sous chacune de ses formes, 
l'alphabet hébraïque contient 22 lettres. Selon Buxtorf, 
elles seraient toutes consonnes; Masclef y distingue, au 
contraire, voyelles, dont 4 brèves et 2 longues. D'autres 
n'admettent que 3 lettres faisant fonctions de voyelles, 
a, i, u; les voyelles e et o ne sont, comme en grec, en 
latin et dans les langues qui en dérivent, que des sons in- 
termédiaires, des diphthongues qui résultent de la com- 
binaison de deux voyelles (ai, é, de a et i; au, o, de a et 
u . Aussi a-t-on appelé les trois voyelles maires lectio- 
nis, « les mères, ou les bases de la lecture. » Riais ces 
voyelles mémos ne sont autre chose que des consonnes 
faibles, qu'on n'employait comme voyelles que pour les 
sons graves et longs; les brèves étaient omises, et le lec- 
teur dut y suppléer. De là les nombreuse interprétations 
auxquelles a donné lieu le texte sacré : car un même mol 
rhange de sens en changeant do voyelle. Souvent aussi 
le sens du mot dépend de l'accent tonique. On comprend 
combien une pareille écriture dut être imparfaite et 
équivoque. Néanmoins, on ne se servit pas d'autres 



voyelles ni d'autres signes phoniques pendant tout le 
temps où l'idiome hébraïque fut une langue vivante ; avec 
cette différence, pourtant, que les derniers écrivains mi- 
rent fréquemment la voyelle dans les mots où elle avait 
été omise antérieurement. L'habitude et la connaissance 
delà langue, ainsi que cela se pratique encore de nos jours 
chez les Arabes et les Perses, suppléaient au défaut de la 
vocalisation. Mais, à mesure que l'hébreu devenait langue 
morte, la véritable prononciation disparaissait : aussi 
fut-on obligé, pour remédier à cet inconvénient, d'in- 
venter des points diacritiques et des point s -voyelles. 
Suivant Elias Lévita, cette innovation ne date que du 
vi e ou VII e siècle après J.-C. Une foule de modifications, 
telles que celles de nombre, de genre, de temps, etc., ne 
sont indiquées que par les points-voyelles. Ces points se 
placent presque tous en dessus ou en dessous de la ligne 
d'écriture : ils représentent dix voyelles différentes, cinq 
longues et cinq brèves. Les points diacritiques servent à 
modifier la valeur de la consonne à laquelle ils sont atta- 
chés, par exemple, à la faire redoubler dans la pronon- 
ciation, à faire disparaître l'aspiration, etc. A la même 
époque on inventa les signes de ponctuation et les ac- 
cents. Les Juifs ont cependant conservé par tradition 
l'antique coutume; le Penlateuque écrit sur du parche- 
min et dont ils se servent pour leur service religieux est 
dépourvu de tout signe qui facilite la lecture. V. Van Hel- 
mont, Alphabeti vere naturalis hebraïci brevissima de- 
Uneatio, Sulzbach, 1607; Samuel Bochart, Dissertation 
sur l'affinité des caractères samaritains avec les G)'ecs, 
en latin, dans ses OEuvres, Leyde, 1075, in-fol. H. 

hébraïque (Littérature). Tous les monuments de l'an- 
cienne littérature hébraïque qui sont parvenus jusqu'à 
nous forment le recueil connu sous le nom de Bible 
(V. ce mot). Ils sont de différents genres, et souvent 
môme, dans un seul écrit, on trouve mêlées l'histoire, 
l'éloquence et la poésie. 

Les ouvrages historiques de la Bible sont : le Penla- 
teuque, qui contient l'histoire de la création , des pre- 
mières générations humaines, et du peuple juif jusqu'à 
scni entrée dans la Terre promise; lelivredc/oiwe; le livre 
des Juges, qui prend le récit historique à la mort de Jo- 
sué et le continue jusqu'à celle de Samson; les 4 livres 
des Bois, commençant à la naissance du grand-prètre 
Samuel et se terminant à la destruction du royaume de 
Juda; les 2 livres des Chroniques ou des Paralipo- 
mènes, qui reprennent la généalogie de la nation juive à 
partir d'Adam, répètent sous une forme très-abrégée la 
partie historique des livres précédents, et finissent à 
l'édit de Cyrus en faveur des Juifs; les livres d'Esdras, 
qui commencent au retour de la captivité de Babylone, et 
renferment un espace de 113 ans. La série des livres con- 
sacrés à l'histoire nationale est ensuite interrompue par 
des récits épisodiques; ce sont les livres de Judith, de 
Tobie, de Jonas, (ïEsther, de Daniel. Enfin les livres 
des Macchabées contiennent l'histoire des Juifs depuis 
Alexandre le Grand jusqu'à Antiochus Nicanor. 

On trouve dans le Penlateuque deux morceaux poéti- 
ques, les Cantiques de Moïse au chap. xv de VExode et 
au chap. xxxu du Deutéronome. A la poésie appartiennent 
aussi le Cantique de Débora (Juges, chap. v), le livre de 
Job, les Psaumes de David, les Proverbes, VEcclésiaste, 
la Sagesse, l'Ecclésiastique, le Cantique des cantiques, 
les discours des prophètes, particulièrement d'Isaie , et 
les Lamentations de Jérémie. C'est avec ces diverses 
parties de la Bible qu'on se fait la plus juste idée du 
génie hébraïque. Plus exempt qu'aucun autre de toute 
influence étrangère, il s'y montre dans son originalité, 
propre. Tout, chez les poètes hébreux, s'anime de bril- 
lâmes images et de hardies métaphores, et nul style ne 
présente un caractère plus pittoresque; l'expression, à la 
fois simple et noble, revêt une incroyable majesté, et la 
pensée s'élève à de sublimes hauteurs. Mais on peut re- 
procher aux écrivains de la Bible de manquer souvent 
d'ordre et de méthode, et de tomber des plus nobles con- 
ceptions aux détails les plus vulgaires. 

Plusieurs écrits des anciens Hébreux ont été perdus. 
Le livre des Nombres (chip, xxi, v. 14) mentionne un 
Livre des guerres île Jéhovah, c.-à-d. des guerres que le 
peuple de Dieu eut à soutenir dans le désert. Celui de 
Josué (ch. x, v. 13) parle d'un Livre du juste ou des hé- 
ros, que l'on croit avoir été un antique recueil de chants 
nationaux. Les livres des Rois se réfèrent souvent à des 
Annales des rois de Juda et d'Israël. Divers écrits scien- 
tifiques, que nous n'avons plus, étaient attribués à Sa- 
lomon. 

Indépendamment de la Cible, les Juifs possèdent un 



IIÉB 



1027 



II EL 



Code de droit civil et religieux, qui est pour eux la suite 
et le complément; c'est le Talmud ( V. ce mot dans notre 
Dictionnaire de Biographie et d'Histoire). Ils ont aussi, 
sous le nom de Targums , diverses paraphrases chal- 
daïqucs de l'Ancien Testament. Au vi e siècle de notre 
ère parut, sous le nom de Massora (tradition), un tra- 
vail critique sur le texte de la Bible, destiné à fixer ce 
texte d"après les manuscrits les plus authentiques, à arrê- 
ter l'orthographe de la langue, et indiquant un certain 
nombre de variantes remarquables. 

Il y eut en Occident, pendant le moyen âge, une litté- 
rature rabbinique, qui fait suite à celle des anciens Hé- 
breux, et dont l'Espagne fut le principal centre. Brillante 
surtout au xn e siècle, elle produisit le voyageur Benjamin 
de Tudèle, le philologue Aben-Esra, le grammairien lexi- 
cographe David Kimkhi, et le philosophe Maimonide. Au 
xm [ siècle appartient le poète Charizi ; au xv e , Abraham 
Zachat, de Séville, publia le Juchazin (Livre des familles), 
espèce d'Histoire universelle. Les rabbins espagnols ces- 
sèrent leurs travaux à partir du règne de Ferdinand le 
Catholique, et trouvèrent ailleurs peu de continuateurs. 
C'est seulement dans la 2 e moitié du xvm c siècle que 
deux rabbins allemands, Mendelssohn etHartwig Werely, 
firent renaître chez leurs coreligionnaires le goût de la 
littérature hébraïque. 

V. Lowth, Prœlectiones academicœ de sacra poesi He- 
brœorum, Oxford, 1732, in-4° ; Aurivillius, De poesi bi- 
blirâ, Dpsal, 1758; Herder, Leçons sur la poésie des 
Hébreux; Delitsch, Histoire de la poésie judaïque, depuis 
la clôture du canon des Saintes Ecritures jusqu' ànos 
jours, Leipzig, 183G; Wenrich, De poeseos hebraicœ at- 
que arabicœ origine, indole, consensu atque discrimine, 
Leipzig , 1843, in-8° ; Beugnot, Les Juifs d'Occident, 
Paris, 1824; Kayserling, Mémoires pour servir à la lit- 
térature et à l'histoire des Juifs portugais, en allem., 
Leipzig, 1859. B. 

hébraïque (Versification). Selon Josèpbe, les cantiques 
de Moïse, au 15 e chap. de YExode et au 32 e du Deutèro- 
nome, seraient en hexamètres, et certains Psaumes de 
David en pentamètres et en trimètres. Contrairement à 
ce témoignage, les rabbins pensent que la poésie hébraï- 
que n'a jamais eu de mètre fixe, et il est, en effet, difficile 
d'en reconnaître aucun : on ne voit pas de vers mesurés 
par le nombre des syllabes ou par la quantité prosodique. 
Ce qui distingue la poésie, c'est d'abord un rhythme ré- 
sultant d'une certaine symétrie entre les membres de la 
phrase, et du parallélisme des idées entre les deux par- 
ties delà stance ou du verset; ce sont ensuite certaines 
formes du langage, les mots prenant des acceptions et les 
phrases recevant des constructions spéciales. Le D r Lowth 
distingue trois espèces de parallélisme, le synonyme, 
V antithétique et le synthétique. Dans le parallélisme syno- 
nyme, les mots correspondants des deux membres sont 
synonymes, ou renferment des idées analogues : 

Ma doctrine distillera comme la pluie, 
Ma parole dégouttera comme la rosée ; 
Comme l'averse sur la verdure, 
Comme la giboulée sur l'herbe. 

(Deutironome, 32, 2.) 

Dans le parallélisme antithétique, les mots correspon- 
dants offrent un sens opposé : 

Les coups de l'ami sont fidèles , 

Les baisers de l'ennemi sont perfides. 

{Proverbes, 27, 6. ) 

Le parallélisme synthétique n'offre qu'une simple ana- 
logie dans l'ordre des mots et dans les idées; les mots ne 
sont ni analogues ni opposés les uns aux autres, et l'idée 
exprimée dans le premier membre est continuée dans le 
second et complétée par un nouveau trait : 

La loi de Jéhova est parfaite, 

Récréant l'âme; 
L'avertissement de Jéhova est fidèle , 

Rendant sage le simple. 

[Psaumes, 10, 8 et suiv.) 

HÉBREUX (Monnaies des). Elles ne furent, dans l'ori- 
gine, que des morceaux d'argent d'un poids déterminé, 
marqués d'un signe généralement reconnu dans le com- 
merce {Genèse, xxm, 10) : les anciens livres de la Bible 
ne parlent pas de monnaies proprement dites. Il y avait 
des pièces d'un sicle (poids de 274 grains), des demi- 
sicles, des quarts de sicle. Le sicle en monnaie pouvait 
valoir environ 3 fr. 10 c. Ce fut seulement à l'époque des 



Macchabées que les Hébreux frappèrent des monnaies 
réelles : les légendes des sicles furent tracées en carac- 
tères samaritains. Plus tard, les princes de la famille 
d'Hérode frappèrent des espèces bilingues, à la fois grec- 
ques et hébraïques. De nombreuses pièces d'argent et de 
bronze sont parvenues jusqu'à nous, mais on n'en a au- 
cune d'or. Le monnayage cessa lors de la destruction de 
Jérusalem par Titus. Les monnaies hébraïques n'offrent 
aucune représentation de la figure humaine, proscrite par 
la loi de Moïse; on y voit la jusquiame, qui faisait partie 
des ornements de la couronne du grand prêtre, la verge 
d'Aaron, le vase où la manne fut recueillie, des épis de 
blé, emblèmes de la religion juive, la vigne, souvenir de 
la fertilité de la terre promise, ou encore le Temple et 
l'Arche d'alliance. B. 

HÉCATONSTYLON. V. ce mot dans notre Diction- 
naire de Biographie et d'Histoire. 

HÉDONISME (du grec hêdonê , plaisir), doctrine phi- 
losophique qui considère le plaisir comme le principe de 
l'activité morale, comme le souverain bien. C'est le sys- 
tème de l'école cyrénaïque et de l'épicuréisme ( V. ces 
mots). 

HEDYCOMOS. V. Comos. 

HÉGÉMONIE. ) V. notre Dictionnaire de Biographie 

HÉGIRE. \ et d'Histoire. 

HE1DELBERG (Château de). Ce château, élevé de 104 
met. au-dessus du Neckar, sur une colline appelée le Jet- 
tenbuhl , est un assemblage de constructions de toutes 
sortes, qui l'ont fait surnommer l'Alhambra de l'Alle- 
magne : chaque électeur palatin depuis le xv e siècle vou- 
lut ajouter aux travaux de ses prédécesseurs. Cette col- 
lection de tours et de palais , fort endommagée pendant 
la guerre de Trente Ans, souffrit encore les dévastations 
de Mélac en 1688 et 1093, et le château est resté depuis 
cette époque dans l'état où on le voit aujourd'hui. Quand 
on est entré par la grande porte dans la cour principale, 
on a devant, soi le palais de Frédéric IV (1583-1010), 
dont la façade, surmontée de deux hauts frontons trian- 
gulaires, offre des entablements largement projetés, et, 
entre 4 rangs de fenêtres , les statues finement taillées 
de 9 palatins, de 2 rois, et de 5 empereurs ; à gauche, on 
a le palais gothique de Louis le Barbu, profondément 
troué et crevassé ; à droite, le palais construit sous Othon- 
Henri, de 1555 à 1559, dont la façade exquise, en style 
Renaissance, est garnie de dieux et de demi-dieux grecs, 
de héros hébreux, de chimères et de nymphes, et de Cé- 
sars romains; derrière soi, sous les ogives d'un porche, 
on a 4 colonnes de granit gris, données par le pape à 
Charlemagne, et qui ornèrent d'abord le palais du grand 
empereur à Ingelheim. Toute la cour est obstruée de dé- 
bris de fontaines et de perrons. Le palais de Frédéric IV 
contient le musée Graimberg, amas peu choisi d'anti- 
quités et de tableaux. Sur la partie orientale du château, 
on remarque : la Tour fendue, construite en 1450, et qui 
contenait le magasin à poudre ; la Tour de la biblio- 
thèque, bâtie en 1550, et qui a renfermé la bibliothèque 
palatine du Vatican ; la Tour octogone ou de la cloche, 
bâtie en 1525, incendiée par la foudre en 17G4-. Du côté 
occidental est la Grosse tour, achevée en 1533, et ruinée 
par les Français, bien que ses murs aient une épaisseur 
de 7 met. Dans les caves du château se trouve un fameux 
tonneau, qui présente l'aspect d'un navire sous la cale : 
construit en 1751, il a 11 met. de longueur, 8 met. du 
diamètre, et peut contenir 283,000 bouteilles de vin ; il 
offre à sa partie supérieure une plate-forme , où l'on 
monte par deux escaliers à deux étages. Le château de 
Hcidelberg a une magnifique terrasse et de charmants 
jardins. V. le comte de Graimberg, Guide du voyageur 
aux ruines du château de Heidelberg , 1836. in-fol. ; 
Pfnor et Ramée , Monograpliie du château de Heidel- 
berg , in-fol. B. 

HEIDUQUES. V. notre Dictionnaire de Biographie et 
d'Histoire. 

HELDENBUCH, c.-à-d. Livre des Héros, nom d'une 
collection de poèmes allemands, composés dans le ini e 
ou le xrv c siècle, et dont les sujets, moitié fabuleux, 
moitié historiques, se rapportent aux temps d'Attila et 
de Tbéodoric. La plupart de ces poèmes ont été retra- 
vaillés et tronqués au xv c siècle par Gaspard de Roan , 
dont le texte a servi à toutes les éditions du Heldenbuch ; 
mais la forme primitive a été rétablie dans l'édition don- 
née par Von der Hagen, Berlin, 1820-24, 2 vol. in-4°. 
Le Heldenbuch comprend : les Aïeux de Théodoric et sa 
fuite chez les Huns , poëme qui paraît être un travail de 
seconde main; la Bataille de Bavenne, écrit prétentieux 
et d'un intérêt à peu près nul ; la .Mort d'Alfart, où l'on 



IIEN 



1028 



IIEN 



paraît avoir imité la lutte du fils d'Attila avec Vitigès, 
racontée dans le poëme précédent; Otnit , poëme dans 
lequel on a trouvé de l'analogie avec l'Oberon de Wie- 
land ; Wolfdietrich, tableau de la fidélité mutuelle que 
se devaient les suzerains et les vassaux : le Gnome tau- 
rin, Sigenot, Ecke, la Cour d'Attila à Worms, poëmes 
pleins de trivialité, de fastidieuses redites, et où l'on vit 
dans le monde des géants et des nains ; Théodoric et ses 
compagnons , ouvrage qui, avant d'être écourté par Gas- 
pard de Roan, portait le titre de Combat avec les dra- 
gons; le Jardin des roses, dont l'auteur a visé aux effets 
comiques, et qui est la meilleure production du recueil. 

HELLi'OLE. V. ce mot dans notre Dictionnaire de 
Biographie et, d'Histoire. 

HÉLIAS, 4 e branche du Chevalier au Cygne par la date 
de la composition, mais la l re dans l'ordre des idées. Le 
roi Lothaire épouse la belle Élioxe, qui meurt en donnant 
le jour à sept jumeaux. Chacun d'eux vient au monde 
avec une chaîne d'or au cou. La mère du roi, qu'un ma- 
nuscrit appelle laviedle Matabrune, ordonne de faire 
périr ces enfants. Sept ans plus tard, elle apprend qu'ils 
ont été sauvés , et leur fait enlever leurs chaînes d'or ; 
aussitôt ils sont métamorphosés en cygnes, et vont ha- 
niter dans les jardins de Lothaire. Cependant la fille 
d'Élioxe a conservé sa chaîne d'or, et n'a pas été méta- 
morphosée comme ses frères. Elle raconte à Lothaire ce 
qui est arrivé. Le roi fait chercher les chaînes pour les 
rendre à ses enfants. Une seule avait été fondue par l'or- 
fèvre de Matabrune; un seul des fils de Lothaire conserve 
la forme d'un cygne : Ilélias le place à la proue de son 
vaisseau, d'où lui vient le nom de Chevalier au Cygne. 
La Bibliothèque impériale de Paris possède quatre ma- 
nuscrits de la" chanson d'Hélias. V. Y Histoire lilt. de la 
France, t. XXII. H. D. 

HÉLICES, en termes d'Architecture, la même chose que 
les caulicoles ( V. ce mot). 

HÉLIC01DE. V. Escalier. 

HÉLICON, une des lyres des Anciens, ainsi nommée en 
souvenir des Muses qui habitaient sur le mont Hélicon, 
parce qu'elle avait 9 cordes. 

HÉLIENNE (Monnaie), monnaie des comtes de Péri- 
gord , ainsi appelée du comte Héli au xi e siècle. 

HÉLiOGRAPHIE. V. Photographie. 

HÉLIQPOL1S (Ruines d'). V. Baldeck. 

HELLÉNIQUES , titre donné par Xénophon à l'histoire 
en 7 livres qu'il écrivit pour faire suite à l'ouvrage de 
Thucydide, et qui s'arrête à la bataille de Mantinéc. 

HELLÉNISME, manière de s'exprimer particulière à la 
langue grecque. C'est un hellénisme de faire accorder en 
cas le relatif complément direct d'un verbe actif avec son 
antécédent , lorsque celui-ci est au génitif et au datif. La 
| formule de salutation et d'adieu, kaire, est propre aux 
Grecs. Un des héllénismes les plus remarquables est l'em- 
ploi des particules uiv et oé mises en corrélation. — On 
donne aussi le nom d'héllénismes à certaines tournures 
grecques introduites dans une langue étrangère : telle est 
cette construction latine : Sensit delapsus in hostes, au 
lieu de : se delapsum esse. Racine (Alludie, III, 4), à 
l'exemple du grec, thaumazù ei, a dit également : 

J'admirais si Mathan, dépouillant l'artifice, etc. 

Hellénisme s'appliquait aussi aux fautes de langage que 
faisaient les Grecs lorsqu'ils parlaient latin et qu'ils em- 
ployaient dans cette langue des tours propres à la leur; 
par exemple, il pouvait leur échapper de dire turpium 
est, parce qu'on disait dans leur langue ton aiskrôn 
esti. P. 

HÉMICYCLE (du grec hêmi, demi, et kuklos, cercle), 
construction demi-circulaire. C'est, la forme la meilleure 
que l'on puisse adopter pour placer un grand nombre de 
spectateurs ou d'auditeurs. 

HÉMI-DITON, nom donné, dans la musique des an- 
ciens Grecs, non pas à la moitié du diton ou intervalle 
de tierce majeure, mais à cet intervalle diminué d'un 
demi-ton, à la tierce mineure. 

HKMIOl.IE, navire employé surtout parles anciens 
piratas grecs. La moitié des cotés était libre de rameurs, 
pour former un pont sur lequel on pût combattre. 

HÉMISTICHE, du grec hemi, demi, et stikhos , vers. 
On appelle ainsi en français chacune des deux parties du 
vers alexandrin séparées par le repos de la césure : 

1,0 moment oh Je parle | est déjà loin de moi. 

lîoii.i'Ar, i'.p :',. 

ÏIENDÉCASYLLABE (du grec hendéka onze) , vers de 



onze syl'abes. Dans l'antiquité, on donnait ce nom à trois 
espèces devers : au phaleuce, ùValcalque, et au saphique 
( V. ces mots). Dans les temps modernes, il a été propre 
à la poésie italienne, dont il est le grand vers. Notre vers 
français de dix syllabes, lorsqu'il finit par une rime fémi- 
nine, offre beaucoup de ressemblance avec l'hendécasyl- 
labe italien. — On trouve quelquefois ce vers dans la 
poésie anglaise, mais seulement dans les pièces lyri- 
ques. P. 

HENNIN. V. Coiffure. 

HENRI, monnaie. V. notre Dictionnaire de Biogra- 
phie et d'Histoire. 

HENRIADE (La), poëme de Voltaire, en l'honneur de 
Henri IV, roi de France. Le sujet est le siège de Paris, 
commencé par Henri III, que la Ligue en avait chassé, 
et par Henri de Navarre, et achevé par ce dernier. Le 
lieu de la scène ne s'étend pas plus loin que de Paris à 
Ivry (Eure). Les événements sont : un voyage de Henri 
de Navarre en Angleterre pour demander des secours 
contre la Ligue à la reine Elisabeth; les vicissitudes du 
siège, la détresse des assiégés et leur fanatisme; l'envoi 
par eux d'un dominicain, Jacques Clément, qui vient 
assassiner Henri III dans son camp ; Henri de Navarre 
reconnu roi sous le nom de Henri IV par l'armée, et re- 
poussé par la Ligue parce qu'il est calviniste; enfin Paris 
réduit à toute extrémité, et l'abjuration du roi, qui dé- 
termine enfin les révoltés à se soumettre. — Le poëme 
est en dix chants et en vers alexandrins. Voltaire a 
cherché à jeter de la variété dans cette action, d'abord 
par des récits historiques, qui sont comme l'avant-scène 
de son poëme, et qu'Henri fait à la reine Elisabeth, tels 
que les guerres civiles entre les catholiques et les protes- 
tants, les massacres de la S '-Barthélémy (chants 1, i, 3); 
ensuite par du merveilleux : il fait intervenir, comme 
soutien des ligueurs, la Discorde, qui va chercher la Po- 
litique au Vatican, soulève la Sorbonnc et les Seize contre 
le parlement de Paris (chant 4), et pousse Jacques Clé- 
ment à l'assassinat de Henri III (chant 5) ; S' Louis des- 
cendant du ciel pour arrêter la fureur de Henri IV au 
moment où il va faire brûler l'aris, et le transportant en- 
suite en esprit au ciel, aux enfers, où il lui fait voir, dans 
le palais des Destins, les souverains qui lui succéde- 
ront, et les grands hommes que la France doit produire 
(chants 6, 7). — Les contemporains de Voltaire, surtout 
lors de la première publication de la Henriade, en 1725, 
la saluèrent d'épopée (V. ce mot) ; mais ce poëme est bien 
loin de mériter un aussi beau titre : son plan manque 
d'unité, et l'action de grandeur, d'intérêt, de mouvement; 
le développement des faits n'a pas assez d'ampleur ; les 
caractères sont trop peu variés, les personnages trop peu 
agissants. Il y a de belles descriptions, d'heureux épi- 
sodes, des portraits pleins de vigueur, mais il règne dans 
l'ensemble une froideur qui permet difficilement de 
suivre le poëte sans interruption jusqu'au bout. Point de 
ces tableaux de mœurs locales, point de ces scènes de la 
nature champêtre, qui, dans Homère et dans Virgile, dé- 
lassent le lecteur animé des passions ou ému des dangers 
de leurs personnages : « Il n'y a pas seulement, disait 
plaisamment Delille, d'herbe pour nourrir les chevaux, 
ni d'eau pour les désaltérer. » Voltaire commença la Hen- 
riade à vingt ans, sans savoir, ainsi qu'il le dit lui-même, 
ce que c'était qu'un poëme épique. Quant au sujet, il 
était mal choisi : l'époque de la Ligue, trop récente pour 
avoir la perspective et le lointain poétique, était aussi 
trop connue, avec ses intrigues et son fanatisme grossier, 
avec le cynisme de ses mœurs, pour qu'on y pût aisément 
trouver des tableaux épiques. Au fond, la Henriade n'est 
qu'une thèse morale contre le fanatisme et en faveur de 
la tolérance. Le véritable merveilleux île l'épopée ne pou- 
vait y trouver place. Le christianisme admet, que les 
anges et les démons, substances incorporelles, ont quel- 
quefois revêtu des formes palpables, et ont eu commerce 
avec les hommes, ceux-là pour les aider au bien, ceux-ci 
pour les pousser au mal : dédaignant ou rraignant_ d'em- 
ployer ce merveilleux fourni par la religion, Voltaire eut 
recours à de froides allégories : il personnifia, il fit agir 
et parler la Discorde, le fanatisme, la Politique, la Vé- 
rité, c.-à-d. de pures abstractions. Malgré les efforts de 
Voltaire, l'épopée manque donc encore à la France. Mais 
la Henriade sera toujours un chef-d'œuvre de vcrsilica- 
tion noble, élégante ci pure. 

Le sujet choisi par Voltaire avait été déjà traité avant 
lui; un auteur de la fin du xvr 5 siècle, Chillac, écrivit 
une Liliade française, poème dont Henri IV est le héros. 
On a de Sébastien Cainier une Henriade, publiée à 
Blois en 1503, et qu'on eut la bizarre idée de réimprimor 



HEP 



1029 



HER 



en 1770. L'Henricias deQuillet,poëme latin en 12 chants, 
est aujourd'hui perdu. Un Enrico de J. Malmignati 
( Venise , 1623, in-8°) paraît avoir été mis à contribution 
par Voltaire pour quelques détails (V. le Magasin ency- 
; clopédique, 5 e année, t. 1 er ). Un nommé Aillaud n'a pas 
i craint, au xvm e siècle, de refaire et de défigurer la Hen- 
riade, qui a été en outre parodiée, presque vers par vers, 
' par Monbron, sous le titre de la Henriade travestie, aux 
! dépens du public, Berlin, 1758, in-12. Il existe un Com- 
mentaire sur la Henriade par La Beaumellaet Fréron, 
Paris, 1775, 2 vol. in-8°. B. 

HEPHTHÉM1MÈRE (Césure). V. Césure. 
HEPTACORDE (du grec hepta, sept), nom donné par 
les anciens Grecs à une sorte de lyre qui avait 7 cordes, 
et à un système musical formé de 7 sons, comme est 
notre gamme. 

HEPTAMÉRON (du grec hepta, sept, etéméra, jour), 
recueil de Nouvelles et de Contes composés par Margue- 
rite, reine de Navarre, à l'imitation du Décaméron de Boc- 
cace. Ce devait être aussi un Décaméron; mais la mort 
empêcha Marguerite de terminer son œuvre, qui ne com- 
prend que sept journées au lieu de dix. La scène se passe 
aux Pyrénées; les dix personnages qui y jouent un rôle 
sont réunis dans une abbaye où des pluies torrentielles 
les ont contraints de se réfugier : il leur faut attendre 
qu'on répare les chemins effondrés et que l'on construise 
un pont sur le Gave; pour passer ce temps sans ennui, 
ils conviennent de se rendre chaque jour dans une prairie 
voisine, où chacun racontera une histoire. Les récits de 
l' Heptaméron ne se distinguent ni par l'intérêt ni par 
l'art de la composition ; mais le style a de l'agrément et 
de la finesse. Les sujets , dont quelques-uns se rapportent 
à des personnages contemporains, roulent sur les ruses 
et les tromperies de l'amour ; ils sont racontés avec une 
crudité de détails peu édifiante, à l'appui d'une maxime 
contenue dans le prologue dont chacun d'eux est précédé, 
et tendent à une moralité qui est déduite dans l'épilogue ; 
mais cette moralité est souvent équivoque. Les épilogues 
sont des conversations entre les interlocuteurs de V Hep- 
taméron sur l'histoire qu'ils viennent d'entendre; ils peu- 
vent passer pour de curieux échantillons de la haute so- 
ciété de l'époque, et, à ce titre, ils relèvent la banalité 
des aventures auxquelles ils tiennent lieu de dénoûment. 
On trouve dans cet ouvrage plus de loquacité que de sen- 
timent, plus d'esprit que de tendresse, et le même carac- 
tère de subtilité mystique qu'on remarque dans les autres 
écrits de Marguerite de Navarre. Elle le composa presque 
entièrement en voyage," comme pour se délasser, et dans 
un âge assez avancé pour qu'on ne lui suppose pas d'in- 
tention licencieuse, quand même sa vie entière ne pro- 
testerait pas contre cette imputation. — La l re édition de 
l' Heptaméron, qui parut sans nom d'auteur, était intitu- 
lée Histoire des amants fortunez, dédiée â l'illustre prin- 
cesse M me Marguerite de Bourbon, duchesse de Nivernois, 
Paris, 1558. En 1098, il en parut une sous ce titre : Contes 
et Nouvelles de Marguerite de Valois , mis en beau lan- 
gage, Amsterdam, 2 vol. in-8°, où, sous prétexte de ra- 
jeunir le style de l'auteur, on le rendit méconnaissable. 
La seule édition conforme au texte original est celle de 
M. Leroux de Lincy, Paris, 1853, 3 vol. in-8°. P — s. 

HEPTAMÈTRE (du grec hepta, sept, et métron, me- 
sure), vers de 7 pieds. On en trouve dans le système 
dactylique ( V. Éoi.ique — Vers). Servius en cite un exem- 
ple latin qui est hypercatalectique : 

Versicujlos tibi|dactyli|cos cecilni, puer|optime|, quos faci|as. 

Le vers dactylico-trochaique est un heptamètre dont 
les 4 premiers pieds appartiennent à l'ordre dactylique, 
les 3 derniers à l'ordre trochaïque : 

Solvitur| acris hi|ems gra|ta vice| veris| et Fav;oni. Hob. 

V. Septénaire. P. 

HEPTASVLLABE (du grec hepta, sept), vers français 
de 7 syllabes. Il remonte aux origines de notre littérature. 
Il est fréquent dans les chansons. Dans les autres genres 
lyriques, il compose des dizains harmonieux , comme 
celui-ci de J.-B. Rousseau (Odes, I, 10) : 

J'ai vu mes tristes journées 
Décliner vers leur penchant , etc. 

Quelquefois les derniers vers du dizain sont en hep- 
tasyllabes, et les 4 premiers en alexandrins. D'autres fois 
l'heptasyllabe fait partie de strophes de différentes me- 
sures, comme on le voit par les chœurs de Racine. Dans 



sa cantate de Diane, J.-B. Rousseau a employé des ter- 
cets heptasyllabes : 

Quel bonheur! quelle victoire ! 
Quel triomphe! quelle gloire ! 
Les Amours sont désarmés. 

Certains vers métriques des Anciens se trouvent être 
heptasyllabes : tels sont le dimètre ïambiquecatalectique, 
le dimètre trochaïque catalectique et le dimètre choriam- 
bique catalectique; mais il faut que ces vers soient purs, 
c.-à-d. n'admettent aucun pied qui ne leur soit propre, 
comme serait l'anapeste pour l'ïambe, le dactyle pour le 
trochée. _ P. 

HEPTÉRIS, navire de guerre des Anciens, à 7 rangs 
de rames de chaque côté. 

HERjEUM, nom des temples de Junon, en grec Héra. 

HÉRALDIQUE (Art). V. Blason. 

HÉRAUDERIE. ) V. ces mots dans notre Dictionnaire 

HÉRAUT. \ de Biographie et d'Histoire. 

HERBORISTE, celui qui fait métier de vendre des 
simples ou plantes médicinales. Dans les grandes villes, 
on ne peut exercer cette profession sans un diplôme de 
capacité, qui s'obtient après examen (Lois du 1 1 avril 1803 
et du 13 août 1805). Il y a des diplômes de deux classes, 
dont le coût est de 100 fr. et de 50 fr. Les herboristes 
sont assujettis aux visites annuelles de la commission 
médicale. Ils ne peuvent vendre que des plantes indigè- 
nes ; le débit de toute substance exotique et de toute pré- 
paration pharmaceutique leur est interdit. 

HERCULANUM, une des trois villes englouties par 
l'éruption du Vésuve, en l'an 79 après J.-C. La masse de 
lave accumulée encore sur elle par des éruptions moins 
anciennes a une épaisseur qui varie de 21 à 34 met. ; 
Résina et une partie de Portici ont été bâties au-dessus. 
Il parait que, dès la fin du xvi« siècle, on y fit quelques 
fouilles, bientôt abandonnées. En 1713, Emmanuel de 
Lorraine, prince d'Elbeuf, ayant eu besoin de marbres 
pour une maison qu'il faisait bâtir à Portici, apprit qu'on 
en avait trouvé en creusant un puits, et fit continuer ce 
travail. On atteignit ainsi un théâtre par la partie posté- 
rieure de la scène, et c'est encore par ce puits que le 
monument reçoit aujourd'hui la lumière. Pendant plu- 
sieurs années, le prince d'Elbeuf recueillit des marbres, 
des colonnes, des statues, dont il dut restituer une partie 
au gouvernement napolitain. Le roi Charles III interdit 
aux particuliers de faire des fouilles, et ordonna lui- 
même la reprise des travaux en diverses directions dans 
le voisinage du puits : ils furent poursuivis de 1738 à 
1770, mais avec peu d'intelligence, car on remplissait la 
plupart des excavations après y avoir fait des recherches. 
Une Académie des Hej-culaniens fut instituée pour pu- 
blier la description des antiquités qu'on avait recueillies. 
A la suite d'une nouvelle interruption, on travailla en- 
core de 18'28 à 1837. — C'est à Résina qu'on descend 
dans la ville souterraine, qui ne se visite qu'avec des 
flambeaux. Les rues d'Herculanum sont droites, avec des 
espèces de trottoirs, et pavées en lave; les maisons, dis- 
tribuées comme à Pompéi (V. ce mot), n'ont qu'un seul 
étage, et de nombreuses peintures à fresque qui en or- 
naient l'intérieur ont été enlevées. Le théâtre, le premier 
et le plus grand édifice qu'on ait découvert, a 78 met. de 
diamètre, et pouvait contenir 10,000 spectateurs : il est 
composé de 16 rangs de gradins en travertin, et de 3 rangs 
à l'amphithéâtre supérieur; l'orchestre est pavé de mar- 
bres africains. Ce théâtre, où l'on a trouvé des statues en 
marbre et en bronze, et quatre statues équestres en bronze 
doré, est obstrué par des piliers massifs, destinés à 
étayer les terres supérieures. La découverte du théâtre 
fut suivie de celle de deux temples, situés â peu de dis- 
tance, l'un de 50 met. de longueur sur 20 met. de lar- 
geur, l'autre de 20 met. sur 15. Une basilique, longue 
de 76 met. et large de 44, avec un portique de 42 co- 
lonnes, était ornée de statues et de peintures ; sur la 
place qui la précédait, s'élevaient les deux statues 
équestres du fondateur et de son fils. De 1750 à 1760, on 
explora la Villa d'Aristide ou des Papyrus : c'est là que 
furent trouvés le Faune ivre, le Faune dormant, le Mer- 
cure, l'Aristide, la Minerve étrusque, le groupe du Satyre 
et de la Chèvre, les six danseuses, une quantité de bustes, 
et toute la bibliothèque de papyrus (près de 3,000 rou- 
leaux) qu'on voit au Musée des études de Naples. Les 
fouilles de 1828 ont mis à découvert la Maison d'Argus, 
ainsi appelée d'une peinture représentant lo gardée par 
Argus, et où l'on a trouvé des comestibles : une plante 
recueillie dans le jardin de cette maison a poussé de nou- 
veau et produit des fleurs. Dans les différentes fouilles, 



IIER 



1030 



IIER 



on a recueilli un nombre considérable d'instruments et 
d'ustensiles de sacrifices ou de ménage, en marbre, en 
bronze, en verre, tels que tables, candélabres, lampes, 
bassins, vases, flacons, instruments de musique et de 
chirurgie, tablettes et stylets pour écrire, colliers, brace- 
lets, bagues, pendants d'oreille, épingles, dés à coudre 
et à jouer, linge, chaussures, filets de pêcheur et d'oise- 
leur, etc. Ces objets sont, en général, mieux exécutés que 
ceux qu'on a tirés de Pompéi. On peut croire que la po- 
pulation d'Herculanum avait eu le temps de fuir lors de 
l'invasion de la lave, car on n'a pas rencontré de débris 
humains : un seul squelette presque complet fut trouvé 
sous l'escalier d'une maison ; il tenait dans une main une 
bourse remplie de petites pièces de monnaie ; quand on 
essaya de l'enlever, il tomba en poussière. V. Bajardi, 
Le antichità di Ercolano, Naples, 175-2-1792 , 9 vol. 
in-fol. ; Venuti, Descrizione dalle prime scoperte dell' 
antic. città di Ercolano, Venise, 1749, in-8°; Bellicart, 
observations sur les antiquités d'Herculanum, Paris, 
1754, in-12; Cochin, Observations sur les antiquités 
d'Herculanum, ibid., 1757, in-8°; Winckelmann, Lettre 
à M. le comte de Briïhl sur les découvertes d'Hercula- 
num, Dresde, 1764, in-i°; Fougeroux de Bondaroy, lie- 
cherches sur les ruines d'Herculanum, Paris, 1770, in-12 ; 
Cramer, Notes pour servir à l'histoire des découvertes 
d'Herculanum, Halle, 1773, in-8°; Piranesi, Antiquités 
d'Herculanum, Paris, 1804-1806, in-4°; Jorio, Notisie 
sugli scavi di Ercolano, Naples, 1827, in-8°; Hamilton, 
Relation des découvertes faites à Herculanum et à Pom- 
péi, Edimbourg, 1837, 2 vol. in-4°; Roux et Barré, Her- 
culanum et Pompéi, Paris, 1848, 8 vol. in-4°; E. Breton, 
Pompeia, suivie d'une notice sur Herculanum, Paris, 
1855, gr. in-8*. B. 

HERCULE. Plusieurs statues antiques de ce héros sont 
arrivées jusqu'à nous, avec le nom de leurs auteurs. Ce 
sont : l'Hercule au repos, admirable statue mutilée, dite 
Torse du Belvédère ou de Michel- Ange, conservée au 
musée Pio-Clémentin de Rome, et œuvre de l'Athénien 
Apollonius, fils de Nestor; l'Hercule Farnèse, à Naples, 
statue par Glycon d'Athènes, dont le nom se trouve aussi 
sur un autre Hercule de la collection Guarnacci; V Her- 
cule du palais Pitti, à Florence, copie d'une œuvre d'un 
Lysippe. On ignore où se trouve actuellement un Her- 
cule qui était à Rome au xvi e siècle, signé de deux frères, 
Diodote et Ménodote, de Nicomédie. Les bas-reliefs et les 
vases peints de l'antiquité reproduisent une foule de 
scènes empruntées à la vie d'Hercule. Le héros est ordi- 
nairement représenté sous les traits d'un homme vigou- 
reux, appuyé sur une massue, et revêtu de la peau d'un 
lion : il est tantôt barbu, tantôt sans barbe, parfois cou- 
ronné de peuplier blanc, et armé d'un arc et d'un car- 
quois. 

HÉRÉDITÉ (du latin hœres, héritier), mot qui se dit, 
1° du droit de recueillir en totalité ou en partie les biens 
qu'une personne laisse après sa mort; 2° de l'ensemble 
des droits, tant actifs que passifs, qui composent une 
succession. On nomme Adition d'hérédité l'acte par le- 
quel une personne fait connaître qu'elle accepte les béné- 
fices et les charges d'une succession qui lui est dévolue ; 
Pétition d'hérédité , l'action par laquelle une personne 
qui se prétend héritière forme sa demande devant les tri- 
bunaux, action qui se prescrit par 30 ans. La cession 
d'hérédité peut se présenter sous trois aspects : 1° vente 
d'une hérédité que le cédant déclare sienne et composée 
do tels ou tels objets ; dans le cas d'éviction d'un de ces 
objets, il y a lieu à l'action en garantie; 2° vente d'une 
hérédité à laquelle le cédant se déclare appelé; il n'est 
garant que de l'existence de la qualité d'héritier, bonne 
ou mauvaise ; 3° vente des droits que le cédant prétend 
avoir sur l'hérédité; il n'y a lieu à garantie que s'il savait, 
au moment de la cession, n'avoir aucun droit à l'hérédité. 
— Les Socialistes ont nié la légitimité de l'hérédité. Il 
est. vrai que l'hérédité peut faire tomber de grands biens 
dans des mains incapables ou indignes, et qu'elle est un 
obstacle à l'utopie de l'égalité absolue; mais, outre 
qu'elle découle naturellement du droit de propriété 
f V. ce mot ), supprimer l'hérédité, ce serait tout, à la fois 
détruire le stimulant le plus puissant du travail chez le 
père de famille, et imposer des embarras inextricables à 
l'État , chargé , à chaque décès, de régler l'emploi des 
biens et de fixer le sort des survivants. 

BEREFORD (Cathédrale de), en Angleterre. Com- 
mencée après la conquête normande, et achevée seule- 
ment a la fin du \nr siècle, elle a les dimensions sui- 
vantes : longueur dans oeuvre, 105 met.; largeur de la 
nef et des collatéraux, 25 met.; hauteur des voûtes, 



22 met. La tour centrale qui surmonte l'édifice s'élève à 
47 met. Le plan de la cathédrale de Hereford est en forme 
de croix à doubles croisillons ; l'abside se termine carré- 
ment, ce qui est fréquent dans les monuments anglais. 
Les contre-forts ne sont pas couronnés de clochetons. 
Tous les piliers de la nef sont ronds. Les fenêtres n'offrent 
point d'uniformité : il y en a de style ogival primitif, de 
style ogival secondaire, et de style perpendiculaire. Au- 
dessous de la chapelle de la Vierge est une crypte, parta- 
gée en deux nefs par une rangée de colonnes. 

HÉRÉSIE. Ce mot, d'après son étymologie (en grec 
airéin, choisir), désigne une opinion préférée à une autre, 
un choix qui a pour effet de diviser des hommes précé- 
demment unis par la communauté de doctrines. Ainsi , 
chez les Anciens, les diverses écoles de philosophie et de 
médecine étaient appelées hérésies, ce qui n'impliquait 
pour aucune d'elles l'idée d'erreur. Pour l'Église catho- 
lique, l'hérésie est une opinion contraire à une vérité 
qu'elle présente comme révélée, à un article de foi ; par 
conséquent, le mot est toujours pris en mauvaise part et 
entraîne nécessairement l'idée d'erreur. Une hérésie est 
formelle, quand il y a mauvaise foi ou opiniâtreté; ma- 
térielle, dans le cas contraire. On appelle hérésiarque 
l'inventeur d'une hérésie; hérétique, celui qui en est le 
sectateur, soit de son propre choix, soit pour l'aviir reçue 
dès l'enfance. Les passions de l'homme rebelles à l'austé- 
rité de la morale évangélique, l'incompréhensibilité des 
mystères humiliante pour la raison, l'invariabilité des 
dogmes qui froisse notre amour pour la nouveauté, la 
soumission absolue que l'Église réclame pour ses déci- 
sions et qui blesse notre indépendance, la nécessité d'ad- 
mettre les vérités révélées comme autant de faits indis- 
cutables et soustraits à notre curiosité, voilà les principales 
sources de l'hérésie. L'Église prémunit les fidèles contre 
l'hérésie , en la condamnant dans les conciles ou par la 
voix des papes. Elle la punit, chez les clercs, parla dépo- 
sition, et, chez tous, par l'excommunication. Il fut un 
temps où, de plus, elle livrait les hérétiques au bras sé- 
culier, et les punissait de la prison, de la mort même. 
L'abbé Pluquet a publié un Dictionnaire des hérésies, 
Paris, 1702, 2 vol. in-8 u , souvent réimprimé. 

HÉRISSON, en latin Ericius, ancienne machine de 
guerre. C'était une poutre garnie de pointes de fer, et que 
les défenseurs d'une place faisaient rouler sur les débris 
de la brèche, pour empêcher l'assiégeant d'y monter. 

HÉRITAGE, tout ce qui vient par voie de succession. 
(V. ce mot.) 

HÉRITIER, celui qui succède à tous les droits actifs et 
passifs d'un défunt. On nomme héritier légitime ou ab 
intestat, celui qui succède en vertu des dispositions de la 
loi; héritier institué ou testamentaire, celui qui est 
nommé par la volonté du défunt; héritier présomptif , le 
parent le plus proche, et qui, par cette raison, est pré- 
sumé devoir hériter; héritier pur et sim}ile, celui qui a 
accepté une succession purement et simplement, et qui 
est tenu indéfiniment des dettes de cette succession; hé- 
ritier bénéficiaire, celui qui n'a accepté une* succession 
que sous bénéfice d'inventaire {V. ce mot) et n'est tenu 
des dettes que jusqu'à concurrence de ce qu'il a recueilli ; 
héritier réservataire, celui en faveur duquel la loi a éta- 
bli une réserve {V. ce mot); héritier apparent , celui 
qui, n'étant pas héritier véritable, s'empare comme tel 
d'une succession, et en jouit ou en dispose comme si elle 
lui appartenait réellement; héritier fiduciaire, celui qui 
ne recueille une succession que par fldéicommis ( V. ce 
mot). Pour être reconnu héritier, il faut exister au mo- 
ment de l'ouverture de la succession : l'enfant qui n'est 
pas encore né, mais qui est conçu, est capable do succé- 
der, pourvu qu'il naisse viable. V. Emi.'iu.hation. 

HERMATHÈNE. V. ce mot dans notre Dictionnaire de 
Biographie et d'Histoire. 

HERMÉNEUTIQUE, du grec herménèia, interprétation. 
En Philosophie, l'herméneutique est l'explication des 
termes comme préparation nécessaire à l'intelligence 
d'une doctrine, telle que V Herménèia d'Aristote, qui a 
pour objet l'exactitude de la proposition, et où il examine 
la valeur des termes dont elle se compose. En Théologie, 
elle devient quelquefois l'Exégèse, en joignant à l'inter- 
prétation des mots celle de la doctrine, comme on le voit 
(lie/. Origène. En Jurisprudence, l'herméneutique recher- 
che 61 examine les sources du Droit. R. 

HERMÈS, statue de Mercure placée dans une espèce 
de gaine ou cippe, de telle sorte qu'il n'y a (pie la tête, 
une partie du buste et les pieds qui paraissent, et sou- \ 
vent terminée simplement en gaine. Chez les Anciens 
on plaça sur les routes et dans les carrefours des her- 



IIER 



1031 



II E U 



mes à autant de tètes qu'il y avait de directions à mar- 
quer : celui de Proclyde à Ancyre en avait trois; celui 
de Télésarchides dans le Céramique en avait quatre. On 
inscrivait sur ces statues les distances itinéraires ou 
des sentences morales. Bacchus et Apollon furent aussi 
représentés en hermès. On perpétua sous forme d'hermès 
les images des personnages illustres : en 1742, on a trouvé 
. Rome un hermès à deux têtes, portant les noms d'Épi- 
cure et de Métrodore; il en existe aussi qui réunissent 
Hérodote et Thucydide, Socrate et Alcibiade. — On appe- 
lait Herméracles les hermès qui réunissaient les têtes 
adossées de Mercure et d'Hercule. 

HERMÉTIQUE (Philosophie), corps de doctrine tiré 
des livres attribués à Hermès ou Mercure Trismégiste , 
nommé aussi par les Égyptiens Thaut ou Thoth. Il est 
démontré aujourd'hui que ces livres n'ontaucune authen- 
ticité, surtout en ce qui concerne certaines sciences 
telles que la médecine, la chimie, l'histoire naturelle. La 
partie philosophique paraît tenir par quelques points aux 
doctrines égyptiennes auxquelles on croit pouvoir rap- 
porter le Pœmander, les fragments qui s'y rattachent, et 
YAsclèpius, dialogue qui nous est parvenu en latin sous 
le nom d'Apulée. Ces écrits sont regardés comme des ex- 
traits des doctrines secrètes des prêtres de Memphis et de 
Sais; mais cette opinion n'est pas appuyée sur des preuves 
incontestables. Ils reconnaissent comme premier principe 
l'Unité absolue, Dieu, qui n'est connu que par l'intelli- 
gence. C'est le seul être véritable; la vie répandue dans 
l'univers émane de lui, est lui-même. En général, on re- 
trouve dans la philosophie hermétique le fond de la doc- 
trine de Platon et de Plotin, mêlé aux mystères des 
Égyptiens, à la mythologie des Grecs, et même à certaines 
traditions juives et chrétiennes. Tout ce qui concerne 
cette philosophie a été réuni par Marsile Ficin, qui en 
donna une traduction latine en 1471. On peut consulter la 
Symbolique de Creutzer,livre3; la dissertation de M. Gui- 
gniaut, De 'Eojaoû seu Mercurii mythologia, in-8°, Pari-;, 
1835. — La partie scientifique proprement dite a donné 
lieu à la prétendue science qui se donnait pour but la 
transmutation des métaux et l'art de faire de l'or. Le 
Pœmander fut regardé comme un traité d'Alchimie. V. 
Lenglet du Fresnoy, Histoire de la philosophie hermé- 
tique, 1742, 3 vol. in-12. R. 

HERMINE, nom d'une des deux fourrures du Blason. 
qm» es t., en général, d'argent pour le fond, et de sable 
poïïr les mouchetures. 

HÉROI-COMIQUE (Épopée), sorte de parodie de l'Épo- 
pée véritable; poëme dans lequel on traite un sujet com- 
mun et presque trivial, avec le ton et les formes épiques. 
La disproportion des moyens avec la fin, le contraste du 
fond et de la forme, constituent le comique de ce genre de 
composition. Par une raillerie ingénieuse, le poëme héroï- 
comique élève dans les régions héroïques ce qui est vul- 
gaire par nature, et en cela il se distingue du poëme bur- 
lesque ( V. ce mot), qui, par le travestissement des mœurs 
et du langage, fait descendre les dieux et les héros au 
niveau des personnages les plus vulgaires. La Batracho- 
myomachie attribuée à Homère, le Sceau enlevé de Tas- 
soni, le Lutrin de Boileau, la Boucle de cheveux enlevée 
de Pope, sont des poëmes héroï-comiques. 

HÉROIDES, épîtres en vers élégiaques, composées par 
Ovide, sous le nom de quelques femmes célèbres des 
temps héroïques, comme Briséis, Pénélope, Médée , 
Phèdre, Hermione, Déjanire, Ariane, Hélène, etc. Elles 
écrivent à leur amant, ou h leur époux absent ou infidèle. 
Ces élégies, au nombre de 21, manquent de passion et de 
naïveté; le style en est trop souvent artificiel ; les déve- 
loppements des pensées et des sentiments , le tour des 
vers, font paraître le talent de l'écrivain et du versifica- 
teur, mais ne conviennent presque jamais au personnage 
qui écrit, et le font perdre de vue au lecteur. L'unifor- 
mité et la monotonie de la plupart de ces pièces contri- 
buent aussi à refroidir l'intérêt. La 16 e pièce, la 18 e , la 
20 e sont supposées écrites par des héros , et la 15 e 
(Sappho à Phaon) n'est pas une véritable héroïde. On 
peut en dire autant de celles de Didon à Énée, d'Héro à 
Léandre. — Les modernes se sont aussi essayés dans ce 
genre créé par Ovide : citons VÊpitre d'Héloise à Abai- 
lard par le poëte anglais Pope, infiniment supérieure à 
toutes celles du poëte latin, et l'héroïde de Didon à Enée 
par Gilbert. P. 

HÉROÏQUE (Poëme), sorte d'épopée imparfaite, sans 
fiction ni merveilleux, et dont l'action a moins d'impor- 
tance et souvent aussi moins de durée que celle de l'épo- 
pée proprement dite. Ce n'est pour le fond que de l'his- 
toire mise en vers. Telle est la Pharsale de Lucain. 



HÉnoïQiES (Pieds), nom donné chez les Anciens au 
dactyle, au spondée, à l'anapeste. 

héroïques (Vecs), vers destinés, chez les Anciens, fi 
célébrer les exploits des héros (Hercule, Jason , Thésée. 
Achille, etc.). C'étaient les hexamètres. En français, nous 
donnons aussi ce nom aux vers alexandrins ou de douz e 
syllabes. 

HÉRQON , nom donné chez les anciens Grecs à des 
édifices à la fois funéraires et religieux, de dimensions 
variables, élevés en l'honneur des héros, et qui avaient 
quelquefois, comme celui de Thésée à Athènes, l'im- 
portance d'un temple. On en voit deux dans l'île de 
Santorin. 

HÉROS (Le livre des). V. Heldenbixh. 

HERSE, forte grille de fer placée derrière la porte 
d'entrée des châteaux forts au moyen âge. Elle glissai» 
dans une rainure, se baissait et se levait à volonté, et 
servait de seconde clôture. Il y eut, chez les Grecs et 
les Romains, des clôtures de ce genre sous le nom de 
portes catarrhactes; au moyen âge, on les appela quel- 
quefois sarrasines, parce qu'elles avaient été empruntées 
à l'Orient, et encore harpes. 

herse, construction en bois ou en fer, ayant la forme 
d'un triangle vertical, armé de pointes pour supporter 
des cierges, et qu'on place autour du cercueil ou du 
cénotaphe d'un mort, pendant la cérémonie religieuse. 
— On donne le même nom aux chandeliers de forme ver- 
ticale, à plusieurs pointes, qui servent à faire bruit ■ 
plusieurs cierges, soit devant les autels ou à côté, soit 
près des tombeaux, ou encore dans le chœur pendant ! >. 
semaine sainte, à l'office des Ténèbres. Les écrivains 
latins ecclésiastiques se servent du mot rastrum ou ras- 
tellum (râtelier). 

HERVIS DE METZ, un des romans des douze Pairs, 
la première partie de la chanson des Lohérins. On n'ea 
connaît pas l'auteur. Hervis est le fils du bourgeois 
Thierry, qui avait épousé la fille du duc de Metz. Chargé 
d'étaler et de vendre des marchandises aux foires de Pro- 
vins, de Lagny, du Lendit, mais ayant les goûts d'un 
chevalier et non d'un marchand, il offre banquets et four- 
rures à tous ceux qu'il rencontre. Après bien des querelles 
et des malheurs, il épouse la belle Béatrix, et devient 
duc de Metz. Charles-Martel, attaqué par les Wandres 
(Vandales) et par Gérard de Roussillon, demande des 
secours à Hervis, qui convoque ses compagnons. Là s'ar- 
rête le poëme, composé d'environ dix mille vers et subdi- 
visé en plusieurs chansons. Tel qu'il existe aujourd'hui , 
il paraît être moins ancien que le roman de Garin. > 
en a deux manuscrits du xm c siècle, l'un à la Biblio- 
thèque impériale de Paris, l'autre à celle de l'Arsenal. 
V. l'Histoire littéraire de la France, t. xxn. H. D. 

HÉTÈRES, HÉTÉRIE. V. ces mots dans notre Diction- 
naire d<> Biographie et d'Histoire. 

HÉTÉROCLITE (du grec hétéros, autre, et klinéin, dé- 
cliner), se dit, en Grammaire, des noms grecs et latin, 
qui suivent a la fois deux déclinaisons; ainsi, famés, 
gén. famis (3 e déclin.), abl. famé (5°) ; jugerum , gén. 
jugeri (2 e déclin.), abl. jugere, gén. plur. jugerum, dat. 
et ablat. jugeribus (3 e '). On pourrait ajouter à cette espèe- 
de noms ceux qui suivent deux déclinaisons parallèles et 
complètes, comme senecta et senectus, tnateria et ma!- - 
ries, jiircnta et juventus. 

HÉTÉRODOXE (du grec hétéros, autre, et doxa, opi- 
nion), se dit, dans le catholicisme, de toute opinion dif- 
férente de celle de l'Église, et de toute personne qui a 
cette opinion. On ne peut pas être hérétique sans être hé- 
térodoxe ; mais on peut être hétérodoxe sans être héré- 
tique, l'hétérodoxie étant une divergence d'opinion sur 
une règle de discipline, et non sur un article de foi. 

HÉTÉROGÈNE (du grec hétéros, autre, et génos , 
genre ), se dit, en Grammaire, des noms irréguliers qui 
sont d'un genre au singulier et d'un autre genre au plu- 
riel , comme en latin locus, au plur. loca, et en français 
délice, orgue, amour, etc. 

HÉTÉRONOMIE. V. Autonomie. 

HÉTÉROSCIENS (du grec hétéros, autre, et skia, 
ombre), habitants de la terre dont l'ombre ne se projette 
que d'un seul côté. Ce sont ceux qui se trouvent entre 
les Tropiques et tes Cercles polaires, et dont on voit 
l'ombre, par les latitudes septentrionales, toujours tour- 
née vers le nord, ou bien, par les latitudes méridionale?, 
vers le sud. 

HEU, bâtiment à fond plat, tirant peu d'eau, portant 
un grand mât, une trinquette, un foc et un petit mât sur 
son extrémité de derrière. On l'emploie au cabotage dans 
la Manche et dans la mer du Nord. 



HIA 



1032 



I1IÉ 



HEUQUES , vêtement de cour, en drap de couleur ri- 
aent brodé, à l'usage des hommes au xv e siècle. 

HEURES, IIEUSES, HEXACLINON. V. ces mots dans 
j! itxe Dictionnaire de Biographie el d'Histoire. 

HEXACORDE, division de G notes établie dans l'échelle 
musicale par un musicien du xi e siècle dont le nom ne 
nous est pas parvenu, et non, comme on l'a dit, par 
Gui d'Arezzo. Elle remplaça la division par tétracordes 
selon les Grecs, et la division par octaves du pape Gré- 
goire le Grand. C'était une des plus graves erreurs que 
l'on put introduire (V. Muances). — Hexacorde signifie 
aussi un instrument à 6 cordes. 

HEXAMÈTRE (du grec hex, six, et métron, mesure), 
nom des vers grecs et latins dont la mesure est de 6 pieds, 
autrement, qui ont G mesures. Les 4 premiers pieds sont 
indifféremment dactyles ou spondées; le 5 e est toujours, 
d moins en latin, un dactyle; le 6 e est spondée ou 
t 'liée : 

ït ldcrîj\mâns gût\tlsque hû\mcctât\ grûndïbûs | ara. 

Quelquefois l'hexamètre est terminé par deux spon- 
dées, ou par un spondée et un trochée ; dans ce cas, le 
A" pied doit être un dactyle (V. Spondaïque). Par une 
exception infiniment plus rare, le e pied est quelquefois 
un dactyle (V. Dactylioie). L'ïambe s'y rencontre aussi 
( V. Midrus). L'ïambe et le tribraque se trouvent quelque - 
fois au 1" pied dans Homère (Y. Acéphales). Enfin 
l'anapeste forme le 1 er pied dans ce vers du 1 er livre des 
Géorgiques : 

Flûvïôrum rex Eridanus, camposque per omnes... 

Les poètes grecs terminent leurs hexamètres par des 
mots de toute longueur, depuis le monosyllabe» jusqu'au 
mot de 7 syllabes ; les poètes latins, à partir du siècle 
dAuguste, étaient astreints à n'employer à cette place 
qu'un mot de deux ou de trois syllabes : ils ne s'affran- 
chissaient de cette toi, nécessitée par les conditions d'har- 
monie particulières à leur langue, que si le mot final du 
vers était un nom grec, soit propre, soit commun , ou si 
le vers était spondaïque, ou bien dans les sujets d'un ton 
moins élevé que l'épopée , comme l'épître et la satire. 
Aussi les vers d'Horace et de Juvénal se rapprochent-ils 
plus, en général , du système grec que du système latin. 
Le rhythme de l'hexamètre est le plus riche et le plus 
beau que l'on connaisse, et les Grecs en ont attribué l'in- 
vention aux Dieux, qui l'avaient, disait-on, révélé à la 
prêtresse Phémonoé. Il avait le précieux avantage de con- 
venir à tous les sujets, aux familiers ou gracieux comme 
aux plus nobles et aux plus graves. On a vainement 
essayé de le faire passer dans la versification moderne. 
En voici pourtant un exemple assez remarquable d'un 
poète du xvi e siècle, qui avait traduit en vers de cette me- 
sure l'Iliade et l'Odyssée : 

Chante, dé|esse, le | cœur furi|eux et ) l'ire d'A]chilles, 
Pei°nici|euse qui | fut... 

On donne quelquefois improprement le nom d'Jieoca- 
e au vers alexandrin français, parce que les syllabes 
se comptent deux par deux, ainsi qu'à l'ïambique anglais 
a 12 syllabes. P. 

HEXAPLES (du grec he.mploos, sextuple), titre qu'Ori- 
gène avait donné à un de ses ouvrages, dans lequel il 
avait disposé sur G colonnes le texte hébreu de la Bible, 
h même en caractères grecs, la version d'Aquila, celle de 
S. mmaque, celle des Septante, et celle de Théodotion. Il 
i, nous reste que quelques fragments de cet ouvrage. 

HEXAPTÉRIGE, c.-à-d. en grec qui a six ailes, instru- 
■ snt en usage dans le culte grec. C'est un disque, ordi- 
i, virement de bois peint et doré, sur lequel on a repré- 
senté un séraphin à six ailes, et fixé au bout d'un 
manche. On en voit un à chaque extrémité de l'autel. 
Les hexaptériges sont garnis, tout autour, de petites 
himes de métal, et on les ap;ito pour avertir les fidèles de 
s'incliner. On les porte près du célébrant pendant les 
processions. 

IIEXASTYLE, nom donné par les Anciens aux temples 
qui avaient un portique formé de six colonnes de front. 

HEXERIS, navire de guerre des Anciens, à six rangs 
di rames de chaque coi''. 

HIATUS, mot latin admis dans le style de la Gram- 
maire et qui signifie bâillement. L'hiatus résulte de la 
rncontre do la voyelle finale d'un mot avec la voyelle 
initiale du mot suivant: en effet, les lèvres, restées ou- 
en prononçant la dernière syllabe du premier mut, 



ne peuvent se refermer pour prononcer la première du 
second. Par extension, le concours de deux ou de plu- 
sieurs voyelles dans l'intérieur d'un mot s'appelle hiatus. 
Les écrivains grecs, prosateurs ou poètes, tantôt se 
permettent, tantôt évitent l'hiatus, et l'on ne saurait 
à cet égard fixer aucune règle : on sait seulement qu'on 
blâmait dans Isocrate et les écrivains de son école le 
soin scrupuleux qu'ils mettaient à éviter le choc des 
voyelles. Au reste, les hiatus abondent dans Homère, 
dans Hérodote, dans Thucydide, dans Platon. On avait 
trois moyens d'éviter l'hiatus : l'élision, la contraction , 
la crase (V. ces mots). — En latin, la rencontre des 
voyelles n'était pas toujours désagréable, comme le té- 
moignent Cicéron, Quintilien et Aulu-Gelle. On peut 
conclure d'une note d'Aulu-Gelle (Nuits atliques, VII, 
20) que, tout en faisant l'élision dans les vers, on lais- 
sait entendre encore la voyelle élidée, de manière à 
rendre l'hiatus sensible à l'oreille. — En français, on 
n'évite l'hiatus qu'en vers. Dans la prose écrite, et dans 
la conversation surtout, il est assez fréquent. Dans le 
style soutenu, on évite les hiatus de ce genre : « Cicéron 
alla à Athènes; — j'ai été étonné. » Souvent on fait, dans 
la conversation, des hiatus que ne justifie point l'ortho- 
graphe, mais qu'on se permet pour ne pas donner à son 
langage un air apprêté et prétentieux. La versification 
aussi , telle qu'elle est fixée depuis la réforme de Mal- 
herbe et de Boileau, admet l'hiatus dans le corps des 
mots, dans les mots composés, et dans certaines locutions 
proverbiales : Pré aux clercs; suer sang et eau; à tort et 
à travers (et, bien que finissant par une consonne, fait 
hiatus, parce qu'il ne se lie jamais au mot suivant) : 

Tant y a qu'il n'est rien que votre chien ne prenne. 

Racine, les Plaideurs, III, 3. 
Le juge prétendait qu'à tort et à travers 
On ne saurait manquer, condamnant un pervers. 

La Fontaine, Fab., II, 3. 

Elle l'admet entre une nasale finale et une voyelle ini- 
tiale ou même une autre nasale : ainsi Racine a fini un 
vers par Néron en colère ; et il en commence un autre 
par ces mots : Le dessein en est pris. I! n'y a pas hiatus 
dans le cas où deux voyelles sont séparées par un e muet, 
qui s'élide sur la seconde : 

Kome entière noyée au sang de ses enfants. ts.1t" 

Corneille, (Anna, I, 3. 

La môme immunité existe pour la voyelle qui précède- 
une h aspirée : 

Un clerc, pour quinze sous, sans craindre le holà. 

Boileau, Sa t. IX. 

Voici encore des hiatus tolérés : 

Sur votre prisonnier, huissier, ayez les yeux. 

Racine, les Plaideurs, II, S. 
J'ai fait parler le loup, et répondre l'agneau. 

La Fontaine, Fables, II, 1. 

On évite certains hiatus à l'aide de lettres intercalaires 
(F. Euphonie). V. aussi Liaison. P. 

HIÉRARCHIE (du grec hiéros, sacré, et arkhé, com- 
mandement), mot qui signifia primitivement, chez les 
Grecs, le pouvoir des prêtres, puis, dans Le christianisme, 
l'ensemble des pouvoirs ecclésiastiques subordonnés les 
uns aux autres, et qui désigne aujourd'hui l'ordre des 
pouvoirs, de quelque nature qu'ils soient. 11 n'y a point 
de société sans hiérarchie. Dans les administrations, les 
correspondances doivent suivre la voie hiérarchique. La 
hiérarchie est la base de la subordination militaire; elle 
maintient la discipline et assure l'exécution des ordres. 

HIÉRATIQUE (du grec hiéros, sacré), qualification que 
reçoit tout art assujetti à des règles fixes pour représenter 
les personnes ou les choses sacrées. Dans l'Ilindoustan et 
l'Egypte, ce furent les castes sacerdotales qui imposèrent 
ces types invariables. 

hiératique (Écriture). V. Hiéroglyphes. 

HIÉROGLYPHES (du grec iéros, sacré, et gluphém, 
sculpter, graver), nom donné, dans un sens général, aux 
caractères d'écriture employés avec une valeur mysté- 
rieuse et conventionnelle, et, dans un sens particulier, 
aux signes graphiques de l'ancienne Egypte sculptés sur 
les murailles des temples et des palais. Les premiers, que 
l'on rencontre, par exemple, en Chine et au Mexique, 
sont des imitations d'objets matériels, produisant des 
tableaux représentatifs de la pensée. Les seconds, dont la 



II IÉ 



1033 



II IÉ 



clef n'a été trouvée que dans les temps modernes, offrent 
une complication plus grande : on ne saurait dire quelle 
en a été l'origine, ni par quelles transformations succes- 
sives ils ont pris la forme et le sens que nous leur con- 
naissons; mais il est certain que cette écriture est d'une 
haute antiquité, et que les hiéroglyphes des monuments 
qui remontent à plus de vingt siècles avant l'ère chré- 
tienne ne diffèrent pas de ceux qui furent gravés au 
temps d'Auguste. 

L'étrangeté des hiéroglyphes avait frappé les Anciens, 
qui cependant ne paraissent pas avoir cherché à en son- 
der le mystère. Diodore de Sicile et Ammien Marcellin 
les croyaient entièrement idéographiques, c.-à-d. expri- 
mant les idées par des images ou des symboles. Clément 
d'Alexandrie parle de la valeur phonétique que recevaient 
certains signes, mais en termes concis et obscurs qui ne 
permettraient pas de fonder une opinion. Les Modernes 
ont fait de nombreuses recherches avant d'arriver à des 
résultats certains. Le P. Kircher, dans son OEdipus 
/Egyptiacus (1052), soutint que les hiéroglyphes étaient 
purement idéographiques. Au siècle suivant, Zoéga (De 
origine et usu obeliscorum), remarquant que les signes 
relevés sur les monuments ne dépassaient guère le 
nombre de 800, nombre bien restreint pour une écriture 
idéographique, soupçonna que quelques-uns de ces signes 
pouvaient avoir une valeur phonétique. Le grand ouvrage 
publié par la Commission scientilique de l'expédition fran- 
çaise d'Egypte fournit de nouveaux moyens d'étude. Sil- 
vestre de Sacy détermina, sur l'inscription de Rosette 
(V. ce mot), la place et les limites des noms propres, 
mais sans réussir dans leur analyse, qu'Ackerblad ht le 
premier avec quelque succès. L'Anglais Young reconnut 
sur la même inscription que les noms propres étaient 
renfermés dans des cartouches ou encadrements, et, sur 
12 signes qu'il étudia dans les noms de Ptolémée et de 
Bérénice, il détermina exactement la valeur de cinq. 
Puis il publia 200 groupes hiéroglyphiques, et donna, 
plutôt en les devinant que par une démonstration rigou- 
geuse, le sens de 77 de ces groupes : toutefois, il en 
interpréta faussement plusieurs, et crut que les hiéro- 
glyphes étaient essentiellement idéographiques, excepté 
dans le cas des noms propres. Champollion aborda l'étude 
des monuments graphiques de l'Egypte avec une con- 
naissance approfondie de la langue copte, qui n'est autre 
que ]' ^.—ienne langue égyptienne écrite avec les carac- 
tères e l'alphabet grec ; en examinant l'inscription de 
l'obélisque de Philœ, dont la base portait une inscrip- 
tion grecque de la môme teneur, il y trouva le nom de 
Cléopàtre, et, dans ce nom, cinq lettres qui lui étaient 
communes avec celui de Ptolémée précédemment reconnu 
sur la pierre de Rosette; il put lire ensuite sur le temple 
d'Esneh les noms de Septime-Sévère, de Géta, de Cara- 
calla; enfin, il découvrit que le système graphique égyp- 
tien comprenait un certain nombre de figures purement 
phonétiques, c.-à-d. représentant, non des idées, mais 
des sons, et dressa une liste de 200 hiéroglyphes phoné- 
tiques. Salvolini étendit plus tard cette liste à 303, mais 
en confondant toutes les époques et toutes les valeurs, et 
en traitant comme signes simples des caractères qui ont 
une valeur syllabique. 

A envisager la forme matérielle des signes, il y a lieu 
de distinguer trois sortes d'écritures égyptiennes, qu'on 
appelle hiéroglyphique, hiératique et démotique. L'écri- 
ture hiéroglyphique ou sacrée, seule employée sur les 
monuments publics, se compose de signes représen- 
tant les objets du monde physique, à l'aide d'un tracé 
simplement linéaire ou colorié ; ces signes sont au nombre 
de 800 environ. Comme on ne pouvait les employer 
qu'avec la connaissance du dessin, on imagina, en faveur 
de ceux qui ne l'avaient pas, l'écriture hiératique ou sa- 
cerdotale, composée du même nombre de signes que 
l'écriture hiéroglyphique, mais de signes abrégés, facile- 
ment exécutables, et pourtant de même signification : 
par exemple, au lieu de tracer la figure entière d'un lion 
couché, on ne faisait que la silhouette de sa partie posté- 
rieure. Cette écriture était particulièrement à l'usage des 
prêtres, qui s'en servaient pour tout ce qui dépendait 
de leurs attributions religieuses. L'écriture démotique, 
employée pour les usages ordinaires de la vie, se servait 
des mêmes signes que l'écriture hiératique, mais en 
moins grand nombre : on la nommait encore écriture po- 
pulaire ou épistolographique. Les trois sortes d'écritures 
n'en formaient donc qu'une seule en théorie, et, pour la 
pratique seulement, on avait adopté une tachygraphie 
des signes primitifs. Clément d'Alexandrie dit qu'on ap- 
prenait d'abord l'écriture démotique, puis l'écriture 



hiératique, enfin l'écriture hiéroglyphique. Elles sont 
souvent employées à la fois dans le même manuscrit. — 
Quant à leur valeur, les signes sont figuratifs, ou sym- 
boliques, ou phonétiques. Les signes figuratifs expriment 
les idées par la figure de leurs objets : pour exprimer 
l'idée d'un cheval, d'un obélisque, d'une couronne, on 
les dessine. Les signes symboliques, dits aussi tropiques 
ou énigmatiques , expriment les idées abstraites par 
l'image d'objets physiques : deux bras élevés expriment 
l'idée d'offrande, un vase d'où l'eau s'épand l'idée de liba- 
tion, un cercle avec un point au milieu l'idée du so- 
leil, etc. Les signes phonétiques expriment les sons de la 
langue parlée, et ont les mêmes fonctions que les lettres 
de nos alphabets. Pour les déterminer, on décida que la 
figure d'un objet dont le nom dans la langue parlée com- 
mencerait par l'articulation b serait dans l'écriture le ca- 
ractère b, et ainsi des autres. A la différence des écritures 
de l'antiquité classique et des écritures modernes, qui 
n'emploient que des caractères phonétiques, l'écriture 
égyptienne employait à la fois, dans le même texte, dans 
la même phrase, quelquefois dans le même mot, les trois 
sortes de caractères figuratifs, symboliques et phoné- 
tiques : ces derniers, dont le nombre no s'élevait guère 
au-dessus de cent, figurent pour les deux tiers dans les 
textes égyptiens. 

Un certain nombre de caractères hiéroglyphiques (Bun- 
sen en comptait 70) ont une valeur, non point alphabé- 
tique, mais syllabique. M. Lepsius croit qu'il y en avait 
davantage, et que plusieurs des signes regardés aujour- 
d'hui comme homophones différaient autrefois, peut-être 
par quelque voyelle qui leur était inhérente. Les seules 
voyelles que l'on trouve aujourd'hui dans les inscriptions 
sont initiales ou finales : le même savant suppose que la 
voyelle principale d'un mot, placée peut-être au milieu 
dans la prononciation, a pu être reportée à la fin dans 
l'écriture, comme une sorte de déterminatif phonétique. 
La suppression des voyelles médiales établit un rapport 
remarquable entre l'écriture égyptienne et les écritures 
sémitiques : un autre trait de ressemblance, c'est que 
plusieurs hiéroglyphes employés comme lettres initiales 
ont tantôt la valeur d'une voyelle, tantôt celle d'un simple 
signe d'aspiration. — Certains signes employés symbo- 
liquement servent à éclaircir un groupe alphabétique, de 
sorte qu'on a en même temps la prononciation du mot 
et une métaphore qui s'y rapporte. Ces signes, que Cham- 
pollion appela déterminatif s, peuvent indiquer le genre, 
le nombre, l'espèce; ils se placent après le mot qu'ils 
sont destinés à éclaircir : ainsi , un bras armé d'une 
massue est le déterminatif des actions qui demandent 
l'emploi de la force, deux jambes sont celui des verbes 
de mouvement, etc. La liste des caractères déterminatifs, 
enrichie depuis la mort de Champollion, en contient 120 
chez Bunsen. — Beaucoup de signes sont tout à la fois 
idéographiques et phonétiques, et présentent un sens et 
un son complets, bien qu'ils puissent être accompagnés 
néanmoins de tout ou partie des lettres qui produisent le 
même son. Une foule de mots, transcrits en caractères 
phonétiques, conservent pour lettre initiale leur signe 
idéographique, et, d'un autre coté, le même mot est 
transcrit phonétiquement, tantôt en toutes lettres, tantôt 
au moyen de signes employés comme de véritables rébus. 

V. Langlois de Belestat, Discours sur les hiéroglyphes 
égyptiens, Paris, 1583, in- 4°; Westerhovius, Hiéroglyphes 
des Égyptiens, Amst., 1735, in-4°; Warburton, Essai 
sur les hiéroglyphes égyptiens, Paris, 1744, 2 vol. in-12; 
Tandeau de Saint-Nicolas, Dissertation sur l'écriture 
hiéroglypliique, 1762; Thomas Astle,rO>-/o/ine et les pro- 
grès de récriture hiéroglyphique, en anglais, 1784, in-4°; 
De Guignes, Essai sur les moyens de parvenir à la lec- 
ture et à l'intelligence des hiéroglyphes (dans le t. I er des 
Mém. de l'Acad. des Inscriptions) ; Langlois, Discours des 
hiéroglyphes égyptiens, Paris, 1784, in-4°; Bertuch, Essai 
sur les hiéroglyphes, Weimar, 1804, in-4°; Quatremère 
de Quincy, Recherches sur la langue et la littérature de 
l'Egypte, 1808; Palhin, Lettre sur les hiéroglyphes, Cas- 
sel, 1802; le même, Essai sur les hiéroglyphes, Weimar, 
1804; le même, De l'étude des hiéroglyphes, Paris, 1812, 
in-12; Lacour, Essai sur les hiéroglyphes égyptiens, 
1821 ; Spohn, De linguâ et litteris veterum /Egyptiorum, 
Leipzig, 1831; Alex. Lenoir, Nouveaux essais sur les 
hiéroglyphes, 1822, in-8°; Seyffarth, lludimenta hiero- 
glyphica, Leipzig, 1825, in-4°; Champollion, Précis du 
système hiéroglyphique, Paris, 1824, et Grammaire égyp- 
tienne, publiée seulement en 1830; Salvolini, Analyse 
grammaticale des différents textes égyptiens, Paris, 1820, 
in-4"; H. Sait, Essai sur le système des hiéroglyphes pho- 



HIS 



1034 



HIS 



nétiques, trad. en franc, par Devère, 1827 ; Brown, Aperçu 
sur les hiéroglyphes d'Egypte, traduit de l'anglais, Paris, 
1827; Greppo, Essai sur le système hiéroglyphique de 
Champollion, Paris, 1829, in-8°; Klaproth, Examen des 
travaux de Champollion sur les hiéroglyphes, 1832; 
Young, Rudiments of an Egyptian dictionary , 1831; 
Leemans, Horapollinis Niloi hieroglyphica, Amst., 1835 ; 
Nork, Essai sur les hiéroglyphes, en allem., Leipzig, 1837 ; 
Lepsius, Lettre à M. Rosellini sur l'alphabet hiérogly- 
phique , Rome, 1837, in-8°; Gh. Lenormant, Recherches 
sur l'origine, la destination chez les Anciens, et l'utilité 
actuelle des hiéroglyphes d'Horapollon, Paris, 1838, in-i°; 
J.-A. de Goulianoff, Archéologie égyptienne, Leipzig, 1839, 
3 vol. in-8°; Ideler, Hermapion, sive rudimenta hiero- 
glyp. vêler. JEgypt. litteraturœ, Leipzig, 1841, in-4°; 
Bunsen, La place qu'occupe l'Egypte dans l'histoire du 
monde, en allem., Hambourg, 18i5; Brugsrh, Scriplitra 
JEgyptiorum demotica, Berlin, 1848; le même, Collection 
de documents démotiques, t. I er , 1850. B. 

HIÉRON (du grec iéron, sacré), nom donné par les 
anciens Grecs à la totalité de l'enceinte sacrée qui ren- 
fermait le temple, les terres et les bois consacrés, les ha- 
bitations des prêtres, etc. 

HIEROTHECIUM, sorte de reliquaire renfermant une 
portion de la vraie croix. 

HIEROTHYRIDAS ou HIEROTHYR1DION, espèce de 
chapelle portative, fermée par des volets ornés de pein- 
tures, et qu'on peut ranger parmi les diptyques ou les 
triptyques. 

HILARODIE , nom donné, chez les anciens Grecs, d'a- 
bord à une chanson badine, puis à une petite pièce de 
théâtre tenant le milieu entre la comédie et la tragédie. 
On y a vu Porigine de la parodie ( V. ce mot). 

HILARO-ÏRAGÉDIE , nom que les Grecs donnaient à 
ce que les modernes ont appelé tragi-comédie, à une tra- 
gédie dont le dénoùment était heureux. L'invention de 
ce genre de pièces est attribuée par Suidas à Khinton. 

HIMALAYENS (Idiomes), nom donné à un groupe 
d'idiomes monosyllabiques, parlés au N.-E. du bassin 
du Gange. Les principaux sont le bodo et le dhimal. 

HIMYARITE (Dialecte), dialecte parlé autrefois dans 
l'Yémen et dans la région orientale de l'Arabie. Il s'écri- 
vait avec un caractère particulier, désigné sous le nom 
d'Al Mosnad, et qui était à peu près tombé en désuétude 
dès le temps de Mahomet; Pococke a voulu voir dans ce 
caractère le chaldéen à l'état primitif. On lui a même 
trouvé une ressemblance, évidemment fortuite, avec 
quelques-uns des plus anciens alphabets de l'Inde, et 
avec le slave glagolitique. Selon quelques linguistes , 
l'himyarite aurait été assez rapproché du syriaque ; Gese- 
nius croit qu'il avait plus de rapport avec l'éthiopien, 
qu'on parlait de l'autre côté de la mer Rouge. MM. Ful- 
gence Fresnel et Th.-J. Arnaud ont recueilli plusieurs 
inscriptions himyarites chez les tribus qui occupent l'an- 
cien pays de Saba ; ils pensent que l'ekhkili, parlé au- 
jourd hui dans le Mahra et l'Hadramaout, est un reste de 
l'antique dialecte. Le baron de Wrede a composé un petit 
Vocabulaire des mots himyarites que contient l'arabe ac- 
tuel. V. Gesenius, Sur la langue et l'écriture himya- 
rites, en allem., 1841. 

HINDOUI r.T HINDOUSTANI (Langues). V. Indiennes 
(Langues). 

HIPPODROME. V. ce mot dans notre Dictionnaire de 
Biographie et /l'Histoire. 

HIPPONACTIQUE (Vers). V. Chouambe. 

H1PPOPHOR15E (du grec ippos, cheval, et phorbéia, 
lanière de cuir que les joueurs do flûte se mettaient sur 
la bouche), flûte libyenne, qui rendait un son très-aigu 
et semblable au hennissement du cheval. Elle était faite, 
dit Pollux, en laurier dépouillé de son écorec et de sa 
moelle. Les gardiens de chevaux dans les pâturages en 
f lisaient usage. 

IHRAU ou I1IRIAU, ancien nom des jongleurs et des 
ménestrels. 

1IIROMJE 'Queue d'). V. Qi El e d'hironde. 

HISTOIRE (du grec istoria, recherche.' des choses cu- 
rieuses, exposition do ce que l'on a vu), un des grands 
genres littéraires en prose. L'histoire raconte les faits ac- 
complis par les hommes réunis en société; elle le-, coor- 
donne, les rapporte à leurs causes, mel leurs effets en 
lumière, et prononce sur leur moralité. Voila son objet 
et son but : inissi Cicérnn l'appelle-t-il le témoin des 

temp , la lumière de la vérité, l'école de la vie. Observer 
■ le, phénomènes toujours identiques, qui se sutaèdent 
invariablement dans le même ordre et. suivant les mêmes 
lois, comme les phénomènes astronomiques ou physi- 



ques, c'est faire de la science et non de l'histoire. Le na- 
turaliste, qui réunit et classe les objets de ses observa- 
tions d'après des caractères communs aux êtres de toutes 
les époques et de toutes les latitudes, fait encore œuvre 
de savant et non d'historien : le nom d'histoire naturelle 
est un abus de termes qui vient de ce qu'on a confondu 
la variété avec l'irrégularité, la multiplicité avec )a suc- 
cession ; l'histoire de la nature ne peut dater que des dé- 
couvertes modernes, qui ont révélé, les révolutions tra- 
versées par le monde physique dans ses premiers âges. 
Le domaine propre de l'histoire, c'est la vie des hommes, 
c.-à-d. ce qui est inconstant, ce qui change et se trans- 
forme capricieusement, du moins en apparence; c'est la 
succession des faits unie à la diversité. Dieu ne peut être 
l'objet de l'histoire, comme le voulait Jean Bodin au 
xvi c siècle; car l'essence des choses divines est l'immu- 
tabilité. Dans l'homme seul existe une puissance distincte 
des éléments qui composent son corps et des agents phy- 
siques qui animent la matière ; seul il a cette préroga- 
tive, que non-seulement il peut dérober son âme aux 
atteintes du monde extérieur, mais que, luttant sans 
cesse et prenant l'empire à son tour, il sait défendre son 
corps même contre les influences auxquelles il semble 
directement soumis. S'il touche à la terre par un côté de 
sa nature, par l'autre il tient au ciel ; et cette émanation 
de la divinité, c'est moins encore l'intelligence que la 
faculté de vouloir : de cette faculté dérivent les actes 
libres, qui déconcertent toutes les prévisions, qui se dé- 
robent à l'analyse, et que l'historien doit précisément 
recueillir et expliquer. Les faits humains qui échappent 
à la science sont proprement le domaine de l'histoire. 

L'histoire est sujette à des transformations successives. 
Quelle est la loi de son développement? D"abord, elle se 
contente de recueillir les faits, plus ou moins altérés par 
la fiction, et de les confier une seconde fois à la mémoire, 
à l'aide du rhythme poétique, si l'écriture ne peut encore 
leur assurer une existence plus durable. L'histoire ra- 
conte alors pour raconter ; elle se confond avec, l'épopée. 
Mais l'esprit humain ne s'arrête pas là : quelle que soit 
l'irrégularité des faits, l'attention, à force d'observer la 
génération des effets et des causes, finit par découvrir un 
fil conducteur; elle s'en saisit, et s'efforce de retrouver 
l'ordre dans ce désordre apparent. De là naît l'histoire 
pragmatique, comme l'ont appelée les Anciens, ou philo- 
sophique, selon l'expression des modernes, c.-à-d. le récit 
des faits humains avec leurs principes et leurs consé- 
quences. Ce n'est pas encore le dernier mot de l'histoire : 
l'homme, tourmenté d'un besoin insatiable de connaître, 
ne peut se contenter d'une explication incomplète et par- 
tielle; il ne tend à rien moins qu'à trouver le secret de 
toutes choses, à embrasser d'un seul coup d'eoil, en par- 
tant d'un principe donné, la génération des idées, des 
constitutions, des révolutions. Ce dernier progrès, c'est 
la Philosophie de l'histoire {V. ce mot). — Il est évident 
que les conditions de l'histoire varient avec son caractère. 
Tant qu'elle est un simple récit, elle peut se borner à un 
peuple, à une ville, à un individu. Dès qu'elle s'élève aux 
causes et aux effets, son horizon doit s'étendre : l'événe- 
ment est en Grèce, mais la cause peut être en Asie. 
L'histoire philosophique est donc nécessairement géné- 
rale. Il faut plus encore, si l'historien, considérant l'in- 
dividu comme le résumé de l'espèce, et l'espèce comme 
le développement multiple de l'individu, prétend déter- 
miner la loi qui domine tous les faits humains, et les 
ramener tous à une théorie savante. Rien alors ne doit 
plus lui échapper; il n'a plus le droit de choisir même les 
grands peuples et les grands hommes qui représentent et 
résument le mieux l'esprit de l'humanité; il n'est pas de 
fait si insignifiant en apparence qui ne puisse jeter du 
jour sur l'ensemble, pas de contrée si lointaine qu'on ne 
doive explorer. L'histoire, parvenue à ce degré, doit donc 
être universelle. Mais le génie de l'homme peut-il jamais 
s'élever jusqu'à l'universalité? Cette espérance n'est-elle 
pas une chimère ? Malgré son impuissance, malgré ses 
nombreux échecs dans la Philosophie de l'histoire, l'es- 
prit humain tend toujours à la généralisation. Cependant 
il ne peut espérer d'atteindre le but qu'il poursuit : du 
jour où la Philosophie de l'histoire aurait tenu tout ce 
qu'elle promet, il n'y aurait, plus d'histoire, il y aurait 
une science; et l'homme, s'élevant de degré en degré jus- 
qu'à la parfaite intelligence des choses passées, de là 
môme jusqu'à la prévision de l'avenir, se confondrait 
avec Dieu. 

L'histoire est une création de la Grèce. On trouve, à la 
vérité, dans les littératures orientales, par exemple chez 
les Hébreux, quelques livres dits historiques; mais ce 



HIS 



1035 



III S 






ne sont que des récits composés dans le but tout à fait 
pratique de conserver le souvenir de certains faits, qu'il 
est essentiel de ne pas oublier, et hors desquels l'écrivain 
n'a rien voulu voir. Ce qui caractérise, au contraire, les 
historiens grecs, c'est une curiosité insatiable, un esprit 
d'investigation générale, pour qui tous les faits ont une 
égale valeur ; c'est la recherche de la vérité pour elle- 
même, sans préoccupation de l'emploi qu'ils en pourront 
faire; c'est l'esprit de critique, qui n'admet pas indistinc- 
tement toutes les traditions, qui choisit entre les témoi- 
gnages; c'est enfin l'esprit philosophique, qui, sous tous 
les actes sociaux, voit une manifestation de l'esprit hu- 
main. Mais les Grecs ont eu sur l'histoire une opinion 
particulière, enseignée dans leurs écoles, et que les Ro- 
mains ont ensuite adoptée : ils confondaient presque 
l'histoire avec l'éloquence : Nihil est maois oratorium 
quam historia, disait Cicéron. Ce,tte confusion, naïve- 
ment exprimée dans une préface d'Éphore, livra la théorie 
même du genre historique à l'autorité des rhéteurs, et la 
contina dans un chapitre de leurs traités sur l'art ora- 
toire. Aussi , trop préoccupés du soin de la forme , les 
historiens de l'antiquité cherchèrent à intéresser et à 
plaire , aux dépens même de la vérité. Nulle part cette 
tendance ne se montre mieux à découvert, et nulle part 
on n'en voit mieux les effets, que dans l'usage des haran- 
gues ( V. ce mot). C'est toujours l'art qui prime la science, 
toujours l'intérêt et le plaisir qui passent avant l'instruc- 
tion et la vérité. 

Les qualités nécessaires à l'historien sont nombreuses, 
variées, presque effrayantes. Pour la recherche des faits, 
il a besoin d'une rare intelligence : non-seulement il doit 
remonter aux différentes sources de l'histoire, traditions 
orales, inscriptions monumentales, médailles, livres, 
documents publics et privés, etc., et soumettre à une 
critique attentive , pénétrante et délicate tout ce qu'il 
aura recueilli ; il lui faut être versé dans la connaissance 
des lois, de la guerre, des finances, des institutions ad- 
ministratives, des langues, et s'éclairer par la chronologie 
et la géographie, qu'on a appelées les deux yeux de l'his- 
toire. — La mise en œuvre des matériaux exige un grand 
talent de composition, afin de produire l'intérêt et d'évi- 
ter l'ennui ; dans le nombre infini des faits , il importe 
de choisir ceux qui méritent de survivre, ceux qui sont 
dans un rapport essentiel avec la nature de l'homme, et 
dans un rapport anecdotique avec la nature des hommes 
à telle ou telle époque. — L'historien doit avoir fortifié, 
agrandi ses méditations solitaires par l'expérience de la 
vie active : s'il ne connaissait la société que par les livres, 
il serait exposé à la juger fort mal , et se trouverait 
dans l'impossibilité de la peindre. Tous les historiens de 
la Grèce, excepté peut-être Hérodote, furent des hommes 
publics, des orateurs et des généraux ; il en fut de même 
à Rome ; chez les modernes aussi, Machiavel, Guichardin, 
Paolo Sarpi, De Thon, rappellent l'idée de la vie active 
mêlée à la spéculation littéraire. — Parmi les qualités 
morales qui sont indispensables à l'historien, il faut citer 
en première ligne l'amour de la vérité, et par là on en- 
tend, non pas seulement le besoin de cette vérité sèche 
et morte qui n'est que l'exactitude, mais la force de re- 
trouver, de sentir et de refaire la vérité locale et contem- 
poraine, de dessiner les physionomies des personnages, 
et de les mettre en mouvement, en leur rendant leurs 
passions et leurs costumes. On demandera ensuite à l'his- 
torien l'amour de l'humanité, c.-à-d. que sa justice im- 
partiale ne doit pas être impassible : il faut qu'il ait une 
passion, qu'il souffre ou soit heureux de ce qu'il raconte, 
semblable à un témoin tout ému encore des faits qu'il a 
vus. Lucien disait que l'historien doit être un étranger 
sans patrie, sans autels, et un écrivain du xvm e siècle, 
qu'il doit n'être d'aucun pays, d'aucun parti, d'aucune 
religion : des récits composés dans de pareilles disposi- 
tions, sans principes, sans idées, sans conviction, ne 
pourraient avoir ni vie ni couleur. C'est à l'historien de 
soutenir, au contraire, le parti de la justice,, qui est de 
tous les temps et de tous les lieux, sans qu'aucun intérêt 
de patrie; de corps ou de secte puisse le lui faire déserter. 

Malgré la remarque si vraie d'Aristote, que la distinc- 
tion des genres ne repose pas sur la différence de la 
forme, il faut se garder de croire que la forme soit indif- 
férente : la pensée humaine, au contraire, ne peut être 
complète sans elle. 11 y a donc un style historique , 
comme il y a un style oratoire. Chez les Anciens, la poé- 
sie et l'histoire avaient été longtemps confondues : dans 
les premiers âges des sociétés, l'homme n'est pas riche 
en souvenirs, et il n'a pas encore eu le temps d'exercer 
beaucoup sa raison; l'imagination augmente et embellit 



de ses inventions tous les événements qui ont vivement 
agi sur elle et qu'elle se plait à célébrer. C'est ainsi qu'il 
y a de l'histoire dans Homère, et de la poésie dans Héro- 
dote. De nos jours même, quoique le progrès des temps 
ait démêlé bien des éléments jusque-là confondus , le 
divorce n'est pas et ne saurait être complet entre la raison 
et l'imagination; la poésie doit encore puiser ses données 
dans l'histoire, et l'histoire emprunter à la poésie ses 
formes vives et animées. On a prétendu que les deux i 
genres devaient rester complètement indépendants l'un 
de l'autre, et on a voulu renfermer l'historien dans les 
limites étroites de la critique. Mais les auteurs tels que 
Suétone sont de simples compilateurs ; s'ils ont le mérite 
de la conscience et de l'exactitude, s'ils ont rassemblé 
tous les matériaux de l'histoire, l'histoire est encore à 
faire. Chez eux, tout est froid et décoloré; au lieu do 
tableaux, ils n'offrent que de sèches divisions; au lieu de 
personnages vivants, les membres épars qui pourraient 
servir à les recomposer. La vérité n'est pas tout entière 
dans une simple juxtaposition des faits, et une mémoire 
fidèle, une recherche patiente ne sont pas les seules qua- 
lités qu'on doive exiger de l'historien : la puissance de la 
réflexion et de l'imagination lui sont tout, aussi néces- 
saires. L'une sert à choisir entre les différents récits, à 
discerner la vérité au milieu des contradictions, quelque- 
fois môme à combler des lacunes profondes, à restaurer 
des ruines et à reconstruire un vaste monument; l'autre, 
répandant ses vives couleurs sur cette matière insen- 
sible, anime les descriptions , caractérise fortement le 
çéniedes peuples et des individus, évoque pour ainsi dire 
les morts, et donne au récit tout l'intérêt d'une action. 
L'historien doit éprouver quelque chose de l'émotion res- 
sentie par les personnages qu'il met en scène, et faire 
passer ses sentiments dans ses écrits. Si l'histoire tient à 
la fois à la science et à la poésie, elle doit revêtir une 
forme intermédiaire entre les deux formes affectées aux 
œuvres de l'imagination et de la raison. 

Eu égard à l'étendue des sujets, l'histoire estdile uni- 
verselle, si elle embrasse tous les peuples et tous les 
siècles; générale, quand elle s'occupe d'une nation, dont 
elle montre l'origine, les progrès et les diverses révolu- 
tions; particulière, lorsqu'elle se borne à une période 
isolée, à un événement spécial, à une province, à une 
ville, à un homme public. Quand elle entre dans les dé- 
tails de la conduite privée d'un personnage, elle devient 
une simple Vie, une Biographie [V. ce mot). Si un per- 
sonnage raconte lui-même ses actes et les événements 
dont il a été témoin, sa composition rentre dans la classe 
des Autobiographies et des Mémoires (V. ces mots). — Au 
point de vue dos éléments constitutifs de la société , 
l'histoire a été divisée en deux grandes parties, l'histoire 
sacrée et l'histoire profane. L'histoire sacrée, qui raconte 
tous les faits relatifs à la religion depuis l'origine du 
monde jusqu'à nos jours, se subdivise en histoire sainte, 
où l'on s'occupe des faits antérieurs au Christianisme et 
consignés dans les saintes Écritures , et histoire ecclé- 
siastique, qui traite de l'établissement de l'Église et de 
son développement à travers les siècles. L'histoire pro- 
fane embrasse l'histoire civile, politique et intellectuelle 
des différents peuples. On la partage en trois_ grandes 
périodes : histoire ancienne, depuis l'origine des États dans 
l'antique Orient jusqu'à la chute du monde romain à la fin 
du iv e siècle de l'ère chrétienne; histoire du moyen âge, 
depuis la ruine de l'Empire romain jusqu'à l'établisse- 
ment des Turcs Ottomans à Constantinople en 14511 ; 
histoire des temps modernes, depuis le milieu duxv e siècle 
jusqu'à nos jours. — Pour le tableau des plus célèbres 
historiens, V. les articles consacrés à l'histoire des di- 
verses littératures. B. 

histoire (Académies d'), Sociétés formées par les sa- 
vants de divers pays pour l'étude de l'histoire nationale. 
La Société de l'Histoire de France, fondée à Paris en 
1833 par MM. Guizot, Thicrs, Mole, de Baraute, A. Beu- 
gnot, Mignet, Raynouard, Fauriel , etc., se réunit à la 
Bibliothèque impériale, et publie, outre un Annuaire et 
un Bulletin , des ouvrages et documents relatifs à l'his- 
toire de la France. Au nombre des Sociétés étrangères, on 
remarque : l'Académie royale d'Histoire portugaise de 
Lisbonne, créée en 1720 par Jean V; l'Académie royale 
d'Histoire de Madrid, confirmée en 1738 par Philippe V; 
l'Académie d'Histoire et d'Antiquités de Naples , créée 
en i'807 par Napoléon I er ; la Société historique anglaise, 
fondée à Londres en 1830 pour l'étude et la publication 
des documents antérieurs à Henri Mil; la Société de 
l'histoire ancienne de l'Allemagne , fondée on 1819 à 
Francfort-sur-le-Mein par le ministre prussien De Stein ; 



II OL 



1036 



HOL 



la Société historique de la Basse-Saxe, fondée à Hanovre 
en 1834; la Société de l'Histoire nationale du Wurtem- 
berg , créée en 1822; la Société historique et archéolo- 
gique de Moscou, créée en 1836, etc. 

histoire (Peinture d'), le premier et le principal genre 
de la peinture, celui qui a pour objet principal la repré- 
sentation de la figure et de l'action de l'homme, et qui 
embrasse les sujets tirés de l'histoire et de la mythologie, 
ainsi que les compositions allégoriques. Il implique un 
caractère noble, un style élevé, et quelque beauté idéale. 

HISTOIRE AUGUSTE. V. AUGUSTE. 

HISTORIÉ, se dit de toutes parties architecturales, 
moulures, chapiteaux, etc., sur lesquelles on a sculpté, 
peint ou gravé des sujets empruntés à l'histoire ou à la 
fable. 

HISTORIOGRAPHE. ( V. ces mots dans notre Dict. 

HISTRION. } de Biog. et d'Histoire. 

HITOPADÈÇA, c.-à-d. Instruction salutaire, recueil de 
fables et de contes en langue sanscrite. C'est un abrégé, 
de date assez récente, d'un ouvrage plus considérable 
et probablement beaucoup plus ancien, le Pantcha-Tan- 
tra. Le Hitôpadéça renferme un extrait des trois pre- 
miers livres de ce poème, et d'un autre ouvrage brah- 
manique que nous ne possédons pas. On peut donc 
considérer l'histoire du Pantcha- Ta7itra comme ren- 
fermant implicitement celle du Hitôpadéça; car c'est 
l'histoire môme de la Fable. Ce recueil fut traduit en 
pelhvi, au vi e siècle de notre ère, sous le titre de Calila 
et Dimna; puis, du pelhvi en arabe, au vin e siècle ; de 
l'arabe en hébreu par le rabbin Joël. Jean de Capoue le 
traduisit de l'hébreu en latin au xn e siècle sous le titre 
de Directoriwn humanœ vilœ, qui rend le sens du mot 
Hitôpadéça.- Auxv e et au xvi e siècle on en fit, sur le latin, 
des versions espagnole, italienne et française; en 1579, 
Pierre de Larrivey les fondit ensemble sous le nom de 
Deux livres de fllosofle fabuleuse. La Fontaine vint im- 
médiatement après. De plus, le Calila et Dimna pelhvi fut 
traduit en persan au\ xn c et xm e siècles sous le titre de 
Anwari Sohaili. Le livre des Lumières est la traduction 
des quatre premiers livres; imprimé sous le nom de 
Fables de Pilpay, il a fourni plusieurs beaux sujets à 
notre grand fabuliste. — Le Hitôpadéça, ainsi que le 
Pantcha-Tanlra , sont attribués au brahmane Vishnu- 
çarma. Schlegel et Lassen en ont donné une traduction 
latine, en 1831; Johnson, une traduction anglaise, en 
1848; M. Lancereau, une française, en 1855. Le Pantcha- 
lantra, traduit imparfaitement par l'abbé Dubois en 
182C, vient de l'être fidèlement en allemand par M. Ben- 
fey. Ce dernier ouvrage est d'origine brahmanique; il ne 
renferme aucun trait qui rappelle le bouddhisme, et 
semble, sinon antérieur à cette religion, au moins con- 
temporain de ses premiers développements. Son style, la 
langue dans laquelle il est écrit, le reportent également 
à cette époque, c.-à-d. vers le n c ou le in e siècle avant 
notre ère. Quant au Hitôpadéça, il est difficile d'en tixer 
la date, mais il ne semble pas pouvoir être antérieur au 
m e ou au iv e siècle de l'ère chrétienne. Il se peut aussi 
que les écrivains bouddhiques, à l'époque de leur lutte 
contre les brahmanes, aient emprunté à ces derniers une 
forme littéraire éminemment propre à l'enseignement 
moral : ainsi s'expliqueraient les traits lancés contre les 
brahmanes dans l'édition qui a servi de texte au traduc- 
teur arabe, traits dont nos textes du Pantcha-Tanlra 
sont exempts. Em. R. 

HOC (Jeu du) / V. Jeux, dans notre Dict. de Biogr. 

110CA (Jeu de) \ et d'Iltsl., p. 1430, col. 2. 

HOCUE-PLIS. V. au Supplément. 

HOlli, ancien terme de Jurisprudence, synonyme 
d'héritier. 11 se disait spécialement des enfants et petits- 
enfants, et s'employait plutôt au pluriel qu'au singulier. 

HOIRIE, mot autrefois synonyme d'héritage, de suc- 
cession, dans la langue du droit. On nomme avancement 
d'hoirie une donation en avance sur une succession à 
recueillir. Ce qui est ainsi donné est retenu plus tard 
dans le compte de la succession. 

HOLLANDAISE (École), l'une des grandes écoles de 
peinture chez, les modernes. Les plus anciens artistes de 
cette école sont : Albert van Owater, de Harlem , qui vi- 
vait avant l'an 1 i()0; Thierry, également de Harlem, pos- 
térieur d'un demi-siècle au précédent; et Corneille En- 
ghelbrcchtsen, de Lcyde, qui, le premier dans sa patrie, 
employa la peinture a l'huile. La peinture historique jeta 
un certain éclat dans le cours du xvi" siècle, grâce à 
Lucas de Leyde, Martin Heemskcrk, Octave Van Veen 
(Otto Venins ), Ilonthorst , Ant. Moro. L'école est dès 
lors remarquable par une parfaite intelligence du clair- 



obscur, une couleur aussi brillante que vraie , et un fini 
des plus précieux, sans arriver pourtant à la sécheresse. 

Quand le protestantisme se fut répandu dans les Pro- 
vinces-Unies, les tableaux religieux furent bannis des 
églises. L'art, entrant dans une autre route, n'exploita 
plus que le paysage national, car l'amour du sol de la 
patrie s'augmentait depuis qu'on avait secoué le joug de 
l'Espagne ; que la marine , car elle était la défense et la 
force du nouvel État ; que le genre, car on aimait à se re- 
poser, dans les scènes calmes d'intérieur, de la lutte fu- 
rieuse qu'il avait fallu soutenir. Alors surgirent tous ces 
grands artistes qui ont rempli le xvu e siècle, les paysa- 
gistes Jean et André Both, Albert Cuyp, Ant. Waterloo, 
Van Goyen , les deux Van der Neer, Moucheron, Swane- 
velt, Abraham Bloemaert, Hobbema, Ruysdaél, Wynants, 
Van Éverdingen, Berghem , Pynacker; les peintres de 
genre, Adrien Brauwer, Schalken, Netscher, les deux 
Weenix, Gérard Dow, Terburg , Pierre de Hoogh , Jean 
Steen, Poelemburg, Adrien et Isaac Van Ostade, Adrien 
Van der Werf, Van der Heyden, Pierre de Laar, dit le 
Bamboche, Corneille Bega, les deux Koninck, Mieris et 
Metzu; les peintres d'animaux, Paul Potter, Karel Du- 
jardin, Hondekoeter et Wouwermans; les peintres de 
marine, Van Cappellen, Backhuysen et Van de Velde; 
les portraitistes, Bol, Van den Eeckhout et Van der 
Helst; les peintres de fleurs, David de Ileeni et Van 
Huysum; et, au-dessus de tous, Rembrandt, le sublime 
coloriste, le peintre de l'ombre. V. Descamps , Vies des 
peintres flamands, allemands et hollandais, Paris, 1750, 
5 vol. in-8°. 

hollandaise (Langue), langue classée par les linguistes 
dans la famille saxonne ou cimbrique des langues germa- 
niques, et formant avec la langue flamande ( V. ce mot) 
le groupe néerlandais ( V. ce mot). Elle n'a pris ce nom 
que depuis que la Hollande s'est séparée des Espagnols, 
et, comme cette province était la plus importante des 
Provinces-Unies , son dialecte a été celui du gouverne- 
ment et de la nation. Le hollandais ne s'employait guère 
encore au xvn e et au xviu e siècle que pour les versions de 
de la Bible, les sermons, les ouvrages de théologie et de 
controverse religieuse: les meilleurs auteurs écrivaient 
en latin ou en français. Le hollandais a les mêmes radi- 
caux que les autres langues du bas-allemand. Il change 
assez ordinairement en p Vf des Allemands, en v leur b, 
souvent aussi en t leur s et leur s , en d leur t , et parfois 
en k leur ch. Il évite les sons sifflants et les accumula- 
tions de consonnes, mais traîne les voyelles d'une façon 
disgracieuse. Comme en allemand, l'accent tombe dans 
chaque mot sur la syllabe fondamentale. Le hollandais 
est très-riche en expressions relatives à la mer et à la 
marine; mais il est obligé d'emprunter à l'allemand la 
plupart des termes philosophiques. Moins hardi que l'al- 
lemand dans la composition des mots, il a aussi rejeté, 
chez les auteurs modernes, les longues périodes et les 
pénibles constructions de cette langue. L'alphabet hollan- 
dais a 22, 24 ou 20 lettres, selon qu'on admet, ou qu'on 
rejette comme faisant double emploi, tout ou partie des 
lettres c, q. xety. La prononciation, généralement sem- 
blable à celle de l'allemand, présente les particularités 
suivantes : la lettre m a le son de notre diphthongue eu,, 
le son ou est rendu par la voyelle composée œ, tandis que 
les lettres ou forment une diphthongue qui se prononce 
oou; les lettres ij forment une diphthongue qui répond à 
celle qu'on entend dans le mot français veille; le g a le 
son du ch allemand. Des différences de prononciation et 
l'introduction d'un certain nombre de mots étrangers don- 
nent naissance à des dialectes locaux, dont les plus im- 
portants sont ceux de Zélandc, de Gueldre, de Groningue, 
et celui de la ville de Kampen ou de l'Ysscl supérieur. 
V. Sevvcl, Grammaire néerlandaise , Amst., 1708, in-8°; 
Ph. Lagrue, Grammaire hollandaise, Amst., 1785, in-8 u ; 
Zeydelaar, Grammaire néerlandaise, Amst., 1791, in-8°; 
Van Moerbeck, Nouvelle Grammaire hollandaise, en ail., 
Leipzig, 1791, in-8" ; P. Weiland, Grammaire néerlan- 
daise, 1805; Van der Pyl, Grammaire hollandaise pra- 
tique, Dordrecht, in-8"; W. Bilderdyk, Grammaire néer- 
landaise, La Haye, 1820, in-8"; Winkelman, Dictionnaire 
français-hollandais et hollandais-français, Utrecht, 1783, 
2 vol. in-8°; P. Marin, Dictionnaire français et hollan- 
dais, Amst. , 1793, 2 vol. in-i°; Van Moock, Nouveau 
Dictionnaire français-hollandais et hollandais-français, 
Zutphen, 1824,4 vol. in-8»; Olingcr, les Racines de la 
langue hollandaise, accompagnées d'une Gra mmaire sim- 
plifiée, Bruxelles, 1818, in-12, et Dictionnaire français- 
hollandais, 2 vol. in-8; Van Jaarsveldt, Sur les rapports 
du hollandais avec l'allemand, Amst., 183;-!; F. Otto, 



HOL 



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HOL 



Essai théorique et pratique sur la langue et la littérature 
hollandaises, en allem., Erlangen, 1839, 2 vol. in-8". 

hollandaise (Littérature). Les Hollandais n'ont eu 
qu'assez tard une littérature nationale. Il n'est nulle- 
ment prouvé que la Chronique rimée qui porte le nom de 
Nicolas Kolyn remonte, comme on l'a prétendu, jusqu'au 
xn e siècle. Celle dans laquelle Melis Stoke raconta l'his- 
toire des comtes de Hollande jusqu'à Guillaume III, est 
du xm e . Le xrv e présente Guillaume Van Hilleggersberg 
et des espèces de Trouvères, appelés Sprekers (orateurs), 
qui visitaient les cours des princes et des seigneurs, débi- 
tant des spreuken ou proverbes, maximes morales en prose 
et en vers. Des traductions ou des imitations de poëmes 
carlovingiens, tels que Flore et Blanchefleur , Renaud de 
Montauban, etc., furent faites en hollandais , mais on 
regarde les romans de Charles et Élégast et des Enfants 
de Limbourg comme des œuvres originales de cette lit- 
térature. Au commencement du xv e siècle on vit se for- 
mer, dans les villes importantes, des corporations de 
Rederijkers (rhétoriciens) analogues aux Meistersœngers 
allemands. 

Quand les Provinces-Unies eurent échappé à la domi- 
nation de l'Espagne, la littérature hollandaise prit un 
plus grand essor, et devint très-florissante. Le xvi e siècle 
vit paraître des poètes nombreux et distingués : Koorn- 
hert, qui combattit, dans des poëmes didactiques, les er- 
reurs et les préjugés de son temps; Philippe de Marnix, 
ami du prince d'Orange, auteur de chants qui devinrent 
populaires, et d'une œuvre satirique en prose, intitulée 
Bijenkorf; II. -L. Spiegel, Rœmer Visscher et ses filles 
Anne et Marie, le chansonnier Laurent Reaal , Dirks 
Pers; Brederode et Koster, qui donnèrent les premiers 
une forme régulière, l'un à la comédie, l'autre à la tra- 
gédie ; P. Corn. Hooft, bien supérieur à tous les précé- 
dents, et qui excella dans tous les genres ; Jan Vos, qui 
fut son riva! dans les compositions dramatiques; J. Cats, 
dont les œuvres sont pleines d'un aimable enjouement. 
La ville de Dordrecht eut son école poétique particulière, 
représentée par Kamphuysen, Hugo Grotius, Daniel 
Joncktys, Daniel Heinsius, Jérémie de Dekker, Van So- 
meren. La poésie fut portée au plus haut degré de per- 
fection pendant le xvn e siècle par Joost Van der Vondel, 
qui a publié des traductions d'auteurs classiques, des 
chants lyriques, des sonnets, des élégies, des héroïdes, 
des épîtres, des satires, des tragédies et une Poétique. On 
peut citer après lui Antonides Van der Goes, poète lyrique 
et tragique estimé; Heymann Dullaert, Const. Huyghens, 
Joachim Oudaan, Van Westerbaen ; Reinier Anslo , dont 
le poëme de la Peste de Naples est toujours estimé ; Van 
Fockenbroch , qu'on a surnommé le Scarron hollandais; 
Jean Six, Jfan deBrœkhuysen, Elisabeth Koolaert, J.-B. 
Wellekens, Rotgans, Moonen, Vlaming, J. Vollenhove, 
Luc. Schermer, Corn. Poot, qui excella dans la chanson et 
l'épître. — Hooft ne fut pas seulement un poëte, mais 
un prosateur remarquable : on lui doit une Histoire de 
Henri IV, une Histoire de la maison de Médicis et une 
Histoire de la lutte pour V indépendance des Pays-Bas. 
Gérard Brandt écrivit une Vie de Ruyter et une Histoire 
de la Refonnation , et Gérard Van Loon une Histoire de 
la Hollande. 

Lorsque les écrivains français du règne de Louis XIV 
eurent ébloui l'Europe de l'éclat de leur renommée, on 
se mit à les imiter en Hollande. Sybrand Fritama, traduc- 
teur du Télémaque et de la Henriade , se fit le chef de 
l'école nouvelle, dans laquelle on compte, entre autres 
poëtes, Hoogvliet, W. Van Haren, et son frère Zwïer Van 
Haren. La scène française fut également prise pour mo- 
dèle par André Pels, Buisero, Huijdecoper, Langendijk, 
Van Steenwijk. Mais l'imitation étrangère ne pouvait 
être durable : vers le milieu du xvin e siècle, une femme, 
Lucr. Wilh. Van Merken, dont on a des poëmes histori- 
ques et didactiques, ramena la littérature nationale sur 
son véritable terrain, et, parmi ceux qui marchèrent en 
poésie sur cette trace nouvelle, on distingue Bellamy, 
Feith,Niewerland, Van Alphen, Elisabeth Bekker et Agathe 
Deken. Le théâtre reprit aussi ses libres allures avec Van 
Winter, Jels, Nomsz, Haverkorn, Uylenbroek, Doornik, et 
la baronne de Lannoy. Au nombre des prosateurs, on re- 
marque Van Effen, fondateur des journaux hebdoma- 
daires le Misanthrope et le Spectateur, et les historiens 
Jean Wagenaar, Stijl, Kluit, Van Wijn, Van Hamelsveld, 
Muntinghe, Meermann, Stuart, Scheltema, Kampen, Bos- 
scha. Van Capelle, De Jonge, De Vries, Groen Van Prin- 
sterer, etc. 

Le génie le plus puissant du commencement du xix e siè- 
cle a été Bilderdijk, qui brilla dans tous les genres de 



littérature. Autour de lui se sont groupés les poëtes lyri- 
ques Kincker, Helmers, Spandaw, Loots et Tollens, les 
poëtes élégiaques Simons et Borger, le poëte bucolique 
Loosjes, les poëtes didactiques Hulshoff, Hennert, Van 
der Bosch et Paulus, le satirique Fokke, enfin Lulof, qui 
cultiva le genre descriptif. Plus près de nous , la poésie 
hollandaise a été représentée par Isaac de Costa, Van der 
Hoop, Ter Haar, Van Lennep, Bogaerts, Wieselius, etc. 
Kantelaar s'est fait une grande réputation comme pané- 
gyriste, et Van der Palm comme orateur de la chaire. Le 
roman a jeté un assez vif éclat avec Maria Post. 

V. Noël Paquot, Mémoires pour servir à l'histoire lit- 
téraire des dix-sept provinces des Pays-Bas, Liège, 1 7G3 
et suiv., 3 vol. in-fol. , ouvrage inachevé; Siegenbeek, 
Histoire de la littérature néerlandaise, Harlem, 182G, 
in-8°; Gravenwert, Essai sur l'histoire de la littérature 
néerlandaise, Amst., 1830, in-8\ 

HOLOPHRASTIQUE (du grec holos, tout, etphrasô, 
je parie), c.-à-d. exprimant ridée dans son tout; terme 
dont se servent quelques linguistes par opposition à ana- 
lytique, et qu'ils appliquent aux langues polysynthétiques. 

HOLY-CROSS (Abbaye d'), en Irlande, dans le Muns- 
ter, sur les bords de la Suir. Fondée en 1182 par Donald 
O'Brien, roi de Limerick, pour recevoir un morceau de 
la vraie croix donnée par le pape Pascal II (d'où lui est 
venu son nom, qui signifie Sainte-Croix), elle n'offre 
plus aujourd'hui que des ruines imposantes, les plus 
curieuses que l'île possède en style ogival. L'architecture 
de la nef est inférieure à celle des transepts, du chœur 
et de la tour. Celle-ci, carrée et d'une grande élévation, 
est supportée par quatre arcades gracieuses , et flanquée 
d'élégants arcs-boutants découpés en pointe. Deux cha- 
pelles divisent l'aile du nord : l'une, qui contient les 
fonts baptismaux et un autel en forme de tombe, est 
éclairée par une fenêtre du plus étrange dessin. Dans le 
chœur s'élèvent une sorte de mausolée, avec écussons 
sculptés aux armoiries des Fitz-Gerald, et un cénotaphe 
qui parait avoir été destiné à recevoir, pendant les ser- 
vices funèbres, les corps des défunts. 

HOLY-ROOD (Palais et Abbaye d'), à Edimbourg. Le 
palais d'Holy-Rood, ancienne résidence des souverains 
écossais, est un grand bâtiment de forme quadrangulaire, 
avec une cour centrale : chaque côté présente un déve- 
loppement de près de 80 met. Les quatre tours crénelées 
qui garnissent les angles lui donnent l'aspect d'une for- 
teresse féodale. Il a subi tant de changements depuis sa 
construction, qu'on ne saurait attribuer une date précise 
à aucune de ses parties. Les tours du N.-O., bâties par 
Jacques V, passent pour la partie la plus ancienne. Dé- 
truit par les Anglais en 1544, le palais fut rebâti peu de 
temps après sur un plan plus vaste, et on dit qu'il ne 
renfermait pas moins de cinq cours. Cromwell le démolit 
de nouveau, à l'exception de l'angle du N.-O. ; les autres 
parties du monument actuel furent élevées sous le règne 
de Charles II , sur les plans de W. Bruce. Au-dessus de 
la porte d'entrée de la façade occidentale, on voit encore 
les armes royales de l'Ecosse : de chaque côté s'élèvent 
deux colonnes doriques, qui supportent un entablement 
surmonté d'une coupole en forme de couronne impé- 
riale. Cette porte est gardée par des soldats vêtus de l'an- 
cien costume national. A l'angle S.-E. de la cour inté- 
rieure est un grand escalier conduisant aux appartements 
royaux, qui furent habités en 1793, et de 1830 à 1833 
par les Bourbons exilés de France. Le côté septentrional 
du palais contient une galerie longue de 49 met., large 
de 8 m ,50, haute de 6°, et où se trouvent 114 médiocres 
portraits peints par le Hollandais De Witt : ils passent 
pour ceux des rois d'Ecosse, mais n'ont aucune authen- 
ticité. La seule curiosité vraiment intéressante d'Holy- 
Rood est la chambre à coucher de Marie Stuart, que l'on 
a conservée dans l'état où elle se trouvait au temps de 
cette reine : elle est située à l'angle N.-O. Les ducs 
d'Hamilton sont les gardiens héréditaires du palais. — 
Au N. du palais sont les ruines de l'abbaye fondée en 
1128 par David I er . Cet édifice, de style ogival, fut pillé 
en 1332 et en partie détruit en 1544 par les Anglais. La 
nef qui avait été préservée fut dépouillée de tous ses or- 
nements lors de la Réformation. Charles I er fit restaurer 
ces ruines, qu'il transforma en une chapelle royale, où il 
fut couronné en 1033. Pendant la République, la popu- 
lace la dévasta de nouveau. En 1758, on la recouvrit 
d'un toit tellement lourd, que, dix ans après, les murs 
s'affaissèrent en partie sous ce poids. Depuislors elle est 
restée une ruine. On y voit les restes de David II, de Jac- 
ques II, de Jacques V et de sa femme, de Henri Darn- 
ley, etc., car l'intérieur a servi pendant longtemps de 



HOM 



1038 



HON 



cimetière. V. Htstorical description of the monastery 
and chapel royal of Holyrood-House, Edimbourg, 
1819, in-8°. 

HOMBRE (Jeu del'). V. Jeux, dans notre Diction- 
naire de Biographie et d'Histoire, page 1 430, col. 2. 

HOMÉLIE (du grec homilia, discours familier, conver- 
sation; en latin sermo), nom donné aux discours qui se 
faisaient dans l'église , pour montrer que ce n'étaient pas 
des harangues et des discours d'apparat comme ceux des 
orateurs profanes , mais des entretiens comme ceux d'un 
maître à ses disciples ou d'un père à ses enfants. Nous 
avons un grand nombre d'homélies des Pères de l'Eglise 
grecque, S' Basile, S' Jean Chrysostôme, S' Grégoire, de 
Nazianze, etc. On en trouve chez les Pères latins, dans 
S' Augustin entre autres , sous le titre d'Enarratio. 
L'ancienne homélie a été remplacée par le Prône ( V. 
ce mot). 

HOMÉRIDES. 1 V. ces mots dans notre 

HOMÉRIOUE (Guerre) } Dictionnaire de Biogra- 

HOMÉRISTES. \ phie et d'Histoire. 

HOMICIDE (du latin homo, homme, etcœdere, tuer), 
acte de tuer un homme, et celui qui a commis cet acte. 
La loi française distingue plusieurs espèces d'homicides : 
l'assassinat, le meurtre, le régicide, le parricide, l'in- 
fanticide (V. ces mots), Vhomicide par imprudence 
(puni d'un emprisonnement de 3 mois à 2 ans, d'une 
amende de 50 à 500 fr., et donnant lieu à des dom- 
mages-intérêts), et Vhomicide par légitime défense (V. 
ce mot). La loi prend en considération l'âge du coupable 
( V. Discernement). 

HOMILÉTIQUE, nom donné par les rhéteurs allemands 
à la partie de la Rhétorique qui concerne l'éloquence de 
la chaire. Schmidt, Amnion, Schott, Hiiffel, ont écrit des 
traités d'Homilétique. 

1IOM1LIA1RE, recueil d'homélies qui devaient être 
lues le dimanche dans la primitive Église. 

HOMMAGE. I V. ces mots dans notre Dictionnaire de 

HOMME. \ Biographie et d'Histoire. 

HOMMES DE LETTRES. V. Gens de letthes. 

HOMOEOGRAHIIE. V. Lithotïpoguaphie. 

HOMOEOMÉRIES , particules similaires en nombre 
infini, qui étaient, suivant Anaxagore, le principe maté- 
riel, la substance de toutes choses ( V. Aristote, Métaph., 
I, 3). « Il pensait, nous dit Diogène Laérce ( Vie d'Anaxa- 
ic gore), que les principes des choses consistent en pe- 
" tites parties toutes semblables les unes aux autres..., 
« et que l'univers a été formé de corpuscules, de parties 
« menues et conformes entre elles. » D'après cela, on se- 
rait tenté au premier abord d'assimiler les homœoméries 
d'Amixagore aux atomes des Épicuriens. Mais il faut noter, 
entre les deirx systèmes, cette différence tout à l'avantage 
d'Anaxagore, que les atomistes considéraient leur matière 
première comme douée par elle-même de la propriété de 
se mouvoir, tandis que la cause du mouvement et de la 
réunion des homœoméries est cette intelligence, ce voû;, 
que Platon et Aristote louent Anaxagore d'avoir nommée 
pour la première fois le principe de l'arrangement et de 
l'ordre de l'univers. V. la note c de l'article Anaxagoras 
dans le Dictionnaire critique deBayle, et la thèse deM.Zé- 
vort Snr la vie et la doctrine d' Anaxagore. B — e. 

HOMOEOPTOTE et HOMOEOTÉLEUTE ( du grec 
omoios , semblable; ptâtos , qui tombe; téleutè, termi- 
naison ), terme de la Rhétorique ancienne, désignant 
une figure qui rapproche des mots dont les terminaisons 
sont semblables. On a un exemple de cet artifice dans les 
vers suivants d'Horace (Sat. I, 0. v. 55) : 

Multos Siïpr: viros, nullis majoribus ortos, 
Et vixisse probos, amplis et lionoribus auctos. 

Dans ce retour périodique des mêmes consonnances on 
voit généralement l'origine du système de versification 
rimée qui fut souvent employé dans le latin du mo3 r en 
âge. La même figure se trouve dans les dictons popu- 
laires, parce qu'elle indique bien le parallélisme des 
idées : « Oui terre a , guerre a ; — Jeux de mains, jeux de 
vilains; — Comparaison n'est pas raison. » 

HOMOLOGATION (du grec omologéin, approuver), 
sanction donnée par l'autorité judiciaire à un acte qui lui 
est soumis. Les délibérations des Conseils de famille sur 
les intérêts graves des mineurs et des interdits (Code 
NapoL, art. 448, 457, 483, 511), les licitations ou par- 
tages laits on justice, doivent être homologuées par le tri- 
bunal de 1 ri; instance. Les concordats passés entre le failli 
et ses créanciers doivent avoir l'homologation du tribunal 
de commerce Code de Comm., art. 524-520). Les actes 



de notoriété tenant lieu, en cas de célébration de ma- 
riage, des actes de naissance, doivent être soumis à 
l'homologation des tribunaux de l re instance. Les trans- 
actions autorisées par les conseils municipaux doivent 
être homologuées par le préfet, quand la somme ne dé- 
passe pas 3,000 fr., et par l'empereur si la somme est 
plus considérable. Les tarifs des chemins de fer doivent 
être homologués par le ministre de l'agriculture, du com- 
merce et des travaux publics. 

HOMOLOGUMÈNES, nom que reçurent au iv e siècle 
les livres du Nouveau Testament dont l'authenticité était 
prouvée et reconnue de tous, par opposition aux livres 
antilogumènes, dont l'authenticité était contestée. 

HOMONYME (du grec omos , semblable, et onoma , 
nom), se dit des mots qui se prononcent de même, soit 
en s'écrivant différemment, comme cours (lieu de prome- 
nade) et cour (espace découvert enfermé de murs), saint 
(du latin sanctus, pur), sein (de sinus), sain (de sanus), 
ceint (de cinctus) et seing (de signum), mer, mère et 
maire; soit en signifiant des choses différentes, comme 
port (du latin portus), abri pour les vaisseaux, et port (du 
verbe porter), manière de se tenir en marchant; cor, du- 
rillon aux pieds, et cor, instrument de musique; livre 
(poids) et livre (qu'on lit), neuf (chiffre) et neuf (nouveau). 
On dit aussi mon homonyme, votre homonyme, en par- 
lant d'une personne portant le même nom que celle qui 
parle ou à qui l'on s'adresse, que ces noms soient ou non 
conformes par l'orthographe. Les mots homonymes sont 
une source féconde de méprises et de fautes pour les 
étrangers, et pour les nationaux même qui commencent 
à étudier leur propre langue. V. L. Philippon de La Ma- 
deleine, Des Homonymes français, 3 e édit. , Paris, 1817. 

homonymes (Rimes). V. Rime. 

HOMOPHONIE. V. Antiphonie. 

HONCHETS. V. Jonchets. 

HONGRELINE ; vêtement militaire au xvn e siècle. 
C'était un pourpoint fourré, ouvert par devant, serré à 
la taille, et muni de basques assez longues; les manches, 
assez larges, descendaient à peine au-dessous du coude, 
et étaient garnies par en bas d'un large retroussis. 

HONGRIEURS ou HONGROYEURS, nom donné au- 
trefois à des artisans qui préparaient des cuirs à la ma- 
nière de Hongrie , et aux marchands qui vendaient ces 
cuirs. 

HONGROISE ou MAGYARE (Langue), une des langues 
ouralo-finnoises. Les Hongrois ont longtemps prétendu 
que leur idiome était seul de son espèce, sans rapport de 
filiation ou de génération avec aucun autre. Tout ce 
qu'on peut leur accorder, c'est qu'il était déjà formé à 
une époque où la plupart des langues actuelles de l'Europe 
n'existaient pas ou n'exerçaient point d'influence dans 
la Hongrie; c'est encore qu'il contient des mots qui ne se 
retrouvent pas dans les autres langues connues. Beaucoup 
de mots hongrois ayant des analogues en sanscrit, en 
persan, en hébreu, en turc, en slave, en grec, en latin, 
en allemand, en Scandinave, etc., certains linguistes 
n'ont voulu voir, au contraire, dans la langue hongroise 
qu'un mélange de toutes sortes d'idiomes : mais les Hon- 
grois ont toujours possédé dans l'histoire un caractère 
trop tranché, trop original, pour qu'une langue bâtarde 
puisse leur être attribuée, et leur contact avec les peu- 
ples chez lesquels ils ont passé, ou qui ont passé chez 
eux, suffit à expliquer la présence des mots étrangers 
dans leur langue. Adelung, ne sachant à quel groupe la 
rattacher, la mit, avec l'albanais, à part des autres lan- 
gues européennes; ce sont Klaproth et Balbi qui l'ont 
fait entrer dans la famille des langues ouraliennes ou 
finnoises. 

Le hongrois a des racines extrêmement simples, qui 
peuvent aisément se ramener à l'état monosyllabique, et 
que n'altèrent jamais les flexions qui s'y adjoignent. Il 
possède beaucoup d'onomatopées, et une grande facilité 
pour la composition des mots. On y distingue des voyelles 
simples, a, e, i, o, u, qui ont le son aigu, et des voyelles 
quiescentes, â, é, i, ô,û, il, qui se prononcent en traînant. 
11 n'y a pas de diphthotlgues proprement dites. Le hon- 
grois a des sons particuliers, gy, ny, /;/, ty, où l'y ne 
sonne nullement comme un t, mais comme un j se con- 
fondant avec la consonne. 11 évite dans la prononciation 
la rencontre des consonnes, au point do préposer une 
lettre euphonique aux consonnes doubles des radicaux 
étrangers (iskoCa, du latin scola). 11 ne distingue pas les 
genres, et exprime le sexe, quand cela est nécessaire, 
par un mot distinct. Il n'a pas de déclinaisons; les 
flexions des cas consistent en particules qui se joignent 
au radical, et que les anciens grammairiens prirent à 



ITON 



1039 



H ON 



tort pour des terminaisons de cas, Les pronoms possessifs 
et les prépositions s'expriment par des suffixes. L'article 
est exprimé par az ou par a, selon que le substantif qu'il 
détermine commence par une voyelle ou par une con- 
sonne. L'adjectif est invariable quand il précède le sub- 
stantif qu'il qualifie; mais, s'il le suit et en est séparé par 
le verbe être, il prend les mêmes flexions que lui. Les 
noms de famille sont considérés comme des adjectifs, et, 
pour cela, s'énoncent avant les noms de baptême (Da- 
thory Gabor, Gabriel de Bathor). Le comparatif se forme 
en ajoutant la lettre b à la fin du positif. Dans le verbe, 
la 3 e personne du présent est considérée comme le thème 
ou radical pur. Le verbe substantif se sous-entend le plus 
souvent. Le verbe avoir exprimant la possession se rend 
par le verbe être ayant pour sujet le nom de l'objet pos- 
sédé {un livre est à moi, au lieu de j'ai un livre). La 
forme du futur dans les verbes ne diffère pas de celle du 
présent, et le sens seul ou quelque particule fait distinguer 
les deux temps : l'emploi d'un auxiliaire pour exprimer 
le futur est relativement récent. Les verbes actifs ont la 
propriété d'être conjugués de deux manières, selon, qu'on 
les emploie dans un sens général ou dans un sens déter- 
miné. Le hongrois a trois participes, un pour le présent, 
un pour le passé, et un pour le futur. 

La juste proportion des voyelles et des consonnes, le 
soin que l'on apporte à bien articuler les syllabes et à 
nuancer exactement les sons, donnent à la langue hon- 
groise beaucoup d'harmonie, en même temps qu'elle est 
redevable d'une singulière énergie à la variété de ses 
formes et de ses constructions. La régularité des flexions 
et des liaisons la rend claire et précise. La prosodie et le 
rhythmey sont tels, qu'on a pu y introduire avec succès 
les mètres des Grecs et des Romains. Malgré ses qualités, 
la langue hongroise est peu parlée, ce qui s'explique par 
la coexistence en Hongrie du slave, de l'allemand et du 
valaque, et surtout par cette circonstance que, durant 
plusieurs siècles, elle a été exclue de l'Église, de l'admi- 
nistration publique, des écoles, où l'on n'employait que le 
latin, et de la haute société, qui préférait le français ou 
l'allemand. On y distingue 4 dialectes, différenciés entre 
eux par la prononciation : le paloczen, parlé dans les co- 
mitats de Kévès, de Neograd et de Honth ; le magyar d'au 
delà du Danube ; le magyar des bords de la Théiss ; et le 
dialecte des Szeklers, qui vivent dans la Transylvanie, la 
Bukowine et la Moldavie. 

Les Hongrois ont eu une écriture nationale, qui s'est 
perpétuée presque jusqu'à nos jours chez les Szeklers : 
mais l'alphabet latin a été adopté lors de la prédication 
du christianisme. Seulement, comme la langue présente 
au moins 31 valeurs phonétiques, il a fallu augmenter 
cet alphabet, en multipliant les voyelles au moyen de 
trémas et d'accents, et les consonnes en en réunissant 
plusieurs qui transcrivent des articulations spéciales (zs, 
sz, j, gn). V. Molnàr, Grammalica hungarica, Hanovre, 
1610, in-8°; Komàromi, Grammaire hongroise, Utrecht, 
1655; Pereszlenyï, Grammatica linguœ hungaricœ, Tyr- 
nau, 1US2, in-8°; J. Thomas, Grammaire française et 
hongroise, OEdenburg, 1763, in-8°; Gyarmathi, Gram- 
maire critique de la langue hongroise, Clausenberg, 1794, 

2 vol. in-8" ; Nicolas Rêvai, Grammatica hungarica, 
Pesth, 1809, 2 vol. in-8°; Tcepler, Grammaire théorique 
et pratique de la langue hongroise, en allem., Pesth, 
184*2 ; J. Eiben, Nouvelle Grammaire hongroise, Lem- 
berg, 1843, in-8°; Molnàr, Dictionarium latino-hungari- 
cum, Nuremberg, 1606, in-8°;Pariz Papai, Dictionarium 
latino-hungaricum , Leutschau, 1708; Dankowsky, Ma- 
gyaricœ linguœ Lexicon critico-etymologicum, Pres- 
bourg, 1833, in-8° ; Michel Kis et Ignace Paradis, Nouveau 
Dictionnaire de poche français-hongrois et hongrois-fran- 
çais, Pesth, 1844, in-12; Virag, Magyar prosodia, Bude, 
1820, in-8°; Ortelli, Harmonia linguarum, speciatim 
hungaricœ cum hebrœâ, Wittcmberg, 1 746, in-8°; Bereg- 
zaszi, Sur la ressemblance de la langue hongroise avec les 
langues orientales, en allem., Leipzig, 1796; Gyarmathi, 
Affinitas linguœ hungaricœ cum linguis fennicœ originis, 
Gœttingue, 1799, in-8»; F. Thomas, Conjecturas de ori- 
ginœ, prima sede et linguâ Hungarorum, Bude, 1800, 

3 vol.; Peringer, Sur la langue magyare^, en allem., 
Vienne, 1833, in-8"; Horvat, Sur les dialectes de la Hon- 
grie, 1821; Fogarasi, Métaphysique de la langue hon- 
groise, en allem., Pesth, 1834; Benkovich, Sur l'origine 
des Hongrois et de leur langue, Presbourg, 1836. 

hongroise (Littérature). Dès le XI e siècle, la civilisation 
avait jeté, chez les Magyares, d'assez profondes racines 
pour qu'une littérature nationale pût se développer. Mal- 
heureusement, à la suite de l'établissement du christia- 



nisme en Hongrie, le latin fut substitué à la langue 
populaire pour le culte, les procédures devant les tribu- 
naux, la rédaction des documents authentiques et des 
actes légaux. Nous ne parlerons ni des écoles et sociétés 
savantes, fondées et entretenues pendant plusieurs siècles 
par la munificence des souverains; ni des chroniques 
latines dont un grand nombre sont encore ensevelies en 
manuscrit dans les archives, et dont beaucoup d'autres 
ont péri au milieu des bouleversements politiques; ni des 
historiens Simon Von Réza, Calanus, Thomas Spalatensis, 
Rogerius, Jean de Kikello, Laurent de Monacis, Bonfinius, 
Galeotus, Ranzanus, Tubéro, Vérantius, Ratkai, Sambu- 
cus, Istvansi, etc. ; ni des philosophes et mathémati- 
ciens Pierre de Dacie, Boscovich, Segner, Rauch, Mico- 
vinyi, etc. ; ni des orateurs et des poètes, comme Janus 
Pannonius, Zalkan, François Hunyade, Dobner, Pal- 
lya, etc. Toute cette littérature, qui employait une langue 
antipathique au génie national, resta le partage exclusif 
d'une classe privilégiée. 

La langue latine n'étouffa cependant pas complètement 
l'idiome magyare, qui se conservait dans les relations de 
la vie commune, dans les camps, dans les fêtes domes- 
tiques ou populaires, dans les assemblées politiques. On 
a recueilli des fragments d'hymnes guerriers, de chants 
populaires et de sermons en hongrois. Les annales de la 
Hongrie parlent du Cantus jaculatorum et truffatorum. 
La préface du décret de Coloman dans le Corpus juris 
Hungariœ porte qu'il a été traduit du hongrois, et on pré- 
tend que la Bulle d'or d'André H existe encore en original 
dans cette langue. Ce ne fut toutefois qu'au xiv e siècle, 
sous le gouvernement des princes de la maison d'Anjou, 
que la littérature nationale sortit pour quelque temps de 
son état de proscription et prit un plus libre essor. On 
rédigea en hongrois des actes publics et des lettres ; de 
cette époque date la formule de serment en hongrois, qui 
se lit encore dans le Corpus juris Hungariœ. La Biblio- 
thèque impériale de Vienne possède un manuscrit de l'an 
138'2, renfermant une traduction de plusieurs livres de la 
Bible, essai qui fut suivi de traductions complètes des 
Saintes Écritures par Ladislas Bathori en 1450 et par 
Bertalan en 1508. Dès 1465, Janus Pannonius composa 
une Grammaire hongroise, qui ne nous est pas parvenue. 

Avec le xvi e siècle s'ouvre une période plus favorable 
pour la littérature hongroise : les mouvements politiques 
et religieux donnent aux esprits une vive impulsion. 
Bien que les princes de la maison de Habsbourg se soient 
efforcés de faire prédominer l'allemand, ou, à son défaut, 
le latin, Ferdinand 1 er doit s'engager solennellement, en 
1526, à respecter la langue et la nationalité des Magyares. 
Pour instruire le peuple, dans son propre idiome, des 
destinées de ses ancêtres, Székely, Temesvâri, Heltei, 
Bartha, Lisznyai, écrivent leurs Chroniques hongroises. 
Des traductions de la Bible sont publiées par Komjàti, 
Pesti, Sylvestre, Juhàsz, Félegyhazi, Karolyi, Molnàr, 
Kéldi, Komàromi, Tôtfalusi. Des orateurs éloquents se 
révèlent : Gaal, Davidis, Kultsâr, Bornemisza, Telegdi et 
Detsi au xvi e siècle, Pazman, Ketskemeti, Zvonaritz, 
Koptsanyi, Margitai au xvn e . Dans la poésie sacrée se 
distinguent Batizi , Pétsi , Ujfalvi, Skaritzai, Fabricius, 
Fazékas, Gelei, Dajka, Megyesi, etc. Jamais on ne com- 
posa plus de chants destinés à rappeler les exploits des 
héros nationaux, à raconter les vieilles histoires ou les 
vieux contes : parmi ceux qui brillèrent dans ce genre 
de littérature, on cite, Csâti, Tinôdi , Kàkonyi, Tsanàdi, 
Valkai, Tsàktorny , Tserényi , Szegedi, Illesfalvi, Sztary, 
Balassa, Illosvai, Verès, Enyedi, Szôllbsi, etc. La poésie 
épique prend aussi un grand essor avec le comte Niklas 
Zrinyi , Ladislas Liszti, Christophe Pasko, le comte 
Etienne Kohary, et Etienne de Gyongyôsi. Dans la poésie 
lyrique, Rimai et Benitzky se sont fait un nom célèbre. 
On publie une foule de Grammaires, de Dictionnaires et 
d'autres ouvrages de philologie. 

Cette littérature hongroise, si pleine de sève, si vigou- 
reuse dans ses développements, fut étouffée au xvm e siè- 
cle par les princes autrichiens , parce que la langue 
natfonale était considérée comme la source des hérésies 
et des révoltes, et le latin redevint plus florissant que 
jamais. Toutefois, le hongrois fut encore employé dans 
la poésie parFaludi,Bessenyei, Paul Anyos, Kâlmar, Bâ- 
rotzi. Rêvai, etc. Mais les efforts de Joseph H pour abolir 
la Constitution hongroise et pour imposer l'allemand 
comme langue des affaires publiques amenèrent une réac- 
tion violente. En 1781 Mathieu Ràth publia le premier 
journal en langue hongroise. En 1790, après la mort de 
Joseph II, la Diète hongroise rendit l'étude de cette 
langue obligatoire dans les écoles, et en prescrivit l'emploi 



HON 



1040 



HOR 



dans tous les actes publics, politiques et judiciaires; des 
théâtres hongrois s'ouvrirent à Ofen et à Pesth ; on fonda 
des Revues purement littéraires. Cette nouvelle période, 
qui commença à la fin du xvm e siècle, a été féeonde. 
Dans la poésie on remarque Joseph Rajinis, Gabriel 
Dayka, Kasinczy, Verseghi, Csokonai, Virâg, Jean Kis, 
Berszenyi, Kisfaludy, Paul Szemere, Râday, Szeutzobi, 
Kolesey, Witkovics, Szent-Miklosy, André Horvâth, Er- 
délyi, Kerényi, Lisznyai, Jean Arany, et surtout Czuzcor, 
Vôrosmarty et Petoefi. Parmi les prosateurs nous cite- 
rons : le baron Jôsika, qui a pris pour modèle Walter 
Scott dans ses romans; les romanciers Kuthy, Nagy, 
Pâlfi'y, Tompa, Dobsza; les historiens Etienne et Michel 
Horvâth, Szalay, Jaszay; les géographes Fényes et Palu- 
gyai ; les auteurs dramatiques Cœtvces, Obernyik, Gâl, 
Czakô, Ladislas Teleki, Szigligeti. 

V. Wallaszki, Conspectus reipublicœ lilterariœ in 
Ungaria, Presbourg, 1785, in-8°; Endrûdy, Histoire du 
théâtre hongrois, Pesth, 1793, 3 vol. in-8°; Gâl, Théâtre 
des Hongrois, Brûnn, 1820; Fanyeri et Toldy, Manuel 
de la poésie hongroise, Pesth, 1828, 2 vol. in-8°; John 
Bowring, Aperçu de la langue et de la littérature de la 
Hongrie et de la Transylvanie, en anglais, Londr., 1830, 
in-8°; Stettner et Schedel, Manuel de la poésie hon- 
groise, Vienne, 1836; Toldy, Histoire de la littérature 
hongroise, 2 e édit., Pesth, 1853, 3 vol. 

HONGROYEURS. V. Hongrieurs. 

HONNÊTE. L'honnête est pris ordinairement comme 
synonyme du devoir, parce qu'il a comme lui un carac- 
tère obligatoire; mais il semble entrer encore plus déli- 
catement dans toutes les nuances de la vie morale, et 
d'ailleurs nous avons le sentiment de l'honnête avant de 
bien comprendre le devoir par la raison. Cependant, s'il 
introduit en quelque sorte la loi morale jusque dans les 
bienséances sociales, il subordonne, comme le devoir, la 
passion et l'intérêt à la loi universelle et absolue du juste, 
et, comme lui encore, il se distingue de l'agréable qui 
flatte la sensibilité, et de Y utile qui n'est qu'une affaire 
de calcul : il reste digne d'éloge, dit Cicéron, quand 
même il ne rapporterait ni utilité, ni récompense, ni 
profit. On s'accorde à reconnaître quatre sources de l'hon- 
nête : la prudence ou la sagesse, vertu nécessaire dans 
l'ordre de l'intelligence; la justice, qui n'est que l'hon- 
nête considéré dans toutes les relations sociales ; la force 
ou fermeté de caractère ; la tempérance, qui comprend la 
modération en toute chose. R. 

HONNEUR. C'est, dans le sens le plus rigoureux, ce 
qui porte l'homme à conformer sa conduite à Vhonnéte, 
ce qui lui mérite l'estime et parfois l'admiration de ses 
semblables, quand il fait ce qui est moralement beau. 
L'honneur, ainsi entendu, est un principe d'action qui 
porte à faire ce qui distingue, ce qui ennoblit, ce qui orne 
la vie. Il suppose le respect de soi-même, la décence et la 
loyauté dans les relations. De là résulte un second sens 
du mot honneur, qui est la considération, la bonne répu- 
tation ; l'effet prend le nom de la cause. Ce dernier sens 
est le plus commun, et, par suite, l'honneur dépend en 
partie de l'opinion, qui peut le dénaturer. De là ce qu'on 
appelle le point d'honneur, qui pousse quelquefois à faire 
ce que défend la loi morale. L'honneur alors n'est plus 
que le respect humain , mal compris. — Honneurs, di- 
gnités, se distinguent de ïhonneur: « On peut être à la 
fois couvert d'infamie et de dignités », dit Montesquieu. 

Dans certains jeux, tels que le whist, le boston , les 
honneurs sont les figures et les as. — On appelle encore 
honneurs certains présents qui se font au sacre des rois et 
des prélats, comme, en France, un vase de vermeil , un 
pain d'or ou d'argent, des médailles d'or. R. 

noN\Ern, dieu allégorique. ( V. notre Die!. i'e 

noNNEun (Chevaliers, Darnes d'). ( Biogr. et dllist. 

HONNEUR (Légion d'). V. LÉGION. 

HONORAIRES, mot qui s'employait jadis pour dési- 
gner les traitements des fonctionnaires d'un ordre élevé, 
et qui ne désigne plus que la rétribution due aux services 
et aux soins des personnes qui exercent certaines profes- 
sions libérales, par exemple les médecins et les avocats. 

HONORAT (La Vie de S*), poème provençal où l'his- 
toire du saintest rattachée à toutes les traditions de 
l'épopée carlovingiennc. Cet ouvrage est surtout curieux 
parce qu'il fait connaître un grand nombre de romans au- 
jourd'hui perdus. Il fut composé vers la fin du xni e siècle 
par Ramond Feraud, moine de Lérins. Il existe manus- 
crit à la Bibliothèque impériale de Paris. V. Histoire lit- 
téraire de la France, tome XXII; Sardou , la Vida de, 
Sant Honorât, analyse et morceaux choisis, avec la tra- 
duction, Paris, 1858, gr. in-8". H. D. 



HONVEDS, c.-â-d. en hongrois défenseurs du pays, 
nom qu'on donnait jadis en Hongrie aux soldats indi- 
gènes, et plus tard à toute l'armée. 

HOPITAL. ) V. ces mots dans notre Dictionnaire 

HOQUETON. \ de Biographie et d'Histoire. 

HORATIA (Colonne). V. Colonnes monumentales, dans 
notre Dictionnaire de Biographie et d'Histoire, page 034, 
col. 1. 

HORION, casque. V. notre Dictionnaire de Biographie 
et d'Histoire. 

HORLOGE, instrument propre à mesurer la marche du 
temps. Les peuples de l'antiquité n'ont employé à cet 
usage que les sabliers, les cadrans solaires et les clep- 
sydres. On arriva, vers l'époque du Bas-Empire, à ob- 
tenir des horloges d'eau à mouvement continu; c'ôtai 
une horloge de ce genre que le calife Haroun-al-Raschid 
envoya en présent à Charlemagne. L'horloge exécutée 
au ix e siècle par Pacificus, archidiacre de Vérone, et qui 
marquait les heures, le quantième du mois, les jours de 
la semaine, le lever et le coucher du soleil, les signes du 
zodiaque, etc., était mue également par une force hy- 
draulique. Ce fut au x e siècle que les horloges purement 
mécaniques furent inventées, et l'on a attribué cette dé- 
couverte à Gerbert (le pape Sylvestre II). Le rouage de 
la sonnerie parut au xn e siècle : on en trouve la première 
mention dans les Usages de l'ordre de Citeaux, compilés 
vers 1120. Au commencement du xiv e siècle, on com- 
mença de faire des horloges monumentales en Allemagne 
et en Italie. Celle qui fut placée en 1344 sur la tour du 
palais de Padoue émerveilla les contemporains à un tel 
point, que l'auteur, Jacques de Dondi, reçut le surnom 
de Horologius, porté aussi par ses descendants. Un Alle- 
mand, Henri de Vie, attiré à Paris par Charles V, fit 
l'horloge de la tour du Palais de Justice, où l'on trouvait 
déjà les principes de l'horlogerie moderne, un poids 
pour moteur, une pièce oscillante pour régulateur, et 
l'échappement. Cette horloge, dont le cadran fut décoré 
par Germain Pilon au xvi e siècle, subît diverses modi- 
fications jusqu'au xvin e , époque où elle fut détruite. Une 
autre horloge fut faite vers 1380 par Jean Jouvence pour 
le château de Montargis. On fit d'assez bonne heure des 
horloges très-compliquées : tantôt c'étaient des carillons 
qui indiquaient le temps, tantôt des personnages méca- 
niques qui venaient jouer des scènes à certains moments. 
Celle que Pierre de Chalus, abbé de Cluny, fit placer 
dans son église vers le milieu du xiv c siècle, portait un 
calendrier perpétuel, indiquant l'année, le mois, la se- 
maine, le jour et les minutes, et un calendrier ecclésias- 
tique indiquant les fêtes et les offices de chaque jour, 
les positions, oppositions et conjonctions des astres, les 
phases de la lune, etc.; chaque jour, dans une niche su- 
périeure , se présentaient des personnages mécaniques 
jouant une scène religieuse ; les heures étaient annoncées 
par un coq qui battait de l'aile et chantait deux fois ; au 
même moment un Ange ouvrait une porte et saluait la 
gte vierge, le S 1 Esprit descendait sur sa tête en forme 
de colombe, le Père éternel la bénissait; un carillon har- 
monique se faisait entendre ; on voyait s'agiter des ani- 
maux fantastiques qui remuaient la langue et les yeux, 
et tout disparaissait à la fois après l'heure sonnée. Pres- 
que toutes les églises et les beffrois finirent par posséder 
des horloges plus ou moins curieuses ; on cite particulière- 
ment celle de Courtrai, transportée à Dijon par ordre du 
duc Philippe le Hardi (V. Jacquemart), celles de Lyon, 
de Caen, de Lille, de Metz, d'Auxerre, de Sens, de la Sa- 
maritaine à Paris, du château d'Anet ( V. ce mot), de 
Moulins, de Besançon, etc. On voit encore à Berne une 
ancienne horloge a jeu mécanique, œuvre de Gaspard 
Bruner : à toutes les heures, un coq chante, un fou frappe 
sur deux cloches avec de petits marteaux; un personnage 
assis sur un trône ouvre une large bouche, et baisse d'une 
main un sablier, de l'autre un sceptre, autant de fois que 
les marteaux frappent; devant lui défilent de petits ours, 
les uns à quatre pattes, les autres ft cheval ou debout, 
quelques-uns couronnés, ou cuirassés et armés. L'hor- 
loge actuelle de la cathédrale de Strasbourg {V. ce mot) 
ne date que de 1842. Aujourd'hui on ne s'attache plus 
aux horloges monumentales à pièces mécaniques; on 
fait encore des horloges mécaniques sous forme de ta- 
bleaux pour l'ornement des appartements. V. Berthoud , 
Histoire de la mesure du temps par les horloges', Taris, 
1802, 2 vol. in-4°; P. Dubois, Histoire et traité de l'hor- 
logerie, Paris, 1850, in-4". 

HORLOGERS, ancienne corporation, qui avait pour 
patron S' Eloi. Les statuts qu'elle reçut de Louis XI en 
1483 furent confirmés par François -I' r , Henri 11, Char- 



II OT 



1041 



HUD 



les IX, Henri IV et Louis XIV. L'apprentissage était de 
8 ans : le brevet coûtait 54 livres, et la maîtrise 900 li- 
vres. Un arrêt du Conseil, en date du 8 mai 1043, astrei- 
gnit les horlogers à mettre leur nom aux boîtes de 
montres qu'ils vendraient. 

HORN, chanson de geste qui est le développement 
d'une ancienne ballade qu'on chante encore en Ecosse. 
Horn est aimé de Rimel, fille du roi; il est exilé ; mais, 
avant de partir, il fait promettre à sa fiancée de lui être 
fidèle pendant sept ans. Ce temps écoulé, il se présente, 
déguisé en mendiant , dans la salle du festin où l'on cé- 
lébrait les noces de Rimel avec un roi. La jeune fille le 
reconnaît, et quitte son royal époux pour suivre le men- 
diant; mais Horn était un vaillant chevalier, et Rimel, 
en partageant son sort, monte bientôt sur un trône. — 
Cette chanson est conservée dans trois manuscrits qui 
appartiennent au Musée britannique, à la bibliothèque 
d'Oxford et à celle de l'université de Cambridge. M. Fran- 
cisque Michel a donné à Paris, en 1845, un volume sous 
ce titre : Horn et Rimenhild , recueil de ce qui reste des 
poëmes relatifs à leurs aventures, composés en français, 
en anglais et en écossais, dans les xm e , xiv e , xv e et 
xvi e siècles, publié d'aprèsles manuscrits de Londres, de 
Cambridge, d'Oxford et d'Edimbourg. Ces morceaux sont, 
outre le poëme français : The geste of kyng Horn; Horn 
childe and maiden Rimnild; Young Hynhorne ; Hynde- 
horn; Hiltibrahsenti Hadubrant. V. Histoire littéraire 
de la France, tome xxn. H. D. 

HOROLOGIOiN, livre de chant de l'Église grecque, 
renfermant les Heures (Prime, Tierce, Sexte et None). 

HORS DE COUR, en termes de Jurisprudence, juge- 
ment qui renvoie les parties parce qu'il n'y a pas sujet de 
nlaider. 

HORS-D'OEUVRE , en Architecture, tout ce qui ne fait 
point partie de l'ordonnance générale; — en Littérature, 
tout ce qui semble ajouté après coup dans un ouvrage, et 
peut en être retranché sans nuire à l'ensemble. 

HOSANNA , mot dérivé de l'hébreu, où il signifie Sau- 
vez, je vous prie, et qui est une formule de bénédiction 
et, d'heureux souhait. Les Juifs appelaient Hosanna les 
prières qu'ils récitaient le 7 e jour de la fête des Taber- 
nacles, ainsi que les branches de feuillage qu'ils agitaient 
pondant cette fête; la fête elle-même était dite Grand- 
Hosanna. — Dans la Liturgie catholique, une hymne du 
jour des Rameaux a été appelée Hosanna, parce qu'elle 
commence par ce mot. 

HOSPICE. j 

HOSPITAnTÉ S ' ( V ' ces mots dans notre Diction - 
HOSPITIUM ' ( naire de Biographie et d'Histoire. 

HOSPODAR.' ' 

HOSTIE. Ce mot» qui avait un sens particulier pour 
les Anciens (V. notre Dictionnaire de Biographie et d'His- 
toire), désigne chez les chrétiens Jésus-Christ, qui s'est 
immolé pour les hommes comme une victime (en latin 
hostia), et le pain destiné au sacrifice eucharistique. 

HOSTIL1T1UM. C'était, au temps des Carlovingiens, 
une prestation de guerre consistant en bœufs et en cha- 
riots. 

HOTELDIEU > ^' notre Dictionnaire de Biogra- 

HOTEl'de viLLE. \ phie et ^HùMn. 

HOTEL GARNI , maison meublée, tenue par une per- 
sonne patentée, qui loue chaque chambre au jour ou au 
mois. L'hôtel garni a remplacé l'hôtellerie et l'auberge, et 
est soumis aux mêmes règlements. V. Aubergiste. 

HOTTE, partie du tuyau d'une cheminée de cuisine 
ou de laboratoire, et jadis de certains grands apparte- 
ments, qui commence au-dessus et en retrait du man- 
teau, mais en saillie sur le mur de l'appartement, et qui 
monte en s'inclinant en arrière jusqu'au plafond. 

HOTTENTOTS (Langue des), une des langues de 
l'Afrique. Elle a pour caractère distinetif une sorte de 
claquement analogue au petit bruit qui nous est familier 
dans un accès d'impatience, ou à celui que nous produi- 
sons pour faire partir un cheval ou accélérer sa marche, 
et qui précède immédiatement la prononciation de la plu- 
part des mots et des syllabes. « Quand une demi-dou- 
zaine de Hottentots, dit Thunberg, parlent ensemble, on 
croirait entendre caqueter des oies. » La langue des Hot- 
tentots a de fortes aspirations, dans lesquelles on entend 
prédominer des diphthongues prolongées et ouvertes, 
telles que oo, oou, aau, uu. Les lettres l, f, v, x man- 
quent, ainsi que les sifflantes; le d et le g, le b et le d se 
confondent souvent. Le hottentot est une langue d'agglu- 
tination. Il ne possède ni article, ni pronom relatif, ni 



déclinaisons, ni conjugaisons, ni verbes auxiliaires, et il 
faut avoir égard, pour y suppléer, au sens de la phrase, 
à l'expression de la physionomie, à l'intonation et aux 
gestes. Les substantifs ont deux genres au singulier, et 
trois au pluriel; le 3 e a une valeur collective. Dans les 
pronoms, la distinction des genres s'étend aux trois per- 
sonnes, mais le neutre n'existe que pour le singulier. 
L'adjectif ne prend la marque ni du genre, ni du nombre. 
On distingue quatre dialectes dans la langue hottentote, 
le hottentot proprement dit, le dialecte des Roschimans, 
ceux des Namaquas et des Koranas. 

HOUARI (de l'anglais wherry), bâtiment de cabotage, 
à deux mâts portant deux voiles. Des voiles sont dites 
en houari, quand ce sont des voiles triangulaires dont la 
ralingue (cordage cousu à l'entour) est élevée par sa 
vergue au-dessus du mât. 

HOUPELANDE ou HOUPPELANDE, nom donné au 
xv e siècle à une sorte de robe de chambre, garnie, de 
manches traînant à terre, fendue par devant, assujettie 
au cou par un collet droit et montant, et serrée â la 
taille par une ceinture. Après la Révolution française, 
on l'appliqua à un vêtement large qu'on porta par-dessus 
l'habit pour dissimuler la carmagnole; pendant l'hiver 
on en fit une redingote longue, garnie et bordée de four- 
rures ou de velours. L'armée portait depuis longtemps de 
longs manteaux ou cabans qu'on appelait aussi houppe- 
landes. La douillette, qui fut, au commencement du xix c 
siècle, le vêtement de dessus des magistrats, des méde- 
cins et autres personnages graves, était une sorte de 
houppelande; elle n'est plus portée que par certains 
ecclésiastiques. Le nom de houppelande viendrait, dit- 
on, de ce que ce vêtement aurait été importé de l'UpIand : 
mais il est bien peu probable qu'une province de la Suède 
ait jamais influé sur les modes de l'Europe occidentale. 
Avant, que nous eussions la houppelande, les Italiens se 
servaient d'un vêtement appelé pelando; les mots il pe- 
lando sont devenus, chez les Provençaux, lou peland. 

HOURD ou HURDEL, vieux mol» désignant une galerie 
de bois couverte, posée en encorbellement sur un rempart 
et servant de chemin de ronde. Les hourds s'appelaient 
corseras dans le Languedoc. 

HOURDIS, remplissage de cloison de charpente fait 
avec des briquetons et du plâtre. On se sert aussi du 
hourdis pour garnir l'intervalle des solives d'un plancher. 

HOURQUE, en anglais howker, bâtiment de transport 
en usage dans le Nord, et principalement en Hollande. 
La hourque a le fond plat, l'avant et l'arrière arrondis, 
un mât au centre avec une grande voile et un hunier, un 
autre mât à l'arrière avec une voile carrée. Elle navigue 
fort mal. 

HOUSEAUX ou HOUSES (de l'allemand hosen, haut- 
de-chausses), sortes de bottes destinées à garantir les 
jambes contre la pluie et la boue. 

HOUSSE, couverture qui se met sur la croupe des che- 
vaux de selle; — recouvrement en étoffe d'un fauteuil 
ou de tout autre meuble. 

HOUSSETTE, dans le Riason, meuble représentant une 
bottine autrefois en usage parmi les gens de guerre. 

HRADSCHIN. V. Prague. 

HUACAS. Y. Guacas. 

HUASTÈQUE (Idiome). V. Mexicaines (Langues). 

HUCHERS ou HUCHIERS, ancienne corporation d'ou- 
vriers qui fabriquaient les huches , coffres et bahuts. 
Comme ces meubles étaient ornés de sculptures, le hu- 
chier était le sculpteur en bois. Au temps de Louis IX, 
les huchiers étaient compris dans la corporation des 
charpentiers, sous le nom de charpentiers de la petite 
cognée. 

HUCHET, petite trompe de chasse qui sert à appeler 
les chiens. 

HUD1RRAS, poëme comique anglais, en 9 chants et en 
vers rimes de 8 syllabes, compose par Samuel Butler, et 
publié en 1063. Le sujet est fort simple : le presbytérien 
Hudibras, juge de paix et militaire, veut empêcher un 
combat d'ours et de chiens, et fait arrêter parmi les ré- 
calcitrants un ménétrier boiteux; mais la populace se 
soulève, délivre le prisonnier, et met le juge à sa place. 
C'est une satire contre les puritains et les anciens parti- 
sans de la République, écrite par un auteur royaliste et 
attaché à la religion anglicane : aussi le parti des Stuarts 
l'accueillit-il avec enthousiasme, et la cour de Charles II 
éleva le nom de Butler bien au-dessus de celui de Mil- 
ton. La gloire de Y Hudibras se soutint jusqu'au milieu 
du XVIII e siècle; le D r Johnson, jacobite passionné, con- 
sidérait ce poëme comme l'un des monuments de la lit- 
térature anglaise, et, quand Voltaire séjourna en Angle- 

66 



nui 



1042 



II uo 



teire, cette opinion (Hait généralement admise. Il écrivait, 
en 1734 : « C'est Don Quichotte, c'est notre Satire Mé- 
nippée fondus ensemble. C'est, de tous les livres que j'ai 
jamais lus, celui où j'ai trouvé le plus d'esprit; mais c'est, 
aussi le plus intraduisible... Presque tout y fait allusion à 
des aventures particulières. Le plus grand ridicule tombe 
surtout sur des théologiens, que peu de gens du monde 
entendent. Il faudrait atout moment un commentaire, et 
la plaisanterie expliquée cesse d'être plaisanterie. Tout 
commentateur de bons mots est un sot. » Aujourd'bui 
qu'on ne se passionne plus pour Cromwell ou pour les 
Stuarts, et que les sectes religieuses troublent peu la 
paix, les critiques ne professent plus que de l'estime pour 
le poëme de Butler : l'esprit de cet auteur perd son effet 
par l'obscurité des allusions. Voltaire a traduit ou plutôt 
imité le début du 1 er chant de l'IIudibras. En 1757, un 
officier anglais au service de la France, J. Tôwnley, tra- 
duisit en vers français, avec force notes explicatives, 
l'ouvrage tout entier, et on y a joint, dans l'édition de 
1819, une Clef, qui est elle-même de médiocre ressource. 
Hogarth a composé une série do dessins spirituels, pour 
illustrer VHudtbras. 

HUEHUETL, instrument de musique des anciens Mexi- 
cains. C'était un cylindre de bois, d'un mètre de hauteur, 
sculpté et peint sur les côtés, et couvert d'une peau de 
daim bien tendue, sur laquelle on frappait avec les 
doigts. 

HLÉLINE et ÉGLANTINE. F. Jugement d'amour (Le). 

HUESCA (Cathédrale de), en Espagne, dans l'ancien 
royaume d'Aragon. Cette église, bâtie dans la partie la 
plus élevée de la ville, sur l'un des cotés d'une vaste place 
rectangulaire, est en style ogival du xm e et du xiv e siècle. 
Sa façade principale est flanquée d'un clocher octogone à 
lourde base carrée; la grande porte présente sept vous- 
sures remplies de statuettes, et dont le bas est occupé 
par de belles statues d'apôtres et de martyrs, plus grandes 
que nature, et qu'on recouvre de riches vêtements à cer- 
taines fêtes. Le milieu du fronton est occupé par une 
rosace à jour. L'étage supérieur de cette façade est ré- 
tréci, et garni, à ses extrémités, de tourelles cannelées, 
sans style et sans élégance. L'intérieur de l'église, en 
forme de croix latine, offre une belle nef centrale, d'une 
grande élévation ; mais les collatéraux sont bas, étroits et 
sombres. Le maître -autel, tout en albâtre, est un ma- 
gnifique travail : Dam i en Florent y a sculpté, de 1520 a 
1553, la Passion de J. C. 

HUGUES CAPET (Poème de). V. Capet, au Supplém? 

HUILE (Peinture à 1'). On a longtemps attribué à 
Jean Van Eyck la découverte de la peinture à l'huile, et 
l'on affirmait même que c'était en •1410 que cet artiste 
avait imaginé de dissoudre les couleurs dans de l'huile de 
noix ou de lin. Bien qu'il soit constant que les Romains 
se sériaient de la peinture à l'huile pour de grossiers ou- 
vrages de décoration, rien n'établit nettement qu'ils l'aient 
employée à exécuter de véritables tableaux, ainsi que l'a 
prétendu le comte de Caylus. Ce qui est plus certain, 
c'est que la peinture à l'huile est décrite dans l'ouvrage 
Diversarum artium schedula du moine Théophile, qui 
vivait, selon les uns au x e ou xi e siècle, selon les autres 
au xm e ; cet auteur fait remarquer que l'huile est lente à 
sécher, et cet inconvénient a peut-être empêché 1rs ar- 
tistes du moyen âge d'en faire usage. On a retrouvé, 
d'ailleurs, plusieurs peintures à l'huile antérieures a Van 
Eyck, et l'on sait que, dès 1355, Jean Coste peignait â 
l'huile en France. Van Eyck a seulement imaginé de faire 
cuire les huiles ordinaires et d'y mêler une substance ré- 
sineuse, afin qu'elles séchassent plus rapidement. Ses 
procédés furent surpris par Antonello de Messine, por- 
tés en Italie, et généralement adoptés par les artistes, 
V. Lcssing, Sur l'ancienneté de la peinture à l'huile, 
Brunswick, 1774, in-8°; Budberg, Essai sur l'époque île 
la découverte de la peinture à l'huile, Gœttingue, 1792, 
in-4°. B. 

HUILES (Saintes), nom donné, 1° dans l'Église catho- 
lique, au saint chrême (V. ce mot), â l'huile des catéchu- 
'mènes (V. ce mot), et à Yhuile des malades employée 
pour l'extrème-onction ; 2° dans l'Eglise grecque, a l'cx- 
tréme-onction elle-même. 

HUIS, vieux mot signifiant porte. En matière judi- 
ciaire, on dit qu'une affaire est jugée ri huis clos, lorsque 
le public n'est pas admis aux débats. Il eu était ainsi j :dis 
devant les Cours prévôtales, les Chambres ardentes, et 
pour les jugements au criminel : aujourd'hui que la pu- 
blicité de? débats est un principe admis, les tribunaux ne 
peuvent ordonner le huis-clos que si les débats peuvent 
entraîner du scandale ou de graves inconvénients pour 



l'ordre et les bonnes mœurs {Code de Procéd., art. 87) ; 
le jugement n'en doit pas moins être prononcé publi- 
quement. 

HUISSERIE, ensemble des poteaux et de la traversa 
de menuiserie qui forment la baie d'une porte. 

HUISSIER. ) V. ces mots dans notre Dictionnaire de 

HULANS. \ Biographie et d'Histoire. 

HUMANITÉS ( du latin humanu's, poli ), mot par lequel 
on désigne la partie de l'éducation universitaire qui 
s'étend de la classe de troisième à la rhétorique, et du- 
rant laquelle, avec une étude plus approfondie du grec et 
du latin, on se livre à la littérature et â l'histoire, con- 
naissances qui font l'homme, qui développent et forti- 
fient le plus puissamment ses facultés intellectuelles et 
morales. 

HUMOUR, mot emprunté à la langue anglaise pour 
désigner une nuance de caractère, une tournure d'esprit 
particulière aux Anglais, et qui se reflète dans certaines 
de leurs œuvres littéraires. Il est assez difficile de définir 
l'humour : tantôt c'est quelque chose d'analogue à ce que 
nous nommons la fantaisie, tantôt c'est une mélancolie 
souriante, plus railleuse que pensive, ou bien encore la 
verve satirique, ou enfin une sorte de gaieté flegmatique, 
qui se sent plus qu'elle ne se voit, et qui ne réjouit l'es- 
prit que jusqu'au sourire. On trouve l'humour sous 
toutes ses formes et à tous les degrés chez Sterne, Swift, 
Butler, lord Byron , Walter Scott, Lamb et Dickens. Les 
Allemands ont eu aussi quelques humoristes , comme 
Jean-Paul Richter et Henri Heine. 

HUiNE , nom donné autrefois à la gabie ou cage placée 
au sommet des mâts des navires, et où l'on mettait en 
vigie un homme, qui en reçut le nom de gabier. Dans les 
temps modernes, on a modifié la forme des hunes; ce 
sont des plates-formes solides et épaisses, qui servent à 
relier le bas mât au second mât ou mât de hune, et qui 
en même temps font l'office d'arcs-boutants autour des- 
quels les haubans viennent se roidir. Le mât de hune 
porte une voile carrée dite hunier, et qui s'attache à la 
basse vergue, nommée pour cette raison vergue de hune. 
Le hunier se partage en plusieurs bandes horizontales 
qu'on nomme ris, et qui, au moyen de garcettes, peuvent 
se replier sur la vergue pour diminuer la toile au vent. 
Le hunier du grand mât est le grand hunier; celui du 
mât de misaine, le petit hunier; le hunier d'artimon a 
reçu le nom de perroquet de fougue. Les hunes, dans les 
combats navals, se couvrent de gabiers armés de fusils, 
de tromblons, etc., dont les feux plongeants sont d'un 
terrible effet. 

HUON DE BORDEAUX, Chanson de geste qui fait 
partie des romans carlovingiens ( V. ce mot). Elle a été 
composée par un trouvère dont on no connaît ni le nom 
ni le pays, vers la fin du xn e siècle ou le commencement 
du xm e , à uno époque où la veine héroïque commençait 
à s'épuiser, où les contes bretons s'emparaient de la fa- 
veur jusque-là réservée aux œuvres françaises, et où les 
poëmes d'aventures allaient remplacer les poèmes dits 
historiques ou Chansons de geste. En voici le sujet. 
Huon et Gérard, fils de Séguin, duc de Bordeaux, sont 
accusés auprès de Charlemagne par Amaury de la Tour 
de Rivier, qui convoite leurs domaines, de vouloir se 
soustraire à l'hommage. Mandés à la cour, ils sont traî- 
treusement assaillis en chemin par Amaury, qui s'est fait 
un complice de Chariot, fils de l'empereur: Chariot blesse 
grièvement Gérard, mais est tué par Huon. Celui-ci 
n'échappe à la mort, dont Charlemagne le menace, que 
sur les prières de son oncle le duc Naimes: mais il doit 
accepter comme châtiment une mission lointaine et pé- 
rilleuse. Alors se déroule une série d'aventures dont le 
héros ne serait pas sorti par sa seule valeur, et où il doit 
ses succès â l'appui du nain Oberon, roi de Féerie. Ré- 
concilié enfin avec l'empereur, il recouvre son fief. L'au- 
teur de lliton de Bordeaux a donc pris un sujet ou tout 
au moins un cadre, carlovingien ; il a donné à son poème 
la forme consacrée de la Chanson de geste., c.-â-d. le 
mètre de 10 syllabes et les couplets monorimes, mais a 
fait de son héros un chercheur d'aventures, et introduit 
dans son œuvre le merveilleux féerique. Un savant alle- 
mand, M. Ferdinand Wolf , a pensé qu'il avait existé un 
poëme plus ancien, dont celui-ci no serait qu'un rema- 
niement; mais aucun argument sans réplique n'appuie 
sa conjecture. Huon de Bordeaux est un des meilleurs 
romans de chevalerie que nous possédions, et on peut le 
préférer au poëme allemand que Wieland en tira au 
xviii e siècle. Certains critiques considèrent le personnage 
d'Obcron ou Auberon comme un emprunt fait par le 
trouvère français à la Germanie : il ne serait autre que 



II Y B 



ion 



HYM 



l'Alberich des Niebelungen, du Heldenbuch, du poëme 
d'Otnit, etc. M. de La Villemarqué lui attribue, au con- 
traire, une origine celtique, et l'identifie avec un person- 
nage de la féerie bretonne, Gwyn-Araun. Dans tous les 
cas, l'auteur de Huon de Bordeaux a beaucoup ajouté de 
son fonds à l'invention allemande ou celtique. Ce poëme 
a été continué, refondu, rajeuni plusieurs ibis dans les 
siècles suivants :.au xiv e siècle déjà, il s'était accru d'une 
suite, qui le portait de 10,000 vers à près de 30,000, et 
d'une espèce de prologue intitulé le Roman d'Âuberon. 
Dans les manuscrits du xv e siècle, on lui trouve une suite 
différente, ou bien la forme du roman entier est rema- 
niée, l'alexandrin ayant remplacé le vers do 10 syllabes. 
En 1454, on en fit une version en prose, imprimée pour 
la première fois en 1516, puis fréquemment reproduite. 
Une requête adressée au parlement, en 1557, montre que 
Huon de Bordeaux fut aussi transformé en une pièce de 
théâtre ; elle n'est point parvenue jusqu'à nous. Le poëme 
jouit aussi d'une grande faveur à l'étranger : il y en eut 
deux versions néerlandaises en vers; l'une, dont il ne 
reste que des fragments, est de la fin du xiv L ' siècle ou du 
commencement du xv c ; l'autre a été imprimée à Anvers 
dans la première moitié du xvi e . Vers le même temps, 
parut aussi en Angleterre une traduction en prose de 
notre Chanson de geste, par sir John Bourcluer, lord 
Berners. Oberon figure dans le drame de Jacques I V par 
Robert Greene; Spenser, dans sa Reine des fées, lui l'ait 
une généalogie; Shakspeare lui a donné un rôle dans le 
Songe d'une nuit d'été, à l'époque où l'on jouait encore 
en Angleterre un drame de Huon de Bordeaux; enfin 
Ben Johnson, et , en notre siècle, Sotheby, l'ont mis en 
scène dans ces pièces de fantaisie que les Anglais nom- 
ment masque. En Allemagne, Wieland prit le sujet de 
son poëme d'Oberon dans l'analyse que M. de Tressan 
avait faite de Huon de Bordeaux pour la Bibliothèque 
des romans; il inspira à son tour l'opéra d' 'Oberon par 
Weber, œuvre qui date de 1820, et qu'on n'a jouée à 
Paris qu'en 1857. Les manuscrits du poëme français de 
Huon de Bordeaux sont au nombre de quatre: il y en a 
d'eux à la Bibliothèque impériale de Paris, tous deux du 
xv e siècle, et dont l'un , aux armes de Richelieu, est en 
vers de 10 syllabes, et l'autre en alexandrins; le 3 e , à la 
bibliothèque de l'université de Turin, est du xiv e siècle; 
le 4% provenant de l'abbaye de Marmoutier et conservé à 
la bibliothèque de Tours, date du xm e siècle, et est en 
dialecte artésien. Ils ont servi à la publication de l'édition 
donnée dans la collection des Anciens poètes de la France 
par MM. Guessard et Grandmaison, Paris, 1800, in-16. B. 

HUQDE, vêtement d'homme au xiv e et au xv e siècle. 
C'était une blouse courte, sans ceinture, sans manches, 
ou avec manches larges qui ne descendaient pas plus bas 
r;ue le coude. Elle servait également de pardessus d'été 
ou de cotte d'armes. 

HURDEL. V. iloiiiw. 

HURON (Idiome), un des idiomes iroquois. Il n'a pas 
les sons correspondants aux lettres b, p, f, m, n, v, u, g 
et r de l'alphabet français, et est rempli d'aspirations et 
de sons gutturaux. Selon le P. Charlevoix, le huron est 
remarquable autant par la richesse des expressions et la 
variété des tours, que par la propriété des termes et par 
sa grande régularité. Les verbes simples y ont une double 
conjugaison, l'une absolue, l'autre réciproque. Les verbes 
actifs se multiplient autant de fois qu'il y a de choses 
tombant sous leur action : par exemple, le verbe qui 
correspond à manger varie autant de fois qu'il y a de 
choses comestibles. L'action s'exprime autrement à l'égard 
d'une personne et d'une chose : ainsi, voir un homme et 
voir une pierre, ce sont deux verbes. Se servir d'un objet 
appartenant à celui qui s'en sert ou à celui à qui l'on 
parle, s'exprime également par deux verbes différents. On 
a publié deux petits Dictionnaires, une Grammaire et un 
Catéchisme de cette langue, dont le système de numéra- 
tion est semblable au notre. 

HUSSARDS. V. notre Dictionnaire de Biographie et 
d'Histoire. 

HUSTINGS. V. notre Dict. de Biogr. et d'Histoire. 

HUTTE. V. Baraque. 

HYACINTHE, pierre précieuse dont la teinte bleue 
approche de relie d'un ciel serein. Dans la Symbolique 
chrétienne, elle signifie la prudence qui tempère le. zèle 
ardent, la séréTiitè de la conscience, la paix, le désir des 
cho=es <lii ciel. On en fait l'image de S'-Paul. 

HYALOGBAP1I1E. V. au Supplément. 

HYBRIDE, nom par lequel on désigne, en Grammaire, 
les mots composés dont les éléments sont empruntés à 
deux langues différentes ; tels sont, en français chol&ra- 



morbus , bigamie-, bureaucratie, antiscorbutique, etc. 
Cette méthode de composition est vicieuse; néanmoins 
l'usage a consacré un grand nombre de mots semblables. 

HYDRAULE. V. Orgue. 

HYDRAULIQUE (Architecture). V. Architecture. 

HYDROCERAUES (du grec udôr, eau, et kéramos, 
terre à potier), vases faits avec une argile poreuse , et 
dans lesquels on met l'eau ou tout autre liquide qu'on 
veut rafraîchir. Tels sont les alcarazas d'Espagne. 

HYDROGRAPHES (Ingénieurs). V. notre Dictionnaire 
de Biographie et d'Histoire. 

HYDROGRAPHIE, partie de la Géographie physique 
où l'on étudie les parties ou éléments liquides du globe. 
Dans son domaine rentrent toutes les recherches relatives 
tant aux eaux douces qu'aux eaux salées ; pour les pre- 
mières, la précipitation des vapeurs atmosphériques qui 
se condensent en glaciers sur les hautes montagnes ou 
se résolvent en pluie dans les plaines , l'examen des 
sources apparentes ou souterraines, le régime des lacs et 
des fleuves avec tous les accidents qui les caractérisent; 
pour les secondes, leur répartition sur le globe et leurs 
grandes divisions, avec tous les phénomènes qu'elles pré- 
sentent, différence de salure et de température, ban- 
quises, marées, courants. Cette dernière partie, que l'on 
peut appeler, pour la distinguer de la première, hy- 
drographie maritime, a fait, depuis le commencement 
de notre siècle, d'immenses progrès, dus aux grands 
voyages maritimes, aux nombreuses opérations de son- 
dages faites pour la pose des câbles électriques sous-ma- 
rins dans l'Océan et la Méditerranée, enfin aux belles re- 
cherches de l'américain Maury, qui, par l'étude attentive 
des vents et des courants, a fait connaître au commerce 
les routes les plus abrégées et les plus sûres de la navi- 
gation. L'hydrographie maritime forme une branche im- 
portante des connaissances navales, et elle est enseignée 
dans des Écoles d'hydrographie, établies dans nos prin- 
cipaux ports. C. P, 

hydrographie ( Écoles d'). V. Écoles, dans notre Dic- 
tionnaire de Biographie et d'Histoire, page 877, col. 2. 

HYGIÈNE PUBLIQUE (Conseil d'). V. Conseil, dans 
notre Dictionnaire de Biographie et d'Histoire, page 056, 
col. I. 

HYLOZOISME (du grec ulé, matière, et ■zû'c, vie), forme 
générale des systèmes qui regardent comme nécessaire- 
ment unies la matière et la vie. L'hylozoïsme prit diffé- 
rentes formes, selon que l'on croyait que le monde était 
le résultat d'agrégats matériels, d'atomes animés et vi- 
vants, comme Strabon de Lampsaque, ou que l'on voyait 
en lui un seul et même être, un animal, dent l'âme du 
monde était la vie, comme le pensaient les Stoïciens. En 
général, tout système qui suppose cette âme du monde, 
sous quelque nom que ce soit, tombe dans l'hylozoïsme ; 
c'est ce qu'on voit depuis les Stoïciens jusqu'à Spinoza. 
Pour tous la réponse est la même : la vie proprement 
dite ne se montre que dans l'organisme, et celui-ci ne 
se voit pas dans toutes les parties de la matière; d'où il 
suit que la matière et la vie ne sont pas essentielles 
l'une à l'autre. R. 

HYMÉE., V. Chanson. 

HYMÉNÉE. V. ce mot dans notre Dictionnaire de 
Biographie et d'Histoire. 

HYV1NA1RE, livre de chaut contenant des hymnes. 

HYMNE (du grec umnos), louange en vers adressée à 
la Divinité. Les premiers hymnes eurent un caractère 
exclusivement religieux. Ceux d'Orphée étaient célèbres 
dans l'antiquité, niais on n'en a rien conservé. Les 
Chants des Saliens et le Chant anal, à Rome, étaient 
des hymnes. Chez les Hébreux, les Cantiques de Moïse 
et de Débora sont aussi de véritables hymnes. Les hymnes 
qui nous sont arrivés sous le nom d'Homère ne sont déjà 
plus exclusivement religieux : on y développe les aven- 
turcs des dieux et des déesses de l'Olympe. Chez Pin- 
dare et Callimaque, ils prennent encore un caractère 
littéraire plus prononcé. Le bel hymne attribué au stoïcien 
Cléanthe en l'honneur de Jupiter a plutôt un caractère 
philosophique que religieux, au sens que le vulgaire 
donne à ce dernier mot; sous le nom populaire de Ju- 
piter, il chante la toute-puissance, l'immensité, la provi- 
dence de Dieu, tel que le conçoit la raison. Citons aussi 
Mésonide, dont on a un hymne, à Némésis, et Aristide, 
auteur de deux hymnes, l'un à Jupiter, l'autre à Mi- 
nerve. Les hymnes recevaient des noms spéciaux selon 
le dieu qu'ils célébraient : c'était le Péan pour Apollon, 
le Dithyrambe pour l'.acchus, etc. V. Wimfelingius, De 
hymnorum auctoribus. Strasbourg, 1515, in-4°; Kries, 
De hymnis veterum, Gœttingue, 1742, in-4° ; Sneedorf, 



II Y P 



10-ii 



II Y P 



De hymms veterum Grœcorum, Copenhague, 4780, in-8"; 
Souchay, Sur les hymnes des Anciens, dans les Mém. de 
l'Ac. des Insc. et Belles-Lettres, t. XVIII et XXIV. — Les 
chrétiens ont donné aussi le nom d'hymne aux petits 
poèmes consacrés à la louange de Dieu ou des -saints. 
L'hymne chrétienne (car un usage bizarre a voulu que 
les hymnes de l'Église fussent du féminin, et les hymnes 
antiques du masculin) est exclusivement religieuse et 
morale : elle témoigne de la reconnaissance, de l'amour 
et du respect des hommes pour les bienfaits de la Divi- 
nité. Les hymnes les plus connues sont : celles de S'Am- 
broise, Aurora rclum purpurat, Conditor aime siderum, 
Cltriste redemptor omnium, etc. ; celle de Prudence en 
l'honneur des Innocents martyrs, Salvete flores marty- 
rinn, inspirée par une foi naïve, et écrite avec une grâce 
charmante; celles de S 1 Grégoire, Lucis Creator optime, 
Audi bénigne conditor, Te lucis ante terminum, etc.; le 
Vexilla régis, de Fortunat; le Pange lingua, de Claudien 
Mamert; le Veni creator, attribué à Charlemagne, etc. 
Sedulius, Paul Diacre, Saint Thomas, ont aussi composé 
des hymnes. Dans les temps modernes on a beaucoup 
vanté celles de Coffin et de Santcul ; elles sont ingénieuse- 
ment écrites, mais le style en est trop savant et parfois 
maniéré. — Dans les premiers siècles, le mètre affecté 
généralement à l'hymne était l'ïambique de quatre pieds 
{Sâlvêtè flores mclrtyrûm: Vëxïllâ regïs prôdêunt, San- 
teul et Coffin ont employé une plus grande variété de 
mètres. Il y a rarement plus de stances de 4 vers dans 
une hymne; la dernière est une paraphrase du Gloria 
patri. Quant aux hymnes du moyen âge, on y trouve gé- 
néralement la numération des syllabes et la rime substi- 
tuées à la mesure. P. 

HYMNE ANGÉLIQUE. V. GlORIA IN EXCELSIS. 
HYMNE CIIÉIU BIQUE. V. CHKIU I!IQUE. 

HYMNOLOGION, livre de l'Église grecque, contenant 
le recueil général des hymnes. 

HYPALLAGE (du grec upallagè, changement 1 , sorte de 
tropc qui consiste en un renversement dans la corrélation 
des idées : « Rendre l'homme au bonheur, c'est le rendre 
à la vie. » On dit la beauté de ces arbres, au lieu de ces 
beaux arbres. L'hypallage applique à une chose une 
épitliète qui ne convient qu'à une personne. Virgile dit 
(.Eneid., III, 44) : 

Heu! fuge crudeles terras, fuge littus avarum, 

c.-à-d., fuis laThrace où règne un roi cruel et avare. La 
môme figure fait accorder un adjectif avec un substantif 
qui ne semble pas lui convenir (Id., ibid., VI, 2tJ8) : 

Ibant obscuri solà sub nocte per umbram, 

au lieu de ibant obscurci soli... G. 

HYPERBATE (du grec uper, au delà, par-dessus, et 
bainéin, aller), transposition des pensées et des paroles 
dans l'ordre et la suite d'un discours. C'est une variété 
de l'Inversion. Voici des hyperbates de pensée : « O fils 
de Cambyse, car les dieux veillent sur toi, autrement tu 
ne serais pas an ivé à une si haute fortune, venge-toi d'As- 
tyage, ton meurtrier » (Hérodote). L'ordre naturel était : 
« O fils de Cambyse, venge-toi d'Astyage, tu le peux, 
puisque le^ dieux veillent sur toi. » Virgile fait dire par 
Junon au roi des vents : « Éolc, car le père des dieux et 
le roi des hommes t'a donné de calmer et de soulever les 
flots, un peuple ennemi de Junon vogue sur la mer Tyr- 
rhénienne, portant en Italie Ilion et ses pénates vaincus; 
eh bien, déchaîne les vents, engloutis leurs vaisseaux 
submergés; » au lieu de : « Éole, déchaîne les vents et 
engloutis les vaisseaux des Troyens, tu le peux, car Ju- 
piter t'a donné de calmer et de soulever les flots. » Ces 
sortes d'hyperbates ne sont guère d'usage que dans les 
langues anciennes. Les hyperbates de mots sont encore 
plus propres au grec et au latin. En voici un exemple de 
Lossuet : « Le matin, elle fleurissait, avec quelles grâces, 
vous le savez. » P. 

HYPERBOLE (du grec uperbolè, excès), ligure do Rhé- 
torique qui exagère les choses pour l'aire plus d'impres- 
sion. Rien n'est plus contraire au bon goût, rien ne 
ie plus du naturel et de la vérité que l'exagéra- 
tion: et cependant on trouve de beaux exemples de cette 
figure dans le meilleurs écrivains; c'est qu'alors elle est 
employée > propos, et que la grandeur et la majesté du 
sujel compori ml le grandiose inusité de l'expression et 
e, ( in conçoil , par exemple, que le poète 

mporter à la fougue de son imagination, 

et qu'aloi idées et son langage revêtent pour ainsi 



dire une forme surnaturelle. Ainsi, Racine a dit en par- 
lant de l'impie (Eslher, III, 9) : 

Pareil au cèdre, il cachait dans les cicux 
Son front audacieux. 

Voici une autre hyperbole du même poëte {Phèdre, V, 6) : 

Le ciel avec horreur voit ce monstre sauvage, 
La terre s'en émeut, l'air en est infecte ; 
Le flot qui l'apporta recule épouvanté. 

Molière fait dire à Alceste, à propos de civilités rendues 
à des gens presque inconnus [le Misanthrope, I, 1 ) : 

Et si par un malheur j'en avais fait autant, 
Je m'irais, de regret, pendre tout à l'instant. 

On emploie même l'hyperbole dans la conversation, 
quand on dit, par exemple, marcher comme une tortue, 
aller plus vite que le vent, pleuvoir par torrents, etc. 

HYPERCATALECTE ou HYPERCATALECTIQUE (du 
grec uper, au delà, et kataléetos, terminé), vers qui finit 
au delà de sa mesure légitime : 

Jamque iter emensi, turres ac|tecta La|/monim 
Ardua cernebant. 

Virgile, /Eneid., VII, 1G0. 

Dans le vers hexamètre héroïque latin, la syllabe surnu- 
méraire est toujours susceptible d'élision , et le vers 
suivant doit commencer par une voyelle. Les hypercata- 
lectes sont infiniment plus usités dans les vers lyriques, 
et y constituent des mesures régulières. Ainsi, le mo- 
nomètre et le dimètre îambique sont souvent hyperca- 
talectes : 

Discruci]or ani|mi. 

Et dans Horace (I, Od. 9, 19) : 

Lenes | que sub|noctem | susur|ri. 

De même le monomètre trochaïque : 

Deci|dit cœ|lo; 
le dimètre, le trimètre trochaïque : 

Sensit | ortus, | sensit | occa|sws. 
Vidi|mus simul|ata | dona | molis | immen|sœ. 

Le vers adonique est un choriambique hypercatalectique : 

Terruit urbjem. 

Horace, I, Od. 2, i. 

Le dimètre choriambique est souvent hypercatalectc. Le 
mètre dactylique en offre aussi des exemples : 

Pulvis et | umbra sum|iis. 

Id., IV. Od. 7, 1G 

Tendit in | externjas i|re tenebr|ns. 

La poésie italienne offre quelques exemples de vers dé- 
casyllables hypercatalectes; ils sont plus nombreux en 
allemand, particulièrement dans les ïambes ou dans les 
mètres lyriques imités de ceux de l'antiquité grecque et 
latine. P. 

HYPER-DORIEN ou MIXO-LYDIEN, mode de la mu- 
sique des anciens Grecs, duquel la fondamentale ou 
tonique était une quarte au-dessus de celle du mode 
do ri en. 

HYPERDULIE (du grec uper, au-dessus, et douléia, 
hommage), culte qu'on rend à la S w Vierge. On le nomme 
ainsi parce qu'il est au-dessus de celui qu'on rend aux 
Saints. 

IIYPER-ÉOLTEN, un des modes de la musique grec- 
que, qui avait sa fondamentale ou tonique une quarte 
au-dessus de celle du mode éolien. 

HYPER-IONIEN, mode de la musique grecque, qui 
avait sa fondamentale ou tonique une quarte au-dossus 
de celle du mode ionien. 

HYPER-LYDIEN, le plus aigu des modes de la mu- 
sique grecque. Il avait sa fondamentale ou tonique une 
quarte au-dessus de celle du mode lydien. 

HYPERMETRE (du grec, uper, au delà, et mitron, 
mesure), vers hexamètre qui a une syllabe de surcroit 
après le 6* pied. Cette syllabe est toujours susceptible 

d'élision, et, dans ce cas, le vers suivant commence par 
uièc voyelle. Tel est ce vers de Virgile (Gcorg., II, 242.) : 



II YP 



1045 



II Y P 



Omne arteo genus in terris hominumque ferarumji/e 
Et genus asquoreura... 

Les vers terminés par un dactyle doivent rentrer dans la 
même catégorie (Id., Georg., II, G9) : 

Inseritur vero ex fetn nucis arbutus liorridrc, 
El stériles platani... 

Il n'y a point d'exemples de cette licence dans la versi- 
fication grecque. D'ailleurs, toute syllabe élidée y est tou- 
jours représentée par une apostrophe, et conséquemment 
ne se prononçait jamais. P. 

HYPER-PHRYGIEN, un des modes de la musique 
grecque, à l'octave de l'hypo-dorion. On le nommait aussi 
hyper-mixo-lydien. 

HYPERTH ÈSE ( du grec uper, au delà, par dessus, et 
thésis, position), transposition de lettres. Ex. : xi8à>vpour 
Xitwv, pâOpaxoç pour pà-rpa/oc , mots dans lesquels les 
aspirées ont été transposées d'une syllabe à une autre. 
Le mot Hyperlhèse désignait aussi en grec le degré de 
comparaison que nous appelons superlatif. P. 

HYPÈTHRE (du grec upo, sous, et aithra, air), nom 
donné par les architectes à tout édifice découvert ou sans 
toit. Le grand temple de Psestum en offre un spécimen 
encore existant. Les temples de Jupiter et de Minerve à 
Athènes, de Gérés et de Proserpine à Eleusis, de Jupiter 
Panhellénien à Égine, de Jupiter à Olympic, etc., étaient 
hypèthres. On donnait ainsi à l'intérieur des édifices un 
aspect moins sombre. 

HYPHEN (du grec upo, sous, et en, un seul; sous-un- 
seul, c.-à-d. en un seul tout), terme de grammaire 
grecque. C'était une ligne en forme d'arc renversé que 
l'on traçait au-dessus de la finale d'un mot et de l'initiale 
d'un autre, pour montrer qu'ils ne devaient faire qu'un 
(il équivaut alors à notre trait d'union), ou pour indi- 
quer une crase non faite dans l'écriture. P. 

HYPOCAUSTE. V. Bains. 

HYPOCRITIQUE, c.-à-d. en grec qui contrefait, qui 
imite; nom que les Anciens donnaient à l'art du geste, 
partie importante de l'éloquence et du jeu scénique. 
C'était l'art de tout exprimer sans paroles. Les gestes que 
devaient, faire les comédiens et les tragédiens étaient in- 
diqués par des signes au-dessus des vers, et cette sorte 
de notation s'appelait la musique hypocritique. 

HYPO-DORIEN, le plus grave, des modes de la mu- 
sique grecque. Il avait sa fondamentale ou tonique une 
quarte au-dessous de celle du mode dorien. 

HYPO-ÉOLIEN, mode de la musique grecque, dont la 
fondamentale ou tonique était une quarte au-dessous de 
celle du mode éolien. 

HYPOGÉE. V. ce mot dans notre Dictionnaire de 
Biographie et d'Histoire. 

I1YPO-ION1EN, mode de la musique grecque, dont la 
fondamentale ou tonique était une quarte au-dessous de 
celle du mode ionien. 

HYPO-LYDIEN, mode de la musique grecque, dont la 
fondamentale ou tonique était une quarte au-dessous de 
celle du mode lydien. 

HYPOPHORE ( du grec phéréin, porter, et upo, sous), 
terme de la Rhétorique ancienne ; objection ou allégation 
que l'on fait valoir pour justifier un acte ou une préten- 
tion. Tel est ce passage du commencement de la harangue 
sur l'Halonèse, où Démosthène rappelle les termes d'une 
Lettre de Philippe : « Philippe dit qu'il vous donne cette 
île comme sa propriété; que vous la revendiquez injuste- 
ment; qu'en effet elle n'a été à vous, ni quand il l'a 
prise, ni depuis qu'il la possède ; qu'il l'a enlevée aux pi- 
rates , et qu'à ce titre elle lui appartient. » Aussi le rhé- 
teur Hermogènc définit-il justement l'hypophore la rai- 
son de l'adversaire ou de l'ennemi. L'hypophore est 
toujours suivie immédiatement d'une réponse, que les 
rhéteurs appelaient Anthypophore. P. 

HYPO-PHRYGIEN, mode de la musique grecque, dont 
la fondamentale ou tonique était une quarte au-dessous 
de celle du mode phrygien. 

HYPORKHÈME, pièce de poésie du genre lyrique, 
composée, chez les anciens Grecs, pour les chœurs de 
jeunes garçons aux fûtes de Délos. Dans l'origine, le poëte 
lui-même, comme cela eut lieu plus tard pour la poésie 
dramatique, apprenait sa pièce aux danseurs et aux chan- 
teurs ; il prescrivait les mouvements, les figures, la ca- 
dence, et veillait à ce que tout cela fût l'expression exacte 
de son petit poëme; en sorte que la danse {orkhèma) avait 
lieu proprement sous (upo) l'autorité du poëte. L'hypor- i 
khème fut d'abord, comme le Péan, exclusivement grave; 
plus tard il servit aussi à e:\primer des idées enjouées et ' 



badines, et offrit même quelques rapports avec la dans-» 
comique appelée Cordace. Xénodame de Cythère, Prati- 
nas de Phlionte et Pindare furent les principaux auteurs 
d'hyporkhèmes : on a quelques fragments de ceux du 
poëte thébain. P. 

HYPOSCENIUM, nom qui signifie sous la scène, et que 
Pollux donne au mur de devant de la scène tourné vers 
l'orchestre, dans les théâtres de l'antiquité. On le déco- 
rait de colonnes et de statues. 

HYPOSTASE. Ce mot, qui joue un si grand rôle dans 
les écoles d'Alexandrie et d'Athènes, depuis Plotin jus- 
qu'à Proclus, est l'indication d'une doctrine qui suppose 
un Dieu qui, sans sortir de lui-même, se transforme éter- 
nellement en une essence d'un ordre inférieur, pour ne 
pas tomber dans le mouvement nécessaire au Dieu créa- 
teur. Plotin, pour expliquer Dieu et le monde, s'appuie 
sur la nécessité d'un intermédiaire entre l'absolu et le 
mobile. Il admet donc en Dieu : 1° une hypostase supé- 
rieure qui possède la perfection infinie sans mélange 
d'action ni de multiplicité ; 2° une hypostase inférieure à 
la première, l'intelligence en soi; 3° une hypostase ca- 
pable de produire le monde, mais mobile et inférieure à 
la précédente. Tels sont les trois principes en un seul 
être, reconnus par toute l'école néoplatonicienne, l'Un, 
ou le Bien, qui est le Père ; l'Intelligence, qui est le Fils ; 
l'Ame,' qui est le principe universel de la vie. 

Dans l'Église, le mot hypostase fut employé avant celui 
de personne, en parlant de la Trinité. Pour exprimer la 
distinction de la divinité et les attributs des trois per- 
sonnes, on disait qu'il y avait en Dieu trois hypostases 
en une seule essence. Le mot est grec ( upostasis ), les 
Latins firent prévaloir le mot personne. (V. Trinité.) IL 

HYPOTHEQUE (du grec upotèkè, gage). Selon la défi- 
nition du Code Napoléon (art. 2114), l'hypothèque est un 
droit réel sur les immeubles affectés à l'acquittement d'une 
obligation, c.-à-d. qu'une personne qui a un engagement 
pécuniaire à remplir donne une garantie spéciale sur un 
ou plusieurs de ses immeubles; l'immeuble devient ainsi, 
entre les mains de celui qui est nanti de l'hypothèque, uni 
espèce de gage. Ce gage diffère cependant beaucoup du 
gage mobilier, delà marchandise déposée en nantissement 
chez le prêteur. Le prêteur, s'il n'est pas payé, peut, sanr, 
beaucoup de formalités et surtout sans une grande perte 
de temps, faire vendre les marchandises et recouvrer le 
montant de sa créance. L'immeuble hypothéqué, au con- 
traire, ne peut être vendu qu'avec beaucoup de difficulti s 
et de frais ; les entraves dont la législation a entouré la 
saisie des immeubles, dans la pensée d'être utile aux pro- 
priétaires et de mieux consacrer le caractère de la pro- 
priété, nuisent en réalité aux propriétaires qui veulent 
emprunter, rendent presque aléatoire le prêt qui devrait 
être le plus sûr de tous, et élèvent d'une manière artifi- 
cielle le taux du prêt hypothécaire ; on l'évalue à 6 1/2 
et 7 pour 100. — Les règlements sur les hypothèques, 
qui ont été fixés en France par les ordonnances de 1539, 
1581, 1006, 1073, 1771, par les lois du 9 messidor an m , 
du 11 brumaire an vu, par le Code Napoléon, ont été sou- 
vent attaqués : ils ont été modifiés et rendus un peu 
moins rigoureux par la loi de 1841 et par le décret du 
28 mars 1852 qui a institué le Crédit foncier {V. ce mot . 
Avant l'institution du Crédit foncier, il y avait eu, en 
France, un établissement qui prêtait sur hypothèques, et 
qui s'appelait Caisse hypothécaire; il n'a pas pu se sou- 
tenir. « La caisse hypothécaire, dit M. Wolowski, a suc- 
combé en grande partie par suite des véritables dénis de 
justice qui entravaient vis-à-vis d'elle les formalités rui- 
neuses de l'expropriation. Une seule affaire de cette na- 
ture n'a pas duré moins de dix-sept ans. Cette saisie 
monstre a donné lieu à près de deux cents incidents, et a 
autant de jugements et d'arrêts; la Cour de cassation a 
été saisie, à cette occasion , de quatorze pourvois, et les 
frais ne se sont pas élevés à moins de 400,000 francs ! » — 
« Le sol, disait à la Chambre M. Dupin en 1835, est ce 
qui présente le plus de sûreté en apparence, et cependant 
c'est à ce gage qu'on se fie le moins, c'est celui qu'on re- 
doute le plus! Pourquoi? C'est qu'il y a un contre-sens 
dans la législation ; c'est que la loi des hypothèques, qui 
devait être faite pour assurer les créances, ne laisse pas 
les créanciers sans inquiétude sur leur conservation ; et, 
la loi d'expropriation, qui aurait dû être conçue pour e:i 
assurer le recouvrement, agit en sens précisément con- 
traire, c'est-à-dire qu'on semble avoir tout fait, tout ima- 
giné contre le créancier, pour empêcher qu'il n'ait son 
argent à l'échéance. Au contraire, le législateur serr.l<;.; 
avoir accumulé les précautions en faveur du débiteur, 
pour favoriser sa résistance et sa mauvaise foi. » 



II Y P 



104G 



HYP 



Il y a trois sortes d'hypothèque : 1° l'hypothèque ta- 
cite ou légale , celle que dans certains cas la loi écrite 
accorde sans stipulation (aux femmes mariées, sur les 
biens de leur mari; aux mineurs et interdits, sur les 
biens de leur tuteur; à l'État, aux communes et aux éta- 
blissements publics , sur les biens des comptables) ; 
2° l'hypothèque judiciaire, résultant de jugements qui ont 
condamné un débiteur à payer : ces deux hypothèques 
frappent sur tous les biens présents et à venir; 3" l'hy- 
pothèque conventionnelle, consentie par un acte authen- 
tique (Code Napoléon, art. 2,117), et qui n'atteint que les 
immeubles désignés dans l'acte. Les créanciers privilégies 
priment les hypothécaires (V. Privilège); par consé- 
quent, lorsqu'on veut placer ses fonds par obligation avec 
hypothèque sur des immeubles, il faut s'assurer que leur 
valeur est suffisante pour que l'hypothèque ait son effet 
après l'acquittement des créances privilégiées. On doit 
s'informer encore si l'hypothèque offerte ne serait pas 
primée par les hypothèques qui appartiennent, soit aux 
femmes pour leurs dots ou conventions matrimoniales, 
soit aux mineurs et aux interdits à raison de la gestion 
de leur tuteur, ces hypothèques venant en premier ordre 
après les créances privilégiées : il est vrai que les maris 
et les tuteurs sont tenus de rendre publiques ces hypo- 
thèques, sous peine d'être réputés stcllionataires, et, 
comme tels, contraignables par corps; mais si le stellio- 
nataire est insolvable, l'argent prêté n'en est pas moins 
perdu. Toute hypothèque est indivisible, -c.-à-d. qu'elle 
subsiste en entier sur tous les immeubles affectés, sur 
chacun et sur chaque portion de ces immeubles : elle les 
suit, dans quelques mains qu'ils passent. Les hypothè- 
ques prennent rang du jour de l'inscription sur les re- 
gistres du conservateur dans l'arrondissement duquel est 
situé l'immeuble. Ces registres sont publics, et le con- 
servateur est tenu de donner copie des actes à tous ceux 
qui le requièrent, ou un certificat qu'il n'existe aucune 
inscription. Si les biens assujettis à l'hypothèque péris- 
sent, ou s'ils éprouvent des dégradations qui les rendent 
insuffisants pour la sûreté du créancier, celui-ci peut de- 
mander son remboursement ou un supplément d'hypo- 
thèque (Code Napoléon, art. 2,131). Les inscriptions con- 
servent l'hypothèque pendant dix ans, et restent sans effet 
si elles n'ont été renouvelées avant l'expiration de ce dé- 
lai art. 2,151). Néanmoins, si, après le délai de prescrip- 
tion, le créancier veut renouveler .son hypothèque, il le 
peut, mais dans ce cas il ne prend rang qu'après les autres 
créanciers, s'il y en a. L'hypothèque prend fin : 1° par l'ex- 
tinction de l'obligation, 2° par la renonciation du créancier, 
3" par la prescription de la créance, 4° par la purge que 
peuvent opérer l'acquéreur, le donataire, l'échangiste, ou 
le légataire particulier des biens hypothéqués (V. Purge). 
— La conservation des hypothèques est confiée à l'admi- 
nistration de l'Enregistrement et des Domaines. Les droits 
payés aux bureaux des hypothèques sont perçus au profit 
du Trésor public. La loi du 28 avril 1810 prescrit la per- 
ception d'un pour mille du capital de la créance; le re- 
nouvellement de l'inscription à l'expiration du délai dé- 
cennal donne lieu à la même perception. Les frais des 
inscriptions sont à la charge du débiteur. Une remise sur 
les droits perçus est accordée aux conservateurs; mais, 
en outre, il doit leur être payé, pour les actes, copies, 
extraits ou certificats qu'ils délivrent, des salaires dont la 
quotité a été fixée par décret du 21 sept. 1810. Les con- 
tteurs des hypothèques fournissent deux cautionne- 
ments, l'un en immeubles, l'autre en numéraire. V. Gui- 
chard, Législation hypothécaire, Paris, 1810, 3 vol. in-8° ; 
Carrier, Traité des hypothéqués, 1818, in-8"; Cotellc, 
Des privilèges et hypothèques, 1820, in-8" ; Battur, Traité 
des privilèges et hypothèques, 2? édit., Paris, 1823, 4 vol. 
in-8"; Grenier, Traité des hypothèques, 3 e édition, Clcr- 
mont-Ferrand, 1829, 2 vol. in-4°; Persil, Régime hypo- 
thécaire, 4 e édit, Paris,1833,2 vol. in-8°; D.ufrayer, Ma- 
nuel du préteursur hypothèque, I838,in-18; Despréaux, 
Dictionnaire général des hypothèques, _1842, in-8"; Bau- 
dot, Traité des formalités hypothécaires, 1845, 2 vol. 



in-8°; Valette, Traité des hypothèques, 1830, in-8" ; Dc- 
lamontre, Traité du prêt sur hypothèque, 18i7,in-8°; 
Troplong, Commentaire sur les privilèges et hypothèques, 
5 e édit., 1854, 4 vol. in-8°; Marcadé et Pont, Commen- 
taire des privilèges et hypothèques, 2 vol. in-8° ; Hervieu, 
Résumé de jurisprudence sur les privilèges et hypothèques, 
4 e édit., 1850, in-4° ; Schilling, Traité du droit de gage 
et d'hypothèque chez les Romains, trad. de l'allemand par 
Pellat, 1840, in-8°; Anthoinc de Saint-Joseph, Concor- 
dance entre les lois hypothécaires étrangères et fran- 
çaises , 1847, 1 vol. gr. in-8"; Allemand, Examen du 
régime hypothécaire établi par le Code civil , 1837, in-8°; 
Fouet de Conflans, De la réforme hypothécaire, 1848, 
in-8°; Hauthuille, De la réforme du système hypothé- 
caire, 1843, in-8"; Hébert, De quelques modifications à 
introduire dans le régime hypothécaire, 1841, in-8°; 
Odier, Des systèmes hypothécaires, 1840, in-12; Saint- 
Nexcnt , De la réforme, du régime hypothécaire, 1845, 
in-8". 

HYPOTHÈSE (du grec upothésis, supposition), fait ou 
principe admis sans preuves, pour expliquer certains 
faits ; par suite , on appelle méthode hypothétique celle 
qui pose de semblables principes pour expliquer les faits 
observés. 11 y a trois sortes d'hypothèses : la première 
suppose réels des faits non observés , pour en expliquer 
d'autres que l'on connaît , mais dont la cause nous 
échappe; ainsi Newton supposait dans l'eau la présence 
d'un corps combustible, pour expliquer certains faits de 
réfraction; la seconde sorte consiste à admettre une force 
comme cause de certains effets, par exemple, l'électricité; 
la troisième n'est qu'un moyen imaginé pour rendre plus 
facile l'enseignement dans les sciences; ainsi, les chi- 
mistes supposent la matière divisée en atomes, pour en 
expliquer les combinaisons. La première sorte est la plus 
importante, et il est indispensable d'y avoir recours quand 
l'observation, l'expérimentation, le raisonnement ne peu- 
vent passuffire. L'hypothèse, dansce cas, doit être soigneu- 
sement vérifiée , et rejuée si l'expérience ne la confirme 
pas : l'observation a confirmé l'hypothèse d'Iluyghens 
sur l'anneau de Saturne; celle de Laplace sur la forma- 
tion des planètes, ne pouvant pas être vérifiée, est inad- 
missible. L'hypothèse ne peut donc produire la certitude 
que lorsqu'en perdant son premier caractère, elle passe 
à l'état de fait évident et démontré ; hors de là elle n'est 
qu'un moyen souvent indispensable , mais sans caractère 
scientifique; jusque-là' elle n'est qu'une supposition qui 
doit disparaître quand il est prouvé qu'elle est vraie ou 
fausse : vraie, elle est acquise à la science; fausse, elle est 
convaincue d'erreur et rejetée comme telle. R. 

HYPOTR ACHELIUM, nom donné par Vitruve à ce que 
nous appelons gorgerin dans la colonne. 

HYPOTYPOSE (du grec upo, sous, et tupoô, je figure, 
je décris , figure de Rhétorique qui peint l'objet avec des 
couleurs si vives, des images si vraies, qu'elle le met en 
quelque sorte sous les yeux, et que le spectateur ou l'au- 
diteur, s'identifiant avec le personnage, s'oublie an point 
de se croire témoin des faits qui lui sont racontés. Ainsi, 
dans Alhalie (I, 2), Josabeth raconte au grand prêtre 
comment elle a arraché Joas tout sanglant des mains de 
ses meurtriers : 

Hdlns ! l'état horrible où le Ciel me l'offrit 
Revient à tout moment effrayer mon esprit : 
De princes égorgés la chambre était remplie, etc. 

Andromaque (III, 3) nous fournit un autre exemple 
d'hypotypose : 

Figure-toi Pyrrhus, les yeux étlncclants, 
Entrant à la lueur de nos palais brûlants, etc. 

On peut citer encore lu peinture de la Mollesse dans le 
Lutrin de Boileau, la mort, de Bocchoris dans le Têlèmaque 
de Fénelon , le sacrifice d'Eudore dans les Martyrs de 
Chateaubriand. G. 



IAM 



104 



IAM 



I, 9 e lettre et 3 e voyelle de l'alphabet latin , ainsi que 
des alphabets des langues néolatines et des langues ger- 
maniques. En latin, l'i était à la fois consonne et voyelle : 
consonne, lorsqu'il était placé devant une voyelle dans 
un mot d'origine italique (lanus, coniicio, qui s'écri- 
virent tardivement Janus , conjicio); voyelle, dans les 
mots d'origine grecque (iambus) ; consonne dans certains 
mots d'origine hébraïque (Judœus), voyelle dans certains 
autres (Iacobus).' L'< eut également deux valeurs en 
France : ce fut Bamus qui, au XVI e siècle, donna unifor- 
mément la forme du j à l'ancien i consonne ; mais il n'y 
a encore que fort peu d'années que les chapitres des 
lettres I et J ont cessé d'être confondus en un seul dans 
les Dictionnaires. Les Latins substituèrent quelquefois 
Vu àl'i : Decumus, Maxumus, pour Decimus, Maximus. 
En français, l'i perd le son qui lui est propre, en.s'unis- 
sant à d'autres voyelles, comme dans laid, gain, sein, 
psine, roi, etc. : il le reprend à l'aide du tréma, comme 
dans Moïse, Héloise. Lais, etc. En anglais, l'i perd très- 
souvent le son que lui donnent les autres peuples de l'Eu- 
rope ; mais, en revanche, ce son est attribué à d'autres 
caractères, à Ve (dans be, être), à ce (dans sec, voir), à 
ea (dans tea, thé). L'usage de mettre un point sur 1'/, 
pour qu'on n'en fasse pas un jambage d'une lettre voisine, 
ne date que du XIV e siècle. — Comme abréviation dans 
les inscriptions latines, I signifie imperator, invictus, in- 
feri, in,justus, illustris, jure, etc. Sur les monnaies ro- 
maines, il représente l'as, comme valeur et comme poids. 
Autrefois il était la marque des monnaies frappées à 
Limoges. — Dans la théorie du syllogisme, I désignait une 
proposition affirmative particulière. — Signe numéral, 
l'iota grec valait 10. En latin, I vaut 1, et représente au- 
tant d'unités qu'il est répété de fois jusqu'à quatre : mis 
devant V etX, il se retranche de ces nombres ; placé après, 
il s'y ajoute (IV =4; IX = 0;VI = G; XI = 11). Cepen- 
dant, liC exprime 200, I1IM 3,000. etc. B. 

IALÈNE. V. Ch uvson. 

ÏAMBE, pied de la versification grecque et latine, com- 
posé d'une brève et d'une longue : ilïes. Archiloque en 
est réputé l'inventeur; c'est du moins lui qui, le premier, 
l'a employé dans les pièces mordantes et satiriques. 

IAMBÉLÉGIAQUE (Vers). C'est le renversement du 
vers élé;j;iambique, c.-à-d. qu'il se compose de 2 dipo- 
dics ïambiques suivies de la 2 e penthémimère élégiaque; 
il est asynartète ; Horace a écrit {Epod. 13, v. 10 et 18) : 

Dëfôrmïs i7-\grïinônïce\\dùlc' i 'bït$ âllbquus. 
Lèvârè dl\rïs pêctôrâ || sôllïcïtûdïnïbûs. . 

Ce vers passait pour avoir été inventé par Archiloque, 
ainsi que l'élégiambique. P. 

IAMBIQUE (Poésie), nom donné chez les anciens Grecs 
à ce qui s'appelle spécialement Satire chez les peuples 
modernes. Les diatribes contre les personnes ou contre 
les mœurs générales ayant été primitivement composées 
en ïambes, le nom d'iambique a été donné au poëme 
lui-même : on disait vulgairement des ïambes, pour dire 
une satire mordante, une invective. Archiloque, Hippo- 
nax, Timocréon, sont les représentants les plus connus 
de ce genre de poésie; mais nous ne saurions apprécier 
le mérite de leurs œuvres, dont il ne nous est parvenu 
que de trop courts fragments. Nous n'avons point de 
pièce latine portant ce titre, bien que les poètes latins se 
servent fréquemment du mot ïambes pour désigner une 
pièce médisante. Mais nous devons rattacher à ce genre 
un grand nombre des pièces d'Horace connues sous le 
nom A'épodes , et dont quelques-unes sont d'une viru- 
lence extrême, notamment les odes 4, 0, 10, 17. Chez. 
nous, André Chénier a renouvelé ce genre, mais dans un 
seul essai inachevé, et, de nos jours, M. Auguste Barbier 
s'est fait un nom par ses ïambes. Ils sont composés de 
grands vers alternant avec un plus petit placé en forme 
à'épode, à l'imitation de ce que nous voyons dans Horace, 
qui lui-même s'était modelé sur les îambographes de la 
Grèce. P. 



iambique (Vers), vers composé d'ïambes, ou dont l'ïambe 
est la base. En grec et en latin, il y a des ïambiques de 
2 jusqu'à 8 pieds. On les scande par dipodies , et chaque 
dipodie forme, une mesure ou mètre : d'où le nom de 
■monomètre donné au vers de 2 pieds, de dimètre au vers 
de 4 pieds, de trimètre au vers de 6 pieds, et de têtra- 
mètre à celui de 8 pieds. 

I. Monomètre. Il est très-rare. On le trouve employé 
comme clausule dans un système de dimètres ou dé tri- 
mètres. Pur, il a 2 ïambes. Au l t,r ïambe on substitue 
souvent un spondée; au 2 e un pyrrhique. Les Latins met- 
taient souventje dactyle au lieu du spondée au 1 er pied : 
pèssûmâ niane. Il peut être hypercatalectique ; alors, outre 
la i r '' substitution, il peut recevoir un antipeste au 2 e pied. 
_ II. Dimètre. Jl est fréquent chez les lyriques, les tra- 
giques et les comiques. Alcman et Anacréon paraissent 
l'avoir employé les premiers dans un système (V. ce mot) . 
Il y en a 3 variétés : acatalectique (4 pieds ), catalectique 
(3 pieds et demi), brachycatalectique (3 pieds). La l re com- 
porte l'ïambe, le spondée, le dactyle rarement, du moins 
en grec, au 1 er et au 5 e pied ; l'anapeste au 1 er pied ne se 
voit que chez les comiques. Dans la 2 e , le 3 e pied est né- 
cessairement un ïambe, le 2 e peut être un tribraque. Dans 
la 3 e , le 3 e pied est un ïambe, ou un pyrrhique, très-sou- 
vent précédé d'un anapeste. Horace a employé le tribra- 
que au 2 e pied du dimètre acatalectique. Dans les sys- 
tèmes dimétriques, tel est l'étroit enchaînement des vers, 
que chaque dernier pied se comporte comme s'il était 
dans le corps du vers, c.-à-d. que, 1° la longue finale 
peut se résoudre en deix brèves, d'où résulte un tri- 
braque; 2° l'hiatus est interdit d'un vers h l'autre, aussi 
bien que toute syllabe douteuse ; d'où il suit que le di- 
mètre peut être terminé par un ïambe ou un tribraque, 
jamais par un pyrrhique ni un anapeste, et qu'un mot 
peut être interrompu et se continuer au vers suivant. 
Les systèmes de dimètres ïambiques sont habituellement 
terminés par un dimètre catalectique. Les systèmes de di- 
mètres cata!ectiques sont eux-mêmes fréquents. Souvent 
un système de dimètres renferme les trois variétés, avec 
un monomètre hypercatalectique pour clausule. Le di- 
mètre hypercatalectique forme le 3 e vers de la strophe 
al calque. 

III. Trimètre. C'est le plus connu, le plus usité des 
vers ïambiques. Pur, ce vers se compose de ïambes, si 
ce n'est que le 6 e doit être remplacé par un pyrrhique. 
Archiloque, Simonide et les îambographes en avaient 
fait un fréquent usage : néanmoins ils substituaient par- 
fois à l'ïambe des pieds impairs le spondée, et introdui- 
saient à tous 1 s pieds, sauf le G e , l'anapeste, seulement 
lorsqu'il fallait un nom propre. Ces substitutions ont été 
adoptées par les tragiques, qui, de plus, admettent le 
tribraque aux quatre premiers pieds. Les trimètres ïam- 
biques reçoivent principalement la césure penthémimère 
etla césure hephthémimère, quelquefois la césure trihé- 
minière; elle a lieu sur une brève aussi bien que sur 
une longue. L'enjambement se fait d'une manière à peu 
près aussi variée que dans l'hexamètre héroïque; le rejet 
d'un spondée est assez fréquent, surtout s'il ne termine 
pas complètement le sens; cependant le sens peut s'y 
arrêter, s'il en résulte un effet d'harmonie imitative. 
Le drame satyrique suivit les règles de la versification des 
tragédies, quand le poète mettait en scène un personnage 
héroïque; mais on y prenait plus de licences métriques 
lorsqu'on faisait parler les Satyres et autres personnages 
burlesques. C'est ce qui avait lieu aussi dans la Vieille 
Comédie. Le trimètre de la Nouvelle Comédie se confor- 
mait aux règles du trimètre tragique. Au temps de Sé- 
nèque, les poètes latins, en admettant le trimètre, y in- 
troduisirent toutes sortes de licences, à tel point que la 
mesure de leurs vers est souvent confuse. Horace s'est le 
plus rapproché de la pureté grecque. 

Certains trimètres ont un spondée au e pied (V. Cno- 
i.iambe). Il y a aussi des trimètres catalectiques qui figu- 
rent dans la stropne alcaïque. Enfin le trimètre bracb}- 
catalectique est un iambique de ù pieds, qui a toujours un 



ICA 



1048 



ICO 



anapeste au 4 e , et dont le 1 er ïambe admet comme sub- 
stitution le spondée. 

IV. Tétramètre. L'iambique de 8 pieds n'admet guère 
d'autre substitution que le spondée. On n'en trouve au- 
cun exemple dans ce qui reste du théâtre grec. Chez les 
Latins, qui, au contraire, en ont fait un grand usage au 
théâtre, il admet tous les pieds du trimètre libre; le 
8 e pied doit toujours être un ïambe. On le coupait après 
la césure qui suit le 4 e pied : quelquefois il est coupé en 
deux hémistiches, c.-à-d. en deux dimètres, et alors il 
peut être asynartète. 

Les poètes de la vieille comédie grecque ont fait un très- 
grand usage du tétramètre catalcctique (7 pieds et demi). 
Le 7 e pied doit être un ïambe; mais on y trouve quel- 
quefois, dans un nom propre, l'anapeste. Le tribraque est 
fréquent aux 1 er , 2 e et e pieds ; il est plus rare au 4 e , 
qui reçoit régulièrement l'ïambe, le spondée, parfois l'ana- 
peste. Ce vers est la base du vers politique, né en Grèce 
au moyen âge. Le tétramètre catalcctique est également 
fort usité dans la comédie latine, mais ton jours avec beau- 
coup plus de licences. Le dactyle et le proeéleusmatique. 
y sont admis au 4 e pied; au 7 e le tribraque, le spondée, 
le dactyle, l'anapeste, le proeéleusmatique, ces deux der- 
niers plus rarement, et â condition que la première brève 
ne soit pas la linale du mot précédent. Il est asynartète 
chez les Latins, ce qui n'a pas lieu chez les Grecs. P. 

IAMBYCE, instrument à cordes des Anciens, men- 
tionné par Pollux. On suppose que c'était une cithare 
triangulaire inventée par Ibycus. 

IBER1ENNES (Langues), nom des langues parlées 
dans l'Espagne ancienne, telles que le turdétan, le can- 
tabre, le celtibérien, et dont il ne subsiste plus qu'une 
seule, le basque (V. ce mot). 

IBSAMBOUL (Temples d'), dans la Nubie inférieure, 
sur la rive gauche du Nil. Ces temples , au nombre de 
deux, découverts par Belzoni, sont aussi remarquables 
que les plus beaux de l'Egypte, et datent du règne de 
Ramsès le Grand (Sésostris). Ils sont entièrement taillés 
dans le roc. La façade du plus grand, coupée à pic, a 
32 met. de hauteur sur 34 de largeur, et offre, au centre, 
une porte de 5 met. sur 2 et 1/2. Quatre colosses assis, 
représentant Ramsès, annoncent, dignement l'entrée de 
ce temple dédié à Phré; dégagés du sable qui les re- 
couvre en grande partie aujourd'hui, ils n'auraient pas 
moins de 20 met. de hauteur ; trois seulement subsistent 
dans un état parfait de conservation. L'intérieur du 
temple est une excavation toute de main d'homme. La 
première salle ou pronaos, qui a 16 met. carrés sur 8 
d'élévation , est soutenue par deux rangs de quatre pi- 
liers chacun , contre lesquels sont adossés autant de 
colosses debout, représentant Osiris sous les traits de 
Ramsès ; les parois de cette salle sont décorées de bas- 
reliefs coloriés, où l'on a figuré les exploits de ce prince 
en Asie et en Afrique. Vient ensuite une seconde pièce 
ou naos, à peu près de même caractère , longue de 
12 met.; et enfin le sanctuaire, où l'on voit, dans une 
niche très-profonde, les statues assises, plus grandes 
que nature et coloriées, d'Ammon-Ra, de Phré, de Phtha 
et de Ramsès. Ce monument ne reçoit le jour et l'air que 
par l'entrée. — Le petit temple, à quelque distance au 
N.-E. du grand, a été dédié à la déesse Athor par la 
femme de Ramsès. Moins élevé et moins profondément 
creusé, il a une façade en talus", contre laquelle s'ap- 
puient six colosses de 12 met. de hauteur, séparés les 
uns des autres par des contre-forts couverts d'hiérogly- 
phes. A l'intérieur, on remarque des piliers carrés sur- 
montés de tètes de femmes, et des bas-reliefs peints, 
d'un excellent style , dont tous les sujets sont mytho- 
logiques. 

1CAHIE, nom donné par le communiste Cabet à la terre 
imaginaire où devaient se réaliser ses utopies. Cette terre 
a pour capitale Icara, autour de laquelle se groupent 
100 villes provinciales; chacune de celles-ci est entourée 
de 10 villes communales, placées au centre de territoires 
égaux. Toutes sont construites sur le même modèle, et 
réalisent, sous le rapport de la propreté, de la commo- 
dité et de l'élégance, les plus beaux rêves de l'imagi- 
nation. Les établissements agricoles ne sont pas moins 
parfaits dans leur genre. Les [cariens ne connaissent ni 
propriété, ni monnaies, ni ventes, ni achats; ils vivent 
en communauté de biens et de travaux. C'est la. répu- 
blique ou la communauté qui recueille les produits de 

la terre et de l'industrie, et qui les partage (''gaiement 
entre les citoyens : elle les loge, les nourrit, les habille 
et les instruit. Le travail n'a, d'ailleurs, rien de ré- 
pugnant; des machines très -nombreuses dispensent 



l'homme de tout effort pénible , et, toutes les professions 
étant également estimées, chacun choisit la sienne sui- 
vant son goût. Le mariage est admis et respecté, jusqu'à 
ce que, par l'effet du progrès des lumières, la promiscuité 
des sexes n'inspire plus de répugnance; comme il n'y a 
ni dots ni successions, les convenances personnelles pré- 
sident seules aux unions. Au point de vue politique, une 
assemblée de 2,000 membres, élue par le suffrage uni- 
versel, est investie de l'autorité législative pour tout ce 
qui concerne l'intérêt général; chaque province a aussi 
son assemblée particulière où l'on discute ses intérêts 
spéciaux, et, dans chaque commune, une assemblée pri- 
maire examine les questions d'intérêt local qui lui sont 
renvoyées par l'assemblée générale. Il y a un exécutoire 
national (pouvoir exécutif), et des exécutoires provin- 
ciaux et communaux, dont les membres sont .nommés 
par le peuple. Aucun fonctionnaire ne reçoit de traite- 
ment. On n'a pas besoin de force publique, parce qu'en 
Icarie on ne voit ni partis politiques, ni complots, ni 
émeutes, ni violences, ni larcins. Le journal national, 
les journaux provinciaux et communaux ne contiennent 
que des procès-verbaux et des statistiques, toute discus- 
sion leur étant interdite : la liberté de la presse est rem- 
placée par le droit de proposition dans les assemblées 
populaires. Toutes les religions sont tolérées : mais il est 
interdit de parler de religion aux enfants avant qu'ils 
aient l'âge de 10 ou 17 ans. Suivant le catéchisme icarien, 
Jésus-Christ n'est qu'un homme, le premier de tous; les 
prêtres sont de simples prédicateurs de morale. On féli- 
cite ceux qui croient à un Paradis pour les justes; quant 
à l'Enfer, il est inutile, parce qu'il n'y a pas de méchants 
en Icarie. B. 

ICHNOGRAPHIE (du grec whnos, trace, et graphéin, 
écrire), opération qui consiste à dessiner les contours 
que forment des objets sur un plan. Ainsi, pour un édi- 
fice, le plan est la trace qu'il laisserait sur le sol s'il était 
rasé. 

ICONIQUES (Statues), statues que les Anciens éri- 
geaient aux athlètes qui avaient remporté trois \ ictoires. 
Elles étaient l'image exacte de leurs formes et de leur 
caractère gymnastique. 

ICONOGRAPHIE (du grec éikôn, image, et graphéin, 
décrire), description des monuments de la statuaire an- 
tique et de celle du moyen âge, et, dans un sens plus 
restreint, description des images des personnages cé- 
lèbres, représentés par des statues, des bustes, des mé- 
dailles, des pierres gravées, des peintures, etc. Les 
principaux auteurs qui ont fait des recueils iconogra- 
phiques sont : Mazocchi, Illustrium imagines, 1517, 
in-4°; Klavio Orsini, Illustrium imagines, Rome, 1569; 
Canini, Iconografia, Rome, 1009, et Amst. , 1731 ; Bel- 
lorio, Veterum illustrium imagines, Rome, 1085; Vis- 
conti, Iconographie grecque, Paris, 1811,3 vol. in-4°; 
Mongez, Iconographie romaine, Paris, 1817-26, 4 vol. gr. 
in-fol.; Delpeeh, Iconographie des contemporains, Paris, 
1824, in-fol.; Didron, Iconographie chrétienne, 1844, 
in-4° ; l'abbé Crosnier, Iconographie chrétienne , Paris, 
1818, in-8°; Guénebault, Dictionnaire iconographique 
di's figures, légendes et actes des saints, 1846, gr. in-8°. 

ICONOLATRIE (du grec éikôn, image, et latréia, ado- 
ration), culte des images poussé jusqu'à l'adoration, 
comme chez les païens. 

ICONOLOGIE (du grec éikôn, image, et légéin, dire, 
expliquer), explication des emblèmes, des figures allégo- 
riques et de leurs attributs. Les auteurs qui ont entrepris 
ce genre de travail sont : J. Baudouin , Recueil d'em- 
blèmes, Paris, 1688, 3 vol. in-8" ; Lacombe de Presel, 
Dictionnaire iconologique, 17"). r > et 1779, in-12 ; .1. Bou- 
dard, Iconologie de divers ailleurs, Panne, 1739, 2 vol. 
in-fol.; Ch. Delafosse , Iconologie historique , Paris, 
1768; Gaucher, Iconologie, ou Traité complet des allé- 
gories, emblèmes, etc., Paris, 1790, 4 vol. in-12; Gravclot 
et Cochin , Iconologie par figures, 1796; F. Pistrucci , 
Iconologia, Milan, 1821. 

ICONOSTASE (du grec, éikôn, image, et stasis, pose}, 
clôture du sanctuaire dans les églises anciennes. Elle était 
ainsi appelée, parce qu'on y exposait de saintes images 
à la vénération des fidèles. Dans les premiers temps de 
l'ère chrétienne, les sanctuaires étaient exhaussés de 
quelques marches au-dessus de la nef, et fermés par une 
clôture ornée de colonnes, de mosaïques et. de fresques; 
une ou trois portes y donnaient accès, et. permettaient, aux 

fidèles d'en apercevoir une partie. Plus tard, les fc i- 

stasc furent remplacées par des tentures et des grilles, 
puis enfin portées à l'extrémité du chœur et transformées 
ou confondues avec les jubés. Chez les chrétiens du rite 



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grec, on donne le nom d'Iconostases à des niches ou ca- 
binets qui renferment des images saintes, et que voile 
un rideau. 

ICOS1-DRACHME, monnaie d'or de 20 drachmes créée 
en Grèce en 1833. Elle vaut 17 fr. 90 c. 

IDÉAL. L'idée exprimée par ce mot est celle d'un mo- 
dèle parfait, d'un type de beauté qui n'existe pas dans la 
réalité, et que l'artiste imite en cherchant à l'égaler sans 
jamais y parvenir. Cicéron nous montre Phidias copiante 
un modèle intérieur pour faire sa Minerve ou son Jupi- 
ter Olympien. C'est sur la théorie platonicienne des idées 
que repose la doctrine de l'idéal. Selon Platon, l'esprit 
s'élève graduellement et par abstraction jusqu'aux idées 
pures, modèles parfaits, types éternels comme Dieu en qui 
ils résident. La beauté réalisée par l'artiste n'est qu'une 
imparfaite image de cette beauté parfaite, exempte de tout 
alliage. A cette théorie, qui repose sur le dogme de la ré- 
miniscence ( V. ce mot), on en oppose une autre, consistant 
pour l'esprit à prendre dans les objets de même nature 
les parties qui paraissent les plus belles, afin d'en former 
un tout, qui devient ainsi le modèle idéal de l'artiste. 
Dans les deux cas, ce modèle n'est toujours qu'une idée 
à laquelle l'art cherche à donner une réalité; mais le se- 
cond procédé est empirique; le premier relève surtout de 
la raison, le second de l'imagination, et il peut conduire 
à confondre la fiction avec V idéal. Toutefois celui-ci, 
quelle que soit l'origine qu'on lui attribue, est le ratio- 
nalisme dans l'art; il est opposé à cette doctrine qui ne 
donne d'autre mission à l'artiste que de coprer grossière- 
ment la nature, et qui est aujourd'hui le réalisme. V. 
Art, Beaux-Arts, Réalisme. R. 

IDÉALISME, système qui a joué un grand rôle dans la 
philosophie, surtout depuis un siècle. Dans son sens le 
plus vulgaire, ce n'est qu'une exagération du Spiritua- 
lisme; c'est Y immatérialisme, puisqu'il prétend que les 
objets matériels n'existent pas. Tel est l'idéalisme de Ber- 
keley. Kant, par une analyse profonde de l'entendement, 
arriva à un idéalisme transcendant al, qui diffère du pré- 
cédent en ce qu'il ne nie pas l'existence des objets; mais 
en même temps il soutient que ces objets ne nous appa- 
raissent pas tels qu'ils sont en soi, mais selon les formes 
de notre sensibilité et de notre entendement. De là sortit 
l'idéalisme objectif de Schelling et l'idéalisme absolu de 
Hegel; dans ce dernier, l'idée confondue avec l'être 
constitue 'l'essence même des choses. Dans l'antiquité, 
les Éléates avaient ouvert la voie à cet idéalisme outré , 
qui conduit au panthéisme. Il y a un idéalisme moins 
exagéré, qui fait encore bien grande la part de la raison, 
mais qui ne méconnaît pas entièrement les droits des 
sens. Il est basé sur la théorie platonicienne des idées, 
Platon supposant que la véritable réalité n'est que l'idée 
éternelle reposant au sein de l'absolu. A cette doctrine se 
rattachent, à des degrés différents, Descartes, Male- 
branchc, Bossuet, Fénclon, Leibniz. R. 

IDÉE. L'idée ne peut pas être définie; c'est un fait 
simple de l'intelligence, la vue isolée d'un objet; elle se 
distingue par là du jugement, qui contient l'affirmation. 
Les idées se classent : 1° d'après leurs objets, en idées 
de modes, d'êtres et de rapports ; 2° selon qu'elles se 
rapportent à des objets réels, en idées concrètes, indivi- 
duelles, relatives, contingentes, et en idées nécessaires et 
absolues; toutes ces sortes d'idées donnent lieu à la 
question d'origine; celles à objets non réels sont les 
idées abstraites, générales et fictives; elles donnent lieu 
à rechercher, non leur oridne, mais leur formation; 
3° au point de vue de la qualité, elles sont vraies, exactes, 
précises, claires, distinctes, ou fausses, inexactes, va- 
gues, obscures, confuses; 4° au point de vue logique, on 
les distingue en idées simples, complexes, composées, 
collectives. Descartes les divisait toutes en idées adven- 
tices, factices et innées, les premières acquises par l'ex- 
périence, les secondes par le travail de l'imagination : 
quant aux idées innées, ce sont celles qui sont naturelle- 
ment dans l'esprit et que la raison conçoit. La question de 
formation pour certaines idées ne donne lieu à aucune 
difficulté, c'est un fait libre de l'intelligence : il n'en est 
pas de même de la question d'origine; c'est par la na- 
ture des idées qu'on peut la résoudre. Les idées indi- 
viduelles et contingentes (sensibles) viennent des sens 
ou de la conscience ; les idées nécessaires et absolues 
(intellectuelles on morales) sont des conceptions de la 
raison, ce sont les idées de Platon (V. Idéal), et celles 
que Descartes appelle innées. Les attribuer toutes, sans 
distinction, à l'expérience, c'est nier les idées néces- 
saires de cause, de temps, d'espace, etc. ; c'est rayer la 
raison du nombre des facultés intellectuelles. Cette 



erreur des sensuahstes vient de ce qu'on est porté à 
confondre les idées qu'on obtient au début de la con- 
naissance avec celles qu'on obtient ensuite à l'occasion 
des premières. L'erreur contraire, en rapportant tout 
à la raison , conduit à l'idéalisme. Pour être dans le 
vrai, il faut reconnaître : 1° que les sens nous don- 
nent la connaissance des phénomènes du monde exté- 
rieur physique; 2° que la conscience nous donne la con- 
naissance des faits du monde intérieur, ou du moi; 
3° que la raison nous fait concevoir la 7-éalité substan- 
tielle du monde physique, et la réalité substantielle du 
moi; 4° que la même raison nous révèle immédiatement, 
hors de nous, une autre réalité objective, un non-moi 
immatériel dont le caractère est absolu et nécessaire, et 
qui nous apparaît comme la condition du monde phy- 
sique et du moi; en un mot, Dieu. 11. 

IDÉES (Association des). V. Association. 

idées-images (Théorie des), théorie philosophique dans 
laquelle les idées sont considérées, suivant le sens éty- 
mologique de leur nom (en grec éidos, idéa, forme, 
image), comme de véritables images des objets, et comme 
étant elles-mêmes l'objet immédiat auquel l'esprit s'ap- 
plique dans le phénomène de la perception. La théorie 
des Idées-images, ou, comme l'on dit encore, des Idées 
représentatives, semble avoir eu pour origine l'impossi- 
bilité de donner une explication posititive de la percep- 
tion ; mais, en substituant la perception de l'idée à celle 
de la chose même, on ne faisait que déplacer la difficulté, 
si même on ne la compliquait. C'est dans la philosophie 
atomistique qu'il semble avoir été fait pour la première 
fois mention des idées. Démocrite supposait que ce que 
nous appelons la perception est produit par certaines 
émanations des corps, qui pénètrent jusqu'à l'âme et 
viennent s'y imprimer, en passant par les organes des 
sens. Ces émanations ou effluves sont des figures sem- 
blables aux corps dont elles se détachent. Telle fut aussi 
la doctrine d'Épicure; Lucrèce, qui nous l'a transmise, 
donne aux émanations les noms de vestigia, simulacra 
(traces, images), et enseigne expressément que c'est ainsi 
que nous connaissons non -seulement les formes, mais 
les odeurs, les saveurs, les sons, en un mot toutes les 
propriétés des corps. Telle est la théorie des Idées-images 
sous sa forme la plus naïve, la plus grossière sans doute, 
mais la plus intelligible encore et la moins illogique. 
Car, quelques objections que soulèvent toutes les parties 
du système, à ne le prendre que dans son principe, on 
comprend jusqu'à un certain point que des images ma- 
térielles fassent impression sur une âme matérielle, for- 
mée, comme tout le reste, d'atomes agrégés. Mais que 
penser de l'inconséquence des philosophes qui reconnais- 
sent la spiritualité de l'âme et conservent néanmoins l'hy- 
pothèse des Idées-images'.' Aristote, ses disciples, presque 
toute la philosophie scolastique, Locke enfin, ont mérité 
ce reproche. Le premier pensait que l'âme ne reçoit la 
notion des objets extérieurs que par un intermédiaire, 
celui-là même qu'il appelle formes ou idées sensibles . 
« Le sens, dit-il, est ce qui est capable de recevoir ces 
idées sans en recevoir la matière. » Et tous les efforts de 
l'école tendent effectivement à expliquer comment les 
idées se spiritualiscnt, pour ainsi dire, en passant du 
dehors au dedans. On peut prendre une notion som- 
maire, mais assez exacte, des artifices et des subtilités 
de pensée et de langage auxquelles le péripatétisme a eu 
recours pour atteindre ce but, en lisant le chapitre que 
Malebranche (Recherche de la vérité, 1. ni, n e partie, 
ch. 2) a consacré à la critique de ce système. Quoi qu'il 
en soit, les doctrines d'Aristote, transportées presque de 
toutes pièces dans la scolastique, y perpétuèrent la tra- 
dition des Idées-images, sous le nom d'Espèces (V. Es- 
pèce) ; et, malgré les rares protestations de quelques 
esprits plus indépendants, tels que Duns Scot, qui trou- 
vait avec raison que l'idée ainsi comprise n'est qu'un 
embarras de plus, on continua de croire et d'enseigner 
que la perception des objets n'est possible que par l'in- 
termédiaire des idées, et que celles-ci sont les images 
des choses. La philosophie cartésienne finit, il est \rai, 
par entendre les idées dans un tout autre sens; mais 
Locke conserva l'ancienne théorie : « 11 est évident, dit- 
« il, que l'esprit ne connaît pas les choses immédiatc- 
« ment, mais seulement par l'intermédiaire des idées 
« qu'il en a, et, par conséquent, notre connaissance n'est 
« vraie qu'autant qu'il y a de la conformité entre nos 
« idées et leurs objets. » Or, ou ces paroles ne signifient 
rien, ou l'idée ne peut être conforme à l'objet qu'autant 
qu'elle en est la copie, c.-à-d. l'image ; et ici se repro- 
duisent avec toute leur force les objections qu'on aurait 



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pu également élever contre les simulacra des Épicuriens, 
contre les formes ou idées péripatéticiennes, et contre les 
espèces scolastiques. Si l'image est matérielle, en quoi la 
perception de cette matière est-elle plus explicable que 
celle de la matière des corps eux-mêmes? Et que fait-on 
autre chose que de doubler la difficulté ou de la dépla- 
cer? En outre, comment concevoir ces images circulant à 
travers l'espace, s'y croisant, s'y heurtant, ces milliers 
d'images semblables ou différentes, émises simultané- 
ment par un objet que perçoivent des milliers de specta- 
teurs? Et si, avec beaucoup de bonne volonté, on peut 
admettre un instant que les images des choses visibles 
fassent impression sur une âme matérielle, à la façon du 
cachet sur la cire, que sera-ce lorsqu'il s'agira des images 
du son, de la résistance, etc., et de l'impression faite 
par ces images matérielles sur une âme immatérielle? 
Sappose-t-on des images immatérielles? Ce sont d'autres 
contradictions : que peut-on entendre par des images im- 
matérielles de la matière? Comment procèdent-elles des 
corps, et comment agissent-elles sur l'âme? Enfin, de 
quelque côté qu'on prenne la théorie des Idées-images, 
quelques modilications qu'on lui fasse subir, elle aboutit 
toujours à un ensemble de résultats absurdes, dont le 
plus curieux peut-être est celui que Berkeley et Hume 
ont très-logiquement déduit de la doctrine de Locke, sa- 
voir, que les corps n'existent pas, ou, ce qui revient au 
même pour nous, que nous ne savons absolument rien 
de leur existence, puisque, ne les connaissant que par les 
idées et n'ayant aucun moyen de comparer celles-ci à 
leurs prétendus originaux, nous ne savons, à proprement 
parler, ni si elles leur ressemblent, ni si ces originaux 
existent réellement. Ainsi, le scepticisme le plus complet, 
ou, si l'on se décide résolument pour la négitive, le ni- 
hilisme, telle est la conséquence forcée du système des 
Idées-images. B — e. 

IDENTITÉ (du latin idem, le même), propriété qui ne 
peut app irtenir qu'à la substance et jamais au phéno- 
mène. Par elle un être est toujours et invariablement le 
même, mais elle ne peut pas être attribuée indifférem- 
ment à toute espèce d'êtres. Dans les corps inorganiques 
l'identité n'est qu'apparente, parce que les molécules ma- 
térielles dont ils se composent sont soumises au change- 
ment. Chez les êtres vivants, la partie matérielle, se 
renouvelant sans cesse, ne comporte pas l'identité; celle- 
ci ne consiste pour eux que dans la persistance du type 
de chaque espèce; elle dépend par conséquent de la con- 
tinuité dans l'ordre et dans le mouvement. Mais la véri- 
table identité n'est pas encore là; elle ne peut se trouver 
que dans un être un et simple, comme l'âme. L'identité 
est dune l'unité continue de l'être qui n'éprouve aucune 
altération dans sa substance, dans un être spirituel qui 
I ense, qui veut, et qui à toutes les époques de sa vie peut 
se retrouver tel qu'il était antérieurement. Une telle iden- 
tité, qui est celle du moi, est prouvée par la conscience 
et la mémoire ; elle est une g irantie de la responsabi- 
lité morale, et, par suite, d' l'immortalité de notre âme 
(V. Ame). — On donne quelquefois le nom de Principe 
d'identité au principe de contradiction (V. ce mot). — 
La doctrine de Videntité absolue est le système de Schcl- 
ling, qui regarde comme absolument identiques le sujet 
et l'objet, le uihi et le non-moi, tous les êtres étant con- 
fondus en un seul être unique, répandu partout, dans 
l'espace et dans le temps, étranger à lui-même, et s'agi- 
tant sans cesse dans une évolution indéfinie. 

L'identité se constate, dans les affaires civiles d'un 
particulier, par la production des actes de l'état civil, ou, 
à défaut, d'un acte de notoriété. Celle d'un fonctionnaire 
public dont on invoque un acte dars un lieu étranger à 
son ressort, se prouve par la légalisation de sa signature. 
La personne qui demande un passe-port doit, si elle 
n'est pas connue de celui qui le délivre, ou si elle ne 
produit un autre passe-port non encore périmé, faire 
attester son identité par deux témoins devant le commis- 
saire de police. V. Individualité. R. 

IDÉOGRAPHIQUE (Écriture). V. Écbitobe. 

IDÉOLOGIE (du grec idea, idée, et logos, étude), nom 
que prit le condillansme à la fin du \vm'' siècle. Con- 
dillac avait particulièrement porté son attention sur deux 
points : l'origine de nos connaissances, et la puissance des 
signes. L'idéologie s'attacha à ces deux points presque 
exclusivement, en traitant de l'analyse de l'entendemem 
et de l'origine du langage, y compris quelques vues re- 
marquables sur la grammaire générale. Carat, enseignant 
{'idéologie à l'École normale, était professeur d'analyse. 
Cette analyse n'était autre que celle de la sensation, re- 
gardée comme la source du toutes nos idées, au moral 



comme au physique. La science de l'âme était réduite à 
n'être qu'une partie de celle du corps, et la psychologie 
une branche de la physiologie. Le développement com- 
plet de l'esprit humain devant sortir de la même source, 
Destutt de Tracy, à la suite de Condillac, fait venir la 
parole du gloussement, du cri animal. Ce point de départ 
admis, il développe avec un grand talent d'analyse la 
manière dont les langues ont dû se former, et per- 
sonne n'a précisé avec plus de netteté le rôle des parties 
du discours. L'association des idées, dans ses rapports 
avec les signes, occupe aussi une grande place dans 
l'idéologie. La morale répond entièrement à son principe. 
L'unique but de l'homme est de se conserver; le bien, 
c'est ce qui conserve et perfectionne l'organisme; le mal, 
ce qui le détériore ou le détruit. Volney, dans son Caté- 
chisme de la loi naturelle, développe cette morale, qui 
n'est qu'un affligeant égoîsme. 

Outre les idéologues dont les noms précèdent, il y en 
eut d'autres également recommandables par leur carac- 
tère et leur talent ; tels furent Cabanis, Chénier, D 'unou, 
Gingucné. Ils firent pour la plupart une opposition au 
gouvernement d'alors, ce qui leur attira l'antipathie 
et les sarcasmes de l'empereur Napoléon I'' r , antipa- 
thie qui alla jusqu'à lui faire supprimer l'Académie des 
Sciences morales et politiques, qu'il regardait comme le 
foyer de l'Idéologie. Elle vécut encore quelque temps 
dans la petite société d'Auteuil, pour mourir bientôt mo- 
difiée et ensuite abandonnée par Laromiguièrc, Degé- 
rando, et Maine de Biran. R. 

IDlOME (du grec idiûma, chose propre, particularité). 
Appliqué aux langues, ce mot désigne une langue propre 
à une nation, et, par extension, le langage particulier à 
une province. V. Langue, Dialecte, Patois. P. 

IDIOTISME (du grec idios , propre, particulier), mot 
qui signifie proprement « locution particulière à une lan- 
gue. » L'idiotisme consiste, soit dans l'emploi des mots, 
comme en français aller, se porter, dans le sens d; être 
dans tel ou lel état de santé ; soit dans la manière de les 
arranger, comme : si j'étais que de vous, construction 
qui n'est conforme aux règles d'aucune langue, mais que 
l'usage a consacrée dans la notre. Lorsqu'on veut disiin- 
guer les idiotismes propres à une langue en particulier, 
()ii leur donne un nom analogue à celui de cette langue: 
les idiotismes de la langue française s'appellent galli- 
cismes, ceux du grec héllénismes , ceux du latin lati- 
nismes, ceux de l'anglais anglicismes, ceux de l'allemand 
germanismes, etc.. P. 

IDOLATRIE (du grec éidôlon, effigie, image, et latréia, 
adoration ), culte des idoles ou images de la Divinité 
prises pour la Divinité elle-même. Le fétichisme, le sa- 
béisme , le polythéisme, sont des formes de l'idolâtrie. 

IDYLLE (du grec cidullion, diminutif de eidos , petite 
pièce, morceau détaché). Ce mouchez Les Anciens, s'ap- 
pliquait à tous les petits poème; dont le sujet était une 
description, un tableau. Ainsi Théocrite a donné le nom 
d'idylles à ses'poèmcs, qui roulent les uns sur des sujets 
champêtres, les autres sur des sujets erotiques, ou dra- 
matiques, ou même épiques , etc. Ausone a fait de même 
pour ses poésies détachées, où l'on trouve des vers sur 
la Pâque, un éloge funèbre de son père, une description 
de sa petite campagne, etc. — Chez les modernes, l'Idylle 
est une variété du genre pastoral. Elle diffère de l'églogue 
en ce qu'elle est toujours un récit on une description, 
qu'elle ne prend point la forme du dialogue, et qu'elle est 
moins animée. V. Églogue, Pastouai.e (Poésie). P. 

IF, petit échafaudage de forme pyramidale, destiné à 
recevoir des lampions pour les illuminations. 

IGEL (Monument romain d'), dans la Prusse rhénane, 
près de Trêves. C'est une sorte de tour carrée de près de 
5 met. décote, haute de 24 met., terminée dans sa partie 
supérieure en pyramide, et surmontée d'un globe ter- 
restre sur lequel un aigle semble prendre son essor. 
Quelques savants lui attribuent un caractère et une des- 
tination funéraires; d'autres supposent qu'il fut. élevé 
pour célébrer, soit la naissance, de Caligula, soit le ma- 
riage de Constance Chlore avec Hélène. Cette dernière 
conjecture expliquerait un bas-relief de ce monument, 
représentant un homme et une femme se donnant la 
main : on y remarque aussi un repas de famille, des at- 
tributs de commerce , nu berger Paris, des scènes de 
danse et de jeu. Une inscription fruste semble indiquer 
(pie la tour fut élevée à la mémoire du marchand Secun- 
dinus Secorus, fondateur d'Igel. 

IGNORANCE DU si jet, Jgnoratio elenohx, sophisme 

qui consiste à s'écarter du sujet , à prouver autre chose 
que ce qui est en question ou ce (pie personne ne a>u- 



ILI 



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ILI 



teste, à prêter à l'adversaire une opinion qui n'est pas la 
sienne. Ce sophisme est le vice habituel des discussions: 
pour ["éviter, il faut s'attacher au point précis de la ques- 
tion , bien définir le sujet, et fixer le sens des termes. 
Dans Y Horace (acte, iv, se. 2) de Corneille, il y a igno- 
rance du sujet, et, par suite, méprise, entre le vieil Ho- 
Tace, qui croit que son fils a fui par peur devant les 
"Curiaces, et Valère, qui ne parle que d'une fuite simulée 
pour mieux assurer la victoire. L'argumentation de J.-J. 
Rousseau contre Molière, dans sa Lettre sur les spectacles, 
repose sur un sophisme du même genre. 

IHRAM , manteau de pénitence dont se couvre le pè- 
lerin musulman en approchant de la Mecque. Il est com- 
posé de deux pièces de laine blanches, sans coutures. 

ILDEFONSE (Château de Saint-). V. Granja (La). 

ILIADE, l'une des deux grandes épopées grecques, 
parvenues jusqu'à nous sous le nom d'Homère. Selon 
Hérodote, elle a dû être composée 400 ans avant cet his- 
torien, c.-à-d. au IX e ou au x e siècle av. J.-C; les faits 
qu'elle raconte appartiennent au xn c ou au xin e , de 
sorte qu'entre ces faits et le poëme il s'est écoulé plu- 
sieurs siècles : mais, comme, dans les temps antérieurs à 
l'histoire, la civilisation ne se transforme que lentement, 
on peut regarder Ylliade comme une peinture des mœurs 
des temps héroïques en général, et, à ce titre, c'est une 
œuvre précieuse à consulter quand on vent refaire l'his- 
toire des âges primitifs de la Grèce. Toutefois, dans l'in- 
tervalle de temps qui s'est écoulé entre Ylliade et 
l'Odyssée, les usages, les idées, les croyances ont subi 
des changements assez considérables, pour que la plupart 
des savants aient cessé d'attribuer ces deux épopées à un 
même pocte, et se soient rangés à l'opinion antique des 
Chorizontes (V. ce mot), qui reconnaissaient deux Ho- 
mères. Quant à l'Iliade elle-même, l'étude des œuvres du 
même genre produites 'd'une manière originale et sans 
modèles antérieurs par d'autres nations, soit en Occi- 
dent, soit surtout dans l'Inde, a montré la façon dont 
elle a dû être composée par son auteur. On sait par Ho- 
mère lui-même qu'au temps de la guerre de Troie, et 
aussi dans les siècles qui suivirent, les actions célèbres 
des guerriers, les histoires divines, les traditions, étaient 
chantées dans les réunions des hommes par des aèdes ou 
improvisateurs, qui accompagnaient leurs récits du son 
«ontinu et peu varié d'un instrument {V. Aèdes)-; on a 
lieu de croire aussi que les Grecs de ces temps anciens 
lie pratiquaient pas encore l'écriture : c'est donc le 
rhythme et la mesure qui soutenaient la mémoire des 
aèdes et perpétuaient le souvenir de leurs chants. Il se 
forma, dans la Grèce asiatique et dans les iles, de véri- 
tables écoles d'aèdes, dont l'unique occupation fut de 
répéter les chants de leurs maîtres et d'y ajouter leurs 
propres récits. Homère fut le plus célèbre d'entre eux. 
Les chantres épiques des temps postérieurs se rattachèrent 
à lui , complétèrent son œuvre, y mêlèrent des récits qui 
furent répétés comme des fragments du maître, et for- 
mèrent ainsi la génération des rapsodes homérides; il 
en existait encore au temps de Platon, et probablement 
longtemps après lui. On ne peut guère douter que, lors- 
que Selon entreprit de réunir en un corps les œuvres 
d'Homère, il n'ait rassemblé à la fois des fragments écrits 
et de simples chants récités. Le travail de Pisistrate, 
beaucoup plus complet, fit regarder cet homme politique 
comme le véritable restaurateur d'Homère; en effet, 
l'œuvre des Diascévastes (V. ce mot) ou arrangeurs ne 
fut pas une simple compilation , mais Tunification de 
morceaux dispersés et souvent incohérents, dont il leur 
fallut rejeter un grand nombre. Les éditeurs qui vinrent 
après continuèrent le travail de Pisistrate; l'édition de la 
Cassette, composée par Aristote pour Alexandre, prépara 
le minutieux et savant examen des critiques d'Alexan- 
drie. C'est après ces remaniements successifs que fut 
enfin arrêtée la forme sous laquelle Ylliade et l'Odyssée 
sont parvenues jusqu'à nous. 

L'unité de Ylliade est-elle l'œuvre de Solon et de Pisis- 
trate, ou bien a-t-elle été conçue par Homère lui-même? 
' Le grand événement historique raconté dans les poëmes 
d'Homère suffit à donner à une épopée son unité de com- 
position ; l'unité épique est en elle-même une chose 
vague, et ne constitue qu'un cadre, dont la grandeur 
peut s'étendre ou se rétrécir à volonté, et où viennent se 
placer, sans fin et sans difficulté, des épisodes plus ou 
moins dépendants du sujet principal et au milieu des- 
quels ce sujet se développe sans se perdre. Tel est le 
plan de l'Odyssée; tel est même celui de l'Iliade, et, en 
général, de tous les poèmes épiques, anciens et mo- 
dernes. On doit observer que Ylliade n'a point pour sujet 



la guerre de Troie, mais la colère d'Achille, c.-à-d. un 
accès de passion humaine, dont on suit la naissance, le 
développement , les effets et la terminaison ; c'est là une 
unité toute morale, et dont la conception ne peut appar- 
tenir qu'à un seul homme. On ne peut donc oter à Ho- 
mère que des fragments plus ou moins secondaires, inter- 
calés par des rapsodes. — Un nombre très -grand de 
personnages paraissent dans l'Iliade, hommes, femmes, 
déesses et dieux. Leurs caractères furent certainement 
établis par la tradition longtemps avant Homère; ils lui 
étaient donnés tout tracés. Mais il restait aies mettre en 
œuvre et à les conserver semblables à eux-mêmes pen- 
dant toute la durée d'un grand poème. Cette unité mo- 
rale et poétique des caractères dans Y Iliade prouve encore 
qu'un seul homme est l'auteur du poëuiê. 

Voici en abrégé le contenu de Ylliade. Une querelle 
s'élève entre Achille et Agamemnon au sujet de la cap- 
tive Chryséis. Achille invoque Jupiter, qui se range du 
coté du héros. Agamemnon aveuglé livre, en l'absence 
d'Achille, le combat aux Troyens : mais dès ce moment 
les Grecs, auparavant victorieux , sont repoussés par de- 
grés loin de Troie, et ramenés jusque dans leur camp. Us 
comprennent que la retraite d'Achille est la cause de 
leurs maux : une députation lui e-.t envoyée ; Achille est 
inexorable. Le combat reprend ; Hector et les Troyens 
emportent le camp des Grecs, qui abandonnent la terre 
de Troade et se renferment sur leurs vaisseaux. Après 
diverses péripéties de la lutte, dont Achille est instruit 
par Patrocle, son ami, celui-ci obtient d'aller combattre : 
il est tué par Hector, et sa mort amène le dénoûment. 
Achille s'enflamme du feu de la vengeance, oublie son 
ressentiment contre Agamemnon et les Grecs, court au 
combat, met les Troyens en déroute, et tue Hector. Les 
funérailles de Patrocle, la scène attendrissante où le 
vieux roi Priam vient redemander !e corps de son fils et 
baiser la main qui l'a tué, enfin les funérailles d'Hector et 
les lamentations des femmes, terminent de la façon la 
plus grandiose cette épopée d'une composition si simple 
et d'une si parfaite unité. — Des épisodes de toute lon- 
gueur et en nombre infini -peuvent se loger dans ce 
cadre; il y en a beaucoup dans Ylliade : mais leur 
nombre et leurs proportions ont été calculés, soit par 
le poète, soit par ceux qui , aux temps de Solon et de 
Pisistrate, ont édité le poème, de façon à ne pas nuire à 
l'ensemble et à l'intérêt. Cette conception de l'harmonie 
et des proportions des parties et du tout n'a rien qui 
doive nous surprendre , car elle est un des caractères 
propres du génie grec à toutes les époques de son histoire. 

L'Iliaile a joué un grand rôle dans le développement de 
la littérature ancienne et moderne. Comme elle renfer- 
mait les légendes d'un grand nombre de dieux, de héros 
et de peuples, qui intéressaient le monde grec, elle a été 
pour les siècles postérieurs une sorte de trésor où presque 
tous les auteurs grecs ont puisé. Non-seulement elle a 
été répétée par fragments dans toute la Grèce par les 
rapsodes, et cela pendant plusieurs siècles , fournissant 
ainsi à la poésie populaire, comme aux hommes lettrés 
la matière de leurs chants, mais elle a été un modèle 
d'après lequel d'autres poètes épiques chantèrent à leur 
tour les héros de cette guerre de Troie, dont Homère 
n'avait pris qu'un court épisode (F. Grecque — Littéra- 
ture). Les épiques modernes ont eu pour guide Virgile, 
et, par Virgile, Homère. En dehors de l'épopée, l'Iliade a 
fourni des matériaux à presque toute la poésie grecque : 
les faits qu'elle raconte souvent en un court résumé, re- 
pris par le drame ou chantés sur la lyre, ont reçu sous 
ces formes nouvelles un plus grand développement. Les 
dieux ont été acceptés parles poètes des siècles suivants, 
tels que l'Iliade les avait dépeints ; seulement leur ca- 
ractère et leurs actions ont reçu les lentes modifications 
qu'une civilisation plus avancée devait leur faire subir. 
De la Grèce, ces dieux ont passé dans la poésie latine ; ils 
sont dans Virgile à peu près ce qu'ils sont dans Homère; 
et enfin, d'Homère et de Virgile, ils sont venus jusqu'à 
nous, ayant presque perdu leur signification symbolique, 
mais ayant encore leur figure et leurs attributs. Nous en 
dirons autant des héros et des scènes de l'Iliade : n'ont- 
ils pas rempli la poésie ancienne et moderne? Enfin les 
arts du dessin ont puisé sans relâche à cette source iné- 
puisable : non-seulement les sculpteurs et les peintres 
grecs cherchèrent là leurs inspirations, et en tirèrent un 
grand nombre d'œuvres admirables, mais les artistes 
modernes, nos écoles de peinture et de sculpture, ne 
trouvent nulle part ailleurs de sujets plus élevés ou plus 
pathétiques. On peut donc dire que, de toutes les œuvres 
de poésie, il n'en est aucune qui ait une importance com- 



ILL 



1052 



ILL 



parable à Ylliade, dans l'histoire des lettres et des arts 
de l'Occident. V. R. Wood, On the original Genius of Bo- 
rner, 1709; Wolf, Prolegomena ad Homerum, H95; Payne 
Knight, Nouveaux Prolegomena ad Homerum, 1814; 
Dugas-Montbel, Histoire des poésies homériques. Em. B. 

ILIAQUE (Table), bas-relief e;i stuc, découvert au 
xvn e siècle dans les ruines d un temple sur la voie Ap- 
pienne, et ainsi appelé parce qu'on y voit représentés les 
principaux sujets de la guerre d'Ilion ou Troie. Les pas- 
sages des poètes dont les sujets ont été tirés sont gravés 
en deux colonnes qui divisent la Table en trois grandes 
parties. On suppose que ce monument servait aux gram- 
mairiens pour mieux faire comprendre aux jeunes gens 
les événements racontés par Homère. La table Iliaque est 
conservée à Rome, au Capitule. 

ILLAPS, en termes de Théologie, celui qui se trouve 
dans une sorte d'extase contemplative. 

ILLINOIS (Idiome). V. Miami. 

ILLUMINATIONS. V. ce mot dans notre Dictionnaire 
de Biographie et d'Histoire. 

ILLUM1NISME, sorte de mysticisme vulgaire, dont le 
caractère essentiel est, chez les adeptes, la prétention de 
s'élever à la connaissance du surnaturel, surtout en ma- 
tière religieuse. D'après son principe , énoncé par Swcn- 
denborg, que l'Entendement est le réceptacle de la lumière, 
l'illuminisme doit mettre l'homme en communication 
avec le monde spirituel, en commerce avec les esprits, et 
lui découvrir les mystères les plus obscurs. C'est moins 
une doctrine qu'un état de l'âme contagieux et suscep- 
tible de revêtir des formes différentes. Il tient à la théur- 
gie chez les derniers Alexandrins , au gnosticisme dans 
les premiers siècles de l'ère chrétienne ; comme le gnos- 
tique, l'illuminé ne contemple pas ce qu'il voit, mais ce 
qu'il ne voit pas. Aux xm e et xiv e siècles, les sectes qui 
se rattachent au joachhnisme s'en rapprochent plus ou 
moins. En Allemagne, les Beggards donnent au joachi- 
misme une teinte métaphysique qui annonce l'illumi- 
nisme de Jacob Bœhm. Celui-ci devint un des plus 
célèbres représentants de la secte : son ignorance le ren- 
dait plus propre à recevoir la lumière d'en haut, et ce ne 
fut qu'après trois visions qu'il prit la plume. Avec lui 
l'illuminisme devint un obscur système de métaphysique 
et de panthéisme. La secte des Rose-Croix le plaça sur 
le terrain de la chimie, ou plutôt de l'alchimie, en pré- 
tendant découvrir les mystères de la nature. Dans les 
nombreux écrits du Suédois Svedenborg, l'illuminisme 
embrasse l'univers entier, le ciel, la terre et même l'en- 
fer (V. Du Ciel et de l'Enfer, Londres, 1788, in-4°; Des 
terres australes et planétaires, et de leurs habitants, 
Londres, 1758). Vers 1754, Martinez Pasqualis affilia l'il- 
luminisme à quelques loges maçonniques, et lui donna 
un caractère cabalistique, prétendant à des manifesta- 
tions visibles au moyen d'évocations théurgiques. Saint- 
Martin, initié par Martinez, renonça à cette folie pour 
s'enfermer dans la théosophie pure. L'illuminisme de 
Saint-Martin se montra chez quelques personnages de la 
Révolution, et ce philosophe inconnu fut enveloppé dans 
les poursuites dirigées contre Catherine Théot, Dom Gerle 
et plusieurs autres. Mais le véritable illuminisme poli- 
tique, au xviii* siècle, remonte au Bavarois Weishaupt , 
qui le répandit par toute l'Allemagne et môme en France ; 
il ne se proposait rien moins que l'abolition de la pro- 
priété , de l'autorité sociale et de la nationalité ; il aspi- 
rait à faire du genre humain une seule et heureuse famille, 
arrivant ainsi aux rêveries d'un utopisme extravagant. 
V. Illuminés, dans notre Dictionnaire de Biographie et 
d'Histoire. R. 

ILLUSION, erreur des sens qui nous fait percevoir les 
objets autrement qu'ils ne sont en effet, ou qui nous fait 
prendre l'image, c.-à-d. les apparences de l'objet, pour 
la réalité. Cette dernière sorte d'illusion est particulière- 
ment celle que peuvent produire les œuvres dramatiques 
et les œuvres de la peinture. Selon la remarque de Mar- 
montel, l'illusion, dans la tragédie, ne peut pas être 
complète, parce qu'il nous est impossible de l'aire abs- 
traction du lieu réel de la représentation , des invrai- 
semblances forcées du spectacle qui se déroule sous nos 
yeux, du jugement que nous portons et sur l'œuvre sou- 
mise à notre appréciation et sur les acteurs qui en sont 
tes interprètes. L'illusion ne doit même pas être com- 
plète, car alors elle serait révoltante et péniblement 
douloureuse; il faut qu'une réflexion tacite nous aver- 
tisse, par exemple, que le meurtre de Camille ou de 
Zaïre, les convulsions d'Inès empoisonnée, ne sont que 
des Actions, et modère par là l'impression de la terreur 
et île la pitié. Dans le comique, rien ne répugne à une 



pleine illusion, et l'impression du ridicule n'a pas besoin 
d'être tempérée comme celle du pathétique : toutefois, 
des pièces comme le Misanthrope ou l'Avare sont, dans 
les détails et dans l'ensemble, dans le caractère et dans 
l'intrigue, des compositions plus achevées qu'on n'en 
peut voir dans la nature; et l'illusion théâtrale, si elle 
était complète, empêcherait de voir cette perfection qui 
décèle un art suprême, et dont le sentiment est un des 
plaisirs du spectacle. — L'illusion semble aux esprits 
grossiers le principal ou même l'unique but de la pein- 
ture. Mais l'imitation exacte de l'objet, la reproduction 
identique des apparences est fort loin d'être la perfection 
de l'art, soit que l'on considère dans une œuvre la diffi- 
culté d'exécution, ou les effets qu'elle produit. Que l'on 
cite les raisins de Zeuxis, becquetés par les oiseaux, et 
le rideau de Parrhasius, qui trompa Zeuxis lui-même : 
cela prouve le peu de fondement do certaines admira- 
tions, et la disposition qu'on a eue de tout temps à s'en- 
thousiasmer pour les puérilités de l'art. Qui ne sait à 
quels leurres grossiers les animaux se laissent prendre ? 
II n'est point de grisaille, point de peinture de décor 
quelque peu soignée, qui ne fasse illusion, même aux 
gens les mieux instruits des procédés et des effets de 
l'art. D'un autre côté, cette imitation exacte d'où résulte 
l'illusion des sens, par cela seul qu'elle exclut le beau 
idéal et tout idéal, ne saurait exercer sur l'esprit qu'un 
charme très-borné. Si une symphonie qui imite un orage 
était prise pour un orage véritable, elle n'exciterait au- 
cune admiration pour le musicien et pourrait même faire 
naître un sentiment désagréable; si, dans un passage de 
musique qui imite le bruit de marteaux tombant sur 
l'enclume, l'illusion était telle qu'on crût entendre de 
véritables marteaux, on ne s'aviserait pas d'applaudir, et 
l'on éprouverait tout aussi peu de plaisir que lorsqu'on 
passe devant l'atelier d'un forgeron. De même, en pein- 
ture, quelle femme soutiendrait le spectacle du massacre 
des Innocents, si le tableau lui causait une entière illu- 
sion ? Quel homme verrait sans horreur Judith tenant 
la tête sanglante d'Holopberne? Si l'imitation pouvait et 
devait être portée jusqu'à l'illusion complète, on frémi- 
rait au lieu d'éprouver du plaisir. Si l'illusion était la 
première partie de la peinture, les premiers peintres 
seraient ceux qui ne traitent que les plus petits détails 
de la nature, et le dernier de tous les genres serait celui 
de l'histoire, parce qu'il se refuse plus que les autres à 
la parfaite illusion. Des objets de peu de saillie, tels que 
des moulures et des bas-reliefs, parfois aussi des fleurs 
et des fruits, pourront tromper les sens, au point de 
mettre les spectateurs dans la nécessité de recourir au 
toucher pour s'assurer de la vérité : mais l'illusion s'af- 
faiblit à mesure que les objets sont plus grands, et il est 
sans exemple qu'un tableau composé de plusieurs figures 
ait jamais fait croire au spectateur qu'il voyait des 
hommes véritables. L'illusion, qui ne naît souvent que 
de l'inattention et de la surprise, peut être produite par 
les plus mauvais ouvrages, et ce n'est point l'illusion 
causée par les ouvrages de Baphaël ou de Michel-Ange 
qui leur a obtenu l'admiration des siècles. Les coloristes 
sont, parmi les peintres, ceux qui arrivent le plus aisé- 
ment, à produire l'illusion, et cependant on ne leur donne 
pas le premier rang parmi les artistes. L'imitation la 
plus prochaine de la réalité n'est pas le seul but de la 
peinture : il y a des beautés d'un genre différent et supé- 
rieur, qui font la grandeur de l'art, telles que l'abon- 
dance, l'originalité et la hauteur des conceptions, le 
choix des attitudes, l'agencement ingénieux des groupes. 
La seule illusion que l'art doive toujours se proposer 
d'atteindre, c'est que 1« tableau puisse rappeler si bien 
le vrai par la justesse de ses formes, par la combinaison 
de ses tons de couleur et de ses effets, (pic l'image fasse 
tout le plaisir qu'on peut attendre d'une imitation de la 
vérité. 

ILLUSTBATIONS, nom qu'on donnait jadis aux orne- 
ments coloriés «les manuscrits, et qui s'applique aujour- 
d'hui aux gravures sur bois intercalées dans un texte 
imprimé. Des illustrations bien conçues et bien faites 
ajoutent â la clarté du texte, lui donnent plus de lumière 
(du latin lux), d'où le mot a été formé. 

.ILLYRIEN (Idiome). L'idiome des anciens Illyriens se 
rattachait à la souche thrace. Aujourd'hui on appelle 
Illyriens les idiomes slaves de la famille orientale , 
c'est-à-dire le croate, le ivcnde, et le servien ou serbe. 
Dans un sens restreint, l'illyrien moderne n'est autre que 
le <Uil maie (V. ce mol). V. Dolci , De MyrtCCB liiigiuc 

vetustate et amplitudine, Venise, 1754, in-S°; lî. Cassius, i 

Institulionum linguœ ilhjricœ lib. II, Rome, 1001, in-8°; 



IMA 



1053 



nu 



Micalia, Grammatica linguœ illyncœ , Lorette, 1649, 
in-8°, et Thésaurus linguœ illyricœ, ibid. *, Wuianousky, 
Grammatica illyriana, 1772, in-8° ; Appendini, Gram- 
maire de la langue illyrienne, en ital., 1812, in-8°; 
Bellosztenecz, Gazophylacium latino-illyricorum ono- 
matum , 1740, in-4°; Stulli , Lexicon latino-italico- 
Ulyricum, Bude, 1801, 2 vol. in -4", et Dictionarium 
illijrico-latino-italicum, Ragusc, 180G, 2 vol. in-4°. 

IMAGE, en latin imago (dérivé d'imitari, imiter), imi- 
tation d'un objet naturel qui vient à frapper nos yeux , 
quand, par exemple, cet objet se réfléchit sur une surface 
polie, sur nn miroir, ou à la surface de l'eau. Par exten- 
sion, le mot image est devenu synonyme de portrait ou 
figure: seulement, il est aujourd'hui réservépour des 
personnages vénérés, comme lorsqu'on dit les images de 
Dieu, de la S te Vierge et des Saints, et, tandis que, chez 
les anciens Grecs, le mot éikon (image) servait à désigner 
les productions des beaux-arts, nous n'appliquons^ plus 
la qualification d'images qu'à des œuvres grossières. 
Image se dit encore de l'effigie en relief qui se voit sur 
les monnaies et les médailles. — lin Littérature, l'image 
est une expression qui, pour donner de la couleur à une 
pensée, pour rendre sensible l'objet de cette pensée, le 
peint sous des traits qui ne sont pas les siens, mais ceux 
d'un objet analogue. Ce n'est ni un tableau, ni une des- 
cription achevée, mais un coup de pinceau vif et rapide, 
qui, sans peindre les détails, laisse à l'esprit le plaisir 
de. les deviner. Il y a image dans chacun des vers sui- 
vants : 

Et monté sur le faite, il aspire à descendre. 

Corneille, Cinna, II, 1. 
Le masque tombe , l'homme reste. 

J.-B Housseau, Odes, II, à la Fortune. 

I.e nectar que l'on sert au maître du tonnerre, 
Et dont nous enivrons tous les dieux de la terre, 

C'est la louange. Iris 

La Fontaine, Fables, X, 1. 
La vie est un combat dont la palme est aux cieux. 

C. Delavicne. 

La prose comporte les images, aussi bien que la poésie. 
Bossuet, au lieu de dire que les hommes devenaient de 
jour en jour plus méchants, dit qu'(7s allaient s'enfon- 
çant dans l'iniquité. Toute image suppose une ressem- 
blance, et renferme une comparaison ; de la justesse de 
cette comparaison dépend la clarté , la transparence de 
l'image. 

image (Droit d'). V. notre Dictionnaire de Biographie 
et d'Histoire. 

IMAGIERS, nom donné pendant le moyen âge aux ar- 
tistes occupés à peindre, sculpter ou graver les images. 
Ils formaient deux corporations. La première, dans la- 
quelle étaient des artistes sortis do toutes les classes de 
la société, même des plus élevées, ne travaillait que pour 
l'Église ; on y sculpta aussi des manches de couteau, mais 
ce travail fut abandonné comme profane.' La deuxième 
corporation travaillait plutôt en relief qu'en statuaire ; 
elle peignait, argentait, dorait et travaillait pour tout le' 
monde. 

IMAGINATION , Faculté par laquelle l'esprit se forme 
des idées qui n'ont pas d'objets réels, La nature de ces 
idées montre qu'il y a deux sortes d'Imagination : 1° spon- 
tanée, 2° réfléchie ou poétique. La première consiste à se 
représenter vivement les idées ou images relatives au 
monde sensible : la passion, la rêverie, la peur, aident 
au développement de cette sorte d'Imagination. Dans cer- 
tains états de l'âme, tels que le rôve, le sommeil, le dé- 
lire, elle substitue ses hallucinations aux véritables per- 
ceptions des sens; elle peut conduire au somnambulisme. 
Cette sorte d'Imagination est commune aux hommes et 
aux animaux. La seconde sorte est la seule qui mérite le 
nom de faculté créatrice, parce que seule, à l'aide de ma- 
\ fournis par la perception, conservés par la mé- 
moire, séparés par l'abstraction, elle crée des formes qui 
n'ont nue la vie qu'elle leur donne, et qui sont plus ou 
moins la manifestation de l'idée. Pour en venir là, elle 
est soumise à certaines conditions dont l'ensemble forme 
la science du beau (V. Esthétique). La première de ces 
conditions est un idéal , un type parfait conçu par la 
raison ; il faut, en outre, que la combinaison des élé- 
ments soit ordonnée par le goût, sous peine de tomber 
dans le monstrueux , le bizarre ou le grotesque; c'est 
alors que Malebranche a pu l'appeler la folle du logis. 
L'Imagination est la faculté esthétique par excellence , 
puisqu'elle a pour but d'aider l'art à représenter l'idéal 



par le réel ; mais son action se fait sentir aussi dans les 
sciences, où elle peut conduire l'homme aux plus heu- 
reuses découvertes comme aux plus folles hypothèses. 
Dans la pratique de la vie, elle peut beaucoup pour le 
bonheur ou le malheur de l'homme, selon qu'il se forme 
de la vie une image plus ou moins conforme à la réalité: 
c'est alors que les déceptions ont parfois de cruelles con- 
séquences. — L'Imagination ne doit pas être confondue 
avec la Mémoire ; elle ne s'en rapproche que lorsqu'elle 
rappelle les objets sensibles avec une grande vivacité; on 
l'a appelée, dans ce cas, imagination reproductive ; mais 
il ne faut pas oublier que l'objet du souvenir est donné 
comme absent, c'est le contraire pour l'Imagination. Celle- 
ci diffère aussi de la conception, qui a un objet réel, non 
perceptible par les sens, mais que nous atteignons par la 
raison. V. Descartes, Des Passions de Vâme; Malebran- 
che, Recherche de la vérité, Entretiens sur la morale: le 
P. André, Essai sur le beau; Voltaire, Encyclopédie, 
art. Imagination; Muratori, Délia forza délia Fantasia 
umana, Venise, 1745 et. 1706, in-8°; Bonstetten, Recher- 
ches sur la nature et les lois de l'Imagination, Genève, 
1807;Astruc, Disputatio de Phantasia et Imaginatione, 
Montpellier, 1723, in-8' J ; Meister, Sur l'Imagination, en 
allemand, Berne, 1778, in-8° ; Lévesque de Pouilly, 
Théorie de l'Imagination, 1803 , in-8°. Akenside et De- 
lille ont composé des poëmes sur l'Imagination. R. 

IMAM. i V. ces mots dans notre Dictionnaire de Bio- 

IMARET. \ graphie et d'Histoire. 

1MBLOCATION, nom donné quelquefois à la sépulture 
des excommuniés, dont les corps, jetés à la voirie, étaient 
recouverts d'un monceau de terre ou de pierres. 

IMBRICATIONS, ornement d'Architecture particulier 
au moyen âge. Il affecte la forme d'écaillés de poisson 
rangées les unes au-dessus des autres, à la manière des 
tuiles (,en latin imbrices) sur un toit. Il sert à décorer les 
clochers, les frontons et les frises. Complètement arrondi 
à l'époque romane, cet ornement devient ensuite ogival 
et polylobé. E. L. 

IMBROGLIO, mot d'origine italienne, qui signifie dés- 
ordre, confusion. On l'emploie en Littérature pour dési- 
gner une œuvre d'imagination , surtout une composition 
dramatique, qui présente une intrigue compliquée, em- 
brouillée, et dont il est difficile de suivre le fil. l'Hèra- 
clius de Corneille est un imbroglio tragique, et le Mariage 
de Figaro de Beaumarchais un spirituel imbroglio. On 
exige de l'imbroglio, qu'en offrant une sorte d'énigme il 
ne la rende pas tellement obscure, qu'il soit impossible 
ou même trop pénible de la deviner. G. 

IMITATION. Le penchant à l'imitation, dont on trouve 
des traces chez les animaux de l'ordre le plus élevé, sur- 
tout chez le singe, est un des penchants primitifs et es- 
sentiels de l'homme. C'est lui qui engendre l'émulation ; 
c'est sur lui que repose toute l'éducabilité. Même quand 
l'œuvre de l'éducation est achevée , il continue de jouer 
un rôle important dans la vie humaine, et il peut seul 
expliquer l'empire des bons et des mauvais exemples. 
Aristote a été jusqu'à dire que l'homme ne diffère des 
autres animaux qu'en ce qu'il est imitateur à un plus 
haut degré. 

imitation littéraire. Diderot, qui était bon juge des arts, 
adéfini l'imitation, la représentation artificielle d'un objet, 
et rattaché à cette définition celle du discours oratoire ou 
poétique, qu'il appelle imitation par des voix articulées; 
de la musique, qu'il appelle imitation par des sons; de 
la peinture, qu'il appelle imitation par des couleurs, etc. 
Il pouvait dire plus simplement que l'imitation est la 
reproduction instinctive ou raisonnée des objets de notre 
connaissance, et qu'elle est l'origine et le principe de 
tous les arts. L'enfant contrefait les gestes et répète les 
paroles; l'homme copie d'abord la nature, avec plus ou 
moins d'adresse, et plus tard en reproduit les images 
mêmes qu'il a tracées. L'imitation est donc le rapport 
perpétuel de 1p. nature et de l'art, depuis les ébauches 
informes et grossières jusqu'aux chefs-d'œuvre. Ses pro- 
cédés et ses règles se multiplient à l'infini , parce que les 
applications de l'intelligence sont infinies. La science 
découvre et démontre; elle n'imite qu'à mesure qu'elle 
se rapproche de la pratique et de l'art, comme dans la 
médecine et la chirurgie, où il y a beaucoup d'écoles , 
c.-à-d. d'imitateurs. L'industrie invente souvent, et sur- 
tout perfectionne; mais elle vit d'imitations, si bien que 
la loi a dû prendre les inventeurs sous sa protection, les 
instituer propriétaires, et les garantir de cette imitation 
déloyale qui s'appelle contrefaçon. Le jour où le brevet 
expire , l'invention tombe dans le domaine public , et 
appartient à tous les imitateurs. — Dans les arts ainsi 



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que dans les lettres, l'imitation est de droit ; car ces belles 
occupations de l'esprit humain n'existent que grâce aux 
modèles, pris dans la nature ou dans les œuvres des maî- 
tres. « Ceux qui ont créé l'art, dit également Diderot , 
n'ont eu de modèle que la nature; ceux qui l'ont perfec- 
tionné n'ont été, à les juger à la rigueur, que les imita- 
teurs des premiers; ce qui ne leur a point ôté le titre 
d'hommes de génie, parce que nous apprécions moins le 
mérite des ouvrages par la première invention et la dif- 
ficulté des obstacles surmontés que par le degré de per- 
fection et l'effet Celui qui invente un genre d'imita- 
tion est un homme de génie; celui qui perfectionne un 
genre d'imitation inventé ou qui y excelle est aussi un 
homme de génie.» Ainsi, la vérité et la beauté, pour être 
originales, n'ont pas besoin d'en être à leur apparition 
première. L'homme et la nature ne changent pas ; et, si 
le monde extérieur nous révèle tous les jours et nous 
réserve encore des mystères longtemps interdits à notre 
curiosité, il y a longtemps que le monde intérieur, c.-à-d. 
les passions et les caractères, ne nous offrent plus de 
découvertes à faire. La nouveauté dans les arts dépend 
donc en général de la forme que le talent sait donner à 
des sujets déjà traités, à des idées et à des sentiments 
exprimés mille fois. Cette forme originale vient de l'âme, 
de l'inspiration personnelle; l'homme s'y révèle,- non 
l'artiste ou l'écrivain (V. Génîr). Il faut chercher dans 
les grands maîtres les exemples et les secrets de cette 
imitation féconde, qui est tantôt éloquente et sublime, 
tantôt ingénieuse et délicate. Elle est bien différente de 
l'imitation timide et servilc, ou purement artificielle, qui 
ne voit dans les créations du talent et du génie qu'une 
règle du genre ou plutôt un procédé du métier. Des es- 
prits supérieurs et indépendants, comme Chateaubriand, 
ont cependant adopté de bonne foi cette tradition des 
imitations obligées, ce bagage de machines épiques ou 
tragiques, telles que les songes, les récits, les voyages, 
les combats des hommes et des dieux. Chapelain se 
croyait un poëte épique, parce qu'il avait semé dans sa 
Pucelle les discours, les descriptions, les batailles, le ciel 
et les démons, à la manière de l'Iliade et de V Enéide. 
Voltaire eut la même illusi in, du moins dans sa jeunesse, 
et la fit partager à ses contemporains, qui n'eurent pas 
assez de goût ou de hardiesse pour dénoncer dans la 
Henriade des imitations aussi froides et aussi pénibles 
que le récit de Henri de Bourbon ou ses amours avec Ga- 
brielle. Au reste, ils auraient tous deux invoqué pour 
leur justification l'autorité de Virgile ou du Tasse. Ne 
pouvaient-ils pas dire, eux et tous les faiseurs d'épopée, 
qui sont imitateurs par excellence : « Virgile a trouvé 
« dans 'l'Odyssée le modèle du récit d'Énée; il a em- 
« prunté à Apollonius de Rhodes les plaintes et les fu- 
it reurs de Didon. Le Tasse a pris à Virgile l'idée de son 
« Enfer et quantité d'épisodes, celui de Camille, devenue 
« Clorinde, celui de Soliman, caché dans un nuage, et 
« paraissant subitement devant le roi de Jérusalem 
« comme Énée devant la reine de Carthage. Nous avons 
« droit de faire comme nos maîtres. » Et vraiment ils 
avaient ce droit, commun à tous les écrivains et à tous 
les artistes. C'était de plus 1 une loi pour eux, une nécessité 
inévitable; car ils se trouvaient imitateurs môme malgré 
eux, puisqu'ils étaient prévenus dans tous les genres, 
cr. forcés de dire de leurs glorieux devanciers ce que dit 
plaisamment le métromane de Piron (la Métromanie, 
111,7): 

Ils nous ont dérobés , dérobons nos neveux. 

On rencontre si peu d'esprits créateurs ou originaux, 
que rien n'est plus ordinaire, en littérature, que les imi- 
tations qui défigurent l'original, et ne sont que des œu- 
vres médiocres, telles que, par exemple, les tragédies de 
Ducis imitées de Shakspeare. L'imitation ne mérite 
l'attention des bons juges que dans deux cas, lorsqu'elle 
est très-fidèle, bien sentie et bien écrite, ou lorsqu'elle 
est à peine une imitation, au point de ressembler à une 
seconde invention. Hors de là, imiter est le grand chemin 
par où l'on court à l'oubli. 

L'histoire des lettres et des arts ne présente que deux 
grandes sources d'invention , le génie grec et, le christia- 
nisme; l'antiquité tout entière s'est inspirée du premier, 
hs temps modernes de l'un et de l'autre. Les Grecs 
eurent le privilège d'être un peuple créateur, privilège, 
il est vrai, partagé sur quelques points, au moins avec 
les Hébreux pour la poésie lyrique. Mais les modèles des 
autres genres poétiques, de la philosophie, de l'élo- 
quence, de l'histoire, leur appartiennent en propre, au 



môme titre que ceux des beaux-arts. Leur merveilleux 
génie fut tout ensemble inventeur et imitateur. Après 
s'être inspiré de la nature et de lui-même , il imitait ses 
propres ouvrages. C'est ainsi qu'il tira le drame de l'épo- 
pée unie à la poésie lyrique , et transporta sur la scène 
ces héros et ces récits d'Homère et des poètes cycliques, 
destinés à défrayer tant de tragédies jusqu'au siècle 
d'Horace ( V. l'Epitre aux Pisons) et jusqu'à nos jours. 
Cependant, les véritables modèles de la grande et. féconde 
imitation doivent se chercher plutôt chez les Romains 
{V. Latine — Littérature). Ennius, Plaute, Tércnce avaient 
traduit ou imité, non sans gloire, les poètes grecs, et 
principalement les comiques. Les grands hommes qui 
vinrent après eux demandèrent à la Grèce d'éclairer et 
de guider leur génie. Lucrèce emprunte aux Alexan- 
drins, Cicéron à Démosthène et à Platon, Horace aux 
poètes lyriques, Virgile à Homère et même à Apollonius 
de Rhodes. Par une succession naturelle, qui est l'effet 
du temps et des transformations sociales , après la révo- 
lution la plus profonde qui ait remué l'univers, ces ad- 
mirables élèves des Grecs deviennent des maîtres à leur 
tour. Le génie moderne, quoique soumis à la toute-puis- 
sante influence de la religion chrétienne, n'échappe pas 
à l'ascendant inévitable des chefs-d'œuvre , et pesse 
tout d'abord à les imiter. C'est même à l'alliance du goût 
antique et de l'esprit nouveau qu'il devra son originalité 
et les beautés nouvelles qu'il ajoutera aux immortels 
monuments de ses devanciers. 

Comment donc imitaient Virgile, Horace et Cicéron? 
Comment les grands écrivains modernes ont-ils imité leurs 
illustres prédécesseurs? Nos classiques du xvu e siècle 
sont-ils imitateurs et originaux au même titre que Dante 
et Milton? La réponse à cette question a été faite d'avance 
par l'un des meilleurs critiques anciens, qui écrivait, il 
est vrai, dans la décadence du monde grec et romain, 
mais après des merveilles qu'il était digne de comprendre : 
Longin a éloquemment exprimé les caractères de l'imita- 
tion, telle que l'entendent et la pratiquent les hommes de 
génie. «Celui-là seul est digne d'imiter les grands modèles, 
que l'esprit d'autrui ravit hors de lui-même. Ces grandes 
beautés que nous remarquons dans les ouvrages des an- 
ciens sont comme autant de sources sacrées, d'où s'élè- 
vent des vapeurs bienfaisantes qui se répandent dans 
l'âme de leurs imitateurs; si bien que, dans ce moment, 
ils sont comme ravis et emportés de l'enthousiasme d'au- 
trui. » Or, à qui ces grandes images s'appliquent-ellcs 
mieux qu'à nos grands orateurs et à nos grands poètes? 
Le plus hardi, le plus impétueux de tous, Bessuet, s'est 
fait, de l'Écriture sainte et des Pères, mêlés au goût de 
l'antiquité et à son propre génie, une éloquence toute à lui. 
Ces paroles ardentes qui jaillissent de son âme ne sont 
souvent que des imitations, soit qu'il prenne à S 1 Jean 
Chrysostome le fameux mot sur Jérémie, seul capable 
d'égaler les lamentations aux calamités; soit qu'il s'imite 
lui-même et remanie ses propres inspirations, en ap- 
pliquant à la •duchesse d'Orléans ce qu'il avait dit des 
vanités humaines dans l'Oraison funèbre de Henri de 
Gornay. Fénelon est encore un des imitateurs les plus 
extraordinaires que nous présentent la poésie et l'élo- 
quence : il emprunte à Sophocle les traits les plus tou- 
chants de son Philfictète; et les vers du tragique grec, 
traduits littéralement par l'écrivain chrétien, prennent 
son accent et deviennent son langage propre. S'il conduit 
Télémaque aux Enfers, et qu'il fasse repasser son héros 
et son lecteur par cette route si familière aux poètes épi- 
ques depuis Ulysse, le voyageur par excellence, il fait 
d'une imitation classique et d'un lieu commun de l'épo- 
pée une création divine ; le sentiment moral et la foi lui 
inspirent, dans la peinture des Champs-Elysées, des ac- 
cents qu'aucune voix humaine n'a surpassés. A cette 
hauteur, l'imitation est égale aux créations les plus 
sublimes. 11 faut qu'on nous avertisse de ce que le génie 
doit à l'Écriture et à S 1 Paul, à Homère et à Platon; nous 
n'avons entendu que Bossuet et Fénelon. Passons des 
orateurs aux poètes : nous trouverons une égale origi- 
nalité, puisée aux mômes sources. Corneille transporte 
dans son héroïque dialogue les sauvages fiertés des héros 
espagnols; avec quelques lignes de Tite-Live il fait le 
plaidoyer du vieil Horace; avec une page de Sénèque, 
traduite mot à mot, le discours d'Auguste à Cinna; avec 
un fragment de Lucain, les vers les plus fiers et, les pies 
mâles qu'on ait mis dans la bouche de César. Racine, 
qui n'avoue pas toujours ce qu'il doit à autrui (car il n'a 
pas dit un mot de la Phèdre de Sénèque), imite Euripide 
à la manière de Fénelon, et la Bible à la manière de 
Bossuet. Avec la souplesse admirable de son génie, il 



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unit dans un harmonieux ensemble la passion de Phèdre 
et celle de Didon, éclairées du sentiment chrétien; et, 
s'il l'ait parler Dieu lui-même par la bouche de Joad, les 
livres de Moïse , les Psaumes et les Prophètes viennent 
se fondre dans les plus sublimes élans de la poésie ly- 
rique et de l'éloquence. Tous ces grands écrivains se 
reconnaissent imitateurs, et proclament les Anciens leurs 
maîtres. Boileau trouve chez Horace les modèles de la 
satire, de l'épître, de la poétique; il use sans scrupule 
des dépouilles du poète latin, et y môle l'horreur des 
méchants écrits, le bon sens profond et la rare droiture 
de son esprit. La Fontaine, inimitable par Je style, met à 
contribution, pour les sujets de ses fables, Ésope, Phèdre, 
Bidpaï, les fabliaux, comme un domaine commun que le 
droit d'imitation poétique a mis à sa discrétion. On sait 
le mot de Molière : « Je prends mon bien où je le trouve. » 
Aussi un critique célèbre d'Allemagne qui s'est acharné 
sur lui, Schlegel, lui reproche-t-il aigrement que si tous 
les comiques italiens lui reprenaient ce qu'il leur doit , 
ils le laisseraient nu comme la corneille d'Horace. Il faut 
rire d'une assertion pareille, et l'on renverrait Schlegel 
au Misanthrope et au Tartufe, s'il n'avait déclaré qu'il 
leur préfère le Médecin malgré lui. Ce qui résulte de 
l'aveu de Molière et de cette attaque puérile , c'est que 
Molière est imitateur à la façon de tous les grands 
hommes. 

On comprendra cette précieuse alliance de l'imitation 
et de l'originalité, si l'on